SOUVE XIII S DE GUERRE
Nous quittâmes notre cantonnement pour aller camper au-dessus de Blic-Castcl, sur la route de Sarreguemines; nous y restâmes une vingtaine de jours, puis nous fûmes appelés au camp d'Hornbach; le bataillon laissa une compagnie au camp pour garder les lentes. Quatre jours après, le général ordonna au chef de bataillon de faire rentrer cette compagnie, et, comme j'étais bien monté, ce dernier me proposa de lui porter Tordre de rejoindre le corps, avec l'autorisation de ne rejoindre de ma personne que vingt-quatre heures plus tard. Le lendemain, 26 septembre 1793, étant à déjeuner à Blic-Castel, je fus subitement prévenu par un domestique de rapproche de l'ennemi, qui avait déjà fait replier notre avant-garde et entrait dans la ville en tirailleurs. Je courus précipitamment à mon cheval et offris mes services à M. de Prilly, général de brigade, qui voulut bien me garder près de lui comme aide de camp adjoint. Il me donna différents ordres; je ralliai sur la route de Sarreguemines un régiment de ligne, que je menai à l'ennemi, puis le général m'envoya relever un poste d'avant-garde établi sur la route de Hombourg. Je trouvai ce poste sous les armes et le ramenai rejoindre les troupes qui avaient cédé la ville aux Prussiens, dont les forces étaient bien supérieures aux nôtres. Le général avait ordonné à une compagnie de m'attendre à la sortie de la ville, vis-à-vis d'un chemin qui ne pouvait pas manquer d'être occupé par l'ennemi ; je la trouvai aux prises, et pour la rejoindre nous dûmes traverser entre deux feux, ce que nous fîmes sans accident; nous nous retirâmes en échan-
Dl GÊ X KRAL B \ HO X POUCET. SI
géant quelques balles, et noire artillerie, traînée à la prolonge, favorisail la retraite; le feu, de part et d'autre, était bien nourri. In caporal, <|ni se trouvait entre le général de Prilly et moi, fui tué et tomba sons les pieds de mon cheval ; nous fûmes effleurés par un obus (|ni tua un hussard dé l'escorte du général. Nous arrivâmes en bon ordre à Frauenberg, entre Blie-Gastel et Sarreguemines, où les troupes bivouaquèrent. Le général, qui pensait que l'ennemi avait attaqué sur toute la ligne, me conseilla de ne pas prendre le même chemin pour retourner à Hornbach ; je le remerciai et le priai de me donner une attestation qui justifiât au besoin que je n'avais pas profité de mon isolement pour éviter le danger, ce que le général eut la bonté de faire; cette pièce se trouve dans mes états de service. Je me dirigeais sur Bitche, seul point sur lequel le camp d'Horubach devait s'appuyer. J'y rejoignis en effet mon bataillon; ce fut ce jour que je vis la levée en masse des Lorrains, parmi lesquels je retrouvai avec joie plusieurs amis. Notre bataillon protégeait une pièce de 16 amenée de Bitche sur le terrain. L'ennemi fut arrêté sur ce point, les Français reprirent l'offensive, et notre bataillon fut détaché pour lui faire évacuer les villages de Frœschwiller et de Melshoff. Je m'approchai de ce dernier point, ayant à ma droite et à ma gauche un volontaire de ma compagnie. J'étais à quelque distance du gros de la troupe lorsque, arrivé à deux portées de fusil du village, je vis deux soldats ennemis abrités par l'angle d'un mur, qui me couchaient enjoué. Cette surprise me fit donner une sac-
22 SOUVENIRS DE CUERRE
cade à mou cheval qui lui fit relever la tête; à l'instant môme il reçut deux balles dans le liane qui rabattirent ; sans cette saccade je recevais ces deux balles dans la poitrine. La mort de mon cheval fut si rapide que je crus d'abord qu'il avait bronché. Je restai assez longtemps embarrassé sous lui et ne m'en serais jamais tiré sans le secours de quelques volontaires qui vinrent me dégager. Par un hasard singulier, sans s'être consultés, mes deux compagnons couchèrent eu joue les deux Prussiens qui s'enfuyaient après avoir vidé leurs armes, et les tuèrent au moment où ils allaient franchir un petit mur de cimetière sur lequel ils restèrent couchés à plat ventre.
Nous continuâmes notre marche sur Niederbrùu, où il y avait eu la veille un combat assez meurtrier; nous en jugeâmes par le nombre de morts qui couvrait le champ de bataille. Nous cheminions péniblement dans un chemin de traverse très boueux quand vint à passer près de moi mon ami Molitor, fort bien monté et escorté par deux hussards. Il m'apprit qu'il avait été nommé adjudant général chef de bataillon. Je l'en félicitai bien sincèrement et le priai d'user de son crédit pour me faire entrer à l'état-major ; la chose lui était facile, car le général en chef Hoche, qui l'avait fait nommer, l'avait autorisé à s'adjoindre le nombre d'officiers dont il aurait besoin. Je fus en effet officiellement appelé près de lui le lendemain comme adjoint aux adjudants généraux. Je me rendis à une ferme près de Roth, guidé par l'ordonnance qui avait été chargée du message, fort léger de bagages, car j'avais
Di; C i: \ i: il \ L 15 \ RON POUG ET B3
perdu mon portemanteau, qui me fui rapporté depuis par un brave volontaire de mon bataillon que j'avais
eu souvent occasion de punir; il se nommait Saty, et fut tué depuis.
Je lus bientôt au courant de mes fonctions d'adjoint;
outre les écritures, le placement (les troupes, les rondes de jour ei de nuit, Ton me donna la police du quartier général. Je devais des lors faire le logement des officiers généraux et des employés de l'administration, le placement de la garde et des sentinelles. \Tous marchâmes sur les lignes de Wissembourg, occupées par un corps d'émigrés qui ne nous résista pas longtemps; ils savaient que ceux qui tomberaient entre les mains des troupes françaises seraient immédiatement fusillés; telle était la loi. Nous étions destinés à faire lever le siège de Landau ; c'est là que je vis Kléber pour la première fois; nous devions ensuite nous diriger sur Worms. J'ai oublié de dire en son lieu qu'étant encore à mon bataillon, nous fûmes cantonnés à Remich, sur la Sarre, où l'adjudant général Lefebvre commandait; il me donna le commandement de la place afin de s'éviter de fastidieux détails. J'eus dès lors beaucoup de relations avec cet officier supérieur, qui furent toujours fort agréables; il me témoigna depuis beaucoup d'amitié. Son avancement fut très rapide, car d'adjudant général chef de bataillon il fut promu au grade de général de division. Ces sortes d'avaucement n'étaient pas rares alors; j'ai vu un gendarme nommé Vachot à qui la môme autorité conféra le grade de général de division, ainsi qu'à un nommé Offenstein,