‹ Souvenirs de jeunesseChapitre 9 sur 15 · AMAND CHEVÉ · texte numérisé non relu

AMAND CHEVÉ

sière où ils dormaient ensevelis. J'ai senti, à les revoir, à les feuilleter de nouveau, un plaisir analogue à celui que j'éprouvai, bien des années auparavant, lorsque, déménageant la maison paternelle, j'aperçus dans le grenier une boîte carrée qui tombait en ruine, et que j'en tirai mon premier bugle d'enfant, le bugle sur lequel j'avais autrefois si vaillamment lancé la Marseillaise : sol, la, si, ut ; ut, ré, ré, sol ; mi, ut... etc. C'était un grand bugle; oh ! qu'il me parut petit! Toute mon enfance me remonta à la mémoire, et Benoist, et le père Ducroq, et Turgart, et ce digne chantre de paroisse, M. Pecquo, et les illusions de mon brave homme de père ! Il eût été si heureux, lui qui adorait le théâtre, de voir que si la musique ne m'avait pas trop réussi, j'avais au moins conquis un humble nom dans un modeste coin de l'art dramatique ! Le destin m'a ravi ce bonheur de le payer de tout ce que je lui devais en le menant avec moi aux premières représentations ! Il en eût été si joyeux et si fier, le pauvre papa Sarcey !

J'ai aujourd'hui passé la cinquantaine ; je suis encore un vieux fou, qui vais me toquant sans cesse d'idées nouvelles. Mais il n'y a pas apparence que j'aie plus jamais à ajouter un nouveau chapitre à ces souvenirs. Je commence à trouver que la musique, à qui cependant je ne veux point de mal, prend une part trop large dans l'éducation df

nos enfants, de nos filles surtout, et dans les préoccupations du public. Je voudrais qu>Ue ne fûl qu'un plaisir, et non une affaire.

Mais je ne suis plus de mon temps en ceia, comme en bien d'autres choses. Je n'aime que la musique que je comprends, et encore faut-il que je la comprenne sans effort ; qu'elle soit pour moi une jouissance et non une étude. J'adore notre vieil opéra-comique et trouve qu'Auber a écrit des chefs-d'œuvre. Vous voyez bien que je radote.

Aux premières représentations de l'Opéra, j'occupe un fauteuil d'orchestre qui est placé juste derrière celui de Reyer, l'auteur de la Statue et le feuilletonniste du Journal des Débats. Quand par hasard il se rencontre, dans quelques-uns des opéras nouveaux que Ton nous sert, une phrase bien rythmée et franchement mélodique, il se tourne à demi vers moi, me voit applaudir de toutes mes forces, et, d'un air de compassion méprisante :

— J'étais sûr, me dit-il, que vous alliez aimer ça !

— Ma foi ! lui ai-je répondu l'autre soir, ce n'est pas ma faute si la musique qui me plaît me plaît mieux que celle qui m'ennuie.

Il a laissé tomber sur moi un regard de dédain, et j'ai senti errer sur ses lèvres la terrible phrase

JJEAXD CHETé !--*

qzi a zfr.xTts x rnes ireilles zout le long de ce récit

— T:L. si "iczais m deviens musicien, il 1er» chaud !

Et au marnent qae : e pose la plume, le soleil de juin éclate dans toute sa splendeur; c\:st l'heure de rnidi. Les oiseaux lassés dorment dans le feuillage; la natnre est tout entière .usoupic, et y essuie rnan front ou perlent des jointes dis sueur. Quand donc fera-t-il assez chaud, fjrniui Dieu!

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