Lellre inédite (au cardinal Donnet), 20 septembre
2. Nous nous contenterons de citer : les Révélations de sainte Brigitte; les Exercices s})iritiiels du P. Paoani ; les Œuvres complètes de Léonard de Port-Mauiuce; la Vie de saint Ignace de Loyola, par Ginelli ; le cardinal Ximénès, par Héfélé; Jeanne- Marie de la Croix, par Beda Weder; la Vie du P. Jean d'Alméida, apôtre du Brésil; la Vie du P. Ricci, apôtre de la Chine; etc.
èlrc«[ui a exerce le plus d'influence sur la direction générale des esprits, parce qu'il répondait au besoin le plus impérieux de notre époque ' ».
Il fui un liliérul inipénilent : un jour qu'il noiail les indices d'une réaction favorable à l'Eglise, vers le milieu du dix-neuvième siècle, il écrivait: « Ce ncsL pas un médiocre avantage pour celle-ci, que presque partout sa cause soit si entièrement liée avec celle de la liberté et des progrès des institutions sociales, qu'il est impossible de les disjoindre. » Le catholicisme, d'après lui, aurait manqué à sa mission, s'il eût été hostile aux progrès et aux libertés des peuples.
Sincèrement, il crut à l'alliance désormais définitive de la science et de la foi ; ne voyait-il pas la Bible défendue par des astronomes et des géologues incroyants, les papes réhabilités par des historiens j)roteslants, la politique de l'Eglise admirée par les esprits mêmes qui échappaient 5 son autorité ? Et surtout, le triomphe de ri'^glise lui paraissait assuré, si elle prenait la direction de leconomie politique, et si elle étudiait les rapports des pauvres et des riches, des ouvriers et des patrons, 4'n(in si elle allait au peuj)le, pour travailler à son cxJucation morale et religieuse.
Aussi a-t-il, pour sa part, soutenu l'influence que jM;uv<îut avoir les principes religieux sur le bonheur et la richesse des pcuj)lcs. L'homme, d'après
J. l>.iii- les ])apicrs(l(' Cluirlos SMiiilc-J'oj, oii » Irouvi^ une (lé'-,l;iralioji, <lait't! du l^J.iiivicr J.s47, par laquHlo il soiunel au juK<Mn«fiil de l'Jitrlisc el du Sainl-Si»'g<r (ou.^ .ses t'-ciils, voulanl, dii-il. << vivre «H. iiiouriidaim la roiiiiiiuiiiun la plus iiiLijiic axec It Sainl-bièye el avc<: le l'ape, cuuiuje av(X' Je seul (i-nli»diinilc que Jésus-Clu'isl ail élabli poui' eun Kf^ibe ».
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lui, ne s'estime pas seulement par la ([uanlité de produits qu'il peut fournir ; la cause elle-même de la production n'est-elle pas dans l'intelligence et dans la volonté ? Or, rien ne contribue plus que la religion à augmenter la valeur de Thomme : « Personne, écrit-il, ne doute que Tégoïsme ne soit la plaie la plus funeste des sociétés, et que rien ne leur soit plus avantageux qu'une religion qui en dessèche la racine dans le cœur humain, et dont l'unique but est de façonner l'homme à la société pour laquelle il a été créé. La nature ne fait que des individus, la religion seule fait des peuples. »
Pour défendre ses idées, Charles Sainte-Foi s'appuie volontiers sur l'histoire, dont la connaissance peut seule mettre en garde contre les préjugés et les erreurs. Dans le domaine qu'il s'était choisi, il s'efforça de ne donner sa confiance qu'aux études patientes et impartiales.
Son esprit très ouvert le |)orta vers ces préoccupations esthétiques qu'un liio et un Montalembert eurent à un degré supérieur. Lui aussi se passionna pour les splendeurs de l'art chrétien : il sut définir les beautés des églises du moyen âge avec la richesse de leurs détails et la perspective infinie de leurs voûtes hardies; il connut tous les secrets du symbolisme chrétien, et chaque pierre des cathédrales parlait en même temps à son œil et à son cœur.
Enfin, pour le faire connaître tout entier, disons avec Louis Veuillot qu'il offrit « le modèle du chrétien dans le monde ». « Il était, continue son biographe, bienveillant, conciliant, affectueux, homme de bon conseil et de bon secours eu toute occa-
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sion, ;i loules gens... Sa bourse, comme son temps, comme son cœur, appartenait à ses amis. »
Malade, inquiet de la tournure des événements', Charles Sainte-Foi connut les souffrances physiques et morales. Lorsque sa maladie de cœur lui laissait (juelque répit, il travaillait h des considérations sur la mort, écrites pour consoler sa femme,
11 n'a pas eu le temps d'achever ce traité de la séparation ; les fragments qui en ont été publiés révèlent la vraie nature de cette àmeà la fois forte et délicate, qui sut regarder la mort en face, et qui prépara des consolations à celle qui devait lui survivre : « Ma santé ne va pas trop mal, écrivait-il deux jours avant sa mort; j'ai pris d'ailleurs le parti qui m'était commandé par la nécessité: à savoir de ne pas être trop difficile sur cet article... C'est un remède salutaire pour l'âme que d'être rappelée sans cesse au souvenir de l'élernité et de se savoir à chaque instant sous la main de Dieu et dans son entière dépendance. (Juand le corps est sain et robuste et que la mort ne nous apparaît que dans un lointain vague et incertain, on est bien plus exposé à perdre de vue le but essentiel de la vie'^. »
Il mourut le ao novembre iS6i, à l'dge de 55 ans.
Les Souvenirs (|ue nous publions avaient été
1. Il écrivait à M. d«« Bcrmoiul de Vauix (fin do ISCO) : « Je suis accahlt'^ de loul ce «iiii se passe... je passe i)liis d'une nuit sans dc^rmir, gémissant sur les allatjues dirii^tS's de loules paris contre le Saiid-Siège. ■■ (Préface des Dernières Heures sérieuses.)
2. Lettre à M. de Berniond de Vaulx (préface des Dernières Heures sérieuses).
écrits pour un ami, qui désirait savoir à fond Ihistoire de ïsa pensée et de son àme. Louis Veuillot, qui les avait lus, les jugeait ainsi : « Dans leur abandon, les confidences d'Eloi Jourdain sont un livre exquis, plein d'observations fines, de portraits excellents, de prières parfois sublimes ; un livre où se révèle le meilleur et le plus loyal cœur dont on puisse désirer rafîection. » La plupart de ces prières ne se retrouveront pas dans la présente publication ; de même, nous avons cru devoir supprimer certaines longueurs, et, comme nous l'avons indiqué déjà, nous n'avons pas suivi l'auteur jusqu'en Bohême et en Galicie. Tels qu'ils sont, les Souvenirs de Charles Sainte-Foi aideront son nom à triompher de l'oubli et ils ajouteront quelques documents à l'étude des idées et des âmes pendant l'une des périodes capitales de l'histoire religieuse au dix-neuvième siècle'.