‹ Souvenirs de Jean-Nicolas BarbaChapitre 85 sur 122 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

vent les uns après les autres , et le public de rire d'une aussi plaisante réunion; mais ce fut surtout à l'entrée du bossu habitué que les éclats redoublèrent. On n'avait rien vu d'aussi comique que la scène jouée naturellement par ces huit bossus , qui s'examinaient réciproquement et paraissaient surpris et chagrins de se trouver ensemble. Le bossu caustique n'osa plus reparaître dans cette loge , ni dans aucune autre trop exposée aux regards du parterre, car lorsqu'il essaya d'y revenir , il eut toujours le désagrément d'exciter la gaîté du public dont il était reconnu sur-le-champ.

Raynouard, homme de lettres, né en 1761, à Brignolles (Var), mort à Paris en 1836. On ne peut citer de lui que sa tragédie des Templiers, qui eut du succès. 11 vécut en ménage jusqu'à sa mort avec M. et madame Paquet , de Passy. A la révolution, je devais une très forte somme au père Paquet ; tous les quinze jours je lui remettais une somme de cent francs à compte; il craignait qu'une trop grande rigueur ne me fît déposer mon bilan... M. Grange, à qui je devais aussi, recevait la même somme.

Vers la fin de 1833, Paquet vint à 2 heu-

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res chercher sa rente; j'étais sorti; il revint le lendemain matin , et je le soldai : « C'est donc la gêne qui vous a féiit sortir hier? demanda-t-il. — Au contraire , répondis-je , je commence à voir clair. » J'ignorais la somme que je devais à son fils dont j'étais aussi le débiteur; le père avait été payé. Le fils , pour la garantie de ce que je lui devais , me fit brocher trois voitures de livres dont cependant il ne prit pas livraison, aimant mieux s'en rapporter à ma bonne foi. Je parvins néanmoins à m'acquitter en 1834. J'avais donné ma parole d'honneur que je ne déposerais pas mon bilan ; j'aurais dû le penser et non le dire, car je n'aurais pas payé soixante ou quatre- vingt mille francs de frais et d'intérêts, parce qu'ils auraient eu peur de moi. Avis à ceux qui se trouveraient dans la même position.

Un certain Grange, qui avait acheté pour quinze mille francs trente mille francs de mes billets, venait à la maison quatre fois par semaine. Après parfait paiement , il essaya de me faire prendre douze exemplaires d'un livre à quatre cents francs : c'étaient les Oiseaunr cCAfiique de Levaillantt Le bon Charles Gosselin ,

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choisi pour arbitre, ne put arranger l'alTaire. « Si M. Barba, lui dit-il, avait manqué, vous auriez reçu quinze pour cent, et il vous a payé intégralement. » En 1836, je m'arrangeai à l'amiable pour cette douzaine de livres.

Puisque je tiens les usuriers, je ne dois pas oublier un certain Desmure, rue du Puits, au Marais, nM. M. Garnery, qui savait combien cet homme me harcelait, prit deux mille cinq cents francs en billets de banque, et nous allâmes le trouver. Ma créance se montait à deux mille six cent vingt-six francs ; il y avait dixhuit cents francs de frais et d'intérêts. M. Garnery lui ayant représenté qu'en faisant régler le tout, on diminuerait bien ces cent vingt-six francs, il ne voulut pas en démordre; M. Garnery lui dit alors : « Barba a raison, vous êtes un méchant homme ! » Il tremble encore quand il me rencontre.

Il m'a fait arrêter trois fois en cinq jours.

Desessarts était généralement aimé de ses camarades, quoiqu'il supportât quelquefois impatiemment leurs plaisanteries sur sa monstrueuse corpulence. Dugazon surtout semblait s'être fait une joyeuse tâche de le mystifier.

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