‹ Souvenirs de Jeunesse (volume 2)Chapitre 4 sur 10 · souvBiins · texte numérisé non relu

souvBiins

un homme qu'elle n'en aura désormais contre la tyrannie diffuse des masses. C'était Python , ce seraFhydre.

Les moines venaient de fermer leurs portes au malheur pour la première fois , et de s'enclore avec plus de sévérité que la règle du fondateur n'en imposait^ dans leur rigoureux manoir du Yal-Saint

J'avais à Genève un de qes «mis que donnent les sympathies de l'étude , let puis une de ces amies que Ton ne doit qu'aux sympathies de l'âme ^ le docteur Jurine et madame P... — Je leur parlai de mes chagrins irréparables \ de tout ce que Ton croit avoir de profond désabasement et d'incurable amertume dans le cœur, quand dn à'a pas lohg-témjpsir^icu*;cfe cette vocation d'élei^neMe solitude qu^ua poutre -^amps îmatfioiMkL' venait de' trahir. Le philosophe me plaignit^ et me conseilla de chercher l'bubB des maux dans la pratique assidue de qu^qvei douces solèBoes qu'il aimait et qu'il m'avait appris à aîmei'. La femme pleura, me laissa pleurer, et s'occupe secrètement de me pod^oîr dHu emploi îoM et labenieux , qui pût distraire mon ei^nt de ses pmnes par Fhabitiide d'un devoir' Les relations de la Hbraine de son mari lui

avaaent 'bit sàybir qu'il existait a Berne un Tiens sarant Anglais , nommé le eheTalier Ro-^ bert GroTe, qui s'était feit toute sa vie une grdnde alBBsiire de petites recherches philoldgiques sur les bons auteurs grecs et latins , et que la perte d'un collaborateur très -instruit forçait à réclamer les soins d'un jeune homme doué'de quelque aptitude à ce travail^ ou capable au moins de lui en alléger le fardeau. Elle h6 me fit part de ces détails qu'en me remettant une lettre de ûv Robert ^ qui ine prenait pour secrétaire aux appointemens de deux iSénU francs par mois y et qui se chargeait de me défrayer au surplus de toutes les dépenses essentielles. Détourné par les principes religieux qui ihe dominaient en ce temps-là ^ et qui ne m'ont jamais entièrement abandonné^ d'une résolution extrême dont la pensée m'était Tenue s'ouyent ; retenu peut-être aussi par le yague instinct d'un avenir que ition imagination mobile et romanesque peuplait encore d^émiotiens et de mystères^ je n'ayais pas d'autre parti a prendre dans l'état de ma fortune. Pouyais* je ne pas youloir d'ailleurs ce qu'elle ayaii youlu pour moi? — Bonne j charmante et digne femme! son nom seul serait un éloge ^ et

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ai je ne le laHse pa» échapper ici loat entier, c'est que j'ai craint d'e|i .ijt^er la pureté ^n le inèlant/à la déplcprable bi^tôîr^ de meape^sioiu. Il reste henreusekaent $mm de cœurs sur la terre qui n^anrcnt pas de peine à le denner.

C'était un homn^ singulier que air Robert Sorti d'une famille déjà cbevaleresque et illustre du temps de Gamden, il avait fait d'excel' lente» études a Oxford* Ses débuts litt^iûres anbonçaient une âme ardente et passionnée qae l'aoïQur et rentbousiasaie pouvaient mener loin 9 et qui obéissait sans le savoir à cette im* pulsion de renouvellement dont le monde ignorait encore le nom. . Peïaonne n'a su me dire ce qui lui arriva ; mais vers Tâge de vingtcinq ans , il parut s'adonner à v,ne.piété d'abord mystique et contemplative ^ , qui- ne tarda pas à devenir scolastique et n^ilitante , parce t que l'impétuosité de son tempérament et de son esprit ne lui permettait pas de s'apcommoder des partis moyens. Le troisièn^eet le dernier de ses irrésistibles pencbans le dévona pour toujours à FéclaiirGiiisement et à l'illustration des let- , très çlassiquesjdqnt il était pIuffnpurrJlq[u'aucua JupmmG de.soB, époque ; rn^is velui-là se fondit

81 aaiQiirileiileaiaTdo les devu ««tre»^ qu'on annit juré qœ 1m %toi$ n'm faisaient qu'un , et qu'il y BTaii dâa^ c^ pliënomène , pour un théologien de sa fbrèe y un a^gtiment trèa-pé*remptoire contre leë ergotiames deSeiret; en sorte que ai Ton parvenait a se neprésenter distinctement un type comtwsé du fougueux Lather , du pointilleux Saumaise y et d'un Werther sentimenlal et sophiste , donime son modèle , On. connattrait à peu près <kna sa triple unité le cheyalier Robert Grove* Sa nou*veU9 passion l'entraîna sur le continent à la recherche des manuscrits d'Allentagne y de France et d'Italie. Un beau jour il s'arrêta en Suisse^ où il demeurait à mon arrivée dopais près de vingt ans, et où il avait rëa« lise en viager une fortune honnête y quoique assex médiocre pour un Anglais. 11 aimait a dire que ce fut la crainte du mal de mer , dont il faiUit mourir à sa pnemière Iraversée y qui lui fit prendre le parti de né jamab repasser la Hanche ; mais on supposait que des chagrina cachés i)ouvaient avoir influé eurœtte réiolu-r tion^ et que la rencontre d une de ces amitiéa complètes dont la nature ne gratifie pas toua ceux qui en olit besoin ^ aoheva de le décider;

ISO flowinis*

11 Payait tronTëe 2i Berne en Jacobns Hi... ^ ping jeune que lui de quelques années^ animé eomme lui d'une sensibilité mélancolique et rêTeuse^ pénétré comme lui de Tinstruction la plus yaste et la plus exercée , mais supérieur à sir Robert même ; au jugement de oeluiH;i, par le tact imperturbable de sa critique. C'est cet ami que la mort lui avait enleyé deux ans auparayant ; le cheyalier était alors encbainé dans son lit par une goutte opiniâtre qui ne l'a jamais quitté depuis ^ mais il s'était fait transporter au cheyet de l'agonisfant pour receyoir ses derniers soupirs. A compter de ce moment^ i] semblait ayoir abandonné dés trayaux ebéris , et le besoin seul d'occuper ses ennais de quelque distraction utile aux sciences y yenait dé le décider à reprendre leur cours. C'était pour le seconder dans ce. louable dessein qu'il ayait appelé le premier yenu, et le premier yenu^ c'était moi. Ce récit m'intéressa j je ne sais quelle puissance étrangère à ma yolonté m'entraînait yers ce yieillard> si cruellement priyé de son frère d'adc^tion ; mais j'inuh nais dans mon orgueil de jeune bomme qué-oes destinées sérieuses, méditatiyesetsolitaires, n'étaient pas sans rapports ayec celles que l'ayeair

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me préparait , et je croyais dëcoayrlr dans le hasard apparent qui m'ouvrait une carrière si austère pour mon âge , une de ces préméditations providentielles qu'on ne finit de rêver que lorsqu'on est réveillé de tout. Cette superstition intime a joué un grand rôle dans toutes mes entreprises , et je sens que je m'y livrerais encore , si j'étais asses malheureux pour avoir à recommencer.

Mes conjectures ne m'avaient pas trompé Bur sir Robert • Dans cette complication unique de caractères bizarreinent contrastés , je trouvai seulement un homme de plus auquel 3^ ne pensais pas , un homme bon , facile , expansif , abondant dans ses idées avec la naïveté d'un enfant content de lui , heureux de croire ^ lui et d'inspirer sa confiance aux autres ; mais tolérant et même docile pour les opinions le plus opposées aux siennes, quand elles ne ses présentaient pas sous une apparence tracassière * et hostile ; exigeant d'ailleurs pour ces formes de l'esprit, comme il l'était en amitié; plus boudeur au moindre nuage qu'une petite fille dont on a brisé la poupée ; revenu & la moindre marque de déférence ou de tendresse , et f ai^ »«nt tôuji>tuni les frais du raccommodement ,

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en accordant plus qu'on ne lui demandait ; hyperbolique 'de paroles et de sentimens , d'éloges et de reproches, dans ses affections, dans ses 'haines , -dans ses mépris , dans ses admirations, vet ne connaissant point de nuances d'expression entre les superlatifs «xtrêmes, parce qu'il était .lui-même un superlatif, une hyperbole morale, le plus excellent homme que la bonté divine ait jamais produit*

Je le vois encore d'ici dans sa petite chambre^ quand j Y entrai une heure après mon arrivée à Berne, le le vois Gouché à demi dans un fauteuil large et pvofond qu'il avait inventé, et qui se mouvait sur quatre roulettes , par un mécanisme ingénieux «t commode qu'il avait inventé; les pieds étendus sur un tabouret flexible qui se haussait , s'abaissait , s'éloignait , se rapprochait à volonté , et qu'il avait inventé; le coude appuyé sur une grande table pivotante à cinquante compartimens qu'il avait inventée aassi , 4:ar:le chevalier ne .ae «ervait de rien qu'il (n'eût inventé. Il avait inventé u boite à thé et sa boite à tabac. IL avait inventé son lit et son somno* U avait inventé son écritoire et ses tablettes. Il avait intenté le bateau de voyageavec lequel il échoua sur les bords

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de TËscaut en sortant de Valenciennes. U avak inventé la Toiture de sûreté qui le versa au beau milieu de la plus belle route de France dans l'ayenue de Nevers. Je le vois , dis-je , frappant des mains à mon entrée , et m'accueillaut d'un regard aussi bienveillant ^ d*un sourire aussi doux que celui de mon père. Je vois sa noble figure , plus que sexagénaire , mais fraîche , épanouie , vermeille , adoles •• cente d'imagination et de pensées , et son vaste front chauve , blanc et poli comme Tivoire , autour duquel se roulaient en boucles des cheveux d'un blond doré qui auraient fait honneur 4 un bachelier , car la nature avait pris plaisir à laisser à son vieil âge des vestiges de jeunesse , comme elle en avait laissé à son âme.

J'ai dit que sa chambre était fort petite , et je n'ai pas eu besoin dédire qu'elle avait toute Tél^^ce de la propreté, tout l'aspect de cette aiiKince confortable qui rend la vie si douce en Angleterre et en Hollande , et sur laquelle les Wreux Bernois ont peut-être encore enchéri. Ce que je n'ai pas dit , c'est qu'elle s'ouvrait *^ une belle galerie qui contenait la précieuse bibliothèque du chevalier , précieuse par le

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choix des auteurs, par l'antiquité des éditions, par l'exquise perfection des exemplaires. Je crois pouvoir répondre qu'on y trouvait tous les classiques anciens , et tous leurs commentateurs , dans les plus magnifiques reliures qui aient jamais réjoui les yeux d'un bibliomane. Le fauteuil mécanique se promenait souvent parmi ces rares merveilles , mais le chevalier n'avait pas encore inventé le moyen de l'élever et de le soutenir à la hauteur des tablettes supérieures. Depuis long-temps même, il ne pensait plus à ce perfectionnement digne du génie d'un Stovinus , parce que la providence y avait heureusement pourvu , en lui donnant un domestique gallois , géant massif et perpendicalaire de six pieds quatre pouces de hauteur , morne , épais indégrossi comme les dolmens de ses aïeux, joignant à peine à la connaissance de sa langue celtique une douzaine de mauvaises locutions de l'anglais du peuple , mais doué d'une inémoire de noms et de lieux qui tenait véritablement du prodige. Il n'était pas un vo* lume indiqué par son titre et par sa date , qui ne vint se placer comme de lui-même soqs la main du colosse obéissant. A droite , à gauche, en haut , en bas , de jour , de nuit , son instinct

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ne se trompait jamais. Du temps de Cardan et d'Agrippa, on aurait fait de Jonathas , oude Vhomme longue-échelle ( master graetîadder) , comme l'appelait gaiment le cheralier , un gnome sonrais par la magie ; et si Walter Scott Tayait connu , il ne l'aurait pas oublié dans sa galerie fantastique.

Ha chambre était située à la partie opposée de la bibliothèque , et c'était à travers le savant domaine de Jonathas que je Teuais chercher , à dix heures du matin , ma besogne quotidienne. Alors , sir Robert travaillait déjà depuis quatre ou cinq heures , et ses notes jetées sur des feuillets volans, dont , par bonheur , elles n'usurpaient jamais le verao , étaient ordinairement parvenues avant mon lever au centième chiffre de pagination. C'est ce travail énorme qu'il s'agissait de réduire à sa plus simple expression , pendant le reste de la journée , que le chevalier employait de son côté à grossir de quelque centaine de vers son ingénieux et interminable poème sur une fleur de violette trouvée dans du thé suisse , ou à rêver quelque invention utile qu'il n'avait pas encore amenée à fin. Hélas! ce serait bien malgré moi qu'une légère ombre de ridicule obscurcirait

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