CHAPITRE I
exactement ses devoirs. Les gardes qui ont servi sous lui en font un éloge complet. Heureux les princes qui ont de tels serviteurs !
Je ne saurais oublier de parler aussi de M. Savoye, inspecteur général de cette foret de Villers-Cotterets. Le hasard m'a fait le rencontrer à une noce. Il n'y a pas de bien qu'il ne dise de la famille d'Orléans, qui a toujours conservé les membres de sa propre famille dans l'administration de la forêt.
Lors de la mort de ma mère, je me trouvais à Gandelu, principauté du duc de Gêvres, Pendant quatre ans , je ne me rappelle pas avoir TU ce seigneur à ce bourg où son nom était cependant en vénération. Un jour, dans les bois de Mareuil-sur-Ourq, je fus abordé par un personnage qui était à cheval. Cet homme, de petite taille, maigre, bossu, me salua avec affabilité, me disant, tout en conservant son chapeau à la main : Jeune homme, pourriez-vous m'indiquer le rendez-vous de chasse ? — Monsieur, je l'ignore, lui répondis-je. Je n'appris que j'avais parlé au duc de Gêvres que par des bûcherons, qui me le firent connaître. Je leur expliquai qu'il était fort poli. Un autre jour, il me
/i. SOUVENIRS.
demanda où était le rendez-vous de chasse. — Monseigneur, lui dis-je, il est au Trécarré. Aussi je fus profondément ému lorsque, sous la terreur, je l'aperçus sur la place de Grève, parmi quarante ou cinquante condamnés que les fatales charrettes conduisaient à la guillotine, à la barrière du Trône. J'ai fait profession d'être patriote toute ma vie, et j'espère bien mourir tel ; mais j'ai encore le cœur navré en pensant au bon et excellent duc de Gêvres, homme toutà-fait inoffensif et d'une politesse exquise.
Je me garderai bien d'approuver les excès et les crimes commis au nom de la révolution. Mais la résistance qu'elle rencontra parmi les nouveaux nobles , qui l'étaient devenus au moyen de ce qu'on appelait alors les savonnettes à vilain , causa une vive irritation. Lors de la guerre d'Amérique , beaucoup de gens avaient échangé leur or contre des parchemins. Ces titres de noblesse coûtaient quatre-vingt mille francs ; et le gouvernement de Louis XVI, qui avait besoin d'argent pour soutenir, contre la métropole, l'indépendance des colonies anglaises, appelées depuis États-Unis, ne refusait rien à la vaaité des riches bourgeois.