SOUVENIRS DE GUE RUE
notre arrivée, l'armée de Houchard revint prendre son ancienne position. Cantonnés de nouveau à Limbach pendant Tété, nous y faisions un service très fatigant; sur neuf compagnies, trois étaient de garde tous les jours, depuis ie capitaine jusqu'au tambour. A minuit on faisait prendre les armes aux six compagnies restant, et chacune d'elles allait occuper un point reconnu d'avance, en dehors du village, tandis que les hussards cantonnés avec nous allaient en reconnaissance ; notre premier chef de bataillon les accompagnait toujours. Mous fîmes à Limbach un séjour de plusieurs mois. Xous étions allés plusieurs fois agacer l'ennemi, car, comme je l'ai dit ailleurs, tous les capitaines étaient montés ; nous nous approchions de leurs vedettes en peloton, et il leur arriva souvent de se retirer après avoir tiré sur nous un coup de carabine qui donnait l'alarme et faisait mettre en campagne un fort détachement que nous laissions approcher à deux portées de fusil; puis nous partions au galop comme une volée d'oiseaux. Nous répétâmes plusieurs fois ce jeu, qui nous amusait beaucoup. Les officiers prussiens surent bientôt que ce n'était qu'une partie de plaisir que se permettaient quelques jeunes étourdis. Un jour, ayant recommencé ce manège, nous vîmes venir à nous un officier prussien; nous l'attendîmes, et quand il fut à portée de la voix il entama une conversation en français et plaisanta avec nous sur les hussards de son parti auxquels nous donnions continuellement l'alerte. Il nous dit qu'il voyait avec plaisir qu'il avait affaire à de joyeux camarades avec lesquels ses frères d'armes
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et lui seraient forl aises de faire connaissance; qu'en conséquence il nous invitait à vider le lendemain an bol de punch qu'il Ferai I préparer dans une ferme qui était considérée comme position neutre entre Limbacfa el Hombourg; que nous y viendrions en nombre égal d'officiers, el qu'il nous donnait sa parole d'honneur ((ne sa proposition ne couvrait aucun piège; à celle offre nous nous rapprochâmes et nous convînmes que nous nous garderions bien de pari et d'autre de parler à nos chefs de nos projets. Le lendemain nous arrivâmes tous au point convenu sans autre garantie que la loyauté militaire; nous ne nous quittâmes pas sans avoir échangé nos noms et désigné le corps dans lequel nous servions, nous jurant que si les vicissitudes de la guerre nous faisaient tomber entre les mains les uns des autres, nous deviendrions mutuellement des amis et des protecteurs. Nous offrîmes une revanche à ces messieurs pour le lendemain à la même heure. La réunion fut encore plus joyeuse que la précédente et nous nous quittâmes comme des amis de vieille date. Nous ne sûmes comment il se fît que notre chef fut instruit de notre escapade; il nous fit comparaître, nous semonça vertement et nous apprit le danger auquel nous nous étions exposés, car la Convention venait d'envoyer des représentants près des armées, et si notre étourderie leur eut été connue, ils n'auraient pas manqué de nous faire arrêter comme traîtres, juger et condamner à la peine capitale. C'était la manière de procéder de ces messieurs. On pense bien que toute relation cessa entre nous et les officiers prussiens.