‹ Souvenirs de jeunesse, 1828-1835Chapitre 18 sur 41 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De tous les professeurs qui répandaient quelque éclat sur l'Université de Munich, celui que je voyais le plus souvent, c'est le philosophe Baader^. J'ai pensé bien souvent qu'un peu de vanité dans un homme est pour lui un encouragement à se faire valoir, et pour les autres un moyen de profiter de ce qu'il a et de ce qu'il vaut. Les hommes surnaturels n'ont aucun besoin de ce mobile humain pour agir, parce qu'ils reçoivent de jilus haut leurs aspirations, et qu'ayant toujours Dieu en vue, la charité leur suffit pour les pousser à l'action et leur donner le désir d'être utiles ou agréables aux autres. Mais un homme qui ne serait pas pieux, et qui avec cela n'aurait aucune vanité, serait insupportable dans le commerce ordinaire de la vie et ferait peu de chose pour l'utilité ou l'agrément des autres. La vanité, en inspirant à l'homme le besoin de paraître et de plaire, le force à produire au dehors les qualités qui peuvent le faire

1. Sur Baader (1765-1841), M. G. Goyau cite les deux volumes de J. Classens, Franz v. Baaders Leben und theosophische Ideen.. Stuttgard, 1886.

258 A TnAVEus 1. alli;.m\g.m:

briller. Pour nUeindrr sdii but, il est obligt- de cacher avec soin les di'faiits (jui ]»ourraient affaiblir bi bonne- (»|>iMion ([n'il cherche à leur donner de lui-même, tandis qu'il doit s'efforcer de montrer dans tout leur jour les qnalitcs ou les agréments qu'il possède ou qu'il croit poss(''der. Mon ex|)éricnce m'a confirmé dans cette ojunion, et Baader est peut-ctrc pour moi la preuve la jdus frap])ante des avantages «pie 1 on peut retirer d'un homme, (|ui sait beaucoup et (pii,. par nn secret sentiment de vanité, (b'sire montrer ce qu'il sait. J'ai ]»en ])rofité dans mes raji|)orls avec Gorres et Dôllingcr, (|uoi(prils eussent chacun dans son irenre autant de science (lue Baader. Mais ils n'avaient ])oint comme lui ce mobile ([ui porte un homme à se faire valoir. Ils ("taient tous les deux trop modestes ])0ur sentir le besoin d'être applaudis. Baader, au contraire avait un insatiable besoin delouanges et d'éloges; et pour les obtenir il montrait aux autres, avec une cof[uetterie charmante, le cAtépar où il brillait davantage. Or, ce côté, c'était l'intelligence et l'esjtrit, deux rpialités dont l'accord est excessivement rare, mais qui se trouvaient rc'unios à un degré éminent dans sa ]»ersonne. Il avait l'intelligoncc de Platon et res|)rit de Voltaire. Il était ]>orsuade que chaque homme porte dans les traits de son visage le tvpe d'un animal, et (pie ce type exté-rieur correspond toujours à certaines a]>titudes de l'âme et n'en est ([ue le signe et Texpression. Il répétait souvent, avec un certain sentiment d'orgueil, ([u'il avait le type de l'aigle, mais il ue s'aj)ercevait pas ipi'il y avait aussi chez lui un peu du perrofpiet.

Si j'avais à classer les hommes (pie j'ai connus dans mes voyages, je ])lacerais sans hésiter Baader au premier rang, comme ])hilosophe, et je ne craindrais pas de le mettre au-dessus de Schelliug et de Hegel, quoique le jiremier lui soit inlinimcut supé-

rieur pour la forme et larrangement d'un système. Si Baader avait eu la forme de Schelling, la beauté de son style, renchaînement logique de ses pensées et sa facilité à combiner un vaste ensemble didées et k les réduire en système, il aurait mérité de s'asseoir à côté d'Aristote et de saint Thomas. Mais son intelligence était comme un volcan où bouillonnaient les idées les plus belles et les plus fécondes, mêlées aux conceptions les plus étranges et les plus bizarres, et dont les irruptions lançaient, avec de superbes jets de flammes, d'énormes amas dune cendre inutile. Baader n'a jamais pu réduire en système la masse prodigieuse d'idées et de faits cpiil avait acquis par la lecture et l'observation. Son livre le plus remarquable, celui où il a déposé le plus d'idées, exprime merveilleusement dans son titre la nature de cet esprit, où la pensée fermentait sans cesse comme un vin généreux, sans pouvoir jamais obtenir cette clarté, cette limpidité qui la rend accessible aux autres. En donnant à ce livre le titre de Fermenta CognitioniSy Baader semble avoir voulu donner Tétiquette de son intelligence. Cet homme en effet n'a laissé après lui que des ferments de connaissances. Chacune de ses pensée est comme un levain qui, déposé dans uneintelligence bien disposée, peut y produire une vive fermentation et la soulever par un travail intérieur et profond. Il disait souvent lui-même dans ce langage énergique et imagé qui lui était propre, que sa mission était de féconder les intelligences, mais qu'il ne se chargeait nullement de nourrir et d'élever les enfants dont il était le père '. En effet, sa conversation était on ne peut plus intéressante: elle valait pour le

1. Lorsque Montalembert s'impatientait de ses déductions subtiles, il lui disait : « On n'entre pas en pantoufles dans le ciel de l'intelligence : la tète doit être brisée aussi bien que le cœur. » 'Lecanlet, Monlalemberl, sa Jeunesse, p. 382.)

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n'sultat le livre le meilleur et le mieux ('ci'it. Quaud il ('tait auinu' surtout, .sou iutelligeucf iuoiulait la vôtre comme d'une pluie de germes, qui, reçus dans un terrain convenable et cuit ivc's avec soin, pouvaient produire une riche moisson d'idées. !Mais ces germes, il les jetait au hasard, sans suite, sans intention, semblables à ces fleurs dont h; pcdlen échappe à leurs étamines trop chargées, et est })orté çà et là jiar le cajirice du hasard et du vont, au fond du calice des fleurs qu'il doit féconder. Je ne suis jamais sorti d'auprès de cet homme, sans éprouver au fond de mon âme comme un travail intiM-ieui- analogue à celui de la fécondation. Et après (juehjues jours de repos, je sentais germer en moi de nouvelles pensées, d.)nt je ne ]>ouvais méconnaître l'origine. Mais il fallait recevoir les idées de cet homme comme il les donnait lui-même ; les saisir au vol et laisser fuir celles qu'on n'avait \n\ i-etenii-, autrement on s'ex|>osait au danger de n'en saisir aucune. Chercher un lien entre ces sentences, ces aphorismes (jui jaillissaient de ses lèvres comme des rayons di' lumière, lui demander l'exjjlication d'une })roj)Ositi()n obscure (tu incomprise, jeter une objection au devant de cette intelligence dont la marche consistait en des bonds irréguliers, c'eût (Hé éteindre en lui le feu de Tinsjùration et le réduire au silence. Baader avait puisé aux sources les plus diverses et les ])lus jji-ofondes, mais son csi)i'it était si solide et si ferme, (pu'decette diversité il n'(''tait résulté pour lui aucun désordre, ni aucune confusion. Sa ])arole était calme et lueide; sa conversation, toujours vive et animée, étincclante de lumière, était assais(jnnée de temj)s en tenij)S])ar dos jeux d'esprit et des bons mots ^\m soulageaient lattention, (ju'auraient inévitablement fatiguée les matières s(''rieuses et obscures ([u'il traitait. Dès (pi il i)renait la jtlumo, ce u'(''tait |»lus le nn^me homme.

Sa phrase devenait énigmatique. Sa pensée se perdait dans des nuages épais, dont l'obscurité était interrompue de temps en temps par de vifs éclairs. Il était complètement dénué de la faculté de coordonner un ensemble d'idées, faculté sans laquelle un philosophe ne devrait jamais se permettre d'écrire. Car si elle n'est pas indispensable dans la conversation, qui va par sauts et par bonds, elle est une nécessité dans un livre, surtout lorsque ce livre traite de matières philosophi(pies. Ceux qui ne connaissent Baader que par ses livres doivent avoir une faible idée de son intelligence, et s'imaginer que c'était un esprit obscur, qui ne se comprenait pas lui-même, et ([ui par conséquent ne pouvait se faire comprendre des autres. Cependant, après l'avoir entendu causer, on était persuadé que ce n'était ni la clarté, ni la fermeté qui manquait à son intelligence, mais la constance et la suite ^

11 avait une dialectique vigoureuse et serrée, c'était dans la discussion un adversaire terrible, dont les coups laissaient presque toujours une empreinte profonde. Il avait étudié particulièrement Platon, et Celse, Porphyre et Jamblique, les derniers héritiers de sa doctrine, qu'ils avaient voulu ressusciter, en la combinant avec les idées judaïques et chrétiennes ; et il devait une grande partie des qualités de son esprit à l'étude de saint Thomas, pour lequel il professait un culte spécial. Son esprit, naturellement porté vers le côté mystérieux des choses, aimait à plonger dans ces abîmes, où l'on ne descend guère

1. « Les écrits de Baader, a dit Rio, tout en accusant une profondeur de vues qui n'a peut-être jamais été surpassée, laissent tant à désirer sous le rapport de la méthode scientifique, que l'assimilation des grandes idées qu'ils contiennent ne saurait être que le privilège d'un très petit nombre d'adeptes. - [Épilogue, t. II, p. 239.)

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sans témérité, à moins qu'on n'y g-arde avec soin la lumière de la foi, qui seule peut guider la pensée dans ces sombres souterrains. Les ouvrages qui avaient un ra])j)ort plus ou moins direct avec les sciences occultes, telles que la magie, la théurgie, l'astrologie et l'alchimie, avaient ])Our lui un attrait singulier. Il avait lu et étudié la cabale juive, les ô'crits d'Avicenne, de Jérôme Cardan. Mais riiomme qui avait exercé sur lui la plus grande influence était ce savetier illumini', nommé Jacob Bôhme, qui ne savait ni lire, ni écrire, mais qui dictait ses oracles, les yeux fixés sur une ])la([ue de nu'lal. Les <^crits de ce visionnaire, tanlôl sublime, tantôt fou, estaient la nourritui'e habituelle de son es|)rit. Ils étaient pour lui ce qu'avaient été ])()ur saint Thomas -ceux d'Aristote. Il voulait même en donner une ('dition nouvelle avec des notes et des commentaires. Il avait aussi une grande estime i)our Saint-Martin, le philosophe inconnu. <[ui s'était formé hii-mome ])ar la lecture de Jacob lîoinne '. Ce culte de Baader [>our un homme auquel il (Hait de beaucoup supérieur, cette soumission, ou plutôt cet asservissement, a nui singulièi-ement au d(^veloj)pement de son intelligence, «n aiîaiblissant en lui le sentiment de la foi catholique, et en retenant sa pensée dans ces régions mystérieuses, où elle nutiMpiait à la fois d'air, d'espace •et de lumière, lîaader ne s'est jamais complètement lavé des rej)roches de panthéisme. Il n'aimait pas qu'on l'interrogeât sur ce sujet. Il était gêné, ses réponses étaient obscures (;t évasives. Et tout en accusant Schelling et Hegel de panthéisme, et en croyant

1. « Jacob Bichme et Saiiil-Marlin, dit Lenninior, ne pouvaient renconlror un pro|)a!,ralcur plus inlelliLjcnl cl d'une verve plus envahissante. » [()p. cil., t. il, p. iW.) — M. (ioynu a dit de Maader (|u' " il donnait un ia«joùt théosoplii(iue avec sauce callioli'[ue <>. (T. Il, p. 82.)

y échapper lui-même, il laissait entrevoir, par les explications qu'il donnait, qu'il se rapprochait d'eux, bien plus qu'il ne le croyait.

.Baader qui, par une mauvaise administration, avait dépensé la plus grande partie de sa fortune, •demeurait à la campagne, dans une modeste habitation, à une demi-lieue de Munich. Comme c'était un homme à qui la société était nécessaire, et qui aimait à être entouré de disci})les attentifs à sa parole, il partait tous les matins, après son déjeuner et venait passer la journée à Munich, allant chez l'un, ■chez l'autre, parcourant les rues, les mains derrière le dos, dans l'attitude d'un homme qui médite. En effet, son esprit n'était jamais plus occupé que lorsque son corps était en mouvement. Les objets extérieurs, le bruit aidaient en lui le développement de la pensée au lieu de le contrarier. Et ■comme il ne pouvait rien garder pour lui seul,. dès c[u'il avait découvert quelques nouveaux points de vue dans ses méditations philosophiques, il cherchait quelqu'un à qui il put faire part de son heureuse déxîouverte. Il s'adressait le plus souvent à moi, parce qu'il savait quelle haute idée j'avais de son intelligence, et quel prix j'attachais à ses pensées. Il s'exjH'imait toujours en français avec moi^, et quoiqu'il connût assez cette langue pour parler avec facilité sur toutes sortes de sujets, il n'en possédait cependant pas assez l'esprit, pour éviter ces incorrections qui font reconnaître au premier abord un

1. Il écrivait quelquefois en français. Lerminier cite de lui {op. cil., p. 187, note) un long fragment sur le lemps, plein d'aperçus ingénieux. VAvenir du 11 mai 1831 publia une longue lettre écrite par Baader à Montalembert qui lui avait demandé son opinion et celle de ses amis d'Allemagne sur V Avenir; Baader y louait vivement ce journal, « consacré à défendre les .plus hauts intérêts de l'humanité, de la religion et de la liberté ».

('trang-er. Toutefois ces incorreelious elles-mêmos donnaient à ses piirascs je ne sais quoi de naïf et do pittort'S((uo, (|ui, loin de chofjucr, intéressait au contraire. Il mêlait ensemble des mots anglais et des mots français, prenait très souvent pour guide l'étymologie latine, ce qui produisait (juehpiefois des associati(»ns de mots étranges et bizarres. Mais quand il ]>arlait, il était difficile de ne pas le comprendre, tellement sa parole était vive, incisive et animée, J'allais tous les matins, quand le temps me le ])ermettait, le trouver à sa campagne, aiin île pouvoir causer avec lui. J'assistais à son déjeuner et à sa toilette, et je revenais en ville avec lui, de sorte que nous passions ensemble tous les jours trois ou (juatre heures. Dès qu'il causait, le temps disparaissait pour lui, il oubliait et ce qu'il avait fait et ce (piil avait à faire, et il nous est arrive- bien souvent do mettre trois heures à faire le chemin de sa campagne à la ville. Lorsque j'étais rentré chez moi, je repassais dans mon esj)rit les choses qu'il m'avait dites, tâchant d'attacher à un iil toutes les pierres précieuses qu'il avait jetées çà et là, dans l'entraînement de la conversation, afin de ne rien j)erdre de ce qu'il m'avait donné. J'essayais de tracer à grands traits une esquisse de sa philosophie, (pii fut à cette époque insérée dans la Bévue Européenne^ Mon but était

1. La Revue européenne ronlicnt froi? nilirles d'Kloi .Ioiir<lain sur Baader : 1" Kxposilion «lu sysh'ino i)liil<)soplii(|uo de lîaailor (t. I, n" l,pp. 71-85); 2° Analyse de la jilulosopliie de I^.aader; développement de la doctrine callioliipie sur la cerlilude (t. IH, n» 7, pp. f)4-7()); 8° Suite et fin du ni(^me article (t. III, n" S, pp. lS2-201j. — Dans la mémo Hernie européenne, il y a trois articles de l'rançois Raader lui-mcMne : I» nenutr(jueR sur la philosophie lie Baailer et sur les objeclions au.T(iuelles elle peut donner lieu (l. I, pp. 29H-3<ir)); 2" Sur la liherlé néqalive el posilivc (t. II, pp. 192-134) ; 3" .Sur la restauration des Étals \V. II, pp. 338- 339).

moins encore de faire connaître au public français les idées de Baader, que de piquer celui-ci d'émulation, en procurant à sa vanité si susceptible un triomphe dont elle devait être flattée. Car par un privilège singulier, la langue française est comme le coin qui donne aux idées leur empreinte et leur cours. Aussi l'honneur d'être traduit en français, ou analysé, ou au moins mentionné avec quelques mots d'éloge dans une revue française, est pour les écrivains étrangers ce qu'étaient pour les conquérants romains les honneurs du triomphe. La réception du numéro de la Revue Européenne^ qui contenait l'esquisse de sa philosophie, ïut pour Baader un véritable événement, qui fournit matière pendant plusieurs jours à ses réflexions et à ses conversations. L'espoir d'occuper encore le public français, le rendit plus communicatif et plus expansif envers moi. J'étais fort vis-à-vis de lui, car j'avais derrière moi la France tout entière, que je représentais à ses yeux. Je le tenais par l'amour-propre, il me tenait par l'intérêt. Or il ne pouvait guère s'établir d'autres relations avec un homme tel que Baader, dont toutes les facultés avaient été comme absorbées par l'intelligence, et qui ne savait plus faire autre chose que penser et réfléchir. Sa famille elle-même lui était devenue en quelque sorte étrangère, et le désir de se débarrasser des soins qu'elle lui imposait n'avait pas été peut-être étranger à la résolution qu'il avait prise, de se fixer à la campagne. Et pourtant, sa femme était, disait-on, remarquable par son esprit et son éducation. Elle appartenait, je crois, à une des meilleures familles de Bohême, et souffrait beaucoup de la négligence de son mari. Malgré les relations fréquentes que j'avais avec lui, il ne m'a jamais été possible de rencontrer sa femme, et je n'ai entrevu sa fille que cinq ou six fois. Elle ressem-

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blait beaucoup à son père, et passait ])our avoir une belle intelligence.

Baader, au déclin de sa vie, a donné un triste th'nienti aux idées et aux sentiments dont il s'était fait jus([UL'-là l'apôtre. On l'avait considéré comme le représentant de la philosophie catholitpie, et c'est en cette qualité qu'on ro})posait à Schelling et à Hegel. Mais une question d'amour-propre le mit en révolte ouverte contre le Saint-Siège ^. Ses amis, ou plutôt ses disciples lui pardonnèrent moins encore peut-être la faiblesse qui, à Tâge de soixante-quinze ans lui fit épouser sa domestique, qui n'en avait (|ue vingt-cin([. Il survécut peu de temps à ce mariage, et Dieu lui accorda la grâce de reconnaître ses erreurs avant de mourir, et de faire une ju'ofession de foi rassurante pour sa famille et ses amis. Au reste, ce philosophe catholique ne connaissait du catholicisme (pie la théorie. Il dissertait admirablement sur l'efficacité des saci'ements et de la prière, mais il ne i)araît pas ([u'il usât beaucoup pour luimême de ces moyens (ju'il recommandait si chaleureusement aux autres.

On ne peut s'imaginer un contraste plus fraj>j)ant que celui (jui existait entre Baader et Schelling. Ce qui distinguait ce dernier, ce qui lui a donné cette immense influence, cette puissance souveraine sur tous les esprits en Allemagne, c est l'admirable clarté de son style et cette faculté de ])roduire au

1. Il travailla pondant se? derniôres années à préparer l'union des Églises, en les soustrayant à la « dictature papale ». ("est pourfiuoi Henri Heine le ménageait un peu : « Baader, disait-il, .se tient encore un peu séparé de celle pieuse confrérie de Munich, qui s'est proposé de sauver la religion par la philosophie. .) (De l' Aile ma (j ne, t. 1, p. 300.)

dehors et de rattacher par k^s liens d'une logique inflexible toutes les conséquences d'un principe. Faculté si précieuse dans l'homme, qu'elle est en quelque sorte pour lui, ce ([u'est en Dieu le pouvoir de créer. En effet. Dieu crée en tirant Je rien quelque chose, et l'homme l'imite en faisant sortir d'une cause ou d'un principe, les effets ouïes conséquences qui y étaient renfermés. Mais trop souvent l'homme pousse encore plus loin l'imitation, en faisant sortir queiipie chose de rien. C'est ce qui arrive quelquefois dans les créations de Tintelligence et dans les systèmes des philosophes. C'est ce qui est arrivé pour Schelling, dont le système repose tout entier sur une conception de son esprit, sans réalité, mais qui, une fois admise, justifie rigoureusement toutes les déductions qu'il en a tirées.

La question fondamentale de la philosophie, celle que tout philosophe est obligé d'aborder et de résoudre avant toutes les autres, parce que la solution de toutes les autres dépend de celle qu"on lui donne, celle qui occupe l'esprit humain, depuis que l'esprit humain a essayé de se rendre compte des choses, c'est de savoir s'il y a une relation nécessaire entre les conceptions de notre intelligence et les objets qu'elles nous représentent, ou, comme l'on dit aujourd'hui, entre le sujet qui pense, et l'objet de la pensée. Il est évident que si cette relation n'existe pas, il n'y a plus de certitude, et dès lors, il ne vaut pas la peine d'étudier l'essence des choses et les rapports qui existent entre elles. Parmi les philosophes qui se sont occupés de cette importante question, les uns ont considéré les objets extérieurs, comme existant indépendamment du sujet qui les conçoit et les contemple, et comme le principe ou du moins l'occasion des perceptions de ce dernier. Les autres, au contraire, ont prétentlu

que l'objet, bien loin de produire la perception, est le résultat de celle-ci. Et ils ne; faisaient on cela que tirer la dernière conclusion du fameux axiome de Descartes : « Je pense, donc je suis, » En effet, si l'homme peut déduire son existence de sa pcnst'e, pourquoi ne pourrait-il pas^ en vertu du même principe, et par un }>rocéd('! égal, déduire de sa pensée, les autres existences? De tous les ])hilosophes, Fiehte est celui qui a pouss(3 le plus loin co pi-incij)e. Dans son système entendu rigoureusement, l'homme ou le sujet, le moi crée véritablement l'univers. La pensée est une ])roduction réelle. Cha(|ue parole de l'homme équivaut à ce fîat, par le({uel Dieu a tiré le monde du m-ant. Les conséquences dun pareil système sont faciles à deviner. Elles effrayèrent les philosophes allemands eux-mêmes, ces Titans de la pens(''e qui, depuis si longtemps, cherchent à escalader le ciel, ces nouveaux Prométhées, qui essayent de ravir à la divinité le feu sacré de la vie, afin d'animer les créations de leur esprit. Schelling voyant ([u'il n'y "avait pas moyen de démontrer logi(piemeiit la réalité des relations qui existent entre le sujet et l'objet, entre le moi et le monde extérieur, trouva plus simple et plus expéditif de nier la différence qui les sépare et d'affirmer leur indilîérence ou leur identité. En effet, si le sujet et lobjet sont une seule et même chose, il n'est ]>lus besoin de chercher à expliquer les rapjiorts qui les lient. C'est là le dernier mot do la pliiloso])hie allemande, et Ion peut ajouter de l'ahorralion humaine. C'est le panthi'isme, exposé scientifiquement, avec toutes ses cons('>((uonces intellectuelles, morales, sociales et politi(pies. Ce n'est plus, il est vrai, lo pauthc'ismo subjectif de Fiehte, ni le panthéisme objectif de Spinosa, mais cest un ))authéismo objectif ol subjectif à la fois, et dont les n'-sultats sont les mêmes

pour l'homme et la société. Le système de Schelling a été modifié, interprété, développé diversement par les philosophes qui l'ont suivi et surtout par Hegel; mais il est resté le fond de tous les systèmes, et de l'Allemagne, il a passé en France où il essaie depuis vingt ans de s'établir dans les écoles, sous des formes plus appropriées à l'esprit français. On peut dire que Schelling est devenu, pendant quelque temps en Allemagne, le roi de la pensée, et que son système, présenté avec un admirable talent et rendu accessible à Fimagination par l'éclat d'un beau style, a régné non seulement dans les écoles de philosophie, mais encore dans les sciences physiques et naturelles, dans l'histoire et la poésie même. On en rencontre des vestiges dans tous les ouvrages cjui ont paru en Allemagne, pendant une période de plus de vingt ans.

Puis, le moment de la déchéance est venu pour lui comme pour tous ces rois de l'intelligence qui essayent de lutter contre Dieu et de lui ravir ses secrets. Après avoir enseigné la philosophie à l'université de Munich, il a été appelé à Berlin, pour y occuper la chaire qu'avait laissée vacante la mort de Hegel. Et cet homme, dont le sceptre avait gouverné l'Allemagne dans tous les domaines de l'intelligence, est devenu suspect à ses sujets rebelles, qui ne trouvant })lus en lui cette audace d'esprit, et ces téméraires hardiesses de la pensée qu'ils admiraient autrefois, l'accusent hautement d'avoir vieilli, d'avoir été infidèle à ses convictions et de s'être laissé envahir par ce piétisme étroit, qui dédaigne la philosophie. On a même osé le soupçonner d'être chrétien, et d'admettre la révélation, lui, le rival de Dieu et de sa création K

1. « M. Schelling, disait H. Heine, a trahi la philosophie et l'a livrée à la religion. » [Op. cil., p. 295.) Lerminier, au contraire,

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Lafig-ure deSclielling ra|)])elle, d une niaiiièr*; frappante, le tyj)e du Hou. C'est un homme grave, réservé, ])arlant ])eu, ])oli comme un Fianeais, ef dont le genre s'éloigne en toutes clioses de l'abandon et de la simplicité naturelle à ses compatriotes. On voit (pril j)0se devant ceux ([ui le visitent, ((u'il pense à sa renommée et à sa gloire, et (ju'il chercluî à ne rien dire et à ne rien faire qui jouisse affaiblir Tune ou ternir l'autre. Son débit dans la chaire n'avait rien de remar([uable ; dès ([u'il était assis il tirait son carnet de sa j)0che, mettait ses lunettes, et lisait d'une voix lente et monotone la leçon qu'il avait ]»r('']iar(''C. C était j)robablement une jirécaution (|ue lui iiLspirait sa crainte habituelle d'être mal compris. Car je ne puis su|»poser qu'un aussi grand écrivain que Schelling, fût obligé d'écrire toujours avant de parler, sur des matières ({ui avaient fait l'étude de toute sa vie déjà bien avancée, et qui devaient, par conséquent, lui être familières.

Comme contraste avec cette })ersonnalité froide et comj)assée, je dois mentionner ici Schubaert. Cet homme est toujours resté ])Our moi l'expression la plus complète duj)iétisme allemand '. Baader, quincman-

affirinait de Scliellin|2; qu'il n'était « ni un congréganiste anibilieux. ni un jésuite liy[)ocrito » (p. 29). Sur sa iiiiilosopliic religieuse, voir Hi(». ÉpiloijueA. II. p. Kiô, et G. GoY.vr. op. cit.. t. II, pp. 77 et s<pj. Haadcr appelait |iittoresquement la pliiiosopliie de .son risal « un rauoùt panthéiste avec une sauce chrétieiMie ». 1. Lehminieh, .1» iteln du lihin, t. II, p. ISC: « Le haut piélisme, que repiésenlenl Tlioluck cl ses disciples, nie le rationalisme chrélicti du protestantisme ordinaire, et s'élève à la conception dos faits surnaturels de la révélation et du dogme, par un etlort de loi et damour. L'iidelligence s'emploie à comprendre la nécessité de la foi et la sainlelé de l'amour: elle met son

quait jamais de décocher un ti-ait dVsprit, et qui d'ailleurs ne pouvait pardonner à Schubaert de ne pas partager ses idées, disait de lui qu'il appartenait à la famille des mollusques. C'est un homme gros et grand, aux joues roses et joufflues, sur les lèvres de qui repose un éternel sourire, expression d'un profond contentement de soi-même, et dont le gosier laisse échapper presque continuellement un léger murmure, tendre et jjlaintif, comme celui que fait entendre une mère qui caresse son enfant. On ne saurait être meilleur, ni plus complaisant, plus bienveillant, plus accueillant, plus tendre que Schubaert. Seulement c'est une bonté qui manque de consistance et de fermeté, qui a plus d'étendue que de profondeur, qui sent plus qu'elle n'agit, et dont le sentiment se rapproche beaucoup de ce que nous appelons sentimentalité, pour exprimer ce je ne sais quoi de vague et d'indéfini qui flotte entre le cœur et l'imagination, et qui tient presque autant à la constitution du corps qu'aux dispositions de l'âme. C'est, si l'on veut, la charité ]»iétiste. Lorsque j'allais visiter Schubaert, je le trouvais souvent à son piano, chantant quelques cantiques ou quelques psaumes. Le culte, pour les protestants de cette secte, tend de plus en plus à se retirer des temples dans le sanctuaire de la famille. Qu'iraient-ils, au reste, faire dans les temples où on leur prêcherait une doctrine qu'ils repoussent, où le prédicateur les blesserait peut-être dans leurs convictions les plus intimes et les ])lus chères ?

Schubaert ne manquait jamais de donner à ceux

triomphe dans sa soumission. Par le piétisme,le protestantisme échappe à la morale rationaliste; il reprend de la chaleur et de la passion ; il renoue les traditions mystiques du génie allemand, et il prépare une révolution au sein des églises de Calvin et de Luther. »

<jul le visitaient le baiser de tommunioii fraternelle, et de leur offrir ensuite un verre de bière ou de vin. Il cause peu, et sa conversation est si di'sagréable, son ton si plaintif et si monotone, qu'un étranger doit avoir beaucoup de ])eine à le comprendre. Il ne j)arle guère (jue par aspirations ou maximes asc(''ti(pies, ne contredit jamais personne, manifeste toujours avec les catholi([ues un jirofond respect ]»our leur doctrine, et ne se ])ermettrait jamais de rien dire ({ui put blesser leurs convictions. Au reste, il est avec tout le monde ce qu'il est avec les catholi(|ues, et il vous est difficile de sortir d'auprès de lui sans être persuadi' qu'il partage vos sentiments et vos vues. Il a des amis dans toutes les sectes protestantes^ et il sait agir et parler de manière que toutes savent (|ue s'il n'est pas avec elles, il n'est pas du moins contre elles.

Schubaert professait àrunivcrsitc de Munich l'histoire naturelle, et il a ])ublié sur cette science, et sur (piel([ues autres qui s'y rattachent, des ouvrages remarquables autant j)ar le fond que par la forme qu'il a choisie et qui exprime admirablement la nature religieuse, mysticpie et ])0(''tiquc de son âme. Chaque cha|)itre de ses livres est un hymne, ou une m('*ditation philosophique et j)ieuse à la fois, dans le genre de Pluche ou de Gousin-Desjtrc'aux. Schubaert est ])Our les Allemands ce qu'a ctc j)0ur nous Bernardin de Saint-Pierre, en tenant comj»te toutefois des ditr-rences (jue doivent l'-tablir entre eux, l'i'pocjue et la nation auxquelles ils a]>j)artiennent, et en reconnaissant dans le dernier une incontestable supérioril('' de style. Celui do Schubaert est monotone, souvent mani(''n'', flasque, dilTus, sans nerf et sans consistance, et il finit presque toujours par fatiguer, à cause de la profusion des images et de la coni limité du ton lyri(pic et pieux qu'il a choisi. Son mysti-

cisme l'a porté à étudier de préférence les rapports qui lient le inonde spirituel et le monde matériel. Et il faut convenir que, parmi beaucoup de conjectures hasardées, il en est un grand nombre qui ont acquis un haut degré de probabilité et que les sciences naturelles lui doivent la découverte et l'observation de plusieurs faits importants. C'est ainsi qu'il a constaté que, dans Tannée où Xotre-Seigneur est né, il y a eu dans le monde sidéral comme un immense salj- ])at, et que les grands corps qui le composent avaient achevé pendant cette année leurs révolutions.

Ses ouvrages sont pleins d'observations de ce genre, et il est à regretter qu'une traduction ou plutôt une analyse fidèle ne les ait pas fait connaître en France. Peut-être auraient-ils contribué à élever et à agrandir la sphère étroite où le matérialisme a retenu jusqu'ici chez nous les sciences naturelles. Par une fatalité qu'on a peine à comprendre, la plupart des hommes qui les ont cultivées en France, loin d'être élevés vers Dieu par la contemplation de ses merveilles, se sont inclinés vers la terre, et plusieurs même sont descendus jusqu'au matérialisme le plus abject. En Allemagne, l'étude de la nature a généralement produit un effet contraire. La plupart des naturalistes allemands ont été des hommes profondément religieux, et Schubaert peut être considéré comme la plus haute expression de cette tendance. Au reste, il doit la plus grande partie des qualités qui le distinguent sous ce rapport aux relations intimes qu'il eut dans son adolescence avec le grand Herder, dont l'esprit philosophique et religieux contrastait d'une manière si frappante avec le scepticisme de son époque. Schubaert était le fils d'un pasteur protestant, qui, ayant été d'abord destiné par son père au ministère ecclésiastique, avait été bientôt détourné de cette vocation par son goût prononcé

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et priicoce pour les scieiH-cs naturelles. Mais |»eutélre doit-il aussi en partie aux ('-tudes théologi(|ues de sa ])remière jeunesse re sens reli<^'ienx et niysti([ue <pii res]>ire dans tous ses ouvrages, et sans le([uel ICtude de la nature dessèche souvent le cœur, abaisse lesprit et le renferme dans la sj>liore étroite des plK'noniènes sensii)les. Il exerça la mc-decine pendant plusieurs années, puis son goût décidé ]»our la minéralogie l'attira à Freiherg en Saxe; et, depuis •ce temps, les sciences naturelles ont ét(' lohjet constant de ses études, dont son Histoire de rame peut être considérée comme le dernier résultat. C'est dans -cet ouvrage qu'il a concentré les rayons qui se trouvent épars dans ses autres livres, dont le titre, souvent original, exprime assez bien le caractère mystique et la forme. La chimie, l'anatomie comjtarée, l'astronomie, la géologie et la minéralogie ont été successivement l'objet de ses études, et lui ont fourni l'occasion de faire des observations int(''ressantes et curieuses dans chacun de ces domaines.

Le roi de Bavière, dont la vanité visait aux honneurs de la popularité, et qui paraissait favoriser également les partis, i)our que rien ne troublât le <'oncert de louanges ([u'il désirait obtenir, avait eu «oiii dans la composition de l'université de Munich de nuittre en ])résence les hommes les plus oj){)OS('*s. II se donnait d'ailleurs, par cette conduite, la réputation d'un homme imi)artial et modéré dans ses convictions; avantage inapj>r(''<'iable dans nu tcmj>s où les hommes n'ont j>as de loi et ne songent (ju'à jouir. De même donc qu'il avait oppost' Schellingà (iorres, ainsi donna-t-il Othen pour contr(']»oids à Schubaert, mettant en jtrc'sence le mysticisme de (-«'lui-ci et hî matérialisme grossier de celui-là. Jamais peut-être le nialé-rialisme n'avait ('te* formulé en Allemagne d'une manière plus ouverte et plus audacieuse. Et le roi sa-

Taitbieiice ([u'il laisiiit en appelant Othen à Munich, puisquece dernier avait déjà étc'' oblige'^ de ([uitter l'Université d'l(''na, la j)lns tolérante de tontes les universitt'S allemandes, à cause des excentricités politiques du journal ([u'il ])ubliait sous le titre à'Isis. Quoique ce journal lut consacré principalement à l'examen des questions <[uise ra])|)Oi-taient aux sciences naturelles, il faisait néanmoins dans les autres domaines des excursions qui n'('taient ]»as toujours heureuses, et qui lui Taisaient ])erdre son caractère scientifique. S'il s'était contenté de nier Dieu et le monde spirituel, la colère des ])rinces ne se lut })as allumée pour si peu de chose. Mais il s^'tait permis de censurer leurs actes et de leui- ra])peler leurs ])romesses. Le cas était beaucoup ])lus grave, et Othen, contraint de choisir entre son journal et sa chaire^ sacrifia celle-ci. Ce i'ut sans doute pour le rc'compenser de sa lîdélité à ses principes, que le roi de Bavière l'appela à Munich comme ])roresseur. Othen avait un peu dans la figure le type du singe. Il n'avait lien de distingué ni dans lestraits, ni dans tout le reste de sa personne. Et vraiment il semblait convenable que Dieu eût refusé la beauté et la noblesse aux traits de cet homme, qui se proclamait effrontément le frère des animaux les plus immondes, et pour qui il n'y avait dans l'univers rien autre chose ([ue la matière. Et cepen- ■ilant, comme naturaliste, cet homme s'est acquis une réputation méritée, et c'est incontestablement dans ce domaine un des savants les plus distingués de notre siècle. Son journal d'Isis a rendu à la science ■des services ('Uiinents, c'est à son initiative et à ses efforts que FAllemagne doit ses congrès scientifiques, qui, en rapprochant de temps en tem[)S les hommes spéciaux, font jaillir souvent du choc de leurs esprits des lumières inattendues.

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