‹ Souvenirs de jeunesse, 1828-1835Chapitre 2 sur 41 · Article de l'Univers, 12 février · texte numérisé non relu

Article de l'Univers, 12 février

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Eloi Jourdain, guidé par M. de Hercé, l'ancien maire de Laval, devenu séminariste de Maleslroil à liige de cinquante-lrois ans, lit de sérieux progrès dans la connaissancedu grec; il lut Homère, Pindare, Anacréon, Eschyle, Sophocle et Théocriie. 11 s'enivrait à la lecture de Dante et de Shakes})eare, « le plus grand peintre peut-être, disait-il, quait eu la nature ». Les écrivains allemands ne lui faisaient pas éprouver les mêmes émotions ; cependant il s'exen^ait aussi dans cette langue, qui, dit-il, « semble avoir remplacé le latin, et être devenue comme le dépôt de toutes les sources, soit de l'histoire, soit de la philosophie ».

Après dix-huit mois de séjour à Malestroit, Éloi Jourdain, mieux éclairé sur sa vocation, quitta le noviciat, en compagnie de Léon Bore, et vint à Paris.

Tous deux assistèrent aux derniers ébranlements produits parla révolution de Juillet, et Jourdain soull'rit de ces émeutes dirigées contre l'Eglise. Ni tradition de famille, ni sympathie personnelle ne l'attachait aux Bourbons chassés du trône ; il avait du n'sj)ect pour l'aulorité, quelle qu'elle fût, et il était hostile à toute violence, de quelque côté qu'elle vint. « Il esta regretter, écrivait-il, et pour le bien de l'Eglise et pour celui de la France, que les catholiques n'aient pas assez (•omj)ris la leçon qui leui" était donnée, (pic dans leurs discussions avec le pouvoir au sujet des liherlés cpTils réclamaient et qu'on s'ohstinail à leur rcl'useï", ils se soient laissés trop souvent emporter i)ar la i>assion, et qu'ils aient oublié que le respect pour l'autorité, quels que scjjcnt d'ailleuis les hommes (|ui en sont hîs dépo-

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sitaires, est le principal besoin de notre époque, et que les libertés les plus précieuses et les droits les plus sacrés seraient encore trop chèrement achetés, s'il fallait, pour les obtenir, affaiblir dans l'esprit des peuples ce respect si rare aujourd'hui et pourtant si nécessaire •. »

Ce libéralisme très éclairé le rapprocha des fondateurs du premier Correspondant, qui travaillait à la réconciliation des royalistes et des libéraux, adjurant les premiers de reconnaître le gouvernement défait, invitant les seconds à la pratique de la tolérance et à la résistance contre les démagogues en faveur de l'ordre et de la liberté.

Après un séjour de quelques mois à Paris, Éloi Jourdain résolut d'aller à Munich, où semblait s'être concentré le mouvement catholique de l'Allemagne. Là-bas, le Catholique àQ Gœrres avait mené contre les maximes absolutistes et joséphistes le combat repris en France par /'.4ye/2Z> contre le gallicanisme; l'ultramontanisme libéral de Lamennais s'était inspiré destendances mêmes que Baader, à la veille de l'encyclique Mirari yos, caractérisait ainsi: « Le catholicisme se trouve actuellement dans une crise qui doit le délivrer de sa stagnation et lui faire gagner un nouveau degré de sa puissance innée, évolutionniste et progressive, tant dans la science que dans les mœurs -'. »

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