CHAPITRE V. es
avec un rare talent; il est mort de misère. En second lieu une femme portant le nom de Laporle. Le mari de cette actrice jouait les premiers coiniques à l'iVmbigu ; il avait la mâchoire lourde et peu de talent; il était du reste séparé de sa femme. Celle-ci était excellente dans les rôles de travestissements ; mais , la vie dissolue , qu'elle mena la réduisit à être ouvreuse de loges au théâtre Feydeau. Elle perdit cette place et se jeta de désespoir, par la fenêtre. Je dois parler aussi de deux hommes de talent , Henry et Julien, celui-ci jouait les fats, et l'autre les rôles sérieux. Julien répétait à qui voulait l'entendre. « Je suis las des femmes, je veux faire une fin et je vais me marier. » 11 avait alors quarante-cinq ans. Il est mort en 1842.
Brunet vint de Rouen débuter au théâtre de la cité. Ribier, en lui remettant à Rouen son rôle du désespoir de Jocrisse, et les Cadet Roussel lui dit : tiens , voilà ta fortune ; et cela était vrai. Il parut dans le désespoir de Jocrisse ^ et fut accueilli par cinq à six coups de sifflets. Je le rassurai en lui montrant une lettre que j'avais reçue de mon correspondant de Rouen, dans laquelle on me marquait qu'il y était très-re-
gretté. Il me remerciait beaucoup , et m'assura qu'une fois débarrassé de toute crainte, les choses iraient mieux. En effet par la suite il eut de grands succès.
Brunet est l'acteur le plusvraique j'aie jamais connu : chaque fois qu'il jouait Monsieur Vautour, il se faisait raser la tête. A la première représentation des habitants des Landes, son jeu fut si naturel, que je le priai de ne jamais essayer de jouer ce rôle mieux qu'il ne venait de le faire, parce qu'il le gâterait, et ce n'était point pour moi un effet d'optique, puisque j'étais debout à côté desquinquets. En ville, Brunet était très timide, on aurait pu le prendre pour un imbécille , et il ne manquait cependant pas d'esprit. En scène, il brûlait les planches par la chaleur qu'il mettait dans son jeu. Mon père, le préférait à Talma parce que mon père comprenait Brunet et ne pouvait comprendre Talma. Ceci me rappelle un paysan qui voyant le sublime Préville , dans le rôle de Michaud dans la Partie de chasse de Henri quatre: «Tous les paysans de mon pays, disait-il, parlent comme lui, ce n'est pas un bon comédien. »
Le 31 décembre 1796 on reprit au théâtre de