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intelligence, avait été envoyé en courrier par son maître à Paris. Il y avait été bien accueilli par Napoléon, (|iii l'avait même nommé officier de la Légion d'honneur. Cet officier général avait des formes polies, mais il était entiché de sa grande maîtrise de police et en usait comme un ambitieux zélé qui outrepasse les exigences de l'Empereur et du gouverneur général.
Je me réservais d'en appeler des arrêts du grand maître soit au gouverneur, soit même au chef de l'Etat, et ma résolution n'aurait étonné aucune des personnes connaissant l'empereur Alexandre et le général Wesmitirihow, doués chacun de tous les dehors de la plus grande bonté. Avais-jc tort de in'imaginer que je n'avais pas été amené à Saint-Pétersbourg pour y être l'objet d'une éternelle surveillance de la part des sbires russes, mais plutôt pour y jouir des adoucissements que pouvait m'offrit* la première ville de l'Empire?
Le restaurateur russe vint le lendemain s'entendre avec moi sur le prix de ma nourriture; pour 1 rouble un quart papier, qui représentait 37 sous et demi de France, il s'engageait à me fournir : le potage, le bœuf, deux entrées, un rôti et une salade, le pain et le vin non compris. Je fus assez content de la qualité et de la quantité de ses aliments; il y en avait plus qu'il n'en fallait pour moi et mon domestique. J'ai déjà dit qu'il y avait des soldats dans une de mes antichambres pour service de la chancellerie; l'un d'eux allait tous les jours chercher mon dîner; je demandai à mon Livonien pourquoi il n'y allait pas lui-même; il me ré-
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pondil que c'était pour rire toujours à mes ordres el pour que le grand maître oe le trouvât pas absent s'il venait. RI. le général Gorgoly ne larda pas à m'envoyer le catalogue des livres que contenait su bibliothèque; je pris note Je certains ouvrages que j'envoyai chercher successivement. Lire cl écrire étaient devenus mes seules occupations.
Il y avait déjà huit jours que je menais celle triste vie, lorsque je demandai au grand maître si mes arrêts devaient être éternels. Il nie répondit que Ton n'avait pas encore reçu la réponse de l'Empereur, à qui Ton en avait référé; mais que cela ne pouvait larder. Je crus mettre à profit mes loisirs en portant à la connaissance du prince Gortchakoff, ministre de la guerre, l'inhumanité avec laquelle étaient traités les officiers, sousofficiers et soldats français faits prisonniers de guerre. 11 en mourait beaucoup plus de mort violente que d'épuisement, et celait beaucoup dire! Un homme restait-il de quelques pas en arrière, les soldats d'escorte lui tiraient des coups de fusil, lui passaient la baïonnette à travers le corps ou l'assommaient à coups de crosse. D'autres étaient attachés à chaque bout d'une longue perche, comme s'ils se fussent donné la main, les uns en chemise, d'autres avec un caleçon seulement; entre eux, et toujours attachés à la même perche, on plaçait les plus affaiblis; si on remarquait que la douleur ou l'anéantissement leur faisait ralentir le pas, aussitôt ils étaient percés de part eu part par des baïonnettes; il n'était sorte de privations et de souffrances qu'on ne leur fit endurer. Si les officiers
n'éprouvaient pas d'aussi horribles traitements, ils n'étaient guère plus heureux. On les avait mis dans un état complet de nudité, pour s'emparer de leurs vêtements, et ils avaient à supporter un froid de quinze à dixhuit degrés Réaumur. Ils ne recevaient aucune solde avaut d'être arrivés à leur destination, et l'eussent-ils reçue, de quelle ressource leur eut été la modique somme de 10 sous par jour qui leur était allouée? Mon placet n'était que la relation fidèle de la vérité; les faits représentés dans leur plus grande exactitude suffisaient pour frapper l'imagination sans le secours de l'exagération. Je ne me dissimulais pas qu'un écrit de cette nature pouvait me faire voir d'un mauvais œil par le ministre, puisqu'il témoignait que j'étais instruit des barbaries de la soldatesque russe et que je pouvais les divulguer. Sous le règne de Paul Ier et de l'impératrice Marie, mère d'Alexandre, j'aurais couru de grands risques; mais j'avais toute confiance dans la magnanimité de l'Empereur, dont la bonté n'était mise en doute par personne. Nul autre que moi n'était mieux placé pour faire entendre la voix du malheur. Je lançai donc mon placet, avec prière au ministre de le faire parvenir à l'Empereur. Je dormis plus tranquille, l'esprit dégagé de ce travail.
Ce fut à cette époque que je reçus sans obstacle la visite du jeune prince Boris Kourakin, fils du ministre de l'intérieur. En venant me voir dans ma retraite, il bravait la police et tous ses suppôts. Après s'être nommé, il me dit : « Général, je dois à une de vos compatriotes le plaisir de vous voir : à Mlle Georges,
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votre célèbre tragédienne, que l'on force à quitter la Russie à cause de ses opinions trop Françaises, qu'elle
ne sait ou ne veut dissimuler. Elle m'envoie vers vous pour vous offrir ses services, et je n'ai pu résister à toutes ses supplications pour venir vous l'aire connaître Ses sentiments, en dépit de la surveillance dont vous êtes l'objet. J'espère que vous en serez bientôt dégagé et que j'aurai le plaisir de vous recevoir chez moi, où vous serez toujours le bienvenu, w .Pétais si loin de m'attendre à une pareille visite que j'en fus d'abord tout étourdi ; mais pendant que le prince me débitait toutes ces choses aimables, je me remis assez pour lui en exprimer toute ma recouuaissance. « Venez avec moi, me dit-il, ne laissons pas votre belle et aimable compatriote vous attendre plus longtemps... » Comme cette conversation n'avait pu être entendue de mon Livonien, je pris mon chapeau et suivis mon guide sans la moindre opposition.
Quand nous entrâmes chez Mlle Georges, elle me sauta au cou et m'embrassa les larmes aux yeux en me disant les choses les plus gracieuses et les plus consolantes. Elle me fit asseoir auprès d'elle sur un canapé, et, après quelques phrases échangées, elle se préoccupa de mes besoins et m'offrit de l'argent avec une insistance telle que je ne pus le refuser sans craindre de la blesser. Elle parlait avec une volubilité extrême et ne me laissait pas le loisir de placer un mot. « Aujourd'hui, je n'ai pas le sou, me dit-elle en riant, mais demain je vous enverrai mon Mercure la bourse à la main. » A ces mots, elle fit signe au comédien Frogère, qui se trou-
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vail chez elle, de rapprocher : «Donne-moi unc prise, Frogère, lui dit-elle; je suis dans le ravissement! » Puis, niellant les doigts dans la tabatière, elle pinça un objet qu'elle rapporta; c'était un ducat. Elle rit beaucoup de l'espèce de tabac qu'elle avait puisé et ne voulut jamais rendre la pièce. Je quittai celte reine du théâtre charmé d'elle. « Allons, prince Boris, dit-elle, ramenez votre prisonnier. « Quand je rentrai chez moi, le poste me rendit, comme à ma sortie, les honneurs militaires. Enfin, me dis-jc, voilà un instant de bonheur ; puisse-t-il être le précurseur de plusieurs autres ! Le lendemain je revis le jeune prince Kourakin qui m'apporta beaucoup d'argent (papier) dont je ne pris que la valeur de 1 ,500 francs contre un effet payable à Nancy.
Malgré mes réclamations, ma position n'avait pas changé, ma séquestration était toujours la même. Je renouvelai mes plaintes au général Gorgoly en lui manifestant le désir de parler au gouverneur général de la police. J'avais donué ma parole de ne parler ni d'agir contre le gouvernement, et je m'étonnais qu'on n'en tint compte. Enfin le grand maître me ménagea l'entrevue que je désirais avec le prince Wesmitinhoff, auquel je répétai ce que j'avais dit au grand maître. Ce personnage, qui voyait les choses de plus haut que son subordonné, me laissa l'usage de ma liberté, persuadé, ajouta-t-il, que je n'en abuserais pas. Il m'offrit sa bibliothèque et fit mettre un traîneau et une voiture à ma disposition. Le prince me reconduisit jusque dans la pièce voisine, où nous retrouvâmes le grand maître qui
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recul de la bouche même «lu prince l'ordre de se relâcher de ses sévérités à mou égard, ajoutant quelques mots en russe d'un air d'autorité. AI. Gorgoly voulut prendre la peine de me reconduire jusque chez moi; niais je l'en dispensai.
J'allai prendre congé de Mlle Georges, qui partait pour la France. Klle nie fit le plus gracieux accueil, nie parla du prince Boris et nie recommanda de le fréquenter, parce qu'il pouvait être pour moi d'une grande ressource. Lorsque je la quittai, elle nie permit de l'embrasser, .rétais encore dans son antichambre quand elle rouvrit sa porte : A propos, me dit-elle, j'avais le projet de vous prévenir qu'il faut vous défier d'une Française qui est ici; c'est une infâme qui a eu l'audace de se réjouir de nos revers et d'en sauter de joie; tenez-vous pour averti. »
En rentrant chez moi je trouvai mon pauvre Brûlé, que je fus ravi de revoir. Je le fis entrer dans ma chambre pour lui demander comment il s'était trouvé à l'hôpital; il se loua beaucoup des soins qu'il y avait reçus. Je fus enchanté de pouvoir le réintégrer dans ses fonctions auprès de moi et de me débarrasser du Livonien. Je me fis guider par celui-ci pour la dernière fois dans une promenade que je voulus faire dans la ville; il faisait un soleil magnifique. Je me dirigeai vers l'Amirauté, je suivis la rue d'Isaac, où se trouve la statue de Pierre Ier, devant laquelle je m'arrêtai. Je lus sur son piédestal, formé d'un seul bloc de granit, ces mots : « Catherine II à Pierre Ier. n Ce beau monument fait honneur à l'artiste français Puget. J'allai jusqu'au
pont tournant et je revins sur la superbe terrasse de l'Amirauté pour continuer ma promenade sur les beaux trottoirs en granit rouge du quai de la Méwa. J'y rencontrai beaucoup de promeneurs de l'un et l'autre sexe qui parlaient tous français; cette langue est la plus en usage dans la bonne compagnie en Russie. Je fus si surpris de l'entendre prononcer sans aucun accent que je demandai à mon Livonien les noms des personnages qui m'avaient le plus frappés, les prenant pour des compatriotes. Mon guide me montra le palais de l'Ermitage, le palais de marbre, habité par le grand-duc Constantin, et le palais Michel ou d'été; tous ces superbes édifices ne sont séparés de la Néwa que par une belle voie destinée aux voitures et le trottoir du quai. Je me rendis ensuite à la perspective Newski, qui partage l'immense place où est construite la grande et belle église de Casan, et non loin d'elle la salle de spectacle où jouaient les acteurs français. A gauche sont les églises anglaise, française, temple luthérien et synagogue, où tous les cultes se célèbrent dans le voisinage les uns des autres. Je restai en admiration devant les vastes proportions des édifices et des rues; dans la rue de la Perspective les toits des maisons sont peints en rouge ou en vert; le propriétaire qui veut y construire une maison ou un palais est obligé d'en faire remettre le plan à l'Empereur. On repave tous les ans les rues et l'on blanchit les maisons que la rigueur du climat a bientôtdégradées. Saint-Pétersbourg, bâtie par Pierre Ier et dessinée sur une très vaste étendue, comptait déjà trois cent mille habitants en 1812. Des voyageurs qui
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l'ont visitée récemment m'ont dil qu'elle en renfermait aujourd'hui (1838) plus du double. On m'a montré <in dehors de la ville un tracé qui doit être exactement suivi pour le prolongement des rues. J'avais remis au lendemain de ce jour le projet que j'avais conçu de faire quelques visites, voulant profiter du beau temps qui contribuait à me rassénérer les idées, lui passant vis-à-vis de l'église de Casan je demandai à Jean, mon Livonien, s'il avait fait une commission que je lui avais donnée la veille; sur sa réponse négative, je lui réitérai mon ordre, et il se mit en devoir de m'obéir. Mais après avoir fait quelques pas il revint vers moi et me dit : ''J'en demande bien pardon à Votre Excellence, mais je ne puis la quitter sous peine de prison. — Ah! vous ne pouvez me quitter? lui dis-je. Eh bien, suivez-moi » , et je continuai ma promenade jusqu'au pont de la Fontanka. La nouvelle que je venais d'apprendre ne faisait pas l'éloge de ma sagacité; il est vrai que je n'avais jamais eu affaire à aucune police. J'avais la simplicité de croire qu'en tous pays on ajoutait foi à la parole d'un honnête homme; je ne me doutais donc pas que j'étais gardé à vue et que tout ce que je disais et faisais devait être rapporté. Rentré chez moi, je dis à ce prétendu valet de chambre que j'avais ignoré jusqu'à ce jour ses principales fonctions près de moi; il m'en fit ses excuses et ajouta qu'il n'avait pas rempli rigoureusement ses devoirs, puisqu'il ne m'avait pas empêché d'aller voir Tardif et le colonel Bournachew, mais qu'il lui répugnait de jouer auprès dé moi le rôle que le grand maître de police lui avait imposé
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J'attendis ce personnage de pied ferme et ne bongeai pas de chez moi qu'il n'y fût venu, ce (juine tarda pas, car il vint le lendemain. Je lui racontai la découverte que j'avais faite et la peine que j'en avais ressentie. I! nia le fait et me dit que j'étais parfaitement libre; que ce Livonien ne devait me suivre que quand je le lui ordonnais. Je jugeai alors que le moment de m'en débarrasser était venu. Je représentai au grand maître que je connaissais assez la ville pour pouvoir m'y guider moi-même, que je n'y avais pas été insulté et n'y avais vu insulter personne; qu'il n'était pas écrit sur mon dos que j'étais Français et que je m'y croyais parfaitement en sûreté. J'ajoutai que mon domestique étant sorli de l'hôpital suffisait très bien à mon service. Je dus croire que M. Gorgoly ne trouva rien à me répondre, car il emmena son espion, ce dont je me sentis fort allégé. Je fis depuis de nouvelles découvertes; deux lettres que j'écrivis, l'une au gouverneur général, l'autre au général Mardinow, mon ancienne connaissance de Polock, n'arrivèrent à leur adresse qu'après être passées par les mains de M. Gorgoly. Celui-ci n'était pas encore à bout de ses persécutions. Il se présenta chez moi, le jour suivant, un officier de sa troupe qui m'amenait de sa part un autre sujet pour me servir en remplacement du Livonien. Mais je me refusai absolument à cette nouvelle attention du grand maître, et de ce moment je devins ou crus devenir libre comme l'air.
Aussitôt que Brûlé eut repris ses fonctions près de moi, je l'envoyai porter un billet au docteur Saucerotte,
DU GENERAL BARON POUCET. - i
médecin de la cour, mon compatriote, pour lui exprimer le regrei que j'éprouvais de n'avoir pu encore me présenter chez lui, et pour lui demander si ma visite ne le compromettrai! pas. Il vint lui-même m'apporter sa
réponse; il me dit qu'il bravait le qu'en dira-t-on, et qu'il était tout naturel que des relations s'établissent entre nous, étant Lorrains tous deux. Puis il me (il observer que j'habitais un logement qui ne lui paraissait pas convenable. J'étais Tort de son avis; les abords en étaient affreux et je me proposais de réclamer encore là-dessus; les discours du docteur furent un stimulant qui me poussa à agir sans délai, et je profitai de ma première entrevue avec M. Gorgoly pour lui en parler. Il transmit lui-même ma demande au gouverneur général, qui l'accueillit avec bienveillance et qui chargea le grand maître de me dire que je pouvais chercher moi-même l'appartement qui me conviendrait.
Je fixai mon choix sur un logement situé dans la rue de la Perspective; il se composait de trois chambres donnant sur la rue. J'étais dans le voisinage de l'Amirauté et du palais impérial. Le grand maître, qui vint le visiter, parut aussi satisfait que je Tétais moi-même; il y fit transporter mes meubles et me déclara que les frais de loyer, qui se montaient à 25 roubles par mois, seraient à la charge du gouvernement. Je reconnus dans cette libéralité inattendue la main de mon puissant protecteur. Je me trouvai parfaitement installé et n'eus d'autre incommodité que le bruit des voitures, qui, en été, sont aussi nombreuses que daus les rues les plus fréquentées de Paris.
J'appris encore à celte époque crime manière pins positive la cause d'une faveur qui m'était toute particulières. MM. les généraux Parlouncaux, Français; Borstel, IVestphalien, et Konopka, Polonais, vinrent aussi comme prisonniers de guerre à Saint-Pétersbourg; ils vinrent me voir et, me sachant logé aux (Vais du gouvernement, réclamèrent pour eux la même faveur, qui était de toute justice. Xous ne recevions que 3 roubles par jour, et le moindre logement, c'est-à-dire une chambre et un cabinet, en coûtaient de 65 à 70 par mois. Maison leur répondit que, si j'étais logé aux frais de la couronne, c'était par un ordre exprès de l'Empereur, sans lequel tous les officiers, de quelque grade qu'ils fussent, devaient se loger à leurs frais. Je m'empressai d'aller rendre grâces au gouverneur général des faveurs dont j'avais été l'objet et surtout de ma liberté, qui était certes la plus graude de toutes. Il me reçut de la manière la plus gracieuse et me dit : « Ce n'est pas le tout d'être dans la capitale, je veux vous mettre à même d'y voir la bonne compagnie : je vous ferai conduire chez M. le général Papow, membre très influent au sénat dirigeant, auquel l'Empereur vous a recommandé. Allez demain lui faire visite à quatre heures, vous y dînerez avec votre introducteur, qui sera un colonel de ses amis que je vous enverrai. » Je remerciai le général Wesmitinhoffet je pris congé de lui pour me rendre chez le docteur Saucerolte, qui me reçut de la manière la plus cordiale, ainsi que madame. Ils avaient un intérieur agréable et des enfants charmants. Ils m'invitèrent à dîner pour le dimanche, qui
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était le jour où ils recevaient leurs amis. ML Demidoff
eut la bouté de venir me voir et me fil nue invitation ;i dîner de la part de sa femme pour le lendemainà trois
heures et demie. Mon horizon s'éclaircissait.
Ainsi que le général IVesmitinhoff me Pavait promis, je vis arriver à ma porte, au jour et à l'heure dits, un brillant équipage à quatre chevaux, et bientôt fut
introduit dans mon salon un jeune et beau colonel en tenue qui s'annonça venir de la part de Son Excellence pour me conduire chez le général Papou . Quaud nous lûmes en voiture, je lui demandai à qui j'avais l'honneur de parler. Il me répoudit qu'il était le colonel Potocki, aide de camp de l'Empereur. Cet officier était d'une politesse exquise, et il s'acquitta en homme de bonne compagnie de la mission dont il était chargé. Le général Papou m'accueillit par quelques mots de français pour m'exprimer le plaisir qu'il avait à me voir ; il me présenta au prince Gortchakoff, ministre de la guerre, et au prince Lapoukin, membre du sénat. Le général me plaça à sa droite et m'adressa de temps en temps quelques mots frauçais. Il connaissait très bien celte langue, mais il ne la parlait que lorsqu'il ne pouvait faire autrement. Il était ce qu'on appelle un Russe de vieille roche, un Moscovite; il avait été secrétaire intime du prince Potemkiu, le fameux favori de Catherine IL C'est précisément parce que le général Papou était un Moscovite pur que je lui avais été adressé, car, étant reçu chez lui, tout autre Russe pouvait me recevoir sans scrupule. On accusait l'empereur Alexandre d'avoir trop de sympathie pour les Français; peut-être voulut-