CHAPITRE XIII
objet de ses sarcasmes toutes les actrices qui jouaient dtius la pièce qu'il parodiait, elles déchira cruellement. Elles résolurent de se venger : mademoiselle Brillant se mit à la tète du complot, et, dès le lendemain, toutes ses mesures étant prises, elle alla se placer à côté du jeune homme, qui se pavanait à l'amphithéâtre. Elle le combla de politesses et parla de ses couplets avec les plus grands éloges. « Vous ne m'avez pas ménagée, lui dit-elle, mais je suis bonne princesse, et je ne saurais me fâcher quand les choses sont dites avec autant de finesse et d'esprit. Il y a quelque-unes de mes compagnes qui font les bégueules ; je veux les désoler en leur chantant moi-même vos couplets publiquement. Il m'en manque quelquesuns; faites-moi l'amitié de venir les écrire dans ma loge. » Le jeune homme donna dans le piégc et la suivit après le spectacle. Dès qu'il fut entré, toutes les actrices, qui l'attendaient armées de longues poignées de verges, fondirent sur lui et l'étrillèrent impitoyablement. L'officier de pohce, quiaccourut aux cris du patient, eut beaucoup de peine à faire cesser l'exécution et plus encore à s'eiupêcher de rire. Quant à
l'auteur fustigé, dès qu'il se vit libre, sans se donner le temps de réparer le désordre dans lequel ces dames l'avaient mis, il prit la fuite et fut si honteux de son aventure que, trois jours après, il s'embarqua pour les îles.
Madame Champmeslé. Judiili , tragédie de Boyer, jouée pour la première fois le Zi mars 1695, avait été fort applaudie avant la clôture. A la rentrée, ce ne lut pas la même chose ; les sifflets accueillirent cette belle Juive, quoique représentée par madame Champmeslé. Étonnée d'entendre cette musique à laquelle ses oreilles n'étaient pas accoutumées, l'actrice s'avança sur les bords du théâtre et dit : « Messieurs, nous sommes assez surpris que vous receviez aujourd'hui si mal une pièce que vous avez applaudie pendant le carême. » Dans l'instant, une voix aiguë partit du fond du parterre et lui répondit : « Les sifflets étaient à Versailles aux sermons de l'abbé Boileau ! »
Mademoiselle Clairon. Engagée à donner quelques représentations sur le théâtre de l'une des principales villes du midi de la France, elle y jouait un jour Ariane, et l'on sait qu'elle fut constamment admirable dans ce rôle. Au