‹ Souvenirs de guerre du général baron PougetChapitre 41 sur 53 · SOUVENIRS DE G LE RUE · texte numérisé non relu

SOUVENIRS DE G LE RUE

commode. Les appartements étaient très chauds sans que je pusse me rendre compte d'où venait la chaleur; je ne connaissais pas encore les procédés en usage dans les pays du Nord pour se garantir du froid. Il faut habiter ces régions pour apprendre à les connaître, comme il faut aller dans les climats chauds pour savoir comment on se préserve de la chaleur.

Après avoir vu caser mes meubles, le grand maître me quitta. Je me couchai, mais pour ne pas dormir. Mes pensées se reportaient sur ma femme et mes enfants, dont j'étais bien plus occupé depuis la perte de ma liberté qu'auparavant. Il y avait plus de six mois que je n'avais reçu de leurs nouvelles, et j'étais fort incertain que mes lettres leur fussent parvenues. Le même silence régnait également du côté de mes aides de camp : que de motifs pour m'enlever le repos! Le 26, j'allai dîner à deux heures chez mon restaurateur; j'appris en rentrant chez moi, à huit heures, que le grand maître de police était venu deux fois pour me voir et qu'il se proposait de revenir encore. Une telle persévérance me fit juger qu'il avait probablement quelque chose d'intéresant à me dire. Je ne l'attendis pas longtemps; quand il parut, il me demanda où j'étais allé dîner. Je le lui dis; il voulut savoir où j'avais connu Tardif et le colonel Bournachew; je le satisfis encore. « Je dois vous prier, me dit-il, de vous dispenser de voir qui que ce soit jusqu'à nouvel avis : vous êtes le maître de vous promener partout où il vous plaira, je vous engage et vous conseille même de vous faire suivre par votre

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valet de chambre, parce que le peuple de celte ville est Tort animé contre votre nation et que si vous riiez reconnu pour un Français il pourrail vous arriver des désagréments, que votre domestique vous évitera. Il faut aussi cesser de prendre vos repas eliez Tardif: il est trop cher, ,1e vous enverrai un restaurateur russe dont tout le inonde se loue el donl les prix son! plus modérés. « Ma situation financière exigeai) smis doute que je vécusse avec économie; mais je trouvai fort déplacé que M. le grand maître entrât dans des détails que je pouvais seul apprécier. Après m'avoir donné tous ces bons avis, il me souhaita le bonsoir.

Le restaurateur Tardif et sa femme s'étaient conduits envers moi de la manière la plus généreuse; ils n'avaient voulu accepter de rétribution que juste ce qu'il fallait pour se couvrir de leurs frais. Ces bonnes gens étaient mal notés dans l'esprit du grand maître, à cause de leur patriotisme et de la joie qu'ils avaient témoignée de nos succès. Ils avaient même été menacés d'être envoyés en Sibérie, ou au moins chassés dans les vingt-quatre beures, sans égard au grand établissement qu'ils avaient fondé. Pour ne pas les compromettre davantage, je me dispensai de les voir pendant quelque temps. Ma rencontre avec M. Bournacbew avait aussi grandement intrigué mon grand inquisiteur; aussi me pria-t-il, comme on Ta vu ci-dessus, de voir le moins de monde possible. Je vais dire un mot de ce personnage : M. le général major Gorgoly était un fort bel homme qui, dans le temps où les empereurs de France et de Russie étaient en bonne

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