‹ Souvenirs de Jean-Nicolas BarbaChapitre 14 sur 122 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tés qui se commettaient. Un camarade nommé Montauciel vendit son butin et mit de la paille en place dans son sac. A sa rentrée le soir au quartier, on se moqua de lui. Le sergent de la chambrée tàta les sacs et vit ce qui en était. J'étais occupé à me laver la tête au petit canal du quartier Cataimpré. En remontant, je rencontrai Montauciel qui me dit en riant: « Tout est reconnu. » Je répondis : « Te voilà frais ! » Je me dépêchais de m' habiller, lorsque je fus appelé chez le sergent-major. J'y trouvai le mauvais sous-lieutenant, âgé d'environ dix-huit ans, qui m'apostropha en me disant que j'avais défait mes souliers sur le rempart auprès de la citadelle. — Réponse négative de ma part. — Comment , vous me donnez un démenti ? — C'est que vous avancez une chose qui n'a pas de sens : si je voulais sauter le rempart, je garderais mes souliers pour ne pas me blesser les pieds. — Ah ! vous faites le raisonneur ? Vous allez vous rendre au cachot. — Eh bien ! il fait du soleil, j'irai à l'ombre.

Ce méchant gringalet nous fit endosser , à mon camarade et à moi, une mauvaise culotte et un mauvais bonnet de police ; et comme

deux criminels on nous conduisit à la prison de la ville, à côté de Martin de Cambrai. Ce qu'il y eut de plus désagréable pour moi, c'est que nous passâmes devant la cathédrale, où l'horloger qui y demeurait m'aperçut. Il me connaissait, puisqu'il me payait les six francs que je recevais par mois. En arrivant à la prison, on nous mit au cachot séparément. Au bout de quelques jours, j'écrivis à mon bon capitaine pour lui expliquer ma position et le prier de me délivrer des rats et des souris, qui venaient dans la prison me ronger les cheveux pendant mon sommeil.

Une demi-heure plus tard, le digne homme arriva, et me tira d'affaire , ainsi que Montauciel. Quelque temps après, je faisais la connaissance d'un chasseur d'Augoulême. Un jour, cet homme me donna à lire une lettre, dans laquelle il y avait cette phrase : « Nous avons été très bien reçus à Paris ; si j'étais encore au régiment, je sais bien ce que je ferais.» 11 me demanda ce que cela signifiait. Je lui répondis que c'était un conseil pour déserter. Ayant été mis au cachot injustement, je voulais m'en venger, et voici comment je parvins à exécuter

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