‹ Souvenirs de Jean-Nicolas BarbaChapitre 83 sur 122 · CHAPITRE xir · texte numérisé non relu

CHAPITRE xir

pir de la maison et fut se consoler de sa disgrâce à la foire avec ses bons amis. Le notaire lui ayant fait fermer la porte au nez le soir lorsqu'il se présenta pour rentrer, et n'osant se présenter ni chez sa mère ni chez l'al^bé Nadal, il s'achemina vers le port dont il n'était pas éloigné. Il aperçut au clair de la lune un bateau chargé de foin; il se fourra dedans, et s'y endormit aussi profondément qu'il eût pu le faire dans le meilleur lit du monde. Il se réveilla fort tard, et fut bien surpris, en sortant la tête de dessous les bottes de foin où il était enseveli, de se trouver dans nn bateau qui faisait route et de voir la campagne à droite et à gauche. Deux hommes qui conduisaient le bateau ne furent pas moins étonnés de son apparition. Ils lui demandèrent ce qu'il faisait là. Armand tâcha de rappeler ses idées encore fort embrouillées tant par le vin qu'il avait bu la veille que par la vapeur du foin qu'il avait respirée pendant la nuit et une bonne partie de la journée. Enfin, il conta aux mariniers par quel événement il se trouvait dans le bateau et demanda s'il était loin de Paris. On lui répondit qu'il en était à sept lieues. Il échappe sou-

vent aux Parisiens des naïvetés singulières, quand ils sortent pour la première fois de leur bonne ville. C'est ce qui arriva au jeune Armand, qui, n'ayant jamais perdu de vue le clocher de sa paroisse, se crut à peu près au bout du monde. 11 se chagrina beaucoup, pria instamment qu'on le remît à terre et demanda ingénument à ses conducteurs s'il aurait assez d'environ cinquante francs qu'il avait sur lui pour retourner à Paris. Les mariniers, profitant de l'ignorance de ce jeune homme et lui voyant plus d'argent qu'il ne paraissait convenable d'en avoir à son âge, lui dirent qu'il était sans doute un petit fripon qui avait dérobé cet argent à sa famille, et qu'ils étaient obligés en conscience de le mettre entre les mains de la justice. Armand fut très épouvanté de cette menace; le mot de justice le troubla au point qu'il se jeta à genoux, pleura, pria et supplia qu'on eût la bonté de le mettre à terre, offrant de partager avecl'équipage l'argent qu'il avait. Les mariniers, après avoir fait bien des façons, acceptèrent la proposition en faisant beaucoup valoir leur complaisance. Ils le mirent à terre, lui montrèrent le chemin de Paris et conti-

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