CHAPITRE X
tion, travailla comme les autres jusqu'à l'heure désip^née, détela ses chevaux et resta à sa place jusqu'à ce qu'ils fussent entrés dans la cour. En ce même temps, les cavaliers se mirent à sa poursuite, mais lui, sans se déconcerter, sauta la rivière de Bussiard, large de quatorze pieds, au-dessus du moulin vert, et on le perdit de vue dans la campagne. En voulant franchir une haie, il perdit l'équilibre et tomba à plat ventre. Il fallut qu'une bonne femme vînt avec sa serpe pour le débarrasser. Un dimanche d'été , à Neuilly-Saint-Front, bourg à une lieue de mon village, il paria six bouteilles de vin avec les cavaliers de la maréchaussée qu'il arriverait avant eux, et il gagna. Il y avait pourtant un obstacle à vaincre : c'était une montagne à gravir ; il fut obligé de passer par Rossy, ce qui allongeait son chemin. On jouait du lait à la balle; les joueurs et les joueuses virent s'élever de loin un tourbillon de poussière ; ils regardèrent passer avec curiosité mon grand-père qui avait déjà fait du bruit dans les environs. Les cavaliers de la maréchaussée payèrent de fort bonne grâce, contents de connaître un pareil homme. Il était tellement leste et prompt qu'un jour, à
i/i.0 SOUVEiMllS.
Priez, il avait détaché la croix placée sur le clocher, pendant que les couvreurs qui le réparaient étaient allés dîner. Ce clocher figurait comme flèche parmi les monuments les plus précieux du département. Les ouvriers se donnaient au diable pour deviner qui avait eu la hardiesse de monter si haut. Enfin un d'eux s'écria : « Il n'y a que Barba capable de cela ! » En effet, c'était mon grand-père qui avait fait le coup.
Les noces qui se font maintenant à la campagne parmi les gens riches, quoique paysans comme moi , ont cela de parliculier qu'on y singe la manière de vivre de nos anciens chanoines : la première où j'assistai fut celle du fils du spirituel Fournier et de l'excellente Mme Fournier mère , de Bonne près de Château-Thierry, qui mariait leur fils aîné, avec Mlle de Bauve du Murguet , une ferme en haut de la montagne de Cœuvre , pays cité dans l'histoire. Je ne savais pas où était ce pays; je traversai à cheval un bout de forêt vers la gauche de Villers-Coterêts et du haut de la montagne à deux lieues environ, j'aperçus trois fermes ; Mme Fournier Saint-Marc , tante du