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ni
un nouvel ordre d’architecture, l’ordre qui fait pleurer les pierres au lieu de les faire sourire; voilà comment on désapprend le grand art.
Cette avenue des Champs-Elysées s’est attristée de jour en jour.
Le comte Hennekel nous menace d’enlever, pierre par pierre, en Silésie où dort du sommeil éternel la marquise de Paiva, le merveilleux hôtel de l’avenue des Champs-Elysées.
Ce bijou style renaissance est une fête pour les, yeux, au dedans plus encore qu’au dehors. Tous les beaux esprits du temps y ont fondé l’académie de la marquise, poètes et peintres ont dîné là le vendredi et le dimanche.
Où est le Château des Fleurs, où régnait Métra en son meilleur temps ? Disparu aussi l’Hippodrome. Mais le vrai sacrilège, c’est la démolition du palais pompéien.
Le prince Napoléon, qui était né artiste et prince, s’était amusé à bâtir à Paris une maison pompéienne comme il se fût amusé à écrire un livre.
Au lieu d’avoir sa maison romaine à Pompéi, il avait voulu l’avoir à Paris, avenue Montaigne. On sait avec quelle passion il avait fait une réalité de son rêve. Avec quelle impatience napoléonienne il donnait le feu sacré aux ouvriers de la pierre et du marbre, aux décorateurs, aux peintres et aux sculpteurs 1
L’œuvre resplendit bientôt sous le soleil, qui n’était pas tout à fait le soleil de Pompéi. Tout Paris a été en procession devant cette restitution si savante de la maison de Diomède.
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A Pompéi, devenue romaine et devenue impériale, la vie privée était sacrifiée à la vie politique. On y continuait le forum jusque dans l’atrium. L’atrium était la patrie publique déshabitations pompéiennes ; c’est là que Diomède, ou Salluste, ou Pansa recevaient leurs hôtes, leurs amis, leurs clients. En revanche, c’était la plus décorée de toutes les salles; on y voyait les portraits des ancêtres, les titres de renommée des aïeux, les illustrations familiales ou glorieuses.
Aussi le prince Napoléon, qui a construit le palais pompéien de Paris, avait-il réuni dans l’atrium les images en peinture et en sculpture de la famille Bonaparte.
Nul portrait n'y était voilé. Pompéi cachait ses femmes. A Paris, on ne cache pas ses femmes de peur que les voisins ne cachent les leurs.
On sait que le prince Napoléon avait bâti le palais pompéien avec un rare sentiment de l’architecture romaine et de l’art antique. Il y
donna des fêtes à ses amis. On y joua la comédie. Ce fut le rendez-vous du tout-Paris de la Cour et du tout-Paris des arts.
Les invitations du prince étaient bien plus recherchées que celles de l’Empereur, parce qu’il se moquait du monde officiel quand le monde officiel était ennuyeux ; ainsi il n’invitait jamais que trois ou quatre ministres, sénateurs et députés ; les artistes et les gens de lettres du dessus du panier étaient heureux de se rencontrer là, comme ils se rencontraient au château de Meudon, dans une hospitalité toute cordiale. Le prince était toujours charmant, spirituel, abandonné, mais sans abdiquer la dignité impériale.
On ne dira certes pas qu’il donnait des fêtes comme tout le monde. Dans ses dîners, au Palais-Royal, au château de Meudon, au palais pompéien et ailleurs, il y avait toujours le ragoût de l’imprévu: convives, festins, comédies.
A la cour, l’Empereur était obligé envers
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tous les hauts personnages de l’Etat ; mais combien de non-valeurs dans les hommes politiques qui ont, par hasard, escaladé le pouvoir et qui ne seront jamais ni des hommes d’esprit ni des hommes de bonne compagnie ! Tandis que le prince Napoléon, qui n’était obligé à rien, fermait hautement sa porte à tous les courtisans et à tous ceux que le génie et l’esprit n’avaient pas frappés d’une auréole. La princesse Mathilde lui avait donné l’exemple ; mais il n’était pas de ceux qui prennent des leçons ; d’ailleurs, la princesse était moins farouche encore contre les nonvaleurs, tantôt pour complaire à l’Empereur, tantôt à l’Impératrice.
C’était donc une faveur non pareille que d’être en familiarité avec le prince Napoléon, car, hormis pour les grandes réceptions, la liste d’or n’était pas longue; on peut dire que chaque nom rayonnait.
Une des plus belles fêtes données au palais pompéien fut la répétition de la Femme de Diomède et du Joueur de Flûte , où l’on vit en scène, entre autres comédiens : Théophile Gautier, Emile Augier, Madeleine Brohan, Samson, Got, mademoiselle Favart. Nous eûmes vraiment l’illusion du théâtre antique dans son plus beau caractère. Ce fut un enthousiasme inouï. Les spectatrices votèrent des actions de grâces toutes romaines à celui qui, réédifiant un palais pompéien à Paris, donnait le spectacle de l’art antique dans le plus pur sentiment de la vérité.
Vrai jeu de prince impérial. Aussi, quand toutes les dames remercièrent l’amphitryon, elles demandèrent à revêtir le péplum et à signer un engagement pour le théâtre du pa-
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lais pompéien. Il fut convenu ce soir-là que j’écrirais, avec Théophile Gautier, une comédie antique, les Danseuses d’ Herculanum.
Quand mourut le roi Jérôme, le prince retourna au Palais-Royal et ne vint plus que de loin en loin au palais pompéien. Un jour, le palais fut affiché pour être vendu au plus offrant et dernier enchérisseur. Pourquoi ce caprice?
La vérité, c’est que le prince était agacé par la calomnie. On l'accusait de passer souvent la nuit dans la chambre à coucher tout enmiroitée du pavillon. On accusait aussi l’Empereur d’en avoir la clef.
Le bruit de cette vente fut une surprise et une tristesse chez tous les amis du prince. Jules de Lesseps me vint voir un matin et me proposa de l’acheter à nous deux. Nous allâmes le visiter en acheteurs, de la cave au grenier; mais nous n’avions pas franchi le seuil que le voisin du prince, le comte de Quisonnas, nous dit que lui aussi songeait à
acheter ce chef-d’œuvre; bientôt, le marquis Costa de Beauregard parla d’y mettre une enchère, le baron de Soubeyran voulut y mordre aussi. Ce fut M. de Quisonnas qui fut adjudicataire pour nous tous : le mobilier fut vendu quelques jours après, moins le beau sphinx en marbre, que me donna le prince; nous rachetâmes tout ce qui était beau, c’est-à-dire presque tout, y compris les statues et les bustes.
Ci-git le palais pompéien.
La jolie montagne de Beaujon est bien dépoétisée. Un ancien a dit que chaque coin de terre avait son heure. Cette heure, pour Beaujon, carillonne gaiement de 1840 à 1870.
trente années où le cœur de Paris battait à triple sonnerie. Lord Byron et Chateaubriand