LA MUSIQUE ET LES MOEURS A MUNICH
elles sont ordinairement le résultat d'une passion mutuelle et d'une faiblesse aussi bien de la part de l'homme que du côté de la femme. Aussi, bien souvent cette faiblesse est expiée par un prompt repentir et réparée par un mariage, qui vient légitimer une passion coupable dans son origine.
Gœthe, qui connaissait parfaitement les mœurs et les habitudes de son pa3's, et qui les a dépeintes avec une merveilleuse fidélité dans ses ouvrages, a voulu, dans son drame de Faust, nous représenter, sous les traits de Marguerite, le type de la femme allemande. Marguerite est une jeune fille innocente, admirable de candeur et de naïveté ; elle rencontre dans une promenade publique Faust, qui, frappé de sa beauté, la regarde. Elle éprouve elle-même, en le voyant, un sentiment de sympathie qui trouble son âme et ses sens. Faust trouve le moyen de lui parler. Il lui demande une entrevue. Marguerite l'accorde, et bientôt elle lui abandonne tout, jusqu'à son honneur et sa réputation.
La première fois que je lus ce drame, je fus frappé de cette inconsistance, qui me parut tout à fait invraisemblable et injurieuse au caractère de la femme. Je ne pouvais pardonner à Gœthe d'avoir mis tant de faiblesse, si peu de retenue et de respect pour sa dignité, dans le cœur d'une jeune fille, dont rien encore n'avait terni l'innocence. Mon séjour en Allemagne a beaucoup modifié mes idées sous ce rapport et m'a fait comprendre que Gœthe n'avait rien exagéré dans cette scène de Fausl, qu'il avait été au contraire un peintre fidèle, et qu'il avait pris en quelque sorte la nature sur le fait. Pour une Allemande la passion naît toujours dans le cœur, et le cœur une fois pris entraine tout le reste. Et cette passion n'est pas toujours, comme en Italie, le développement d'un sentiment, qui, faible d'abord et
con)me imperceptible, se fortifie par riiabiliule et ])arune longue réciprocité; c'est quelquefois un éclair qui bouleverse l'àme, éblouit Tesprit et renverse le cœur. Elle naît quelquefois, comme chez Mari^uerite, d'un premier regard, d'une })arole dans laquelle deux âmes sympathiques se comprennent ou ])lutôt se reconnaissent, et qui est pour elles comme la révélation des vagues désirs dont elles s'étaient bercées jusque-là. La passion, chez les Allemands, prend ordinairement sa source dans les extases d'une imagination en délire ou dans les agitations d'un cœur facile à séduire. Et c'est là précisément ce qui la rend si difficile à guérir. Car les passions des sens peuvent trouver un remède efficace dans les fatigues du travail ou dans les austérités de la pénitence. L'éloignement et les distractions de l'étude ou du plaisir peuvent guérir les blessures du cœur. Mais quel remède peut trouver une imagination malade ou exaltée ? La solitude, loin de la calmer, ne fait que l'agiter davantage ; la fatigue du corps et de la mortification lui donne souvent de nouvelles forces et une nouvelle énergie. Quelque part qu'elle aille, elle est condamnée à se porter toujours elle-même, et avec elle la cause incessante de ses douleurs et de ses maux.