CHAPITRE IV
est devenue, de nos jours, le Théâtre-Français, ils furent engagés au Prado, dans la Cité; puis ils eurent l'idée d'aller en Russie. La troupe se désorganisa après ce départ.
Frogère devint en faveur auprès de l'empereur Paul P% père d'Alexandre et de Nicolas, et il logeait au palais impérial. Le jour que cet empereur périt d'une manière si tragique , il confia à Frogère ses inquiétudes , dans la prévision où il était qu'un mallieur le menaçait. Frogère le rassura , en disant : chassez ces noires idées , mon prince, ici tout le monde vous aime, et il ne peut vous arriver rien de fâcheux. L'événement prouva que les prévisions de l'empereur étaient justes. Alexandre monta sur le trône. Frogère était aussi aimé du fils que du père. Un officier qui se trouvait dans un bal avec l'empereur et Frogère , vint dire à celui-ci : « Mon frère est exilé en Sibérie , sauvez-le ! Venez avec moi dit-il à l'officier; et accostant l'empereur, il lui parla ainsi : Ce brave garçon a son frère exilé en Sibérie , je peux bien faire quelque chose pour lui, et si vous vouliez m'aider, ajoutat-il , je parie que nous réussirions à nous deux, » La grâce fut accordée.
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Lors de la déroute de Moscou, on illumina dans toute la ville, et Frogère seul s'en abstint ; on lui fit peur, et il évitait la rencontre de l'empereur autant que possible. Ce dernier jouissait de son embarras; un jour sa majesté ayant dû lui demander pourquoi lui, Frogère, un favori, n'avait pas illuminé. « Sire , répondit l'artiste , il s'agissait de mes compatriotes. » Alexandre sourit et ajouta : Frogère vous êtes un brave homme.
Il était ami de Pigault; je lui reprochai un jour de ne pas venir dîner plus souvent chez moi avec mon auteur de prédilection , mais ce reproche fut inutile , Frogère était toujours à la disposition de la princesse Nzariskin et d'une autre grande dame qui avaient besoin de lui , il ne les quittait pas.
J'avais joué la comédie avec lui, et nous étions fort intimes ; il me fit vendre beaucoup de livres aux Russes. Je lui offris une remise qu'il refusa, me demandant seulement de bien traiter ses protégés , parce qu'ils avaient été si bons pour lui pendant vingt ans qu'il ne pouvait l'oublier. Aussi toutes ses heures étaient remplies, il était leur esclave de reconnaissance. Le comte Demi-