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ces détails d'intérieur philosophique ! Il n'est point de supériorité morale qui ne trahisse l'homme par quelque faiblesse , et si l'homme était par&it, il ne serait plus question de le peindre ; il sufifirait de le nommer. Ce qui faisait sourire l'esprit dans les innocentes manies du cheTalier faisait en même temps pleurer l'âme. On se disait : Voilà pourtant cequenous sommes, quand nous sommes tout ce qu'il nous est permis d'être au-dessus de notre espèce ! L'aspect de l'effrayant manuscrit m'accabla d'abord , et puis , je me sentis allégé d'un poids énorme en le feuilletant. Nos deux premières éditions critiques devaient être Horace et Tacite , parce que sir Robert avait compris en deux ou trois mots d'entretien que je n'étais pas asses fort pour le seconder de quelques mois dans la publication de Pindare , son classique favori. Cette découverte lui coûta un soupir. Elle devait m'en coûter de plus profonds , de plus déchirans ; et si quelque jeune femme , à l'œil doux et au cœur tendre , était un jour tentée , après ma mort , de déchiffrer jusqu'ici ces pages barbouillées de pédantisme, elle ne se douterait guère de la liaison intime que Pindare peut avoir dans le cœur d'un vieil
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écolier aveo un sourenir d'amour. En s'aidant d'un peu de patience , elle arriverait à la solution de ce problème , si j'avais la cruauté do Ty encourager ;^ mais je m'en garderais bien. J'écris pour moi mille riens qui me charment, parce qu'ils me font revivre des jours pleins de douceurs et dlllusions* Les géomètres disent : Qu'est-ce cpie cela prouve ? Les femmes le disent aussi* Je retourne donc un moment à mes paperasses.
C'était 9 je le repète,. une chose terrible à voir, mais qui ne m'épouvanta qu'un instant* Quand sir Robert avait sous la main une phrase de Tacite ou un vers d'Horace , il dépouillait tous ses éditeurs « tous ses annotateurs, tous ses commentateurs , tous ses glossateurs. Toutes les explications , toutes les interprétations , toutes les variantes lui étaient bonnes; il n'aurait pas omis une hypothèse ; il n* aurait pas dédaigné une faute d'impression. Le texte se noyait ainsi dans une encyclopédie de mots et d'idées , d'où il ne me restait qu'à dégager la leçon la plus vraisemblable et la glose la plus sensée. Le premier colaborateur du chevalier avait eu cet heureux instinct d'élection ^ qui est plus commun qu'on ne pense , ou aussi commun qu'on
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le dit , car c'est tout bonnement le sens comman« Le mérite essentiel de ce labeur immense n'en appartenait pas moins au chercheur infatigable qui avait préparé et mis en ordre ce chaos de matériaux ^ et la plupart de nos gros livres classiques ne se sont guère enflés de pages sans nombre qu'aux dépens des veilles d'un érudit patient , qui s'était donné le temps de tout savoir et qui n'ayait pas pris celui de choisir* L*exiguité de mes résultats parut tourmenter d'abord sir Robert , quoique j'y procédasse d'une manière plus prolixe encore que sonmé* morable ami Jacobus. Comme je m'attendais à cette impression , je lui rappelai Tadage latin qui dit que le moissonneur ne doit pas être jaloux du crible , et il me tendit la main en gage de consentement. Je continuai à travailler depuis en conscience , mais selon ma fantaisie ; et si je surprenais en lui un regret mal déguisé a quelque anecdote piquante mais intempestive . à quelque belle observation philologique , tirée de trop loin, qu'il était parvenu à faire entrer dans son commentaire , en vertu d'une pro»
priété élastique d'imagination que ne décon* certaient ni les transations les plus subtiles , ni les écarts les plus lyriques , je le consolais en
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lui montrant dans un album soignensement te-^ na , tontes ces curîositës épisodiques rédigées d*ayance pour une occasion plus opportune.
Alors ses mécontentemens mutins se changeaient en expansions de joie et de reconnaissance ; j'étais son autre Jaoobus , TAristarque de son sommeil homérique, le Phocion de son éloquence , la hache de ses discours , le suzerain adoptif de ses livres et de ses manuscrits le Paulo-ponUfuiuTum de sa renommée. C'était là le necplua ultra de son affection démonstrative. Maxime n'avait que les droits d'un secrétaire passif, mais Paulo-poBt aurait bàtonn^ impunément un volume d'érudition fait pour détrôner Scaliger.
Ce concours de zèle et de bon vouloir avait accéléré la besogne. Nous venions de terminer en quatre mois toutes les odes d'Horace depuis 1Aœcena$ ataais jusqu'à Dicere laudes. Tacite n'était guère moins avancé , et nons recevions déjà des épreuves de Leipsick où nos deux premiers volumes étaient sous presse , quand je crus remarquer un soir , vers la fin du diner , que sir Robert était travaillé de quelque souci intérieur. Il ne fallait pas pour cela un grand effort de discernement , car cette disposition
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d'esprit se rérélait en lai par troi» syo^tdmesinvariables ; un regard triste et Tertical qui s'attachait pensivement au plafond ,un soupira peine attendu qpi s'élevait lentement. en suivant la même ligne ascensionnelle , et un léger sifflement , ou plutôt une modulation presque insaississable du souffle qu'aarait cent fois couvert le lila bureîîo de mon oncle Tobie. Je fis part de mon observation au chevalier. — Cela ne te concerne qu'indirectement , répondit sir Robert avec douceur , en ramenant sur moi ses yeux paternels ; mais je pense à ma fin qui peut s'approcher ; et si la postérité ne me connait que par ces deux incomparables éditions d'Horace et de Tacite , mirum opus et integrum , les myrmidons de la science me contesteront dans quelques siècles mes études d'helléniste. Pourquoi faut-il qu'on s'occupe si peu du grec dans le système d'éducation de votre drôle de France , et qu'avais-je à aflTaire aussi de te surcharger de travaux ,-au lieu de t'amener d'abord par des chemins de fleurs , chez Paulo-post , à lire plus couramment Pindare sous ma direction , que le Carmen sœcalare ! Quel événement pour ton institut, et pour tout le monde snvant , que l'apparition simul-
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tanée du Pindare et de l'Horace de sir Robert , éditions modèles , éditions prototypes , éditions monumentales , dont le succès toujours croissant imposerait silence à l'avenir envieux , et me sauverait Taffiront d'avoir été l'homme d'une langue et d'un livre ! . • .
— Je TOUS avais prévenu , monsieur le chevalier , de ma malheureuse insuffisance
— n ne s'agit pas de ton insuffisance , répliqua brusquement sir Robert ; et je n*ai que trop de moyens d'y remédier I — Mais ,ajouta-t-il en frappant fortement sur la table , j'hésite à jouer si gros jeu ! — Holà , Jonathas , ma pipe, une bouteille de Porto , et le PIndare de Cal- Hergi .
— Si gros jeu , mon noble ami ! et qu'avez vous à ménager ?
— Ton bonheur , enfant , ton bonheur , dit le chevalier. Ecoute-moi avec attention et ne m'interromps pas. Je t'ai souvent parlé de Jacobus , qui était mon crible , mon Aristarque , mon Phocion avant toi ; je ne t'ai peut- être pas dit qu'il possédait imperturbablement toutes les bonnes leçons de Pindare ; mais ce diable d'homme n'écrivait pa s , et ma vieille mémoire a perdu jusqu'aux moindres vestiges de ces ri-