LA VIE POPULAIRE A VIENNE
Vienne est une des capitales les plus heureusement situées. Je faisais souvent des excursions dans les environs et sur ces collines qui la ceignent comme d'une couronne de verdure. De quelque côté que Ton sorte, on est sûr de trouver à une petite distance des sites charmants et d'une fraîcheur admirable. Aussi, dans l'été, le dimanche après midi, la ville ordinairement si bruyante est vide et silencieuse. Tous les habitants, le riche comme le pauvre, le prince et le bourgeois, vont se délasser des fatigues de la semaine dans l'un des villages environnants, soit à Hitzing, soità Dôbling, soit à Schœnbrunn. Quelquesuns vont même jusqu'à Baden, où est un établissement de bains sulfureux, et où commencent à proprement parler les Alpes autrichiennes. Pour quelques sols, on peut entrer dans un jardin public, s'asseoir sous le feuillage, et entendre pendant cinq ou six heures une musique excellente, admirablement exécutée par un orchestre nombreux que dirige un compositeur distingué et cher aux Viennois. A l'épo-
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que i)ù jetais à N'ienne, la ravcur du jniblic sattaoliait (le préférence à Strauss et à J^anncr; le premier plus vif, plus léger, plus capricieux, plus vain, mais aussi plus sensuel et plus volujitueux ; le so cond plus tendre, plus profond, et touchant plutôt les cordes du cœur que celles des sens, mais tous les deux d'une richesse et d'une fé'condilé prodig-ieuses. Leurs compositions s(jnt presque toujours des valses accommodées à dds thèmes déjà faits, ou qui sont tout entières le fruit de leur génie. Les Viennois, en apparence si lents et si graves, dansent avec une mesure parfaite, et sans avoir môme l'air de remuer^ les valses les plus éehevelées, tant ils ont le sentiment du rythme et de l'harmonie, tant la danse leur est naturelle. Ces sortes de réunions ne sont jamais interrompues; seulement l'hiver elles ont lieu dans l'intérieur de la ville, dans de grandes salles disposées pour ce but, et où l'on j)eut, en entendant une musique ravissante, absorber une glace ou fjuelques cruchons de bière. Car en Allemagne il semble que la bouche ait besoin d'être^ toujours occupée, et lorsqu'on ne peut fumer, il faut manger ou boire.
Strfluss et Lanner étaient les deux idoles du peuple de Vienne. Ces deux hommes faisaient jieut-ètre plus pour la paix et la tranquillité de cette capitale que la police avec tous ses agents. Car ils amusaient le peuple sans le corrompre; et le peuple (pii s'amuse, ne sent pas le besoin de conspirer. Les complots ujiissent presque toujours dans les âmes sombres et mélancoliques. Dirigei- et régulariser le plaisir devrait être une des fonctions les plus importantes d'un gouvernement sage et intelligent.
Dans les siècles de foi, l'Eglise, malgré la hauteur du but [(OUI- lecjuel Dieu l'a établie, malgré la saiutet(' de son ministère, ne regardait pas cette fonction comme indigne de ses soins. Elle allait même quel-