‹ Souvenirs de Jean-Nicolas BarbaChapitre 86 sur 122 · G SOUVENIRS · texte numérisé non relu

G SOUVENIRS

Lorsque la ménagerie du roi perdit l'unique éléphant qu'elle possédait, Du gazon alla prier Desessarts de venir avec lui chez le ministre pour y jouer un proverbe dans lequel il avait besoin d'un compère intelligent. Desessarts y consent et s'informe du costume qu'il doit prendre. « Mets-toi en grand deuil, lui dit Dugazon, tu es censé représenter un héritier. » Voilà Desessarts en habit noir complet, avec des crêpes, des pleureuses, etc. On arrive chez le ministre : « Monseigneur, dit Dugazon, la Comédie-Française a été on ne peut plus sensible à la mort du bel éléphant qui faisait l'ornement du Jardin-du-Roi, et si quelque chose pouvait la consoler, c'est de fournir à Sa Majesté l'occasion de reconnaître les longs services de notre camarade Desessarts ; en un mot, je viens, au nom de la Comédie-Française, vous demander pour lui la survivance de l'éléphant. » Qu'on se figure les éclats de rire des auditeurs et l'embarras du pauvre Desessarts. Il sort furieux et le lendemain appelle Dugazon en duel. Arrivés au bois de Boulogne, les deux adversaires mettent l'épée à la main, o Mon ami, lui dit Dugazon, j'éprouve vraiment un scrupule de me

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