‹ Souvenirs de guerre du général baron PougetChapitre 35 sur 53 · SOUVENIRS I) !■: GUERRE · texte numérisé non relu

SOUVENIRS I) !■: GUERRE

tarifés, lorsque, aussitôt son arrivée, il demanda à me voir, ce qu'on lui permit, sous la garde de deux soldats armés. Il était sans chapeau, les cheveux èpars et imprégnés de sang ainsi que sa figure; il était vêtu d'une grosse capote de soldat; il me parlait déjà depuis quelques instants sans que je le reconnusse, et s'il ne m'eût pas dit qu'il était l'officier que j'avais envoyé à Ostrowno, il m'eut été impossible de le deviner. Nous étions prisonniers tous deux, blessés tous deux; il me faisait peine et pitié, et je m'abstins de tout reproche. C'est dans ces circonstances qu'il m'escamota un certificat constatant qu'il avait fait son devoir. Je le lui remis en lui disant : « Dieu veuille que vous n'ayez rien à vou ^> reprocher! » Il garda le silence en étanchant le sang qui coulait de ses blessures.

Avant de quitter llitepsk, où le chagrin me dévorait et où je ne dormais qu'accablé par le sommeil, j'eus l'idée de présenter un placet à l'empereur Alexandre pour le prier de me permettre de retourner en France sur ma parole d'honneur; que je me considérerais toujours comme son prisonnier jusqu'à la paix, lui représentant que mes blessures, outre qu'elles m'empêcheraient de servir en ligne, nécessitaient l'usage des eaux thermales. J'écrivis aussi à ma femme et j'adressai ces deux pièces au général comte de Wittgenstein par l'intermédiaire du colonel baron de Pahlen, avec prière au général en chef de les faire parvenir sous adresse, mais non cachetées, à leur destination. J'ai vu depuis qu'il avait fait ce que je désirais. J'avais quelque espérauce de réussir auprès de l'empereur Alexan-

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(Ire, el voici pourquoi : on a vu que pavais reçu Sa Majesté Impériale ainsi que le grand-duc Constantin son frère lorsque ces deux princes se rendaient aux conférences d'Erfurl el on saii la bienveillance qu'ils me témoignèrent. Je ne manquai point dans ma requête de rappeler à l'Empereur ce jour heureux pour moi; l'occasion était belle, je n'avais point de pins haute protection à invoquer, et je lis bien. L'exécution de Cette idée me calma; il ne fallait que voir ce prince pour avoir confiance en lui ; il ne fallait que l'entendre pour juger de son bon cœur : j'avais joui de ces deux précieux avantages. Je lis part de ma démarche a Mme la comtesse de Se vérin, qui l'approuva beaucoup; ce fut pour cette dame un texte pour exalter la bonté de son souverain. Une autre distraction que je me donnai encore avant mon départ fut de me composer un vocabulaire français-polonais-russe que limes de Tschorba et Se vérin s'empressèrent de remplir; Mme de Séveriu se chargea de la langue russe et Urne de Tschorba, qui était Polonaise, de la langue de son pays. Le 13, veille de mon départ, II. de Pahlen vint me faire ses adieux, m'embrassa en me conseillant de me tranquilliser. -Je sais, dit-il, que vous êtes sans argent, je vous prie de recevoir le peu que renferme ce papier, il pourra vous être utile, n J'acceptai, croyant que c'était simplement quelques recommandations, mais en l'ouvrant devant lui je trouvai que c'était du papier-monnaie eu usage en Russie; je voulus le lui rendre, il refusa obstinément. « Eh bien! lui dis-je, acceptez au moins un titre de moi par lequel je me reconnaîtrai

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