SOUVENIRS I) E GUERRE
voiture pour aller dîner chez lui. Il mit particulièrement une grande persistance à m'avoir le jourde la Saint- Nicolas, qui, d'après le calendrier grec, tombe douze jours plus tard que le 6 décembre. Je m'y rendis avec le général Mardwinow et, par un hasard singulier, j'y rencontrai 31. le général Lcchètre, ancien gouverneur de la province de Witepsk, qui allait reprendre le même commandement. M. Lechètre était un homme d'une cinquantaine d'années, à cheveux blancs, d'une belle figure et qui me parut aimable. Il me dit des choses obligeantes sur la manière dont j'avais gouverné sa province : « Je n'aurais pu mieux faire, me dit-il, et, d'après votre réputation, j'ai cru pouvoir conseiller à plusieurs seigneurs des districts de Veliz et de Souraji qui avaient à se plaindre de leurs paysans, de vous demander du secours. « Au dessert, le colonel Nicolew me donna un divertissement russe qui m'était tout à fait inconnu; il fit chanter des airs patriotiques par un groupe de soldats, tandis que l'un d'entre eux exéculait une danse à leur mauière; c'était à se croire au milieu des sauvages, et par la danse, et par la musique. J'eus depuis plus d'une occasion d'assister à pareil spectacle. Le lendemain de ce diner il m'arrivait une lettre de M. le général-major Auvray par laquelle il me faisait connaître, de la part du comte de U ittgenstein que Sa Majesté Impériale Russe ne pouvait m'accorder l'autorisation de retourner dans mon pays, n'ayant pris ce parti envers aucun Français, combattant ou non combattant, mais qu'elle avait spécialement recommandé que je fusse bien traité, se souvenant des circonstances où
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elle m'avait rencontré en d'autres temps. Je demandai à quitter Polock, qui me rappelait hop les pertes que l'armée française y avait Faites; j'y avais vu tuer les deux colonels de ma brigade et plusieurs bons officiers que j'aimais; moi-même je n'y avais ;»urrr été plus heureux, ayant été blessé deux fois et déjà failli j être fait prisonnier; on respirait d'ailleurs dans celte abbaye un air malsain ; plusieurs officiers et des Jésuites y étaient morts de fièvres malignes; nous y avions été aux prises avec tous les besoins. Plus de vingt mille morts mal enterrés gisaient dans la ville et dans ses environs. Si les grands froids ne s'étaient pas manifestés, la peste, sans aucun doute, y aurait exercé ses cruels ravages; tous ces motifs me faisaient désirer de quitter ces tristes lieux et de connaître enfin dans quelle partie de la Russie allait être ma prison. Alon départ fut fixé au Ier décembre, mais, avant qu'il s'effectuât, je reçus la visite du colonel français R..., aide de camp du traitre Moreau, dont le boulet fit depuis justice; il venait me raconter les démarches de son général pour déterminer les souverains à se réunir à l'armée russe contre la France, et autres gentillesses de ce genre dont il me faisait l'apologie. ïl ajouta qu'il arrivait de Suède après avoir été à Xaples, et qu'on était assuré de la coopération de Bernadotte et de la défection de Murât, lequel, pour prix de sa trahison, devait conserver sa couronne. M. R..., après ses beaux discours, insista pour me prêter de l'argent que je n'eus garde d'accepter, malgré ma détresse; il me faisait horreur. Xous nous quittâmes pour ne plus nous revoir. J'avais