CHAPITRE XIII
Mademoiselle Luzy, du même théâtre, rendait, à ce qu'il paraît, plus de justice à Bouret ; il ne fut cependant pas satisfait de la manière dont elle lui accordait son suffrage.
On prétend qu'en parlant de lui en sa présence et assez haut pour qu'il pût l'entendre, elle convint qu'il jouait fort bien les rôles de bête. « Oui, mademoiselle, repartit Bouret, et votre suffrage est bien flatteur pour moi ; vous devez vous y connaître : M. votre père en faisait. » Ce mot est piquant. On ajoute qu'il ne portait pas à faux.
Anciennes actrices.
Mademoiselle Beaupré. C'était, suivant le témoignage de Segrais , une excellente comédienne, qui joua jusque dans les commencements de la grande réputation de Corneille.
Sa manière de penser relativement à ce grand homme était fort singulière ; elle trouvait qu'il avait gâté le métier. « M. Corneille, disait-elle fort sérieusement, nous a fait grand tort. Avant lui, nous avions des pièces pour trois écus ; on nous les faisait en une nuit ; le public y était
accoutumé, et. nous gagnions beaucoup. 11 est vrai que ces vieilles pièces étaient misérables ; mais les comédiens étaient excellents, et ils les faisaient valoir. Actuellement les pièces de M. de Corneille nous coûtent bien de l'argenl , et nous gagnons peu de chose. »
Madame Baron. La beauté de cette actrice surpassait encore ses talents. L'anecdote suivante en est la preuve : lorsque madanie Baron venait faire sa cour à la reine régente, Anne d'Autriche, qui voulait bien l'admettre à sa toilette, cette princesse n'avait qu'à dire aux dames qui se trouvaient présentes : « Mesdames, voici la Baron ! » pour leur faire prendre aussitôt la fuite : ce qui prouve qu'elles craignaient une comparaison pour leurs attraits.
Mademoiselle Brillant signala son séjour à l'Opéra-Comique par une espièglerie un peu forte, dont nous croyons pouvoir nous permettre le récit.
Les principaux vaudevilles de la Chercheuse d'esprii, opéra-comique de Favart, joué en 17^1, furent parodiés par un jeune homme, qui jugea que, pour donner plus de vogue à ses couplets, il devait les rendre très méchants. Il prit pour