CHAPITRE X. ili
village , et , en attendant l'heure de la messe , alla voir sa nièce qui était fermière dans ce pays. M. de Bauve,de Carrière, près Sept-Monts, oncle de la mariée, consentit avec peine à monter dans le cabriolet de M. Fournier père où j'étais avec lui.
Nous montâmes la montagne au trot; nous étions le cinquième cabriolet; le cheval recule etnous jette dans un précipice. Nous versâmes sur le côté droit , heureusement la capotte du cabriolet ne tomba pas sur une pierre , car le premier saut était de trente pieds, et si elle était tombée sur cette dite pierre, elle se crevait ; nous étions tués. Après plusieurs tours, le cabriolet cessa de faire ces tours ; il y avait un plat endroit où on avait semé de l'avoine ; il avait beaucoup plu, et les roues entraient dans la terre ; ce qui retardait un peu la rapidité du mouvement. J'étais à la gauclie, le cabriolet tomba à droite , et j'étais dans ce mouvement toujours dessous. Je n'ai jamais pu me rendre compte de ceci. Enfin nous sortîmes du cabriolet pleins de poussière ; nous nous embrassâmes comme des hommes qui viennent de manquer périr, et, après nous être interrogés, nous r' avions au-
n/l SOUVENIRS.
cun mal ni Tuii ni l'autre; nous dételâmes le cheval , ce qui fut facile , attendu que tout le harnois était brisé. M. de Bauve prit le cheval par le bout de bride qui restait. Le dernier cabriolet qui était derrière passa facilement, puisque nous étions dans le précipice , et courut raconter notre événement, et M. de Bauve, frère de mon compagnon, je dirai de bonheur , celui qui mariait sa fille , monta sur son meilleur cheval , à poil , ce qui veut dire sans selle. En nous voyant, le premier mot qu'il nous dit fut: » Vous n'avez pas de mal. Messieurs? » Ensuite au cheval : « Brigand, si j'avais un pistolet , je te brûlerais la cervelle. » Il l'aurait fait suivant la sainte indignation qu'il avait contre lui; c'est qu'il n'y a que cela à faire non plus. Je ferai bien un petit reproche au bon M. Fournier, car, en venant, il avait aussi reculé, mais c'était entre deux montagnes. On nous attendait à la ferme avec impatience. On nous félicita d'avoir échappé, avec une bonté et une bienveillance véritables ; là ce n'est pas comme dans les salons de Paris , on est vrai au village; on a voulu me donner un grand verre d'eau que je refusai. « Donnez-moi un verre de