‹ Souvenirs de Jean-Nicolas BarbaChapitre 22 sur 122 · CHAPITRE ly · texte numérisé non relu

CHAPITRE ly

Je deviens marchand forain et je m'établis libraire. — Anecdotes dramatiques. — Théâtre de la Cité. — Les Variétés amusantes. — Frogèrc, Bcaulicu, Bordier, Guerre ouverte, Duval. — Notice sur Pigault-Lebrun.

Le lundi qui suivit mon escapade , j'entrai chez le libraire Desray, où, pendant la nuit, je montais au premier étage pour ne pas être reconnu. Mon boyi onde, qui décidément ne pouvait pas me souffrir, me menaçait toujours. Je pris le parti , pour être tranquille , de me faire marchand forain : je possédais deux cents francs de livres , je m'associai avec un colporteur d'un village près Bavay. Ses livres, qui étaient mauvais, édités par Léoucque, libraire de Lille , furent vendus à un taux inférieur, quoiqu'ils eussent coûté huit cents francs ,

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prix de facture. Nous reçûmes trois cents francs environ ; mes livres à moi furent cédés avec bénéfice. Mon associé ne connaissant point Paris , nous y vînmes ensemble ; et comme après ses achats il désirait rompre l'association, il me cota ses livres à un prix très élevé et me laissa avec fort peu d'argent. Je partis alors pour la foire de saint Remy, à Reims; les libraires de la ville se liguèrent pour faire fermer ma boutique , mais leur projet s'ébruita, et, en deux jours, toute ma marchandise fut épuisée. Tellement en France l'opinion publique est toujours bien disposée en faveur de l'opprimé. J'en ai eu une plus grande preuve encore lors de l'incendie, au Palais-Royal, en 1828. Nous y reviendrons en temps voulu.

Je m'étais établi, en 1791 , dans l'allée des frères Savart, traiteurs, galerie Vitrée , au Palais-Royal. C'est dans ce local que Fitz-James fit ses farces, et un Turc y a vendu des odeurs. Pour moi, je quittai cette petite boutique pour venir habiter la rue Gît-le-Gœur en magasin : c'était une sottise, et que plusieurs jeunes libraires font encore , car il est plus avantageux d'être en boutique ; on est moins à son aise à

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