‹ Souvenirs de Jeunesse (volume 2)Chapitre 3 sur 10 · SODTEIflR · texte numérisé non relu

SODTEIflR

rinnoceace devait avoir quelque chose de TaiDOur des aages. Aussi pure que moi , je suppose que Séraphiue était un peu plus savante, et on vient de voir que> cela n'était pas diffibile. Elle était mon aînée de près de deux ans , elfe était femme, elle vivait depuis le berceau dans le monde que je n'avais fait qu'entrevoiri Sa eonversatioa ingénue me laissait souvent des doutes vagues à travers lesquels j'avais peine à retrouver le fil égaré de ma doctrine. Je méditais seul sur ce que je n'avais pas compris , mais je ne méditais pas long-temps , parce que je n*étais pas curiqux y parce que je croyais fermentent dans mes idées, et surtout parce que j*aimais mieux penser à elle que de perdre le temps à me, bâtir des systèmes inutiles* Elle était partout avec moi ; je savais la faire entrer dans tous mçs. entretiens , la lier en souvenir ou en projet à toutes mes actions , la ramener dans tous mes songes. Rêver toujours, ot ne rêver que d'elle , c'était un bienfait de mon sommeil, une faculté que j'avais , que j'ai conservée long-temps, et qui m'a dédommagé de bien des douleurs ! J'étais parvenu à fixer dans mon esprit une des scènes les plus communes de nos jolies matinées : celle-là m'est aussi pré-

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«en(e que si j'y étais encore. Après m'être fatiguré deux beures à 4a chercher rà^lle ii*é(ait pas ^ je tombais ordinairement de lassitude sur le canapé du salon , et je feignais de dormir pour la piquer de mon indifférence ou ne pas la contrarierdans sa malice. Elle arrivait alors, légèrement soulevée sur la pointe des pieds, allongeant ses pas suspendus avec précaution , frissonnant au bruit du parquet avant qu'il eut gémi , et une corbeille au bras , ses cheveux s'échappant de toutes parts en ondes dorées sous le chapeau de paille mal attaché qui ne les contenait plus , la tète un peu penchée sur Tépau* le, r«eil iiite et craintif, la bouche entr-Qu»* verte, lé bras «tendu pour gagner de Tespace , elle promenait doucement sur mes lèvres un bouquet de cerises moins vermeilles que les siennes. Je la voyais toujours ainsi , blanche maïs animée , charmante de ses grâces et de son émotion d'«nfant , arrêtant sur moi ses rondes prunelles d*un bleu transparent comme le cristal, qui plongeaient des regards de feu à travers mes paupières demi'^loses pour surprendre à propos le moment de mon réveil , et me caressant tout près de son haleine de fleurs comme pour me défier de l'embrasser : c'était

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là que je Tattendais , et quand elle pensait à fuir, elle était prise. Alors c'étaient des cris, des gémissemens, des bouderies à n*en pas finir ; c'étaient les sœurs qui arrivaient au se* cours, c'était Lila, sa petite Africaine, qui m'arrachait les cheveux et qui me menaçait les yeux. Un baiser de plus payait les fr^is de sa rançon ; mais elle me détestait pendant une heure au moins ; et je m'en allais , je revenais ^ je pleurais , je demandais pardon , je ne l'obtenais pas , je repartais encore en courant vers le canal pour m'y précipiter dans un abime de dix pouces de profondeur, jusqu'au moment où une petite voix qui vibrait comme un timbre d'argent daignait enchaîner mon désespoir, et j'avais été malheureux d'un malheur affreux, d'un malheur pire que la mort , d'un malheur qu'on voudrait goûter aujourd'hui , au prix de rincendie d'un royaume ! — J'étais loin d'imaginer sous quel aspect m'apparaitraient avant peu ces angoisses du premier amour. Je n'avais pas vingt ans que je résolus de mettre un clou à ma roue, comme dit Montaigne, et de ne plus vieillir d'un moment. Je m'en suis assez bien trouvé, mais j'aurais mieux fait de m'arrèter à donxe.

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J'ai dit qae ma petite amie était d'une santé délicate. Je ne me doutais guère que toutes les jeunes filles fussent plus ou moins malades ters rage de quatorze ans. Ce mystère passait la portée de ma science. — Séraphin e était su* jette à des maux de tète , à des éblouissemens , à des hallucinations subites , à des mouvemens de fièvre. Un soir je l'avais laissée souffrante ; je souffrais de son mal. que mes craintes exagéraient. Je me couchai tout habillé ; je ne dormis pas ; je me tournais sur mon bon lit de paille comme sur les pointes d'acier de Régulas ou les charbons de Guatimozin. Je me levai pour me promener dans ma chambre ; je la trouvai trop étroite : j'ouvris ma fenêtre ; le ciel aussi me parut trop étroit. On ne voyait pas. le château. Je mesurai la hauteur de ma croisée : une quinzaine de pieds tout au plus , si je m'en souviens. J'étais bien loin ; je ne sais 81 je courais ou si la terre fuyait derrière moi ; mais je ne mis peut-être pas un quart d'heure à gagner la grille du parc.

Ce n'était pas tout. Le seul endroit où la clôture fûtaccesible était défendu par unbassinrevêtu de larges dalles , où aboutissaient les eaux du canal , après avoir arrosé le jardin. Là elles

SOVVKIflBB.

dormaient à fleur de terre dans Tabrèuvoir, puis se perdaient un moment sous la route , et allaient resurgira quelques pas , mais libres et capricieuses, entre les saules de la prairie. Nous appellions cela le bassin des salamandres^ parce qu'on y en voyait un grand nombre frapper l'eau immobile de leur queue en rame , ou se traîner sur le paré , en lirrant de temps en temps aux caprices de la lumière leurs marbrures d*un jaune brillant; mais on ne les voyait pas à l'beure où je vous parle ; on ne voyait rien du tonU La nuit était calme et tiède , mais obscure , et je ne pouvais apprécier que de mémoire la largeur du réservoir qu'il fallait franchir . J'étais seulement bien sûr qu'il n'avait pas plus d'un pied de re^ -bord du côté où j'allais tomber , et que je courais risque , selon la portée de mon élan , de me rompre la tête contre le mur , si je m'y abandonnais à l'étourdie , ou , si je le modérais trop , d'épouvanter de la chute d'un nouveau Pbaéton le peuple des salamandres endormies. Dieu , l'amour ou l'adresse aidant, je descendis au but comme si j'y avais été porté par les ailes d'un oiseau. J'atteignis d'un bond la hauteur de la muraille , je gagnai d'un saut le

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niveaa du jardin. Il restait encore une haie de troène , forte et serrée comme une palissade , mais sur laquelle j'appuyais facilement la main en me dressant un peu , et je ne la touchai pas d'une autre partie de mon corps pour la lais* ser derrière moi. J'étais dans la grande allée de marronniers qui se terminait tout juste au pied de la tourelle où couchait Séraphine ; mais sa fenêtre , élevée d'un étage au-dessus de la ter* rasse , m'était cachée par l'épaisseur du feuillage ; et le temps que je fus obligé de mettre à chercher la clarté qui en jaillit enfin par rayons épars , entre les dernières branches , me parut plus long que tout le reste du voyage. Alors je m'arrêtai contre un marronnier pour reprendre haleine ; car j'étais déjà tranquille. Cette lumière était celle d'une bougie dont la blanche flamme tremblait contre les vitres , à côté de l'endroit où Séraphine suspendait le petit miroir qui servaità sa toilette de nuit.£Ue y était debout, légèrement vêtue , souriant à sa gentillesse , roulant ses cheveux avec une grâce coquette , et puis prenant plaisir à les dérouler pour les voir ondoyer encore. Je restai là tant que la bougie ne s'éteignit point , et je ne sais ai oe fut une minute ou une heure ; mais je

SOUYEiaBS.

sais que cela vaut toute la yie , et qaïL n'y aurait que l'espoir d'y retrouver quelques instans pareils qui pût me décider à la recommencer.

Je mis plus de temps au retour. Le jour était tout près de se lever, quand je m'aperçus que Faccès de ma chambre était infiniment plus difficile que la descente. L'extérieur de la maison ressemblait à l'intérieur. 11 était si propre, si uni , si soigneusement recrépi , que les mouches avaient peine à y fixer leurs crochets. Pas une pierre saillante , pas une fissure dans le plâtre , pas un interstice à glisser les doigts , qui pût servir à me hisser jusqu'à la banquette ! et ajoutez à cela que le Biez coulait trop près derrière mes talons pour me permettre de prendre du champ. Un train de charrue au rebut , qu'il fallut amener de loin, me servit enfin d'échelle. J'arrivai , je dormis comme on dort à douze ans , quand on n'a point de chagrin, et je dormais encore quand M. de C.

m'aveytit pour la troisième fois qu'il était temps, d'aller s'informer de la santé de Séraphine , dont j'étais si inquiet la veille, u Bon , bon f dis-je en me frottant les yeux et en étendant les bras, cela n'est pas dangereux ! « M. de C.» me regarda d'un air étonné. C'était la premier»

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fois, je m'en ftatte, qu'il m'avait trouvé si insoucieux sur mes amitiés ; et ma tendresse de troubadour ou de paladin, qui prêtait à des plaisanteries de tous les jours , rendait cette indifférence inexplicable. Sa méprise în*égaya ; et comme je n'aurais pas osé faire connaître à mon ami les motifs de ma sécurité , je trouvai piquant de l'accompagner , en me divertissant à toutes les bagatelles du chemin, et sans lui parler de Séraphine , jusqu'à l'angle d'un hallier bien fourré , où elle nous attendait d'habitude, pour nous surprendre d'une espièglerie ou nous effrayer d'un cri. Elle y était , et j'avais , comme on sait, mes raisons pour n'en pas douter. Elle tomba dans mes bras, retomba dans les siens , revint à moi, fit sauter mon chapeau , se sauva pour être attrapée , et finit par se laisser prendre , en criant de dépit et de joie.

tt Vous aviez raison tout à l'heure , quand » je vous tirai d'un si bon sommeil , me

» dit M. de G en riant. Gela n'était pas

» dangereux. »

Je vous demande si ce fut là un grand sujet de colère , mais de colère morne , silencieuse et méprisante! Séraphine prit l'avance avec

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dignité, en se donnant cea manières dédaigneuses que les jeunes filles nobles apprennent , je crois , en naissant ; et quand nous fûmes parvenus à l'allée des marronniers , elle s'assit sur notre passage , au bout du long banc de pierre sur lequel nous causions presque tous les jours. J'allai l'y rejoindre; elle courut à l'autre extrémité; je l'y suivis, elleVreprit sa première place . et moi aussi ; mais j<$ l'y fixai d'un bras sar lequel je l'avais soulevée cent fois , et dont elle connaissait la puissance ! —

ce Halte^là, grondeuse ! lui dis-je en feignant )> d'être sérieusement fâché. Mademoiselle, » pourquoi boudez-vous ?

— « Moi, monsieur, bouder? Et à quel n propos, s'il vous plait? On ne boude que n ceux qu'on aime et dont on est aimé. Je ne » vous boude pas , parce que vous ne m'aimez M pas, parce que je ne vous aime pas. C'est » naturel. On n est pas forcé d'aimer quel- » qu'un.

— n Ah ! je ne t'aime pas , et tu ne m'aimes n pas, Séraphine ? C'est très-joli ! . . . .

— » Non certainement , je ne vous aime n pas , puisque je vous déteste , puisque je » vous ai en exécration , monsieur ! et je vou-

steÂraiifi. -41

> draîs bien savoir , par exemple ^ pourquoi » vous prenez la liberté de me tutoyer ? Je » vous le défends ! . . . — Mais voye* donc^ ajou- » ta-t-elle en s'efforçant de rire , ne faudrait- « il pas bouder monsieur , qui dort si bien i> quand on e&t malade à la mort , et qui s'ex- » cuse en disant que celarCestpas dangereux f » Si vous aviez été malade , vous , je n'aurais n pas été si tranquille ! — Mais lâchez-moi , je » vous en prie ! lâchez-moi tout de suite , ou » je ferai du bruit ! j'appellerai Lila ;... je vais » pleurer !...

— » Non , vraiment tu ne pleureras pas , » laide et méchante que tu es ! et je voudrais M bien voir qu'on s'avisât de pleurer ! . . .

— » Qu'on s'avisât de pleurer l Gomme vous » dites , c'est fort joli . c'est de très-bon ton ! » d'ailleurs , je suis une laide maintenant , et » qu'est-ce que cela vous fait qu'une laide » pleure , quand elle veut pleurer ? m'empèn cherez-vous de pleurer et de crier , si cela *• me fait plaisir? Vous ne me permettrez pas » de pleurer , peut-être , quand vous m'étoufn fez ! Vous êtes bien avantageux ! ... »

Avantageux était un de ces mots de salon qui me déconcertaient toujours. Je passai l'au-

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tre bras aatoar d'elle , et je me hâtai de m'expliquer...

« As-tu pu croire , Séraphine , que j'aurais )» dormi sans m'assurer que cela n* était ptis » dangereux , et que tu te portais bien ? Mais M écoute-moi un instant^ et n'essaie pas de te )» sauTer , cela ne te réussirait pas ! — Crois-tu » que l'état de ma douce et belle Séraphine » était bien dangereuûP, quand elle Tenait à min nuit, derrière la fenêtre de la tourelle, tresser it autour de ces jolis petits doigts, que je baise- » rai tout à l'heure , ces longues mèches de )i blonds cheveux que je baise maintenant )» malgré toi — ou malgré vous — ; quand elle î» ouvrait sa croisée et s*appuyait en silence , )» pour écouter le rossignol qui n'avait garde » de chanter , parce que je l'avais effrayé , et )» quand elle le défiait des cadences tendres et )» perlées de sa romance favorite :

• Amour , on doit bénir tes cBaines ^ » Quand deai amans ont à souifrir

— w Quelle horreur, s'écria Séraphin ef vous » m'épiez , monsieur!....

— » Tu appelleras cela comme tu voudras ;

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» mais quand tu es malade , j'ai peur , et quand » j'ai peur pour toi , je ne sais plus ce que je » fais. »

Elle réfléchit un moment. Je sentis que je n'avais plus besoin de la retenir. A quoi de- Tine-t-on cela ? Mes bras s'étaient relâchés. Elle dégagea les siens , les étendit un peu pour les dégourdir , et les jeta autour de mon cou.

M Pauvre ami que j'accuse et que j'inquiète , » reprit-elle en appuyant son front sur mon 1» épaule !.... — Il ne me le pardonnera peutw être pas ! — Avec cela que vous êtes bien » capable , étourdi comme je vous connais , n d'avoir passé par le trou du kibou ?...,

— » Ce chemin n'est pas beau , mais c'est le 1* plus court , et j'étais trop pressé pour pren- » dre l'autre.

— rt C'est a faire trembler , à ce que l'on » dit ! un sentier taillé dans le rocher sur un » précipice épouva ntable ! . • . .

— » Un sentier large comme la petite allée 3» du potager sur un précipice profond comme » la terrasse , depuis la mansarde de ton pa- « Villon.

— » Eh bien ! n'est-ce pas rassurant ! il y » arrive tous les ans des malheurs en plein

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» jour ! et si ta rencontrais le hibou ?.....

— )t Je l'emporterais dan» ma freloche n comme un papillon de nuit. Oh ! je- voudrais » bien que ce fût, seulement un mot^en-duc l » il y a trois mois que je l'aurais empaillé ! M mais un méchant hibou de son espèce n'est » bon qu'à déployer comme un épouyanlail sur » la porte du château.

— )» Attendez , attendez , j» dit -elle en composant tout à coup sa jolie figure pour prendre un air solennel , et en s'él oignant d'un pouce ou deux avec une admirable dignité. « Ce n'est » pas tout , monsieur , ce n'est rien ! ce qu'il y n a^d'inexcusable dan» Yotre conduite^ c'est }) que TOUS n'avez^ pas pensé au danger de me » compromettre ! . . . . »

Compromettre était bien autre chose qu'avaittageus , ma foi! compramettre me foudroya.

u Te compromettre , Séraphine ! je serais au i> désespoir de te compromettre , mais. ... je ne n sais pas au jus te ce que c'est. »

Elle laissa tomber sur moi le sourire d'une supériorité indulgente, u Jl suffit ^ monsieur , » continua-t-elle , que je ne veux pas. absolu- » ment qu'on se permette d'être devait dans le » parc«Aujourd'huije vous fais grâce, n ajouta

Séraphine en me tendant sa main à baiser , tt parce que je sais que Totre cœur est pur , » mais que cela n'arrive plus jamais ! le monde » es!t si pervers ! »

Il faut noter que pervers avait un pied et demi dans la bouche de Séraphine. C'étaîl le verbumh sesquipedale de mon Horace.

u £h ! que m'importe le m^nde pervers !

» qu'a-t-il â dire à ma tendresse et à mes in- » quiétudes ? il lui siérait bien, au monde per- » vers, de trouver mauvais que je fusse en » peine de Séraphine , quand Séraphine est » malade ! Craindre pour ta vie , et ne pas M tout entreprendre , ne pas tout braver pour n te voir ! certainement , je ne promettrai pas » cela !

•— » Bien , bien , dit-elle en reprenant ma )» main , si j'étais vraiment en danger ! Crois-tu » que je voudrais , moi ^ mourir sans te re- N voir ? Ce serait pis que la mort 1 »

Au même instant, ses sœurs et mon ami MOUS rejoignaient , et nous nous embi^ssâmes devant eux pour la première fois de la journée.

Les momens dont je parle étaient si doux qa*il n'est pas surprenant que je m'abandonne au- plaisir de les raconter longuement. Cela

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dura quatre ou cinq mois , et puis cela finit à toujours.

Au commencement d'octobre, je ne sais plus quel jour c'était de brumaire, nous vîmes arriver Chapuis , un anoie n domestique de M. de G.... , vieillard honnête, fidèle et même affectueux , mais dont la figure sévère et rébarbative ne m'avait jamais paru propre qu'à porter de mauvaises nouvelles. Celles qui rae concernaient alors étaient accablantes. Mes parens, enchantés de quelques progrès qu'ils croyaient remarquer dans mes études , étaient convenus de m'en témoigner leur satisfaction en me faisant passer un hiver à Paris sous les^ yeux d'un homme aimable et sage , dont ils avaient éprouvé l'attachement. Le neuf thermidor venait de mettre un terme aux sacrifices sanglans des druides de la révolution. La France , enivrée de son affranchissement , commençait à se reposer des convulsions de la terreur , dans une atmosphère plus pure. Elle renaissait aux sciences , aux beaux-arts , aux loisirs des peuples civilisés. Elle renaissait presque au bonheur, car tout pouvait sembler bonheur le lendemain de l'annarehie. Je ne connaissais de la terre tout entière que la na-

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ttire agreste et simple de nos solitudes. Il s'agissait de me faire voir les collections, ler* bibliothèques, les monumens ^ les hommes, le monde enfin , dans lequel Fimagination du meilleur des pères m'assignait en espérance une position agréable , et peut-être distinguée. Tout eela m'aurait souri comme à lui dans des circonstances où ce voyage n'aurait rien coûté à mon cœur ; mais Texil des nobles subsistait toujours , et je me sentais défaillir à l'idée de quitter pour si long-temps mon ami, car la longueur d'un hiver est quelque chose d'ineommen^urable aux enfans. Je ne sais s'il vous en souvient. Je ne disais pas tout cependant ; mais la pensée de m'é veiller vingt-cinq fois par une matinée de dimanche, sans pouvoir me promettre de voir Séraphine et de finir la journée auprès d'elle , me navrait si cruellement , que je ne m'accoutumais à la supporter que sous Ja condition d'en mourir. Vingt-cinq dimanches , hélas ! j'étais bien loin de mon compte !

Il fallait pourtant se soumettre. M. de C ,

qui. mesurait, mieux le temps , et qui savait mieux ce qu'il vaut , me parlait de ces longs mots d'absence comme d'un jour que j'allais

48 SOUVENIKS.

passer en plaisirs. Nmis devions seuiemeBt ém "visites à tous nos voisins , avant l'époque qui était fixée pour mon départ , et dont je ne m'informais point , parce que je tremblais de la savoir. Ce projet de visites me consolait un peu ; il devait me ramener au château , et je me démontrais bien à part moi que cinq heures de l'amitié , des regrets et des caresses de Séraphine, dédommageraient assez ma vie de cinq mois de douleurs. Je m'aperçus dès le lendemain que nos lentes promenades m'éloignaient de plus en plus de l'unique objet de mes pensées , mais je ne m'affligeai point. Je sus au

contraire un gré infini à M. de C d'avoir

donné .cette direction à notre cérémonieux itinéraire.

« Tant mieux , disals-je tout bas! C'est par » elle que nous finirons ! son baiser d'adieu « sera le dernier que j'emporterai sur mes lèn vres , et je l'y conserverai avec tant de soin , » qu'il en sera de ce voyage comme si je ne » l'avais pas quittée ! . . . . »

Il y avait six jours que nous courions ainsi

le pays , presque sans nous parler. M. deC

paraissait amèrement triste , et si je ramenais , selon mon usage , le nom de Séraphiaeautra*

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Ters de nos courts entretiens , il se hâtait d'en détourner la conversation comme d*une idée ioqniëtante et fâcheuse. Je me perdais à chercher le motif de cette réticence nouvelle entre nous : car il aimait Séraphine presque autant qu'il m'aimait , et j'aurais trouvé tout naturel qu'il l'aimât davantage.

Gomme nous occupions le seul logement dont on pût disposer dans la maison , nous, avions établi Chapuis dans ma chambre, où il dressait tous les soirs son pliant au-devant de ma croisée. Le jour dont il est question , Chapuis me trouva comme à l'ordinaire occupé à tenir note sur mon journal des espèces que j'avais ramassées en chemin , et il se crut obligé de m'interrompre pour m'engager à dormir.

Cette précaution inaccoutumée me surprit.

— «c C'est , voyez-vous , dit-il , que nous n partons demain , à six heures précises , pour » nous trouver au : relais de la diligence de n Paris 9 et quoique j'aie déjà emballé toutes » vos petites bardes dans la voiture , il estpos- }) sible qu'il vous reste quelque chose à faire n avant d'y monter. Vous n'avez donc que le » temps de vous reposer un peu en attendant » que je vous réveille.

50 SODVEIflliS.

— n Demain à six heures! m'écriai-je. Cela n n'est pas possible ! je ne partirai certainement » point sans avoir vu Séraphine !...

— » Il le faut bien cependant , repartit » Chapuis , car la diligence n'attend pas ; et , » quand vous resteriez , pensez -vous que M. de

)i C vous permette de voir mademoiselle

» Sëraphîne dans Fétat où est la pauvre en- » faut ? Il craindrait trop pour vous les eflTels n de la contagion , comme on l'appelle» Il n'a M pas eu d'autre raison pour vous éloigner d'ici » toute la semaine.

— )> Séraphine est malade , et je ne le savais » pas ! — Expliquez-vous , mon ami , je vous en » supplie !

— » Malade , malade ! répondit Chapuis en » hochant la tête. On m'avait défendu de vous î» le dire , mais il faut bien que vous l'appreniez » un jour ou Tautre ; c'est que les nouvelles » d'aujourd'hui n'étaient pas bonnes ! Heun reusemen t , la providence de Dieu est grande , » surtout pour les jeunes gens , et , si elle le n permet , vous retrouverez au printemps ma- » demoiselle Séraphine plus vive et plus geii- » tille que jamais. Et puis , on ne manquera pas » devons écrire sa guérison à Paris , et vous

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» en aurez la consolation sans avoir eu le cha- »» grin (le la quitter malade. »>

Pendant qu'il parlait ainsi , Chapnis tourna la clef, la retira de la serrure , la mit dans sa poche , ferma la fenêtre , et se gHssa dans son lit sans se déshabiller , pour être plus tôt prêt le matin.

^ »K — Que faites-YOUs Chapuis? Vous fermes » cette fenêtre , et vous savez que je ne puis »• me passer d'air ! Je vous l'ai dit assez sou- '» vent.

» — Bon 5 bon , reprit-il en s'enfonçant sous » sa couverture , les voyageurs ne doivent-ib » pas s'accoutumer à tout? Vous s<>rez bien » plus à l'étroit dans la voiture , ma foi ! Vous >» imaginez-vous, moucher jeune homme, quo^ » vous aurez toujours vos aises? On vous en »» donnera dans votre pension , des fenêtres our » vertes en octobre ! D ailleurs , monsieur est » trop bon pour ne pas avoir égard à mon rhu-^ » matisme , par le froid qu'il fait mamtenant , » c'est une vraie soirée d'hiver ! «

Je n'avais point d'objections contre ce dernier raisonnement. Ma situation était horrible. J'éteignis ma lumière , et je ne me couchai pas» J'attendais qu'il dormit pour tenter de tourner

5S SOVVEIfIR».

l'espagnolette , et sauter d'un bond dans la rue par-dessus le pliant maudit , au risque de me rompre le cou. Le moment que j'espérais ne tarda pas ; mais le sommeil de Chapuis était si léger que soudain , et au moindre mouyement j'étais averti par un qui vive brutal de la Tigilance de mon inexorable sentinelle. Je revins dix fois aux approches , et dix fois je fus dépisté. Pendant ce temps-là, Séraphine m'appelait peut- être ! Ce fut une épouvantable nuit.

Enfin la pendule sonna quatre heures ( c'était plus que je ne me croyais capable d'en compter encore ) , et le carrillon du réveil m'avertit que Chapuis avait choisi cette heure-là pour aller faire les préparatifs du départ. Je me roulai comme en sursaut sur ma paille bruyante, pour lui donner acte de ma présence , pendant qu'il battait méthodiquement le briquet , et qu'il éclairriit s a lanterne sourde. Je crus qu'il n'eu finirait pas . Qu'il me parut long dans ses opérations , et que je maudis la maladresse et les lenteurs de la vieillesse ! Il sortit cependant, et j'entendis la clef retourner sur moi à l'extérieur. Je ne m'en souciais guère. Son dernier cri couvrit fort à propos le bruit de la croisée

atiAPHini. IS3

qui s'oayrait* ÀTant que le prudent Chapuis lut à Tëcurie , j'étais , moi , de Tautre côté du TiUage.

Il ne fallait rien moins que mon habitude du pays pour me diriger dans les ténèbres de cette ligonreuse matinée. Il n'y avait pas dans toute la nature un atome de lumière. Les objets les plus opaques et les plus obscurs ne dessinaient pas le plus faible contour sur Thorizon obscur comme^eux. Il ne tombait pas de pluie , mais l'atmosphère était inondée d'une brume noire , épaisse , presque palpable , qui pénétrait mes vêtemens et qui enveloppait mes membres comme un bain glacé. Je n'avais rien vu , rien deviné , rien imaginé jusqu'alors qui me don* nât une idée aussi effrayante de l'Érèbe et du chaos. Je trébuchais contre tous les obstacles Je tombais , je me relevais , je sondais la route du pied, et la nuit du regard. Je n'étais orienté que par ma mémoire ou par mon cœur; je disais : Ce doit être là , et j'allais toujours.

Quand j'arrivai au trou du hibou^ je ne le reconnus qu'aux saillies du roc, qui surplombait dans de certains endroits de manière à m'obliger de baisser la tête, et que je suivais en tâtonnant pour ne pas m*exposer à perdre un pas

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hors da sentier ; car il y allait de ma vie. Ce sentier était effectiTement assez large , comme je l'avais dit à Sérapbine, pour donner place, dans les passages les plus étroits , à deux paires de pieds comme les miens ; mais il était coupé dans la pierre vive, et le suintement des eaux qui l'humectaient sans cesse avait sensiblement incliné sa pente et dégradé son bord extérieur, donc je rencontrais à tout moment les inégalités, quand j'essayais de prendre un peu de terrain pour me délasser de ma contrainte. La bruine se congelait d'ailleurs en touchant sa surface froide et polie, et le tapissait d'un verglas glissant , où je n'assurais ma marche qu'avec d'incroyables efforts, en introduisant mes doigts dans toutes les anfractuo^ités du rocher , et en me cramponnant de temps en temps à celles qui étaient assez profondes pour me soutenir, pendant que je reprenais, à la pensée de Sérapbine, quelque force et quelque courage. — Tout à coup j'entendis un bruit singulier , et mes joues furent battues d'un lourd frémissement d'ailes , deux circonstances qui , dans la disposition de mon esprit , n'étaient pas propres à diminuer ma terreur , mais je pensai à l'instant que ce devait être le hibou, dont mes tra-

SÉftAPHllIS. 55

cassmes nocturnes avaient trouble la solitude , et bientôt je n'en doutai plus. Il alla s'abattre pesamment à quelques pas de moi , en fixant sur Tusurpateur de ses périlleux domaines des yeux ronds et lumineux. « Je te remercie , lui » dis-je, de Tenir prêter deux flambeaux a mon >» voyage ; mais je ne m'y fierai qu'autant qu'il n le fout pour ne pas te donner l'impitoyable » joie de 4n!entrainer dans les fossés de ta mai* » son de plaisance. Je sais que tues un bètein- » sîdieux , et je connais , grâce au ciel , pour » les avoir toisées de l'œil plus d'une fois , le» » profondeurs qui nous séparent.» D me précéda ainsi pendant long-temps encore, voletant , caracolant , miaulant comme un chat , sifflant comme une couleuvre , s'abattant d'espace en espace à des intervalles mesurés avec un gémissemisnt lamentable , qui aurait figé le sang dans lea veines d'une femme. — Je n»

craignais plus rien. La route s'était élargie. Je courais , je sautais , j'espérais , j'étais content , j'allais la revoir. — Et toutefois jo me promettais bien de revenir par une route plus sûre.. J'arrivai à l'allée des marronniers.

La feuillée s'était éclaircie depuis mon dernier voyage , et je vis déplus loin vaciller en-^

sovyiifiKff»

tre les rameaux la faible et pale lueur qui Tenait d'une certaine croisée de la tourelle. u Du feu chez Sëraphine ! pensai-je. £lle est n donc malade encore ! » Je ne m'arrêtai point, je parcourus la terrasse , je cherchai , je trouvai la porte qui s'ouvrait de ce côté ; elle céda sous ma main : elle était entr'ouverte ; cela m'étonna. Je gagnai le corridor, j'atteignis l'entrée du petit escalier en Yolute qui conduisait chez Sëraphine. Cet escalier était iwiui éclairé , contre l'usage. Après deux ou trois tours de spirale, je vis que cette clarté provenait d'une bougie posée sur une marche au-dessus de ma tête , celle de Lila , de la pauvre Lila, qui était assise à c6té , les coudes sur ses genoux , la tête dans ses mains noires ,et qui paraissait dormir sans doute parce qu'elle avait veillé , et que la fatigue venait de la surprendre en descendant. Je passai près d'elle à petit bruit pour ne pas la déranger de son sommeil. Une lumière encore blanchissait le palier ; elle sortait de la chambre .de Séraphine. Les deux battans de la porte étaient appuyés aux murailles. La lampe était par terre ; derrière elle je discernai deux vieilles femmes que j'avais vues souvent demander l'aumône au château ; elles se tenaient

SÉRAPHINS. Wt

accroupies , muettes , occupées , et au mouvement de leurs hrsl$ il me sembla qu'elles cousaient quelque chose. Je m*ëlançai. Elles ne levèrent pas la tête. Je courus à Talcôve ; le iit de Séraphine était défait , l'oreiller renversé , les couvertures pendantes : il était vide. —

Assailli d'idées vagues , confuses , impénétrables , je me retournai vers Tendroit ou j'avais va ces vieilles femmes, pour prendre d'elles des informations sur Séraphine et sur le motif tpii l'avait fait changer de lit ; mais il ne me resta plus de forces pour entendre leur réponse. Leur réponse , je la savais déjà. Ce qu'elles cousaient , c'était un drap blanc , et ce qu'elles cousaient dans ce drap , c'était Séraphine.

On m'a souvent demandé depuis pourquoi j'étais triste.

^imtntine.

il ■

. • « • . JWâb ftlof » Tîngt-trois am ^ cft Je'f «i cOfiinaifMaÎB àé Vamùwt que cette fièrrq tai^uv lente qu'on appelait de Tamoiir dans cettdi|^» nëration def malheor dont la de«tinëe était' de Se méprendre «ut tous ses aentimens ; maladie' ^pîe, digue i dévorante , «ans eoaipeQsation»^^ sans adoooissemefâs^, «ans e«pérance8.) dont lès: êmotîoUs étaient des crises et les ëlanfS' de« etm*' Tulsions ; frénésie p»Ieine de visions tragique» y panmiesquelléi apparaissait ttne image de îpw^'

60 60CVEIIIR8.

me , coinnie Psyché aux enfers , fantôme inaccessible I insaisissable , qu'entouraient tons les démons de Timagination , toutes les furies du cœur. Si une circonstance que je ne cherchais plus , parce que j*en connaissais les conséquences toujours semblables^ si le caprice du hasard me liTrait réelle et vivante l'illusion dont j'étais follement épris, si je parvenais a m'en faire une conquête — ou-ua^ P*^?? -^^^^p^avai» pas arraché son dernier voile qu'il ne restait dessous qu'un marbre insensible. Ma main se refroidissait sur une main froide qui ne savait pas la presser ; mes baisers s'é^ignaient sur des lèvres glacées qui n'avaient jamais exhalé un soupir du cœur. Cette divinité n'était qu'une femme tout au plus ; je me disais :.Ce.n'e^t pas elle.; et je.me pqphmge^iahnpolieinfoealilantf U t^gpe deqies soniiBit, pwrleur devsandcvriintimlr^ ««noiir^ d*^titts doultiursk (

Cé'délifê. Où tiia:vwr.ff9 QMttimAît fi'éliril iw FàëcMest; iadiFidad ^ l'inforH)!^ 4'f93(^ptMm' 4'aoe Qtrgaiikatk)0'4»âlhimrfiuM4 P^f^it; \1i«v^ iîUq a^n^plàme d'une pas^kw .iiKQQIHMi/ff i^^ MÊKté9 i el ctependmt <iwiiiiliuf) A h pl9p«r^ doi âmes que la nature arailreAipffpiiiite^^ en ce tampa^Ià» d'n<i eerlajiii Wfmti^K^Â'WSf^^ «t

«UMurtifft. 411

d'8iiAuitioi|f;r(|félàlt on beèdiii pi^lbfi4 tt do4^ toUMUt <N|)feiiW, A'iigiuttotis , de Miuffrtitt^ nés, H iur((mt de changemeût, la rërëlatioA d'imki^ëiiite insliiiet de deaCrdiAioti , dV nëmiltéieineiit '^omA y rëprtniié au fteiti d'an peuple ûoWÊfté par de» institotiotis de fer , ou diltraUiABiiiii les eauipt ptt de# HHibUiont «angiantë»/ mai» tpà rugiw*it du fond des kmes oisiTéft comme ces feut lOfiterraiii» qui Annoncent pfkh un totig grondemeiit , «Tant de s*oa?rir un passage , les désastres dont ils vont ëpoiivswitêr.ie iiioiide« Toute^ cette puissance effnifàote d'ëtémens Qonfas ^ discords , irrités , qui seheurtens ^ su eombattent, se conBagreat, «t firtisseiit par tduler sur la terre » en éolaiant , la tempéne des révoiations y toutes ces fureurs trompées dans leur objeti et dont nous ne savions plus que lairè , ttoas , fils orphelins de k Kbèrté; Aéshériiés pAr Hapoléon ^ elles Aoas suivirent ^ans }*ëtfoite carrière qui nous était l$tstëe ^ au mllteii des affections les plus natufelles^j des «entimens les plus dous au !ocedr de ffiooiniew Encore une comparaison ipoéliqae pour débarrasser ma plume do quelques plinaëes de luxe qui empècheot l'encre de -couler^ et je n'en ferai plus. Quand un ruisseau

de lare ctn faaion se trouve telerrompa dabs. son coan par une muraille de rodJieraâiisunaofiAa- Jbles; TOUS le yojpt «e rév^olter ^ moiiier en ]>QuiIIonnant oontme le ûux contrélA baiwièrQ qui JiVmprrâonne , bondir et retonibar en burlant^ ^et se détourner enfin , s*iépiinclaMV( iau 'loin , rouler , répandre ses flots eitflaaiÉiél. truv^^ra les tallée» pacifiques, tet J^s v^rufers. chargea 4e fleurs. Sous ces métaphores 9 Âl y. a une bistojce» €'est ainsi que no^s. ayons goâté les» fâioitésdu *belâ|^. • ••.•••!• ••.■;/ '. Je sens que j*ai de Ta peine. auj«iurâ%itl à me rendre compte de ces^ixopressions que j'éfHroujaift si distinctoment alors* Des mots., des mots, et rien de plus. La pensée n'ait plus là pour mirfier la parole. Le foyer dîe riucendio subsiste encore ^ maii^ il n'y ^4^® ^^ ^^ ceiidre«

Le changement' qui s'opéra :4ana xnea. idées fut soudain , il fut étraiige:^ il fut long-temps un mystère incompréhensible ))our moi*mèae.

iiib désordre de mes passions métaphysiques 'm'éioîgnait à Paris de ce monde méthodiqiie et .circonspect où la fougue sauyafe que ities.amis prenaient pour de Tenthousiasme ne m'avait 'donné que la réputation d'un enfant raa.ussade h cerveau dérangé. Les principes d'opposition

dÉHBIlTIlIB.

hostile et yiolente dans lesquels je ni*ëUis précipité en ayeligle , probeblement pour jeter dam ma route aventurense quelques dangers de plus y m*auraieut ourert aisément deux ou trois salons d'aristocrates de la vieille roche 9 fort iniatués de. leur noblesse, mais forte a<SCOiitumés à descendre au besoin de ses sublimes hauteurs , quand il s'agissait de lier aux intérêts de la bonne cause le déTouement d*nn jeune courage ; mais je n'en fréquentais qu'un, paroo que j'y portais des affections plus intimes , le penchant qui nous entraîne^ rers des compatriotes dont le nom a souvent retenti autour de notre berceau ; l'habitude du respect qu'inspire en province plus qu'ailleurs l'illustration d'une maison historique dont le col* lége et la tradition nous ont appris les services et signalé les monumens ; le souvenir surtout d'une bienveillanoe particulière dont les miens avaient ressenti les effets depuis plusieurs gé* nérations , et qui s'était en dernier lieu étendue jusqu'à moi. Bientdt je n'allai plus que là. Je fis plus, je portai la condescendance au point de m'y dépouiller, apparemment d'abord, et peu à peu fort réellement , de ma mélancolie om« brageuse et de mon dévergondage sentimental.

04 «OWINIM*

Ceq^i m'en est resté ii*e«l Trftimeiit i^ies; (fue ne fertilt-^n pu» poar plaire defrantagê a ceux dont on se omit ai tnë ?

Il 7 a des gens qui penseronl que ee sacrifiée eat peut-être encore qnelque «ttti« motif «eerel que j'onblie , et je Ya\ cra depuis contme «ttx ; ma» je ne m'en doutais pas. Quoi qu*il en soh , je devins à peu prés sage, et je ni*aper« fus que j'étais devenu sage parée que je devenaîa heureut.

Met nobles patrons n'avaienC pas d'enfant ; mais l'amitié leur avait donné une pupille ohar-» mante , dans une jeune personne de notre pays ^mmun ^ sortie depuis quelque temps d'un des brtllans pensionnats de la capitale , et que sa mère avait jugé à propos de laisser passer une année entière au milieu d'une société parfaitement choisie , pour y contracter les habitudes élég^antes que Téducation n'enseigne pas^ et qui embellissent j dit-on , les plus beureux naturels. (Embellir le riatarel , enténdes-vous?) Elle était très*noble aussi, d'une de ces noblesses ^evaleresques et féodales , a bannières et a bréoeaux, qui menaient, il y a cinq ou s^x cents ans , grandes fanfares dans les tournois , et qui remplissent de leurs prouesses les chroniques

cttiiiiif 110^ 68

et les rotimm. C'était oépwàÊiiik la prèinléfe chose que Fon oilbUàt- (fiipfèi é*^ile, tàttlélte était simple', mdâeste et graoitiase en son é&caell ; car In fantaisie wèOÊé ne se eott||lo<eiraH pas dans ëe» fôrerle^ iiervèillense*, et qui pai* sent de bien haut Tosavre de l'art , et qaelqncH fbis celui de Dieu, un assemblage plus aeheiré decharméft-et de vertus, de naïveté et d*éi«prit, dinneeekice et de seiMtbifité. Un autra oserait la peindre; et moi, m je savais quf Lawrence eèc eonçtt cette Insolente présompition ; si Ton parvenait à me persuader que le tableau saerilëge est suspendu là , derrière moi , à ce i^anneau vide et triste au regard, qut fcit face à mon alcôve , et où quelque orne^ ment moins précieux ne siérait pas luâl ^ je ne me déteumerais ccKainement pas , qu*un aei^ ne Teèt voilé par pitié. Non , je ne me délourt nèrafis pâs', de peur d'altéref Tidée si vive et si purèenbôre que j'ai conservée du modèle* -^ J*ai les portraits en hôrréiti*! '

Olémentine^vak diï-hbitans.

U m^éfâfft' facile^ de me méprendre sur l^ati* trait nouveau pour mot qui nous* portait l'un vers l'autre. Ces calmes eMretletis qui rempliAr sent 1o coenr sans le bouleverser, ces tendrez

D6 socTsuw,

•effiMkMM QÙ d«iix pensées mni^ «e oonfondent. ee plaifir iAfçéna de se Toir et d'être ensemble , je ne les connaisseis pas^ Je n'avaisëprouTë des rapports des âmes que ceaiç (|qi les froissent I qai les torturent y qui .les poussent au déitqspoir. Je n'avais jamais imaginé d'amour sans h^llnoinations et sans fièvre '^ et ce que je sentais auprès de Clémentine , c'était un bien-être untyersel , qui tenait de l'extase; une fête perpétuelle du oœur, qui se réfléehissait sur toutes mes sensations; la préoecupatien d'un esprit liMciné par des illusions délicieuses, qui s'y plonge avec rarissement , sans s'informer de leur réalité, et qui n'est pas même troublé dans leur possession par la crainte de les perdre* Il y avait autour de Clémentine une atmosphère , une lumière, une nature, un ciel^ qui n'étaient pas ailleurs. Sa voix avait une autre mélodie que la musique; son regard était d'un antre élément que le feu. J'aurais distingué entra mille femmes le bruit léger de ses pas et le frôlement de sa robe ; et si j'arrivais avant die i. l'endroit où j'étais s&r de la rencontrer tom les jours , il était un moment où mes artères gonflées , où ma respiration suspendue, où mes yeux éblouis d'une lueur fantastique,, m'aver-

cUMwimm, 67

tMiaieiiCde son . approche. Je dttait ooniine Ja prt(rai9e qài reçoit les eorainixnioatîons ée sa dMaîèéc La. voilà qoi Tient l ^t elle venait; aer il f «des coai^n» dans Tair, qui étaient' iilcpensibles poor les autres ^ et dans lesquels je puisais a une source de TÎe el de bonheur , quand te souffle de Clëmentîne s'y était mèlë. Je ne me chsrgei^i pas d'expliquer ce phénomène. ^

De quel ooup m'eût frappé alors Thomme erueliement sineëre qui mi'aurait dit arec cette apathie d^golstë qu'on appelle de la réflexion el du sang>>firbid : « Ce que t'inspire cette jeune ftle^ insensé que tu es y c'est de l'amour ! <— De Famonr pour^ Clémentine ! et a quel titre ! et pour quel avmiîr ? et sous les auspices de quelle religion^ sui^ les 4egrés de quel autel pouvals*je recevoir ses sermens?

' — » Bssfflsnatton ! Les spectres de vingt tyrans hélréditdires Amt elle portait le nom se seraient plutôt levés de leurs tombes de marbre , en ibiaailt siffler l'air, an brandissement de leurs épées'si («mg-t^mps immobiles ; les givres -et lés dragons d'armoiries , aoiitiés tout à coup pa^ la fée protectrice de' ses aïeux , seraient pliit&t descendas des donjons en ruines , où ils embrassent encore un reste d'écu caché

"9B ffnwww.

mmêi^kmaùâÊt, pon? w0aW #e plMer.evIffé «Ik ^et iâoi Mr le diAiniii «lo laneftiiam! Qiiotdw- J«?Mk S« jnère^ qi^elle «îinaît tant,. «I donfc .«Ile Mmi si aiaiée , ne dknraît^alk |mm «apèraraiit ,Mourir de dmileiir, «A la mamlissMit peat<»éCre l J/aaraia cent foi» briê6 mon •ccrtir^ ai je Tarais JMg^i.capable de f'oavrir à «ne .pareille irëaëiie I — Ce n'ett paa tout. Glëmestine éiaii riehe 9 rbeanoonp plua riohe que j6 n'aTata Feapéranoe darétre. jainai»! eX là deo^ua ma rdaohnioii .atait prise. irrëTOeaU^iueiU^ A aie f(aof0d*in* oompatibilîtë je ne oomiaîs point de l,ranaaolio« possible. Ii*araottr ooniptant de» piàe0ajd*or aa seuil de la obainiir^ iiopliaie«o«; qiieHfi<ignominîe I Du plond) fondu rersé goatu» a ifoatle daihs mes teines ppar lui «pa^aer imu» («rine, a la bonne heure I V

Je n^araia aucune idée d< «ea daa^rs; ils nfi m'ont jamais eoAlé une mite» Ce n'éuà pas de Tamour , A mon avis : clétait bien autre chose; je ne aais qaoi.oependaftii at jan>tt<raia pa# cherohé à le diff«» Qui aoriât p« i*aviser avant moi de .nommer un tel sanlimalit:? to 1 gens qui, font le» mots sarent^ils le jeoretde fouies les pensées qai.a'éTeUleront d*4<i i la fia | dfea tempi au fond d'une Ame d'bowilifl? lai '

bons p|(d«Da,' af éc iears noflM el leuri défini** lions ! Je renferma là f nen nW friua sâr^ nna iMiguoi entière pour laquelle la yoîs bnniaiiie if à pi|8 noa parole; et oetCe langne, je la sais pourtant f «faoîqoe je ne puiaae pas récrive^ «^' Haia.» je Vëerivaia an jour, Feiitendraient^ ibî .

Jaiiii*apapçuiii aw bout de* quelqnea hioia qae ' mail lnaîl«a ^doplua ea-plaa^éqaentea, ëtaient^ reçtiea. na peu pltia iraîdement» Glëmentine > eUe-aaème toitiotgnaît à jmm ép^i une véêêrrm' preaqoe.cdrrfnHinîeaaa,.qui paraîasAfil pfe»tdt laapoiée qne nalnrelle. à a^ii caraetére erpanaiti Un ^n franchement tendre, an motînaU gnifianlqaeje aaraîa comprend re<, un regard aanâ olijtei apparent que je aàvaia ialair , nit de ceariena qoi sont tout, suffisait à me oonaoler. * Cette poaitîon ëquÎToque dura trop peu d^aiU . Ituni pour me donner le temps de eoncevoir dea inqiiiétndea aëriènsea. Mon séjour à Paris avait un lermo dëjà A*ancbi malgré les instances de non père , et je ne sais^oomment je me aeraia rëaolai à partir, ai Clémentine ne 9*ëtait disposée à riovenir IrienM habiter notre pro- ▼inœ. Le jour des adîaox i^int enfin avec fontes sea trîataaaea, mais eneore ambellt , en espé-

70 MVVB9IM.

ranoe, d*ane minute de bonheur. «^ Je nie trompait. Clémentine n'y était pas. ^ I ' - m«

À l'instant où je traversais , pour sortir , une petite pièce qui préeède l'appart^nent , je la rencontrai. J'ai oublié oe que je |ui dn- >oe que j'essayai de lui dire; mais je me souvient qu'elle ne me répondit pas. Nous étions askeu éloignés l'un de l'autre ; car du moment àùmofcia nous étions vus ^ nous étions restés, imihob^es cbabun à notre, place. J'osai la regarder fire-»* ment , panse qu'elle ne me regardait point , et cependant son attentipn ne. paraissait 'oco^pëe-. par i^uoun autre objet. Sa physionomie avf it uiteexpressioo vague , mystériensè , cstraordi-naire 9 que je n'avqia pas encore remarquée dans ses traits. £lle était pâle; elle airiiii' l'air de souffrir ou d!avèlr .soufferte Je'.n'imnslaipoint en paroles inutiles \ mon. imagmat^on ne me les aurait point fournies ; ma bouche aurait, tenté vainement de les articuler. Soit que ma télé s'égarât, soit que j'eusse mal jugé des droits que me donnait l'amitié, cette amitié passionnée dont je parlais tout à l'heure, je m'élançai vers elle avec une impétuosité extravagante ; je saisis sa main ; j'allais la porter à mes lèvres, quand elle la retira brusquement y d'une ma-

nière qui ftBoonçait î^ cùlèt» , ei Yfffh^L ,^^i Clémeiitme I oi'écriai-je f en. rel6vaRt\ subite* ment -les «yeux sur les siens ! .J-y trouyai let iiièmoi mélKiife dlndîgnation et de terreur ;• maïs j'eus à peina le temps de la vpir , et jei nie persuadai assez facilement depuis ^u^ jepouvais, m'ètre abusé #ar la nsutture. et la .^usq. de soo émotion;. Ellç avail^, disparu en poussant^ «ne, plainte, îi^définiss^bi^ I tun gémissemesU. sOttrdi^t.proftNad'f rdont Vaqoent me déchira.. Il me* semblait /que ce- nfétaift. pas. ainsi que npuB deviçins. npus ^qparer. Jp bipartis cependant. '.•/.;. • 5. • -^ ■:'}. • ■ ••••-•f. "j ; t» •'

ToMUelAP*a^aii renrpUqi^'aiie minute. Ct^Uer niÎBjutQrpntplit ai^LmQis de .matVif • Je la yispen-, dant SIX nnols dans oçHe «(tidude ,. avec cercr . gard ^etjene v;i pas^ autre ohose.. Pendant siX/ inois^ je sentis saJnain s'arracber ^dela mienne» ; de ma< main qui s^efforç^it. oc^vuUivement de la retenir. Ce. cri douloureux qui pouyait se traduire en tant de sentimens divers | et dont Tinterprétation toujours nouvelle me • faisait, passer dans le même instant de la volupté la plus pure au délire do la douleur , je Tentendis pendant six mois. Une étudp grave , un péril pressant, nnefète, un duel | Tien ne pouvait

7ft sonrttnM.

ra^ea 4i«trâiii0, '6t je nlailra)» i^Mrta à ao4ra« prix '61» étve distrait. Quand lefnondeiflViitnitnaît MWlgré rtio2 dam le tofvent de' (es affbiroa cfit 4e seè dt8èt))aHen« ^ je tie céena)» d« hm répéter tout hbÉ le nom de Glëme^Hrte 5 péWr m'iioler^e la mwKitude; je )& fsAnmn r^têti«9p oomme un éeh^perpétia^lde TAfiieàf thivet^s^ttyiitês met pensées. Je «avof«- ctinYbion il fallait deièmpa paor le prenoneér ^ pour Téérire mille /«fis v e« c'était le seul emploi de ttios ^ Heures , <ki aeule joie de ma «olitude. JVtafs 'pai*vètt«^i'»in?iitiagîner que la di^tcldce et îe:teViip8 né nouÀ'tenaienl éloignes qu'en apparence; que je ne l'avais pas rëellement quittée ç. ^<i*0n' à^tt'e nk^i-mèivie , plus constant 5 plus assidu ', avec le<|fie)Je eonimuniquaia sans» effort , YitPaît à ses c6tës d^sa vie et.de sa présence , el que j*assfstai»pap lai MkX scène» peu variées de ses jours , comme un spectateur invisible. Cette rc^e lui sied ^ disais-je ; ellt Ta ,nirse aujourd'hui , parée qu*elle devine que je la vois , et qu'elle se rappelle qu'elle n'en a point dont la couleur me soit plus agréable. Quel souci fait passer une ombre lé* gère sur son front? Je ne saurais m^ mé|^ren* dre ; car c'est son habitude alors die rouler ainsi ses doigts davis le« boucles de ses ohê^éux. On

4SUlllllTlllt. 73

lui fiM^d^rie idée/qui l'irrU»>.«l qui latniinC^ jW «uîs^âr ^u pti î^uj^erorpUMs t^vî ▼ient de se desunâr sur son sutireîl à peine teleré. PentMétre- est-elle i^enaoëe ée fiie^«e reterd «' sou rofage 1 GrAee no eiel , l'obitade etc leTé >j le sourcil IwdeseeiMl , le fiK s-e Aee ; elle sooHc EUe est 'dotie .faevreme û» reveairlîu*» fitmoivusti j'ëllHS heiàreuxi

Oie jpnry ovi.dili qu'elle Mèrrnt., et quelques joués après qu'elle était arrivée. Je doateqoe ee ohangeitient dans -ma aitoation ne ai*att pas oaaaé plas de (rouble que de plaisir. Je oomprenais {lea le nouvel ordre de relations qui allaient s*étabi«r entre nous. Je aVin prëroyaîi pas clairement la portée et les .conséquences, il ne senUffiffc que je n'aTats pas eu le temps de «Y préparer > et qu'il était. ârop tdt pour la fioir; j'aurab voulu quelquffitts rester eonme j'étais , sous un prestige «Unix i qui ne dépehdait que de moi seul , et dont aucune rolonté étrangère à la mienne ne pouTait rottpre Fenjokaalemeal. Quand on i*e. dit qu'elle allait pa4- ' jer 9 «la poitrine se souleva comme si elle avait dùédater ^ases jambes déAiillireni; ouïs yeux se ▼oilèrent ; je ne la vis pas* C'était dans une pra|jDénade^ Au retour, je me décidai à amitriser mon

hm»yià Faffermkr^ à sàbii|m bonboiËr aiecablaïf t IqfM fÉ'iBfff*ayak, parqe «[u'tL n*y manquait presqme riei^ pour qu'il fut morteL Nous la «aluàmes. £ill^ répoBidit avec ffrâoe , inais^ saisiii notis. donner lieu db croire' qû'Qlld eût remarque entre atonà persopnle .en particulier; Je voèlus rehou^ 'Vseler oétte éprecivé. Elle regarda iàette foi»-, nais ses yeux idistraUsJ^e dctQumèréniqtiiindlIè àh- 4atfdtv^contrer let miens^ Lés jeunes» gens /qui m!accompagnaient grosnrent bieptèt un à un rie groupe où elle s'était assise. Alors elle ne regarcia plus. A son départ y le mouvement de la fople m^avait pbusaé si près d'elle qu^elle fut presque obligée ide m-effleurer pour la traver- 'ier ; elle ; ne = m'accorda qu'autant d'aAtenttou qu'il; en faut pour éviter Fembarr^é qu'^te trouve •dans sçn eheinîil. îG'était elle^oepeodant;i j^T*" vaii vue d'assez iprçs ppur .la reconnaître* Je l'ayani même entendue ; elle riait. «•< .

-^ Il y a d'aflreuseis nuits !

Lb lendemain, le .surlendemain , souvent j je la rencontrai seule. £lle tne saluait encore, •comme a regret, sans me regardei^y pu tout au plut en laissant tomber sur mot ua regardée plornb. Je crus 'deviner^

RiM de plus naturel, dis-je amèrement; C'est

ciAHSKnirs. 75

en effet Clémentine ; mais ce n'est plus celle que j'ai Yue ; ce n*est plus le monde où nous étions plaeés tons les deux ; et le monde j c'est rélément par. lequel elle yit , c'est 1^ source où elle puise sa pensée. Dans cet immense chaos de Paris, toutes les inégalités disparaissent , toutes les conditiqns se confondent. On n'a pas inventé jusqu'ici l'art de blasonner la figure haraaine. L'homme qui fréquente la noblesse en reçoit quelque reflet aux yeux du Tulgaire» N'ai'je pas entendu dix fois des domestiques imbéciles m'affubler en m'annonçant de leur sotte particule? c'était le passeport, la lettre de crédit du roturier présomptueux, l'insolente explication de l'accueil des maîtres , un sceau d'emprunt qui falsifiait ma valeur sociale dans l'intérêt de leur orgueil. Ici, je ne suis que moi, le bourgeois obscur dont ces murailles at^steraient au besoin l'honorable , mais simple origine , le ver méprisable qui file un cocon grossier aux branches des arbustes , et dont cet essaim de papillons étourdis ne prévoit pas l'essor radieux ! Cette humiliation n'est au fond que la conséquence nécessaire de mon erreur.

J'ai rêvé! —

Non , repris-je aussitôt. Non , cela n'est pas

76 SOOVIIQM.

poMÎble. Une faîblasie aasti Tulgaireso eoin- |irend facilement dans- cette populace de nobles , qui est à peine capable de distinguer les choses de leur apparence ; mais elfe est incompatible avec les sentimens génëreu d*ijne âme tendre , élevée , paissante , le chef-d'œuvre et IliDnneur de la création. Quelques moitf soffisent pour bouleverser des eraptres, pour niveler des montagnes, pour déplacer des fleuves de leur lit. L^étemité ne suffirait pas à produire une telle métamorphose dans cette organisation d*élite où Dieu a déposé le germe de tant de sagesse et de vertus ; où un naturel sublime a protégé ce germe précieux contre finfluence de Téducation et des préjugés ; où je l'ai vu se développer , se fortifier , grandir à une hauteur inaî^cessible au vol d& Fenthousiasme ! 11 faut chercher ailleurs les motifs de mon infortune. Qui sait de quelles couleurs je puis avoir été peint devant elle? Qui sait, hélas! quel prétexte n*ont pas fourni aux mauvais offices de la haine les agitations , les violences , les excès de ces deux ou trois années d*épi!epsie et de démence qui ont précédé le jour où je la vis pour la première fois ? G*est sous ce rapport qa'elle me connaît aujourd'hui , si différent de

cunamm. 77

oe i|<i*eMe «rait MMutaé , dt éhmi caraolère véritable , oeiiii qne je dois à la nature o« à ClAwtirtîne, n'eat autre obèse à «et yeux que le naàque edieui d*ati hypoctile. Elle erok Ukutoit devioë« £Ue nae niéprise. Elle m'abhorre» Voilà 4oul I

Je m'arràlai à oetteîdee} tout affreuse qu'eU0 fût». Jie wY artêtai peutrèlre parée qu*elle était aAreuse» Le hasard me procura bientôt Fooca* sioD de réckioin

Je ne sais plus qu'elle obligation m'avait livré aux ennui» d'une de ees soirées d'apparat et jde fiète qui sont insupportables partout, toaif qui ue le dont nulle part autant que dans la bouÊÊe compagnie/ Clémentine y arriva tard^ en a'exeusant sur une migraine dont elle avait été toumentée, et qui laissait des traœs trop seU'sibles sur son vûage abattu. Je n'avais pu ma soustraire à sa vue et à l'humiliante expression 4e sa politesse dédaigneuse ; mais , quand tout le monde fut assis, je restai debout , et j'affee» jUki de me diriger vers la porte du salons pour loi fairç «5omprendre que oe n'otî\ît pas l'espé* rance de la rencontrer qui m'avait conduit dans eette eohtfè. Mon intention était ^n effet de me retirer , mais la force me manqua. Je tombai

78 tommiiM.

dans un fautouil beurei^fcneitt aêsec ëipigifë du cercle des oonTèrsation8;et des^'jeaz pour que je puise me croire seul , et ni*abatidoiiiier San» contrainte aux idées pénibles qui m'oppressaient. L*e8pèoe d'anéantissement où j'ëtaîs plongé me permit à peine de remarquer que le bruit diminuait de plus en plus autour'de moi, et que là société , attirée par des symphonies qui s'exécutaient dans un pavillon du jardm j s'y était jetée tout entière au milieu d'une arenue illuminée. Clémentine avait sans doute allégué sa maladie pour se dispenser de prendre part à ces plaisir^ , et la tète appuyée dans sa main d'où ruisselaient les ondes de ses blonds cbeveux , elle était encore là j penchée sur le bras d'un canapé. Je tressaillis et je me levai. Elle poussa un faible cri en m'aperoevant et s'élança pour sortir. J'étais déjà sur son passage.

— Pardonnez«moi avant tout , mademoiselle, dis-je en lui opposant mon bras étendu : mais n*alle!t pas plus loin sans me répondre. Le repos, le bonheur , l'honnenr de ma vie , exigent que j'obtienne de vous une explication.

— • Une explication ! s'écria Clémentine étonnée.

dit^llITIIfE. 79

— Mon. inif»fl^ieiice et «roto. trouble ne mè perni^^QQt puâJte oboi^c de» tnoU. Il y va poar moi 4'il)térét8|^lu9 graves qu'une vatae obsenratîon des bienséances. Pardonnes^ je le répète, eC oubliez bientôt ,.s*il est possible , oe (|u*il y a d'irrégulier y d'inconrenaiit j de téméraire dans ma démarche , niais écoutez d'abord. Vous le derez à yocis-mème I QuqIs infâmes rapports | quçls iaeqspi\geA artificieux ont iait tomber sur moi la.çioicre çMe mépris de la seule personne dont l'estime jq[}e soit.qbère au monde?

-r- ^!auraîs singulièrement jugé., répondit** elleavfCi quelque bautei^r, de l'impression que Totre vue me U^\i éprouver , sji eUe se manifes* tait sur, jsia physionomie d'une mfinière si of* fensaptp. Jfc| i^'ai aucune raison da vous mépri-ser. La colère « la froideur m^me suppojsent une habitude de relations intimes qui n'a jaiitais pu nous rapprocher. Personne ne s'est permis de pie tenir sur votre compte un langage que je n'aurais pas pris la peine d'entendre , ou que j'aurais certainement oublié* Votre repos , votre bonbeur.i voire honpeur, n'ont donc été sérieusement compromis que dans votre imiagination, y dont je n'ai ni le droit ni l'envie de ré* primer les mouvemens , mais qui m'ojiligera

•0 ' SOVTEIfiM.

fart à Tavenir , - t^e in*ëpar(piev lé t6\e dëiobligcaiit qu'elle me faÂt joaer dans ieê..«.. Ivbies. Mon impatience et mon trouble ne me permet* tertt pai non ploi le choix des mots !•.*

Elle fit un pas Ters l'avenue.

*— J'accepte sans difficulté cet éclaircissement rigoureux , repris-jeen rarrètant , et je le tiens peur une satisfaction complète ; mais il m'importe de TOUS dire encore que tous avex fait tort à mon caractère en le taxant d'une présomption trop hardie pour la foi que j'avais mise dans votre amitié. Une imagination moins sujette aux lubies que tous reproches a la mienne s'y serait peut-être trompée comme moi ; la mémoire dés sentimens ne s'efflice pas si Tite. dans tous les ccenrs, et si mon camr pouvait s'ouvrir à vos yeux , si je pouvais , Clémentine , vous fhire juger. de la profondeur de sa blessure. •«»

— J'espère qu'alors I monsieur, dît-elle en relevant la tète d'un air impérieux et décidé , vous auriev asses de sens et de délicatesse pour me dispenser de recevoir vos confidences?

£lle soKit, car je ne la retenais plas. Il ne me restait pas une idée, pas une volonté. Elle avait tué mon àme.

GliâUJITIfll. 81'

Geb etft biéB , penaa^e tf^inid j» fm libre* Celle»l« ««sa» n*e«t qn'une famine, et «ne femme noble etioore j o*est^à*dîro ee qu'il y a île plue pauvre et de plus petit dans Tébauebe d*unétre aTorlâ, innU^liépar tonte» les petitesses et tou« tes les pauvretés d'un préjuge stupide. QrgueiU leuae petite fille ! ne semble- t-U paequ^el le tient mon eq^îatence dans ses mains, comme un jouet ^ a*est. bon qu'à jeter eu a rompre ? e( de quoi dépend la sienne , pour justifier tant de morgue et- d'îoaolence ? Les torchea qui ont brûlé le ebâteau ifi.moi père sont-«l!es si bien éteintes que la vengeance et le désespoir ne puissent lea rallumer? m'a Toixn'art-«tlepasun pouvoir aasea éprouvé sur ces hommes de carnage et de désolation , qui boivent le sang et que le sang ne désaltère pas, pour les convoquer un jour À quelque festin de cannibales ? Les révo-<^ kUions ne sont pas tentes dans le passé, et je n'y aï marqué jusqu'ici définitivement ni mon drapeau lû lua place. Roturiers ! nousrle seront pour fetourneir , puisque vous le voulex , au trav^A de la terre* Nous la creuserons des doigts: cwinie dea jkyènes ^ et nous y ouTrtrons une" foMC qui irooi dévoreea tons I Ob ! qu'il ferait ^U b wr s'ttchajqper demi-nme à travers la

82 fouTtim».

nietite de meè Aigles -affames , eliei*dlieriiii 1*6fuge dans ces bras qu'elle repousse, presser sod sein palpitant d*horreur sur le sein quVUe déchire , et) le frôiit renrersé, crier grâce et pitié 9 en cillant des yeux éponvantiés aux lueurs du poignard ! Pitié pour toi , vipère ! jet qae peux-tu redouter?. N*es-tu pas noble > Clémentine , et la peur a-t*elie troublé ton ccbur d'enfant au point de te faire oublier que' lè fer da* peuple se brise où se rebrousse contre lé flanc d^une fiUe noble ? Où serait autrement le privilège de ta race ? Ton cœur 1. as-tu ménagé le • mien ? Rien ne pouvait nous rapprocher , selon toi ! qtt*en. dis-tu ? C'est que tu ne pensais pas à Fetreinte de la victime et de l'assassin! Regarde! elle est aussi complète , aussi pa^siohnée , elle est mille fois plus volupteuse que celle de IV mour ! — Coninie tu es pâle ! CoitiAie tu èraina de mourir ! Comme tu n'implores lâchement !

Va, il n'y.a pas dans tes veines une'seiile goutté de sang noble ! tu n'es pas plus courageuse que tu n'étais bonne et belle , quand je croyais t'aimer i Que parles-tu de sensibilité, d'humanité , de pardon ! Ah ! j'ai une idée confuse des lentimens que tu me demandes , mais je les ai désappris tout d'une fois j je né sais plut où | hb

8019 de prmteinpQ } dan« v0 salob de ImI, aiT bnnt-d*aAe syaipboiite. <pà\ Maii- k Vàmé. J^ m'en souviendrais pei^t-étce pttuv nh 'enfant , pour un Tieillard ,. pour un hon^me é^uel qu'il fût qui me dirait : ne m^iueiptksl et qoi^ mer presserait U n»fiiil« Pour tinejennéfiUe nolile^^ jamaisf.ilfxutqu'ellte.nieureS — : :i nr

Je disais cei^i.à .haute voix ^n courant dansJar promena^e^ 4#à f^bandonnéi^de touit le niondey où.le hasard m'avait amené par' des oherain»

que j'%nore« Ces dernierHi motsi frappèrent' niQii oreille 9 comme, s'ils amaiontl éie artieidés près de moi par un. don»oip'« ^ — 'Ah! ^on Didu:!' mon ]Ç|iem ! disje aveq leffroi ,;.effiice« du l&Vriqi étçrne^qes blasphèmes exëeivihlecii, ce n'est pa^> mo qui 1^ ;ai jtroférës 1 n0 de^peut pasi^étre: moi. Je n'ai point d>armes^ je nâieuf point d*ia^meik ; j^ n'ai point de saogtaur les mains ! je; n'ai tué personne ! , .. . .'»

Et 'je me!pr^îpitaiau}Medde l'arbre auprèsduquel elle. avait coutume . de .s'asseoir ^Xe sable que frappa, ma tète, elle l'avait foulé la veille. Je. le parcourus , je le pressai tividement de mes .lèvres ardpntes , et je le broyai entrei mes dent^.

. J'avais compris tous mes malheurs à U fois*

Je laviiis , à •*«tt pHM donier , «que téîie fièvre f«*ell» avait allumer éûnu mon snngj t^êimk Tamoar effrdnë , TaBniour malade et fèrieux , ane paMÎon absarde, saut eap^ance et sànaexeirae, dont rextravagance ne peuvaH se niesorer qii*à ma aiîsèrB. Je pleurai de rage et dlndr-^ gnation contre moinnéHie; je erai^adedewatr fou , et puis je le délirai. Un fou , il arme ce qui lui pMt ; il ne Teit point d'obi! a^ à ses YttMx ; U soaffre d^in malhem» dont il attend la. in, et il ne iouflEi<e pai leal , car tt ett sût d*élre aimé. Il ëpoosera cette framie sensSiIe et fidële dont le sépare la* baine d*an rirai qn'eHe déteste ou hi malice d*un enchanteur qallft persécuté aussi» C'est bientôt quildoit répouser ; quand les galions de Tlnde liu aunmt rapporté seS' trésors , ou quand ses yassaot raroltëaTiendront'leprîerà genoin de reprendre ses droits et sa couronne. Il croit en l'arelûr ; — et je ne eonnaissais pomt de bonheur possible qni valût son îllasien , tnoi dont ml événement ne pouvait changer la destinée, moi qui n'anraîs pas accepté ht mam de'Clé' metitine si elle m*avmt été oflerte. — Affinoase tyrannie de la société , qui jette un homme dana un paradis de délices^ et qui lui (St comme

le imi jahiiix i Tu ne tetuoberw powA à <oe firuU d*élît6 et ée pvé<iile«tion^, fRiroe que Je lie le Mt» rëserré ! ->--* £t fientek^y liieii ! qumA Toas nVxîsterèt pltos qae par le sentknent qui reasetlinlercltt^ aa Touspermeitra, quedii^ je? en voue prescttra de TiTrel On mera It ehi^e de tt>^e Ame a oeéte odieuse prison de dieir dont tout le monde perte la def sons !â montaipe de son oanif on dans le ftHirreeu de son ëpëe ! Vraiment , rimagination la pins ri^ die en mf Ifaiwnœ t la plus ingénieuse en snp* plîees, ne «'ayiseraii pais d'une pareille reohei^ die de eruaulé ! Méconnaiste là >qui pourra «ne œarre de Tenfeance divine ! X^e bonheor du laaniaque ou Je repos du oadarre, un cabanon r Spcéilre ou un lit de pierre à la morgue^ c'est tDiiA. Si vous ne sayez pas oboisir, rësi* gnei-vous de Jsonne gnlee à tous les raffinet mens.d'nae torture qui nVxpirera que de TOlrt dernier soupir , qni ne mourra que de totre mort y et qui recommeneera peat-èlre% Reeotth^ mettoer» rivivne, se rappeler, et sarroir que c'est pour toujours ! il n'y a rien i comparer à cette idée dans tons les épouyantemens de Tagome^

Jeae peraÎMais plue. J%i¥aia hfiêé tons ees

$10 ••VTunts.

Afl^iU». lieiM qii'on prend pour 'den attâbhe- ^ens 'y le fikt do* roiselevr; sur un tîgfre blesftë. |li«(Q iie.Bie sonoiftit^ : Aien n'était ^capable de di^rober mon atfenlipn à «&chi|os de^-rèTe» dooli»)reu]& où rien ne! la fixahi Je net mè serais ppi& .détourne ponr roti^ evoiiler le «Dteilj On le r|iiltiArqi«a^ pairèequVin remarqué' tout dans le ^role étroît.des\f>ftitet viilea. Deùtioli trois femnie». itaporeuac» ,:deûz ou trois jeuiies'gens j)9nis6iés..d*eitnui!,; (}ni yenaient ' d*(^tHi|er le teiteiordiiiaîre ^elaiôanfs^rsatîQin \ laifiltiie , le bj»au tero|ps>, "le début d*i4neobauteuséi, Y^ XKklette d*un^ amie absenté' , Kritri{»iië «frèa-drapbaned^ne étôdrdteèt d'an ipt / diiigti^f etit aeti. communiquer complatsamnrént' leursi cM^n« jectiirea stt^ Foriginq et lès ^m]]ftôitié» did la Hwladie moral&quim'éloignait dii mèlldte ^ dépuifl:>répoque solennellement mémon^tiblè où j.'a'vais figuré pour la derhiçro'ibi'sparmiies ac^ l^nrs d'une esclandre politique, leis dopet dfVine o^queMe , ou le» vicàiroeadu< brelan;' Qnf déplora Iç. ^^Jh^ur inconnu <{ui causait mon- alîénattm). )l fallait cef]a- pour la; eonstàter. .'..:!

.,:.Cef rbruift^ parviniîent à mes ooÉnpa^cms d'école que j*ayais perdus de rue près de quinte V^ a^paraTaot y eotfl^ .le SehQtœ è. -profmU et

GbÉMBlITlflB. 87

les Fûbkê dé Phèdre, à la dèture dés ancien»

coUëges« Ferdinand était da nombre de ces honnêtes gentilteboiames des chaoq>s, dont le colombier représente assez bien un donjon dà moyen âge ^ quai^d on le regarde àe loin et avec tontes les dispositions requises pour adopter cette illusion;* qoi ont un grand salon garni de tapisseries délabrées e^ de Tieux* meubles f autrefois fort galans ; qui se promçnent après leur diner dans une galerie revêtue ou masquée jusqu'aux frises de- portraits de faraille inégaux de dimension et de bordures j maïs vénérables , (le cuirasses ^ d'hermines , de barbes effilées ou d'ample» perruques , d'inscriptions héraldiques et de gothique poussière ; et qui passent le reste do leur temps entre lâchasse aux chiens, coorans et le billard domestique, par respect pour les traditions des nobles exeroibe»; : digne et vertueux jeune homme .'d'ailleurs 9 sans procès , parce que spn père lui avait laissé une fortune claire et solide qu'il s!inquiétait peu d'augmenter ; sans emplois publics , parce qu'il ne connaissait ni orgueil ni ambition ; et sans ennemis , parce qu'il était serviable pour tous , et qu'il ne permît ombarge à personne, La nature l'avait

us SOVTIIIIBS*

debonbeur coinnie elle r«T«U{Mi«inrtt àe sayesfe, et elle avait bien ftiit« Il awaît airoëta rHmile par în^dool^ilki obérissait |Mir hobitiMle et par pbilotophie* Vno exeellent»

petite femme du menue rang ^ mais d« méoa»

eanictèrc ) était venue depoîa quatre «m 1*6»-' bellir en la partageont. Deux enfans , joUi ocHome des anges , et bien portans cenne des paysans 5 avaient dès lors doublé eetteiieureoae famille à laquelle il faut ajouter i^ aelques gem de service , qu'on traitait oonune d'autres en*fans. Â quatre lieues de la ville^ au revers d'un ooteau délicieux , tout près d'une ibrét immense qui versait jusque sur le obàtean la fraîcheur de ses mnbrages et la grftoe de ses murmures , sous un toit bien spacieux 0i bien confortable , entre de bornes murailles bien épaisses et bien cimentées , mais d*an aepeet riant ^ qu^embrassait un superbe dos de dixsept arpens.doDtia rivière, baignait reneeinle blanche et entretenait les viviers , il y avait là un tableau a faire pleurer de joie.

^ Ferdinand vint me voir ; il s'assit 4 eété de moi , me pressa cordialement la maia^ et après un moment de, silence expressif pendant lequel nous nous rappelâmes plus de doux souvenirs

i'tiaimKm ifme noas n'aurons en le temps d'en raconter en denx jcrara*: — Tu «onflbes, me dh-il^ etje ne t'en denenderai pas la caiMe : il 7 a dès «chagrins qni se soulagent A s*<^anoher , mais: H 7 «n a anssî qu'on aggraTe en les mon*, trant aux autres , comme oes blessures que fatr enineniine , et dont le moîiidre contact irrite la douleur. Nous passerons donc la-deesus pour ne pas te contrarier , quoiqu'il y ait peut-être plus de renède que tu ne penses à ton afflic* tien. -^ Je lut téroovguai qu'il se trompail. — Soit , continna4-il , je n'y reriendrai plus* Nete^ëriapaS) si telle est ta destinée ou st telie «et ton envie; mais ne repousse pas dn BMMSM les soulagemens qui pouTent rendre ta peine plus tolérable , en te donnant la force do la supporter. Tu n'en connais point. Je m'en doutais. C'est comme cela que l'on raisonne quand ou est malheureux ou qu'on croît l'èti^ , ce qui rerient à peu près «u même, il y en a trois cependant dont l'eflét n'a jamais manqué , l'amitié , Télude et le temps. S'ils n'aboutissent à rien cette fôis-d j e'est qu(» tu ëd plâoé dans une exception de malheur dont il 'ne s'eM -présenté aucun exém^ pie , et je veux bien te complaire en celte idée \

90 sMTKfms.

mais ta te rendrais ooopaMe d'injoaft^ el d^n* gratitude envord ma tendresse en >te' refusant à lleasal que je te. propose*. Éo9ate*«moi ; ta ne renoncerais probaUemeni pas à la . solitade ; et je le conbprends^ La solitude est une «mie triste et sévère pour uii oœur a plaindre; mais enfin c!en es^ nne et n*en trouve pas qui veut^ Ce qae je te demande , c*est d*eA changer. Para avec moi maintenant,. Tu n*as pas besoin d*ètre an* nonce. Gabrielle te connaît ^ elle i*airae. N'a4elle pas pris part a no» jeux d*enfans ? N'est-ce pas elle , Vil t*en souvient, qui jouait Clorinde auchkeau, dans eette belle pantomime delà Jjbrtuakm délivrée où tu étais déjà si rêveur et si mélancolique sous l'arinet du farouche Argant? Tu reconnaîtras ton bouclier de carton , magnifiquement couvert de papier d*or. Il est encore appendu au clou auquel ta confias son poids précieux , quand la fin des vacances .nous fonça de quitter Soljme et Tarmure despak* dins pour retourner au collège et reprendre le dictionnaire. Tu reconnaîtras ta petite chambre au pavillon gauche de la façade , et dans la pièce qui précède , et qui n*est jamais habi« tée que dans les occasions extraordinaires oit nous recevons des visites > une bibliothèque ai-

CLftKXIIfllTK. 01

aci miaàxt^u^ àeiùn tfoipci , qpe^ jeii*ai pas

mal aagmentëe.

-rT>«Fe.isèsoayJ0iili de tout œla- comitae si je letTOfaîs^ i|iteiTonipi»*je en reprofrant la main de ferdinanflf) A«»ftu coupé: cette jolie pièce de ioi»qmf faisait Hii}» jolî rideau: de yerdure àe- Yam.ôdafeiiétt;^? :

•^Iie t$HiparyA'eifangéique]q4ie«hQ4e, et non ))aéfiioî(!EHe/A grandi. C'est maintènaiiit ' une îaim admiraUlja ,^1 je pense qu'il fiiadra.penjl- «Are tf$l)Dge]:!c^iiife part^ji ta 6raina une ombre trop (jpaiaiepeiiflpiiiJ^ Ip joor^, et le ebdutdu josûgpol pend^o^ lai Auit^ • n • r ,

T^>L!ai|itec^et le. rossignol ^ m'éoriai^jel oh I ««)taineinente'e«t 1» que je logerai !

-;t Tq ri^iduM donc, reprit Feirdinatid d'une T^ain^aUendrie ! .

• ^^ Dé emlH'assenieBt fui ma réponse^ ne nous partîmes. ! . n ;

La donneur passagère que ee petit voyage mêlait aux «mertumes de ma TÎe deyait atoir ttnqbamie .inen. puissant, à en juger par la plaee ^l'il tient eàeone dans mes' soi^yenirë. Si j'^Hyais une oanveUe ^ une- hii^toire <, mi iJEvré, j'effacerais ces détails qui n'ont; que faire ici; mais; j'écris^ j'ébrta . oe que jia ine^ rniifielle ^ oe

91 «ôurntnis.

<Iiie j'ëproifif^li y ce qttej'ëproiiT^j •€! «w détails j les voïllk !

Qaelqaet semiiiet s'ëtafient fwném. Mfon esprit Be ressentit éa «nlms de oe êëjOHf de paix oà il n'y avait ]p^s une pensée qui "n^eèt pour nijet dé suspendre mes eMi«)s^ oit de les effacer entièrement de ma mémeit^. -^ Hons y pavrlendrohs, n'en doote ^s, loie dit un jour Ferditmad, «n te réoonctitant aveo la soeiëtë qne je recherche pen, tuais tpà n*e«t pas si iialssable, qnand on sait viq prendre d'elle que ee (|n*e11e a de bon , et làt prêter le conoonrs d'nne bienveillance qui est naturelle a tWMis les cobnfs bonnéte» , sans lui en^gfer sa' M<berté. Le commerce' des Ibnfmes frnHoUt est une'imires înëpttisaMe de consolaticms 5 mais tu les ns jusqu'ici aimées avec la yéhémencê de ton earaotère, et je nejûonfoevNiis pas que eette «laniére de sentir t'eût procuré auprès d'elles un ftenl moment de félicité complète et pure» Les sensibilités romanesques sont tclnjottrs/dvpes, et e^esl bi ùcoÊé de leur exigenoe. f^r tirer pafli de la fréquentation du mondhe, il fiiut le pren* dretel^fu'ilestk En t'aocommoéant^ tan espèce^ tu aurais trooté qu'elle « son prix j je veox le Tolr cnlrepiendre eette* étedé^ awtfa y je*

DMwr qfaaod cUe l*£miortan6ra* |(ou8 «Ihms recevoir une soeiétë «harmante ! .

— > Ne va -pas |iIim Iocq! Je oroîs tout ee que ta m'as dît ; muoB je a'eitsaîs pat à ce point de ma gaérison. Jonis d*un bien que tu oomprendt^ il n'y arien de pins naturel. XaiBse*iBoî éviter aa •uppUcequi nie fait horreur; nos ooiiveiitioni ni*en donnent le dmt; Je reviendrai qaaad il a*7 anra plos ici de soeîaté channante qpia wUe ée ta feaiaoe et de teaenlaiis. Ne me parle pas de Faolre !

— Sons cette condition , reprit Ferdinand ^ je ne ^nerm pas ta liberté ; je te Fai promis^ Cependant j'espère encore qaç ta ne t'obstine*» HM pa» dans- uae résolation trop subite. 11 est tel nam ^«i pourrait t*inspirer plna d'indulgence pour teavisttea qœ j'attends , celui d'Bstelle de &••••, par exemple , dont tu faisais l'autre jour an éloge asseïTîf , et qui serait enekantée, j'en ftaia tàr , de te rencontrer ici*

— J'f reviendrai quandelle aéra partie.

-^ A ton aise*. «— Ai«je oublié de te dire que sa fbrtane et eella de sa eoaaîiie étaient fort changées?

•— De sa cousine ? Est-il possiUa? Qémentine ft«tai|^Uapauvre ?

94 80DTX1II18V

. — Voilà qai est étrangel tu àiéïi cela i

fti tu ëlais capable de le désîrep^ i

— Quelle folie! peHonheâf iaft des- vœux plus ardens que moi pour le bonheur d'Estelle. <• ' et de Clémentine.

: w-> £Qes. n'étaient que riches. Elles sont bien daTaniage* Un parent éloigné leui; a làkso par' testament un héritage considérable, et comme: le plus beiiu domaine de la contrée en fait par* tie 9 je suis aurprîs de ne pas le» . avoio âicbre reçues , depuis qu'elles eu ont pris posseséioiu II h*e8t qu'à deux lieues deima terre,

— Clémentine aussi / ni urraurais^je. machi^ nalement , sans prendre garde à Texpression que ce ïiqm pouvait avoir dans laa bouche.*,

— Clémentine aussi,, prépoudit Ferdinand qitii me regardait alors,ateo une allefitîoo pensive*. Sans doute.! . , .. / >

'.CléroontiQeiaassii Rassure-toÂlje ne el^erche pas à pénétrer ce mystère,, quoiqu'il e&cile assez .vivement ma boriosité.: Quelle foi faut-il ^jouter aux propos qui ont couru sur votre an* tipathie , sar i0U» haine y et dont le souvenir m'échappait ? Je n'y voyais en yérité qu'una fable extravagiôite !

— Et tu avais raison! mille foie, extraragan-

t cubSHmctf. 96

te! fiiea prëieihre db tomber womB ma main le mûérable qui a oompi^omis le nom de Clémentine dans ses impertinentes conjectures I Tantipatliie ert un sentiment , et Clémentine me doit-^Ue un sentiment^ jeté le demande? Ou m'a-t-elle tu? Où m'a-t-elle parlé? Me connaît- elle seulement? Et tu ne permets pas qu'on s'enfuie dans un désert pour y maudire librement les hommes !

— Calme-toi, Tu oublies que cette conjecture^ c'est tbn émotion qui Tient de me la rappeler^ et que dans une autre occasion elle peut l'avoir £Biit naître.

— J'y pensais I continuaige du ton plus réfléchi , que cette minute d'interruption m'aTait donné le temps d'affecter. Il est trop Trai que ce nom fiital réTcille dans mon âme une pensée doulouneuse, qui doit se trahir sur mon Tisage quand je l'entends prononcer, mais qui se rapporte à une autre femme , à une Clémentine que j'ai connue autrefois y qui m'a été chère ailleurs; et que la terre ne possède plus. Cette circonstance expMqUe tout. Faisen Tusage que tu Toudras , et laisse -moi partir.

Le soleil était déjà couché quand nous r^n-

96 ' toirmni.

triaâm au salon par l'escalier de la t^^rraése, an noment 6ù la 'porte opposée a^o^vrait pour laisser entier trois femmes , b maHresse de la maison et denx autres dont la^votlmreTèiUiil dé s'arrêter à là grille. La pi<6itiiàre passa de- Tant moi en me souriant C'était Estelle. La seoonde^ c'était Clémentine. Elle recnla, eomme si elle avait marché snr une conlenvre.

Sans le troublje que j'essayais de contenir; je aaisissais de loin à loin à peine quelques traits de la conversation. La voix de Clémentine me parvint plus distinctement. Nous espérions^ en efÊei, dit-elle , passer quelques jours avec Yons; mais une distraction d'Estelle nous force de retourner à' la Tille , et ce n'est pas Bans regret que nous nous sommes aperçu qu'il était trop tard pour y arriTcr aujourd'hui. Elle a eu l'étouiderie d'oublier chet son notaire les titres les plus essentiels de notre propriété. — Cette phrase-là, prononcée d'un accent émn et Tibrant^ aTait une tout autre signifiôation que celle qui lui reste sous la plumé. •Ft>ui' Ferdinand eV sa femme , c'était «ne dé&iltf ^^ottr Estelle , c'était un caprice; pour moi, c^étail une insulte.

-- . Je ne te eatofireadi pus , r^piSl Tirement Estelle. S'aTJQii9-»iious psi9 p^osé qi^ no» août trouTeraient aisém^at , parmi lea^g^na du yili l^e j un homme exact et sur qui naai ^par^ guerait cette démarche? Il ue ^'agit en 0&t que de remettre ce billet à jsbqu adresse , et de rap-* porter soigneusement le griffonnage de rhomme de loi.

— Je m'en charge ^ s'écria Ferdinand , qui se disposait à s'emparer de la lettre.

*- Et moi| «\joutai-je en faisant le même mouTemeat^ si madame veut bien ni'aoeor-i àer assez de confiance pour ne pas cherehef au autre émissaire ^ je me charge d'exëcttter. demaia ses intentions de si bonne heure , ei de lui envoyer la réponse qu'elle attend par un dome^que si expéditif , qu'elle n'aura peut* étrepaa le temps de la désirer à sou réycil.

— ViMia nous quittez, me dit Estelle ayec un ^n de yoix et un rx^B^i qui donnaient à oea luots l'expressioA d^un reproche aimable. eC triate.

— Ayant le jour , et j^en prévenais mon ami quand vou» êtes acri'vée. Un malaise pénible , nais que .la nuit dissipera , m'a seul empêché de partir aiyourd'hui.

98 MnrvBinu;

Je ve9iu la lettre de les amm^' et je pus me retirer à la ftyeur du prétexte qae le kaaard m'arait fourni. Je sortis sans regarder Clémentine ; mais je supposais qu'elle était contente.

La nuit était tout-à-feit tombée quand j'entrai , sans flambeau , dans ma ebambre. fou- Tris la croisée qui donnait sur le petit bois; ^ j|aspirai Fair extérieur, comme s'il ayait pu me soulager de l'oppression qui m'étôuffiiit ; je calculai stupidement combien il me restait d'beures à compter encore avant de me mettre en route j de manière à me trouver à l'ouTerture des portes. Il y a des émotions qui suspendent l'exercice de la pensée . ainsi qu'il y a des douleurs physiques dont la riolence^ parvenue à un degré intolérable, tient l'action de la sensibilité quelque temps interrQmpue. On ne sent pins, on ne souffre plus, on n'est pas mal.

Cet état de répit finit vite -, le cœur reprend son âasticité pour souleyer^ pour peser encore le fardeau qui l'aocable , pour s'épuiser en nouveaux efforts, et pour succomber toujours, toujours , tant qu'il se brise tout-à-fait.

— > C'en est trop, dis-je enfin en marchant précipitamment dans cette obscurité , dont ma honte aurait voulu épaissir les ténèln^s. C'est

trop oompter mm 9ur la patience d'une àme éntr(pque et fiàre, qui sait ce que vaut en désespoir une passion iiisenséç^ mais qni ne transige pas arec le m^ns. Tne*moi s il le &ut ; ta en as le droit, puisque je t'ai lâebenient livré ma vie; mais âétrir mon caractère^ je te le dé-* fends! et prenda-y garde, crois -moi ! Je déchirerais' plutôt ton cœur de ma main que d'y laisser vivre un sentiment qui m'mitrage ! Une taclie à l'honneur, c'est affreux ; une tache de sang, ce n'est rien. — Sa haine ! je la comprends sans me l'expliquer. Qui peut expliquer les misérables mouvemens de cet organe imparfait qui palpite dans le sein d'une femme ? Ce dédain offensant, je ne le subirai pas ! Je le roériteraifl peut^^étre si je lui avais parlé de mon funeste amour , si j'avais eu l'intamie de solliciter le sien , l'amour d'une noble héntière

lais l'inexorable frénésie qui me consume, je l'ai oachée avec plus de soin qu'un trésor honteux y conquis par meurtre et par rapine. C'est mon mal et mon secret. Et son amour à eUe> quien veut? -*- ftt'a-t-elle assez avili cependant ! A-i^eUe porté assez loin le raffinement de Tin- )^el A'^t^dle assez envenimé le dernier coup <{a'die me réservait ! Venir jusqu'ici , dans le

100 801JVB1II18.

sanctuaire de mes seules amitiés , pour me forcer à rougir d'un affront qui ne me promet ni réparation ni yengeance; pour me signaler à cette famille y où je reçois un accueil de frère, comme un homme à repousser de Tair qu'elle respire! ^ Oh ! je suis bien malheureux ! —

L'excitation passionnée de mon esprit ami usé mes forces. Un spasme douloureux t<»râait mes ner& ; un nuage brûlant flotts^t sur mes yeux^ et dévorait mes paupières ; mes oreilles sifiELaient ; je respirais ayec effort ; je me ^soutenais a peine. Je me jetai tout vêtu sur mon lit^ ^ j'y fus surpris aussitôt par ce sommeil confus , orageux , turbulent^ qui, loin d'endormir la feculté de penser, la tourmente de fatigues sans nombre , en la ballotant arec une sorte de inalioe amère entre les songes et la réalité. Je ne sais combien il y avait d'heures que cet état durait, quand je m'imaginai voir Estelle et Clémentine , et les entendre parler de moi. Je ne discernais pas le jeu, de leur physionomie ; je ne s)aivai6 qu'à demi le cours de leur conversation ; mais mon nom y tombait à intervalles égaux, cbnmie un refrain qui rappelait de temps en temps mon attention, au moment où elle était près de se laisser distraire

CLftURTlHB* 101

par nnautrerère. Contre l'ordiiiairedes illusions de la nnil^ celle ci devenait de plus en plus lucide,et tout à coup elle fntasseï distincte pourme réveiller. Je regardai en sursaut dans ma chambre pour 7 chercher l'objet de mon étrange vision. J'étais seul ; mais un jet de lumière qui la partsgeaii dans son étroite longueur, et la conversation qoi continuait sur le même ton et sur le même sujet qu'auparavant, m'avertirent subitement qu'il u^y avait qu*un de mes sens qui eût été trompé* Si je ne les avais vues qu'à la merci des caprices du sommeil, je les entendais certainement encore. Mes idées se débrouillèrent prompfemeut. La pièce voisine était destinée aux étrangers : je le savais de Ferdinand, Une des cdusines , qui devait l'habiter , 7 était reconduite par l'autre , et l'inis^tention d'un domestique maladroit, qui avait laissé la porte de communication ouverte , me rendait le confident involontaire de leur entretien. Jje m'assis brusquement en appuyant avec force mes pieds sur le parquet , dans le dessein de l'interrompre ; mais il était si vivement engagé que l'on ne m'entendit pas.— Que âdie? paraître ou parler, c'était une scène de teneur et de fiintasmiigorie , digne des romans

102 jDimnis.

nngliifl y A fort à la mode alors dans les salons; c'était probablement pbeaeore : nngnetrapens d'étourdi ; que les extrsstyagances de ma Tia pas* sée nte pennettident à peine de jxistifier en le tendant tout entier au hasard ; et il feUsit^poor «e croire, qu'on prit, contre toute appaœnœ, la peine de m'écouter; c'était enfin um action loyale sans doute ^ mais qui pouyait me perdre, et ne profiterait à personne* Il avait été question de moi d'ailleurs , j'en étais sur ) et si j'en eroyûs les notions yagues de mon dernier songe , il n'àTait été question que de moL Gomment expliquer, comment rendre sensible à xines|Hrit irrité dont je ne me dissinralais pas les préven-^ lions et l'inimitié , Tidéeque j'eusse tout en* tendu sans rien comprendre ? Ces prop^ie n'étaient^ils pas de nature peut-être à inquiéter deux fidbles âmes sur leurs résultats ? Ke valait' il pas cent fois mieux en garder dans mon sein le triste mystère que d'en aggiuver )es conséquences par un scandale dangereux oudu rabUis inutile, dent ma générosité indiserète recueillerait pour unique fruit le soupçon d'une lâcheté et d'un kneneonge ? Elfes fiUnient se séparer, et pendant que leurs pas s'éloigiierûent aases pour qu'il me £iit possible , arreo ua peii

citetnmiB. lOS

de préeaatioii , àfi leur dérobes le broit des miens , j'aniTerais à cette fenêtre onrertOi qui ne s'élevait pas de plus de cpiinxe pieds au«des« sus de la terrasse , et j'en descendrais fecilomenl pour gagner le petit bois et même la route. Je connaissais ass^ d'issues pour cela. Cette suite de raisonnemens parait longue à parcourir.

J'aurais eu^ je crois , le temps de les embrasser tous à la lueur d'un éclair. Je restai immobile ; et comme on n'avait pas cessé de imrler , j'entendis malgré moi^ en appelant impatiemment de mes vœux l'occasion de sortir de cette contrainte insupportable, et d'exécuter mon projet.

^ Je te le répète , poursuivait Estelle , ces défiâtes indignes de ion esprit , comme ce pnn cédé injuste et mortifiant est indigne de ton caractère , ne peuvent me feire changer d'opinion sur son véritable motif. Personne ne s'y est trompé. A ce cbangement bizarre et soudain de résolutiou , à la gaucherie de ton prétexte , à l'amertume intérieure qu'annonçaient malgré toi ton maintien et tes paroles , ce jeune homme , qu'on dit affligé de peines profondes , s'est empressé de renoncer aux consolations qu'il trouvait ches ses amis. J'ai vu Ferdinand

pite lA'eaàvL'fbr nha larme. Et toi f Oémentme ; Mt«»ailciirotrarait pâte montrer ce qa'U yaTait ftlont de joieînsiihfiite et oraelle dans tes regards f je sois persuadée que tu en aurais rou(p.

— Asses ! asses l interrompit Oémentine.

Crois oe qtie tu Tondras. Il est possible que ta aies deviné.

— Âolièye done de te &ire cemprendrel mon cœur en ahasoin pour te pardminer cette 6ntaisie impitofaUe^ et tu sais s'il doit désirer de te leroir toute parfiiûte , comme il t'a Tue jus« qu'ici l Qui te force à narrer un .étranger presque iaconim pour no^ , maiJs d'une condition honnête et d'une yie estimable , un homme dont la société est recherchée par des «ns qoi nous Talent , d'humiliations que tu ne Tondrais pas fiiire subir au dernier das misérables ? Quelques égaremens de jeunesse , fort amplifiés par la sotte chronique des salons.de proTince, et qui ne prouTcnt , à les bien considérer , que l'exaltation d'une âme trop sensible dont )e temps et Pexpérience n'ont pas encore réglé les mouTcmen»? Ne les a-t-il pas réparés par une conduite sans reproche , qui lui concilie rindulgence et mêmerintérêt des j«ges les plat froide^ les plusexigeans , lesplua séTèreSi après

uBeépreaTed'iui siècle ?...>*>» Ce n^att {la» Irop dire^ puisqu'elle âare depuis -près d'uti an«<^

— Depuis sou retowr de Pari», dit ClémentSnè en laiwani tomber ses pardei, du ton d'unç question sans conséquence? —

- Je ne sais y — mm je pense que c'est depuis son rétour de Paris. — £str-ce la différence de nos conditions? Je conyiens qu'il n'est pas de notre rang , mais tout le monde n'en est pas ; et la société y qui nous défend de cOTtaines aU liancesy tolère pourtant des rapports de politesse, de ^bienTeillance, d'amitié quelquefois , entre nons et nos infiérieurs. £lle les rend sou<- Tcnt nécessaires.

— N insiste pas à ma honte sur cette odieuse supposition ; tti n'es pas heureuse aujourd'hui dans tes conjectures. — La noblesse ! que m'ii» porte ?Qa'ai-je feit pour être noble, et quedois^ je à la noblesse pour me soumettre li ses lois, quand elles rétoltent la nature et la raison? Ces lois cependant nous dominent , nialheuiteuses que npus soonnés! Elles éont k règle de ndti'e destinée ,.eDes font le supplice de Aotré vie I La noblesse ! reux-i-tit que je la maudisse ?

— Je ne t'en demandais pas tant 5 — mais comment conoeTcÂr d'après cela...

106 SOVTIIItftS.

-^ PaliTre Eitelle !... ta m'as ittteirompne trop yite y car mon âme allait s'ouvrir.— Écoute ! — Et si ce jenne homme , presque incùnnu pour nous, dont tu parlais tout a Tlieare/ aimait la jeune fille noble à qui la société défend de certaines aUiaftces ?...

— Je le plaindrais ^ — mais cela est impossible! Son expansion inconsidérée , son caractère extrême /auraient depuis long -temps laissé échapper un pareil secret. .

— Attends encore ! Et , s'il Faimàit autrement qu'il n'a jamais aimé ! s'il le lui avait fait

comprendre sans le lui dire l *— si enfin —

Mais tu ne m'interromps plus !

— Je le plaindrais , te dis-je , et ne te blâmerais pas moins. Sa passion serait un malheur et non pas une offense. Elle te prescrirait la réserve, la froideur peut-être 9 et tu devrais l'éviter pour loi-même. Le reponsser avec indignité...... Non, Clémentine! cette inhumanité

ajouterait à sa misère, et je setais désespérée de trouver en toi cet affreux courage !

^ Hélas !^s'écria Clémentine^ sait-on ce que l'on finit quand on lutté contre son. cœur !

•— Que dis -tu?.... Mais tu pâlis , tu pleures, tu n'achèves pas.... ^ L'aimerais-tu?

ciittaniffiio* 107

— Ah: ! ai )e Faime K...

— Giémentine I....,

Ce dernier cri fat profëré par deux Toix, mais le cri d'Estelle coarrit le mien , qui mourait sur mes lèvres. — J'étais debout , car il y arait une minute que je commençais a craindre de ne pas yeiUer et que je cherchais à m^assurer de l'exactitude de mes sens par la liberté de laes.actions. En ce moment ^ je cédai au senti*jneut inexprimable qui m'accablait, mélange de délices et d'épouvante , d'extase et de déses poir , où ma pensée anéantie cherchait en vain à se retrouver elle-même. Rien ne me parvenait plus qu'un bruit de sanglots; rien ne m'apparaissait plus que les traits de Clémentine en larmes , et malheureuse de m'aimer.

Cet aveu qui n eUiit pas fait pour moi , cet arrêt de. grâce , impuissant pour me sauver , cet amour du ciel , qui ne me délivrait pas de l'enfer , et dont l'accent profond se propageait dans tous mes organes, ne m'en laissa pas long-temps le libre usage ; mes doigts , inutilement liés à la colonne de mon lit, se raidirent encore , et puis glissèrent. Je fléchis enfin ; et je tombai sans force et presque sans connaissance. Je crus goûter le bonheur de

moîirir ainsi ^ mais le- retentîsêëiiienC fle ma chute me ranima ^ en me rendant la crainte d'être surpris. Il y eut quelque temps de silence. —

— As-tu entendu?.... dit démentine^ là, dans ce cabinet,

— Rien , répondit Estelle. — Le vent , peutêtre , qui^ souffle à travers ces croisées on- Tertes.

Elle ferma la porte, et je n'entendis pins qu'un murmure yague , bientôt suivi du bruit d'une autre porte qui se fermait aussi y et du grincement d'une clef qui tournait dans sa serrure. Je respirais! Je m'élançai , je courus; j'atteignais ma fenêtre, quand ma cbambrc se rouvrit.

— Ab! s'écria Clémentine, ense jetant dans un feuteuil, la tête renversée , et en couvrant ses yeux de ses mains , pour ne pas me voir, — TOUS m^avez écoutée I vous savez tout ! malheur à moi ! Je ne vous aurais jamais cru capable d'une si basse perfidie ! —

J'étais couché à ses pieds, je palpitais, je balbutiais, je fondais en larmes ; je me justifiais en termes confus , en protestations , en sermens; et, sans la voir, sans l'interroger;

cLAmnuBL IM

sans r^iilenivb^ jè oomprii. qu'elle ne «le soupçonnait plus* J'ignore oemmenioela te fil, mais one joie si rive et si aehevée combla mon sein y nne vie si nouvelle remplaça la mienne y qu'il me sembla qu une autre âme m^était donnée; j'éleyais mes^mains frémissantes Teni eHe; jetfouTais une de ses mains qu'elle ayait laissé retomber. Je la saisis y et elle ne la retira point, le fen qui en descendait se répandit par torrens dans toutes mes yeines; je le sentis envelopper mon oœur -y je changeai tout* à-&it de n»* tare« Je devins Dieu !

— Ne parle pas^ ne parie pas I dis-je avec transport. Que me dirais «tu ?qu'ai-je besoin de savoir? Ce met : Je t'aime !..... tu l'as prononcé tout à l'henre. c'est le dernier ^e

je veux recueillir de ta bouche. Le dernier 1 Cest nasezy c'est trop pour une seule exis« tence , pour une seule étèhnté..^... Ce que tu essaierais de m'aj>prendre sur mon bonheur impossible , sur mpn avenir saiis esp<âranee y je le sais. Je n'aspire à rien , je n'espère rien* Mon bonheur y je le possède y mon avenir y je l'emporte ! Il ne manque rien a mes jours : ils sont pleins. La société y le malheur y la mort n'y peuvent rien. Tout mon être est dans un

110 84MITIHB8*

MmTenir ^ dàos. une pensée , dans une patole qu'anonne puissanoe n'est capable de me ravir, lie reste , je le révérai ! — Ne crains pas , ûe tremble pas ! sois tranquille et heureuse ! Ta ! tu ne me verras plus, tu ne m'entendras plus nommer , tu n'auras plus peur de ma rencontre ^ et si le hasard me ramenait sous tes

yeux ton indifférence , tes mépris, ton

indignation, je subirai tout, j'aimerai tout, je t'adorerai d'autant plus que tu me rebuteras davantage , parce que je mesurerai ta tendresse aux efforts que tu feras pour la cacher. Ne m^aimes-tu pas? que me faut-il? Et l'opinion? que me fait^elle? Ne tremble pas, ne crains pas ! ne. regrette pas ton «ecret. S'il est tombé daus mon cœur, c'est pour y mourir avec moi, maintenant, cette nuit, quand tu voudras!

loi, partout , au bout du monde, ma volonté, c'est la tienne! Dois-je m'éloigiier, revenir, partir pour toujours ? Je ne te demande ni un mot y lïi un signe , ni un regard! Pense , et je devine ; désire , et j'obéis*

~- Partes , partez , je vous prie , dit Clémentine ; et , quoi qu'il arrive , pardonnesmoi!

J'abandonnai sa main , humide de mes bsi-

GUteMmix. 111

êetnide mes larmes^ et, aaiis me détôsmer^ pour la Toir encore «ne Mm y je m'élançai par la ftaôtre. J'ealendîs une exclamation d'el&oi , et je ne m'arrêtai pas. Je traversai les bois, je Iranchis led fossés , j'escriadai la muraille , je œarobai drmt devant moi , par les broussailles , par les ravins, par les roobers , sans cbercber un cbemin , sans éviter un obstacle , sans ré-* flécbir, presque sans penser. J'arrivai ainsi auK glacis de la ville, qui était encore fermée. Je trouvai que cela était bien. J*aTais besoin de mareber plus long-temps^ de respirer à mon aise , de me sentir vivre. Le ciel était si beau , l'aube si frakbe et si pure, la nature si riante! C'étiôt une n^tinée âe £ète ! il y avait des mer- Teilles et dés ravissemens à tout ce que jevoyais, à tout ce que j^entendais , à tont ce que je toncbaîs. Je jouissais de tout comme si j'avais appris â exister , je remarquai tout comme si je m'étais trouvé des sens et une âme pour la première fois, les aspects , les bruits, les parfums, le miracle étemel de la création qui re-r commence tous les joun ! £t moi, plus beureux k moi senl que la création tout entière , si elle poorait s'admirer dans sa pompe et dans sa beauté ; lAoi , qfti renàisfaii comme elle à des

lis flOUVBHIHS.'

▼otuptés qa'auoane Toix ne saurait exprimer; moi y ce jour-là> chéri , prédestiné^ comblé de biens entre tous les enfiins de Dieu ! moi qu^aimait Clémentine !

Le bonheur passe vite au cœur de l'homme.

Il se prolongea dans le mien comme une idée fixe , comme cette folie que j'avais un jour désirée. Il en difiérait pen> par sa réalité présente. Le fou et moi^ nous étions à peu près condamnés a la même contrainte. 11 en différait peu par sa perspective imaginaire. Le fou et moi, nous devions nous rencontrer à peu près an même but. Le seul avantage qui fit pencher la balance eu ma faveur consistait dans un seal mot de Clémentine ; dans une syllabe y dans un cri que le hasard m'avait livré; mais cette di^ ference imperceptible , — il &ut avoir aimé pour le savoir, — c'était le bonheur, c'était quelque chose de plus ! Un bonheur qui remportait en ivresse comme en pureté sur tontes les joies qui ont jamais assouvi l'espérance la plus avide , sur toutes les illusions qui ont jamais &sciné l'imagination la plus féconde en rêves magiques ! Notre amour n'avait rien à attendre du temps, mais il n'avait rien à en redouter. 11 n'avait point de terme heureux à

cubmimii. 113

trovwt daos Tavenir , mais il n'arait point da terme. Il n'était pas de notre Tie^ il était de notre âme. n laissait bien loin toua les amoars de la terre qniâaretit lenr destinée. Il savait , loi , qa'il était sans destinée^ et par eottséqnent sans Tioissitndes^ sans ohangemesvi et sans fini

la tristesse était dissipée , mon expansion re- Tenue. Mes études me plaisaient; je reportais sar mes afifections familières toute cotte sura* bondance de sentimens heurenx qui débordaient de mon âme. J'aimais plus que jamais la soHtnde , parce que c'était là que j'habitais avec elle y que j'osais l'aimer et lui parler comme si elle avait été présente , mais j'en sortais plus content , plus transporté que d'un rendet-Tous mystérieux où tout m'aurait été ao* cordé ou promis. Je savais en prolonger les délices dans des nuits d enchantement que j'étais parvenu à dérober au sommeil. Là nous conversions en amans y en éponx, avec un abandon réciproque qui me trompait moi-même ^ car ce qu'elle me disait , elle me l'aurait dit* A forée d'appeler son âme vers moi ^ je crois que je m'en étais emparé. Je lui faisais répéter. Ak! si je faimel»,. et il me semblait l'entendre en-

oéreL Se mé pertuadais » et jo ne pM^m pas* ine tromper y qu'elle était ooeupée de la même idée^ qafelle soutenait le même entretien ; que seftexpresHoni s'aecordaient avee les miennes , aussi Jsien que si elle y arait répondu. J'en sai* sissais jusqu'à l^armonie accoutumée , jusqu'à l'inflexion agitée et nerveuse , jusqu'au soapîf long et un peu haletant qui lès suivait , quand elle avait paiié avec émotion* ^ Combien de ibis j'ai étendu le bras sur mon oreiller vide pour y appuyer sa tête €fttiguée ! Combien de ibis je l'ai senti s'engourdir sous jon cou , sous ses épaules 9 au point de me confirmer dans mon erreur , et de ne pas me laisser douter qu'elle y reposait réellement ! — Me dort^ dfrsais-je, il ne &ut pas la réveiller. -— Et ma bouche perdait sans le savoir le baiser qu'elle essayait d'attacher à ses cheveux. Le jour veau^ je concevais qu'elle n'y fût pas. Sa mèie et le monde auraiént^ils consenti à meJa donoer et ne devait*-elte pas obéir à sa mère ? Je TaYaû obtenue d'elle et de Dieu : c'était assea.

J'avais d'autres plaisirs encore ^ des tréson dont je savaâi seul tout le prix ; un moroeau de ruban bleu qui était tombé à Paris sons ses cAaeaux ^ nnecovdede sahavpe; qui s'était in-

aée sons Be^dmgts, un Inin é& fhaaat qfiÉ ft'4«' tait détaché de sa coifiîire^ une ronianoe qa'eHe avait écrite et notée^ et dont j'ai baiaé si souvent tons les cafaotères nn à un. -^ Une ancolie surtont qu'elle avait portée sur son sein^ qui avait senti battre son cœur et palpité avec loi, et dont je m'emparai sous ses yeux et de 800 aveu , un jour qu'elle la remplaçait par une ' ancolie plus fraîche. Nous aimions tous les deux cette triste fleur qui ne se plait que dans les lieux écartés , sous des ombrages mélancoliques, et dont le firent sombre et meurtri se.mUe se pencher vers une tombe. Elle ne m'a jamais quitté depuis. La Toilà !

Et quand elle était a la ville , que de soins pour éviter sa rencontre > que de regards jetés au loin pour me détourner à temps de son pa»» sage , que d'attention à obscurcir, à oacherma y'ie, pour lui épargner jusqu'au souci de m'en» tehdre nommer ! Non ! jamais amant ne mit plus d'artifice et de sollicitude à épier les dé*marches d'une maîtresse adorée , pour ne per* dre aucune occadon de la voir, que moi pour n'en être pas vu. — Je la revis cependant.

Ferdinand ne venait à la ville qqe pour les alhim qui exigeaient absolument sa pré^enoe^

etAm^je ■ofoiiraiap«»m0«hAr8ar a soi place; mais il cTait.pris un do c^ logemeiu ((ae les propriéUira^ <^mpaf nards appellent en pio- TÎnce leur pied^à-terrcy eloù je n'allai&qui^ de irait , quand ses intéiéts le defliandaient, parce qn^il était précisément ea &ce de la chamlire €pÊ.é Gémentine oocnpait dans Fappartement de sa mère. Lorsque Ferdinand retournait à la campagne^ j'en conserrais la clef. Ua jour, au coucher du soleil y un ora|fe qui commençait à gronder^ et qui parcourait le ciel avec une impétuosité effirayante , m'obligea de prendre, pour abréger mon chemin , cette rue que je m'étais sévèrement interdite. Des gouttes de pluie ^ tièdes ^ larges et pesantes, -marbraient déjà les pavés. L'ouragan mugissait d'une àianîère horrible. Toutes les portes se fermaient^ tous les passans avaient disparu, il aurait &Uu chercher le premier refuge venu. J'entrai dans là chtfnhre de Ferdinand. La tempête éclata tout^à^&it avec un ftacas à bouleverser les cœurs les «plus résolus, .mais qui transportait le. mien. Je ne soupçonnais pas que personne au monde partage&t mon enthousiasme pour ce genre de spectacle qui Sût rêver l'anéantisseimnt de Tunivers^ et l'avènement prochain

tu

d'me éternilé de repos. JoutHs 1a fenètte* Quel taMeau ! il n'y aTa^t plus riea d'animé qae les âémcns. La nuit tombait. La lundèra ne proTcoait plus de l'oocident ^ elle était ftac^ tout dans ratmosphère brùknte. La (koite et loogne me ressemblait au lit de oes rivières ia<fernales qni roulent des ond^ enflammées. Les faites des toits , les pointés des paratonnerres > les flèches des clochers , s'iiiuniinatent d'éttivcelles, de rayons.^ d'auréoles, de méléHNPesb Les Titres, rouges et ardentes, brillaient comme des bouohes d'incendie. Celles de Qémentine ne brillaient pas. Sa croisée Tenait de s'ourrir aussi. Elle yétait^ debout, immobile, ses regards fixes sur moi. Ce n'était pas une illnsion. Je la voyais distinètement; mais le nuage grossit ^ descendit dcTant elle , s'étendit noir et impé-** nétrable comme un mur de fer. Un édair le traTersa; elle reparut. L'obscurité recommença plas profonde, et s'éclaircit encore un moment pour me la rendre. Heureusement les éclairs derinrclkit si fréquens que j'avais à peine le temps de la perdre de vue j^ et que cela ne m'inqaiétoit plus. Je les comptais comme les pul- , salions d'u^e artère , comme les batteroens de mon cœur ^ et à chaque Ibis iiueleor lueur me

la nmeimit) l'eiei fantaiÉiqac de. mite aUeroatÎTe de jour et de ntdt la rappioeliait tellement de moi qa'oa eût dit qu'il ne. fallait qu'ëte«dt« les bras pour la sintir et pour .l'emporter^ et pour me livrer ayec elle à ce tourbillon confus de ténèbres et de Jeux. Alors . rien ne m'ëcbappait. C'ëtaientises mains qui me cberchaient , son sein qui se souleyait comme pour ▼enir toucher le mien , ses yeux humides et passionnés , plus resplendissans de ses larmes; sa beraohe qui articulait des sons impuissans qne eouvraient les ^ooderaens du tonnerre. Je parlais aussi; j'échangeais aussi mes cris , mes Tosûx ^ mes sermons contre les siens. Jejrener- <»ais^ je bénissais y j'invoquais la foudre. Je souhaitais qu'elle nous frappât tous les deox ensemble ; que le même glas chantât sur nos fosses voisines, que Thistoire de ce phénomène bienfeisant mariât au moins n<ytre nom dans la mémoire des hommes! La foudre ne m'exauça point. Elle tomba près de nous au monienioùi le corps à demi élancé > nous n'aspirions qa'à nous unir dans un embrassement de mort; car elle avait eu certainement la même pensée. Ce fut là notre flambeau nuptial.

Bicfntdt apfès y l'intérieur de la chambre de

Gfiinvnra. 119

Oémenliiie s'éclaira. On y était entsé. Elle n'était plas seule. Les croisées se fermèrent. L'enchantement était fini.

Je restai toute knnit àlaniAme plaee^ et j'aurais Toulu que eette nuit durât tomjour». Il faisait si bon! L'air s^était épuré, le calme le plus pariait régnait sur la terre et dans le ciel, la lune nageait sans obstacles dans son océan bleu que ôllonnaient à peine quelques bancs étroits de. nuages, éblouissans de blancbeur eomme de la neige ., et roulés à flocons comme des toisons. EUe iuondaitde clarté la pierre sur , laquelle Gémentine s'était appuyée peu de inomens auparavant, et que personne n'avait ai vue ni touchée depuis. C'était* un bien à moi ! — Vers minuit je vis reparaître une bougie , je vis une robe blanche flotter, un bras qui s'enlaçait au rideau blanc et qui le laissait retomber. £t puis la bougie s'éteignit subitement, et je n'aperçus plus rien. J'espérai qu'elle reviendrait , et le reste du temps s'éooula ainsi à l'attendre. Quand le jour parut , One ombre se leva au-devant du ridfeau qui s'entr'ouvrit et se referma sur ses pas : c'était Clémentine , qui avait passé les mêmes heures I entre lui et moi , et dont j'avais cru rè*^

Ter à plnneun Te^ristti^lar ftri&e TRfde <* les faibles movremens... Clémenfiim om anb om*bre en effet ! — Ce fut poar j^iriàîé!-^

Huit jo«i« après ^é éitfit pairie ^ niais jesa- Tak mieux eboore que son âme était errec mol. Pavais fieiit grarer ûob initiiales dans uae iagne d'alliance , à la daté de Foi'age^ et Je niHin^*aais follement que ma femme Toyaçeait le continuais donc à goûter le ehanne-ineffiiblé de mes promenades solitaires ^ quand le soir, à l'endroit le moins fréquenté'^ qui m'était par conséquent le pins fatnilier, je fus saipris an détour d'une allée par cette aimable et douce Estelle , dont la curiosité obligeante m'avait Taltt le bonheur de lire dans lé coeui^ âe dérâeB^ tiae. C'était , selon toute apparence , la pre* mière fois qu'elle s'y montrait.

-— J'étais impatiente de vous toir , de tous parier^ me dit-elle en s'àppuyant sur mon bras, et , à dire yrai , je tous cherchais pour tow adresser une question, mais Une question sûiga- Uère! Vous proposez^Tous de dtecendre à Paris, cette fois 9 dans le même hôtel que les années précédentes?

— Sans aucun doute ,. répondis- je en soa-* riant , puisque mon logement y rtiste à ma dis-

ponfion; maii j^ itfM» proteste qde jei ne ne 0«is fiBsk|iiioi]idre^eimàd^7 vetooniet de loàgtemps.

^ Voua n'y a^vv* fns eneave^asseB rëflëofai, repnt^le avee une expressîoi^ viVe et sërievae à ia fois — - Encore une question «Tant de tous Aoàaes le temps d^y peaosèr. GonDàisaeif»Teus cette éorifure ? .

D m'ëiaii impossible de me méprendre un moment aux traits qu'elle fit passer sou» mes

— Je ne'^sroîs pas^ dis-je tout tremblant — Et mon émolioa devait |ne démentir.

— Je soupçonnais que tous anriei pu lA

Toir dans uneromanee. Alors deriae^deiBe,

car ce billet n'est pas signé ; mais lisez sans son»* pnle : il ne eoneerne que votts«

— Je lus ^ et je n'ai pas^ oublié.

(c II n'y a pas un moment à perdre; il fiiui le I) To)r y il dut lai dire de* s'^âoiig^r , d aller à «Paris; ilfautlui^reque^/éaai«d'>etqaej'es»

» père qu'il se rappellera mes dernières pa-i* » rôles. »

««Yous^ entendez^ povriuiyit Estelle^ e^ eda se passe-d'expliosftîontf. Ltti>, c'est voii§. fille ^ e-est..;,, Q«'aTei*T0us d^né? Quant à «es div*

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Bières p^roleS; eUttamoiii peat-? éire hiné phif de traces dans Totre mémoire que sa romanoe.

Je me les rappehis ses dernières pardes.— Quai qià^il iÊmve^pardovuêeM-^noi, — mais à quoi bon ? je ne. compris pas.

La semaine, n'était pas finie qna j'anÎTais à Paris. Je m'étonnai de trouyer mon appartement préparé, -r Oh ! c'est que monsieur était attendu , me dit le domestique :de la maison* Voilà une lettre qui l'a précédé de deux jouis. — £Ue était d'Estelle^ et je né perdis pas de temps avant d'en rompre le caobet. Les pre-r mières lignes me glacèrent le sang. 11 était endent qu'elles ayaient été écrites pour me pré- pare? à un malheur. Je courus aux derniers mots , et mes yeux se fermèrent en les cherchant encore à travers un nuage. Clémentine étaâi mariée !

Je ne sais de ce qui survint que ce qu'on ,m*en a dit. Je tomlm, je me blessai dangereusèment à la tète contre un meuble ; on appela des médecins , on me saigna. Quand je donnai des signes de vie, j'étais en déUre. Je me soaviens qu'il ne me restait du passé qu'un sentinftntioonfns et douteux oomme un songe, mais

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qae dominait une résolution fixe qui m'occupa six mois. J'axais entendu parler d'une chartreuse établie en Suisse , selon la rigoureuse obsenrance de l'abbé de Rancé. Je m'exerçai à ce genre de Tie^ à cette habitude de privations. J'y trouvai je ne sais quelle satisfaction amère qai ressemblait à du bonheur j à mon bonheur àmoi^ à celui que je pouvais encore concevoir. Les pratiques pieuses , les méditations , les prières ^ calmèrent peu à peu mon sang , et je passai pour guéri.

Quoi qu'il en fùt^ inon projet s'afiermissait de jour en jour , et une seconde lettre d'Estelle acheva de me décider à Texéouter sans délai.

Je partis pour les Alpes.

Cette seconde lettre contenait aussi une affreuse nouvelle , — moins affreuse que la première , cependant! «— Clémentine était morte.

Zmilu.

Quand j'amTai ji fienère , yéim déjà dé^ trofliipé sur la poMibilité d'exécuter le projetqui me conduisait en Suisse. L'obscur et modeste établissement de la chartreuse aTait excité^ non sans csLvae ^ la défiance de la police firançaise qoi le croyait fort propfe à donner un asile aux ennemis désappointés du gouYememenide Ifapolëon f et qui ne pouvait tolérer nulle pari Texistence incfiensive du proscrit navré de désespoir et de misère. L'Europe n'avait pas plus d'abris alors contré la tyrannie incarnée dans

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