‹ Souvenirs de jeunesse, 1828-1835Chapitre 22 sur 41 · LA MUSIQUE ET. LES MOEURS A MUNICH · texte numérisé non relu

LA MUSIQUE ET. LES MOEURS A MUNICH

dis qu'ils avaient disparu dans notre diocèse et qu'on les avait remplacés par des chants plus modernes, il ne put retenir son indignation contre ceux qui avaient entrepris une œuvre qui lui semblait un sacrilège.

Le peuple de Munich était plein de foi, le sentiment religieux était singulièrement développé en lui ; mais la religion le touchait plus par le côté qui s'adresse à l'imagination, au cœur et aux sens, que par celui qui agit sur l'intelligence et la volonté. Il portait dans ses rapports avec Dieu son instinct poétique, son goût pour le merveilleux et son attrait vers les choses qui frappent les sens. Le dimanche était pour lui un jour de repos et de plaisir, autant qu'un jour de recueillement et de prière. Il le partageait en deux moitiés, dont il donnait l'une à Dieu et l'autre au plaisir. Le matin, les églises étaient pleines d'hommes, de femmes, de jeunes filles, qui, debout ou agenouillés, un livre à la main, assistaient avec dévotion au saint sacrifice de la messe. En Allemagne, chacun sait lire, et sous ce rapport ce pays est bien supérieur au nôtre.

iy[ais ces mêmes hommes et ces mêmes femmes, qui avaient rempli le matin l'église, remplissaient le soir les jardins publics, les cafés, les lieux de plaisir, pour s'y livrer aux divertissements qui convenaient à leur âge ou à leur position ; la danse surtout était pour les jeunes l'amusement favori. Ils s'y livraient avec une ardeur incroyable et je me suis demandé bien souvent, en les voyant ainsi danser, comment ils pouvaient supporter la fatigue qui devait résulter pour eux de mouvements aussi rapides et aussi continus, et il me semblait que la fatigue du

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plaisir devait être pins grande encore pour eux que celle du travail. Mais tout ce qui intéresse le cœur ou rimagination, sans occuper l'esprit, amuse et distrait ; et le corps, emporté pour ainsi dire par l'âme et dominé par les émotions qu'elle éprouve, ne sent plus la lassitude des membres, et se prête aux exig-ences de l'âme comme un instrument souple et docile. Je me disais aussi qu'il faut une merveilleuse simplicité de mœurs et une merveilleuse pureté de cœur pour se livrcM^ sans danger aux jouissances vraiment incessantes d'une danse ra])ide, dont les mouvements sont dirigés par une musique ordinairement voluptueuse. Mais je eom])renais en même temps qu'un étranger doit être prudent et réservé dans les jugements qu'il porte sur les habitudes et les mœurs des peuples qu'il ne voit qu'en passant, et dont il ne connaît point assez le tempérament ni le caractère ; et je ne me serais pas permis de blâmer un plaisir autorisé par une longue coutume, par la tolérance des parents et des prêtres eux-mêmes. L'usage émousse bien souvent ce qu'il peut y avoir de dangereux dans le plaisir, et les dispositions particulières des cœurs peuvent atténuer beaucoup le péril de certains amusements, qui auraient un lésultat funeste pour un peuple moins simple et moins religieux.

Les mœurs sont géniiralement plus faciles en Allemagne que dans les pays du Midi, Il n"y a point de libertinage comme en France, à l'exception des liaut(;s classes, qui sont partout l(\s mêmes et pour lesquelles il n'y a plus aujourd'hui de nationalité distincte ; mais les fautes y sont peut-être aussi nombreuses. Seulement elles y ont un autre caractère ;

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