‹ Souvenirs de Jean-Nicolas BarbaChapitre 39 sur 122 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

gny, l'auteur, alla le second jour de la mise en vente chercher des exemplaires chez Valère, imprimeur, rue de la Huchette ; ils étaient tous vendus, et il n'en eut qu'à la deuxième édition.

Volange déploya un rare talent dans le rôle de Jeannot, ainsi que dans tous les pointus,

Jérôme Eustaclie, etc C'était un acteur hardi,

pas toujours naturel, mais sachant parfaitement se rendre maître du public. En passant dans une rue de Toulon , il entendit un ouvrier ferblantier qui chantait; il l'invita à sortir, et lui demanda s'il consentirait à jouer la comédie. L'ouvrier ne fit pas de difficultés , et voyagea avec Volange. Ce nouvel acteur , doué de talent et d'une belle voix, se nommait Emile Cottenet. 11 débuta avec succès au théâtre de la Porte Saint-Martin, dans le Vieux de la montagne, 11 y chantait des couplets que le public redemandait toujours. C'était un homme très loyal et très franc. Il représentait un Normand dans une pièce de Poirson , alors petit commis à quinze cents francs au Luxembourg. Pour moi, ayant des droits d'auteur dans cette pièce en province, je priai Emile d'écrire son rôle comme

il le prononçait en scène ; on envoya les épreuves de la pièce à M. Poirson qui , furieux , m'écrivit un lettre de trois pages , pauvre de style et d'écriture , dans laquelle il me menaçait du juge de paix et du commissaire de police. Je lui répondis qu'il était inutile de se fâcher; qu'il était le père de cet enfant, qu'il en pouvait faire tout ce que bon lui semblerait , et que je n'avais agi ainsi que dans notre intérêt commun. Depuis M. Poirson a été directeur du théâtre du Gymnase , où il a amassé une grande fortune, à laquelle j'ai un peu contribué pour ma part; car c'est le seul théâtre où j'aie jamais payé pour entrer.

Il ne faut pas confondre M. Poirson, le directeur, avec le beau et bon Poirson, l'associé de M. Dormeuil du Palais-Royal. Quelle différence ! Je souhaite sincèrement que ces épithètes de mon amitié et de mon estime lui soient toujours conservées. Je ne conçois pas du reste qu'un homme posé aussi avantageusement que l'était le directeur du Gymnase ne se soit pas fait un ami; aussi le spirituel Bouffé a-t-il dit, après avoir quitté M. Poirson : «Si «j'étais resté à ce théâtre , j'y serais mort d'en-

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«nui.» Depuis la résiliation de rengagement de Bouffé, M. Poirson a quitté la direction.

Au connnencenient de la révolution de 1789 on construisit une salle dans la rue Culture- Sainte-Catlierine, et on lui donna le nom de théâtre Beaumarchais. C'est là que fut joué /?«berl chef de brigands , pièce que Beaumarchais avait entre les mains avant la construction du théâtre et qui lui avait été confiée par l'auteur, le bon et excellent Lamartellière, qui me répétait souvent : « Ma pièce a été faite trois ans avant la prise de la Bastille ; ni elle ni moi ne sommes cause de la révolution. » Le digne homme est mort de peur , rue du Temple , visà-vis le marché. Pour expliquer cette terreur panique, je dois dire qu'au commencement de la Restauration certains énergumènes firent imprimer dans les journaux qu'il fallait se défaire de quatre ou cinq millions d'hommes.

Les deux Baptiste jouaient à Rouen les Quatre fihAïnwn^ pantomime et autres pièces extravagantes ; ils nianœuvraient sur la scène de Rouen comme aujourd'hui on peut le faire au cirque l'Yanconi. Bcuimarchais engagea l'ainé de3 Baptibte, et madcnioist lie Moutaubier le

cadet, lioberi chef de brigands fut représenté avec un immense succès. Le grand physique de Baptiste aîné, sa belle diction furent un coup de fortune pour le théâtre. On donna aussi la Mère coupable qui fut sifîlée et se releva. 11 est vrai qu'il faut une femme d'une grande âme pour jouer ce rôle. Une seule actrice , à mon avis, a réuni toutes les qualités nécessaires; c'était mademoiselle Petit, fille de Vanhove , et qui devint plus tard madame Talma. Je ne dois pas omettre l'acteur Pérou, qui jouait Figaro, et qu'on a toujours vu avec un grand plaisir. On lui faisait toujours chanter la Gasconne, au théâtre de FOdéon ; ce dont il s'acquittait admirablement. Il en était de même de la jolie pièce de mon ami Georges Duval, Une journée à Versailles. On sait qu'il disait à la fin de la pièce ; Si quelqu'un peut me dire ce que je suis venu faire à Versailles, il m'obligera en m'écrivant, à M. Jean Bonneau, rue des Francs-Bourgeois, numéro 39.

Je suis peut-être la cause de l'idée qui a donné naissance à cette pièce. Voici comment : Étant soldat du district dcsFillcs-Saint-Tliomas, je fus commandé, avec le duc de Dautzick, alors

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mou lieutenant, pour aller chercher Louis XYI à Versailles, les 5 et 6 octobre 1789. Partis de l'hôtel de Richelieu, au bout de la rue d'Antin, entre cinq et six heures du soir, nous arrivâmes à Versailles à une heure du matin. Nous couchâmes dans l'Orangerie à gauche, après la pièce d'eau , et je dormis sur une pierre qui était mouillée. Là nous fûmes consignés , puis nous repartîmes le six à quatre heures du soir, et je répétais souvent à mes camarades ce mot qui les faisait rire : « Si vous pouviez me dire ce que nous sommes venus faire à Versailles, vous me feriez un grand plaisir ; » car je plaisantais de tout. Mais, en lisant les journaux le lendemain, j'appris la cause de notre immobilité et des événements de cette terrible journée.

On jouait avant la révolution Zaïre , sur un théâtre appelé Sans prétention , sous la direction de Salle. Le fameux Lekain , passant parlà , fit des reproches au directeur de ce qu'il choisissait les pièces du répertoire de la Comédie-Française. SalIé se contenta de lui répondre : «Entrez, monsieur Lekain, vous ne reconnaîtrez pas celle-ci.» Ce théâtre, fort suivi alors, se trouvait sur l'emplacement où a été depuis madame

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5aqui. Je suis entré quelquefois dans ce théâtre admirer un acteur de talent dans la pantomime comique, c'est Debureau. Je trouvais ses rôles trop courts, et lorsque le public dit d'un acteur ou d'une pièce : « C'est trop court,» c'est le plus bel éloge qu'on puisse faire de*cet acteur ou de cette pièce.

Tout le monde doit avoir souvenance de Bobèche et de Galimafré. Ce dernier était le garçon le plus leste que j'aie connu : il grimpait le long des croisées, comme un vrai chat. J'ai eu le plaisir de causer avec lui, et j'ai trouvé dans ce jeune homme de l'esprit, du bon sens, et point de prétention. Il est aujourd'hui garçon machiniste à rOpéra-Comique. Son nom est Guérin; il ne voulait pas être connu pour Galimafré, et jen'osaispaslereconnaître moi-même, crainte de le blesser. Aujourd'hui c'est dilTorent , il avoue avec plaisir son nom de saltimbanque, et il a raison. Un homme de bon sens ne doit pas rougir d'un état qu'il a suivi avec honneur. Tout le monde ne peut pas être né Mole ou Talma.

Bobèche était un très bel homme. Sous la Reslaunition, je l'ai vu jouveutcn grenadier de

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la garde nationale. Bobèche venait chez moi et voulait nie payer des petits livres que je lui offrais, mais toujours j'ai refusé. Nous allions quelquefois avec Gharlet le voir faire ses parades. Sitôt que Bobèche nous apercevait , il changeait ses pochades et nous en disait huit à dix des plus comiques. Il avait pour compère un nommé Achille Veron, qui avait demeuré chez moi et que j'avais chassé.

Achille était grand et louche, Bobèche se moquait de lui sur les tréteaux, et, malgré ses grognements. Bobèche allait toujours son train. Après ses parades, nous lui faisions signe, et nous entrions chez un marchand de vin qui n'existe plus, au coin de la rue du Temple. Bobèche était toujours suivi de la foule à cause de sa petite veste rouge et de sa grande taille ; le marchand de vins, de son côté, n'était pas mécontent de nos visites qui attiraient les consommateurs. Quelque temps après. Bobèche prit un cabriolet et voyagea en France avec quelques acteurs. Lors de nos illustres saltimbanques les mhsiounaircs, il se mit avec eux, et il pria quelqu'un, qui le reconnut à Marseille,

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de ne point parler de lui. 11 a dû passer à l'étranger, où il est peut-être mort, car je n'en ai plus entendu parler. S'il vit encore, il a au plus 60 uns.

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