CHAPITRE V
sionnaires pendant vingt ans, en les rétribuant selon leur talent. « J'ai du reste vécu avec plusieurs comédiens français dans une grande Intimité. J'émettais mon opinion , et sur la pièce et sur leur talent ; ils ne s'en fâchaient point, me sachant gré de ma franchise. On donnait un jour une pièce nouvelle au théâtre de la porte Saint-Martin, l'original Pascal qui avait un diapazon plus élevé que les autres y jouait un rôle assez corsé. Après la pièce , chacun le complimentait; pendant ce temps je me promenais tout seul et soit que Pascal s'en fut aperçu, soit qu'il voulut connaître ma pensée , il insista plusieurs fois pour la savoir. Moi, qui ne demandais pas mieux que de lui exprimer mon sentiment , je lui déclarai qu'il avait été exécrable. Je pense , comme vous, me répondit-il, et mon ami Vissot qui était présent , de rire comme un fou, et de s'écrier : lorsque Barba dit quelque chose, on peut le mettre dans sa poche et son mouchoir pardessus.
Je suis franc, je suis brusque, mais j'uime les comédiens, parce qu'ils ont le cœur généreux. Je ne crois pas que l'on puisse trouver une classe d'hommes plus obligeante que des conié-
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diens et des musiciens, depuis le plus grand théâtre jusqu'au plus petit. Faut-il jouer ou paraître dans un bénéfice au profit d'un malheureux, ils sont toujours toutdisposésetpleinsd'empressement; ils dépensent même leur propre argent, et semblent, quand ils rendent service, assister à une fête. Depuis cinquante ans, j'ai eu de nombreuses preuves que ce que je dis est vrai.
Chapelle, acteur du Vaudeville, était passable dans les ganaches et il cumulait sa profession de comédien avec son commerce d'épiceries. Il fit de mauvaises affaires, et obtint des artistes de Paris un bénéfice sur le Théâtre Italien , aujourd'hui l'Opéra Comique, lequel bénéfice lui rapporta six mille francs. Ses créanciers en prirent la moitié , et le pauvre Chapelle furieux se promenait à grands pas sur le théâtre , en s' écriant qu'on ne l'y reprendrait plus. Cependant il fit tant d'autres sottises, qu'on finit par inventer ce proverbe à propos d'un homme idiot : on ne disait donc plus : ah! que tu es bête, mais : ah ! que tu es Chapelle.
Il y avait aussi au théâtre du Vaudeville d'abord un nommé Laporte qui jouait les arlequins