CHAPITRE XII
messieurs, sans tourner plus longtemps autour du pot, je vous prierai de ne pas nous recevoir comme des chiens dans un jeu de quilles, en vous assurant que notre reconnaissance ne sera pas entre le zist et le zest, ni moitié figue et moitié raisin, etc. »
Le notaire lui passait beaucoup de choses en faveur des plaisirs qu'il savait lui procurer. Tout aurait été fort bien pour lui, s'il ne se fût avisé de faire des vers qui ne lui firent pas autant d'honneur qne son compliment en prose- Voici à quelle occasion : la fille de la maison, appelée mademoiselle Toinette, était aimée de son père et de sa mère, et par conséquent fort gâtée : elle avait environ dix-sept ans. La saint Antoine arriva (c'était le jour de sa fête). Comme elle était assez jolie, tous les jeunes gens du quartier, et surtout les clercs de la maison, firent des vers et des chansons en son honneur.
Armand seul ne fit rien. Son compliment en proverbes lui avait acquis la réputation de bel esprit. La demoiselle lui fit quelques reproches de son silence. Armand jura qu'il n'avait fait de vers de sa vie ; mais il ajouta que, si elle le voulait absolument et qu'elle lui promit de
prendre en bonne part ce qu'il lui présenterait, il tâcherait de composer pour le lendemain un madrigal qui fût digne d'elle. Mademoiselle Toinette promit tout et courut répandre dans le voisinage qu'Armand devait faire des vers pour elle qui seraient sans doute les plus jolis du monde.
Armand, se livrant un peu trop à son caractèr-e de plaisanterie et voulant éviter les fadeurs dont toutes les autres pièces étaient remplies, lui présenta en effet le lendemain, comme il l'avait promis, et devant une grande assemblée, les vers suivants qu'il lut tout haut :
D'un cochon saint Antoine avait la compagnie ; Le ciel avec justice en fit votre patron ; De ce saint fainéant vous imitez la vie, Et vous êtes salope autan i que son cochon.
Le notaire avait trop d'esprit pour témoigner que les vers lui avaient déplu ; mais dès le soir même il chercha querelle à l'auteur et prit son libertinage pour prétexte. Il le menaça d'en porter ses plaintes à sa mère et à l'abbé Nadal,son protecteur. Armand, craignant qu'on en vîntavec lui à de dures extrémités, prit le parti de déguer-