I.E DOCTEUR FONTANAKOSE
revenait pas. La première fois que Persigiiy et Morny dînèrent chez lui, il ne fît pas plus de façons pour s'en aller, à peine au dessert. Persigny et Morny se levèrent, croyant qu'il fallait suivre au salon le maître de la maison pour le café. On les retint en leur disant que \c. docteur venait de prendre sans cérémonie la clé des champs, pour voir Faure dans Zampa. J'ai dit qu'il était homme de théâtre; oui, plus que tout autre depuis sa direction de l'Opéra ; sa vraie maison c'était le théâtre ; il avait toujours deux avant-scènes à l'année, soit à l'Opéra et au Théâtre-Français, soit au Théâtre-Français et à l'Opéra-Comique. Il avait peut-être raison ; les autres théâtris n'existaient pas pour lui. Mais comme il aima ces trois théâtres impériaux ! Il connaissait par le menu l'histoire intime de toutes les actrices et cantatrices. Quand elles étaient en scène, elles le saluaient dans sa loge : c'était pour lui le baiser de la Muse; il payait ces sourires au poids des diamants, car il fut tou- I. 25
jours généieux. Il avait de quoi être généreux. Sait-on que la pâle de Regnault, où il avait risqué tout son patrimoine, c'est-à-dire dixsept mille francs, lui donnait un revenu viager de cent mille francs? Ce qui, joint aux sept ou huit cent mille francs gagnés à l'Opéra, lui donnait un joli revenu pour un homme seul. On l'a accusé de bien des crimes, par exemple d'avoir payé beaucoup de vertus. On disait que Rachel ne lui avait coûté que cinquante mille francs ; simple calomnie pour Rachel qui était alors la conjointe de Walesky. Véron aimait toutes les femmes ; il n'en prenait pas une, hormis la femme d'un de ses amis qui s'en payait deux avec son argent.
Sophie, la gouvernante de Véron, cette autre servante de Molière, avait de hautes prétentions ; elle parlait politique comme madame Roland. M. Fould, M. Walesky, M. de La Valette, s'asseyaient avec elle dans la salle d'attente pour recevoir ses compliments ou ses admonestations. C'est qu'elle