‹ Souvenirs de Jeunesse (volume 2)Chapitre 9 sur 10 · AMÉLIE. IM · texte numérisé non relu

AMÉLIE. IM

La faassetë de cette position morale finit cependant par m'inquiéter , au point de troubler mon sommeil , d^empoisonner mes rèveries solitaires, jusqu'alors si douces et si pures. Je me surprenais de temps en temps dans ces promenades , si remplies de la pensée d'Amélie , à me fvapper ïe front avec colère, et à me dire tout haut : Gela n'est pas bien !

Je n'avais eu de mystère pour Aroâie que celui-là. Je me décidai à lelui livrer un jour tout entier. Je lui racontai les premières craintes de sir Robert , et lé serment que je lui avais lait , et les excellentes raison dont je m'étais avisé pour ne pas le tenir. Elle resta quelque temps à me répondre.

— Mon ami , me dit«elle enfin , nous sommes libres tous les deux , et rien ne peut nous enopécher de nous aimer toujours , car je ne douterai jamais de ton cœur ; mais ne plaçons pas notre bonheur sous les auspices du parjure ! Tiens les engagemens que tu as pris. Dis tout; dis que tu m'aimes! Dis surtout que je t'aime et que ma vie dépend de toi ! Un devoir accompli est le premier de tous les biens. L'événement qui nous priverait du bonheur pré-

^9i 60TJVSVIBS.

«ent ,• n'est rien au prix de Tavenir que Dieu peat nous donner.

Je disputai comme un enfant , mais je partis résigne à lui obéir. Je me répétais encore en entrant chex sir Robert : Elle le veut ! — C'était une autorité plus puissante pour ma faible raison qu'un serment prêté sur l'Évangile et dont j'avais pris Dieu même à témoin !

Le chevalier m'attendait ; et à mon grand étonnement , le livre sacré était ouvert devant lui comme la première fois. Je ne l'avais pas revu depuis , mais je l'eus bientôt reconnu.

Je tremblai de tous mes membres. Une suear froide coula de mon front. Je me demandai si je veillais.

— Vous souvient-il de ceci - me dit sir Robert ? quelque chose de pareil s'est déjà trouve entre nous.

— Pardonnez , dis*-je en ih'asseyant , car je me soutenais à peine* Un moment , au nom da ciel pour que je n'expire pas devant vous ; mais auparavant , ne croyez-vous pa» nécessaire d'éloigner Jonathas ?

— Jonathas ne vous entend pas, Maxime. D ne sait que ce que sonintelligence mécanique lui a enseigné , pas davantage ; et il faut que les

àatut. 193

affiiires de votre &me (Soient en mauvais ordre , mon malheureux ami , pour que tous redoutiez une conversation française devant un Gallois qui ne sait pas l'anglais.

— Je suis remis , monsieur le chevalier. Je n*ai plus peur. £n me rappelant à mon âme , Toas m'avez rendu ma sécurité. Vous êtes instruit, mais je peux tout dire. L'aveu que vous allez me demander , je jure que je venais le faire ?

— Et sur quoi jureras-tu cette fois-ci , répondit le chevalier , en laissant tomber sa tête sur le dos de son fauteuil ?

Arrêtez , sir Robert ! vous abusez de vos

avantages. Vous me condamnez à mort , avant de m*avoir entendu.

— Maxime , je vous écoute !

— Je vous ai promis mon secret ; et le jour ou je l'ai appris , ce secret funeste , il était déjà celui d'une autre , le secret de la vie d'Amélie ! Elle vient de me dégager !

Elle vient de te permettre d'être fidèle à

ton serment , sans doute !

Elle vient de me le prescrire. Depuis no* tre seconde entrevue , je savais qu'elle était dans le cœur catholique romaine.

104 SOOTBllIftS.

— Catholique romaine , s'écria sir Robert ëperda! où as^tu pris ce blasphème , oalommatear impie?.. ••

— Dans ses paroles , dans ses areirs: , monfiienr le cheralier , un jour qu'elle me croyait protestant.

— Catholique romaine ! Apostasie ! parjure?

sacrilège ! profanation des profanations ! La fille de Jacobus catholiqne , et il ne s'est pas levé de son tombeau pour la maudire !

— Il y est descendu en la bénissant. Le père d'Amélie savait qu'elle était catholique romaine.

Ici la consternation de sir Robert fut à son comble. Son esprit paraissait égaré dans un chaos d'idées confuses et de résolutions contra- ' dictoires. Ses yeux fixes exprimaient la terreur d'un homme frappé par une horrible apparition. 11 répétait en balbutiant : Catholique romaine , et son père le savait ! Apostasie ! apostasie et parjure !

— Et quand cela serait aussi vrai que cela est faux , reprit-il au bout de quelques minutes d'agitation , mais d'une voix forte et assurée ;— quand elle aurait trahi son Dieu , devais-tu le trahir aussi ? Sont-ce là les enseignemens que

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TOUS recevez de Yotre ëglise ? Ou si ta ne crois pas même à la religion que tu attestais , les simples règles de la probité humaine ne t'engageaient-elles pas envers moi? Qui t'avait permis de tromper la crédulité d'un ami , dupe de sa folle confiwce en tes*promesses ; d*an vieillard qui s'était livré à toi , faut-il qne je te le rappelle, avec l'aveugle tendresse d'un père?..<

— ^ J'ai eu le malheur de croire que je comprenais mieux les intérêts de votre bonheur même , en vous épargnant une peine irréparable. Mon erreur est grave sans doute , mais ce motif l'excuserait , si elle pouvait être excusée.

— Le parjure ne s'excuse point. Il porte toujours son châtiment, et le ciel veuille te l'épargner ! Irréparable , dis- tu ! Il n'y a rien d'irréparable ici que ta fatale passion , peut - être ! Ta m'as dit qu'elle était catholique romaine dans le cœur. Hélas ! cela n'est que trop possible ! N'es-tn pas catholique romain ? J'ai connu anssi le coeur déjeunes filles ;et leur foi ^ c'est la foi de Ce qu'elles aiment , leur religion c'est leur^imour ! Mais elle n'a pas abjuré ! Si elle avait abjuré , ses ressources n'existeraient plus ; l'opinion l'aurait repoussée, l'aurait flétrie! Elle serait obligée d'aller cacher ailleurs l'dp-

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probre qui s'attache aux renégats î Le penchant insensé qui l'entraine au papisme s'évanouira aussi vite que l'illusion qui t'a dévoué son âme pour quelques mois, — Tu te révoltes contre cette idée , je le conçois, mais l'avenir te confirmera mes paroles , car l'aflFection des femmes est encore plus passagère que leur croyance , et une femme qui a délaissé Dieu peut.lnen oublier un amant. — - C'est pourtant à cette courte jouissance de la vanité ^ à l'accès de délire d'une fièvre de jeune homme que tu as sacrifié la paix de mes vieux jours et l'honneur de tes engagemens ! Justifie-toi, si tu le peux !

— Je crois que je le pourrais , mais je n'en ai pas besoin. La pureté d'Amélie est sans re^ proches. Notre amour mutuel n'a été deviné que par vous. Il ne laissera ni rougeur à son front ni remords à son cœur , ni tache à sa réputation. Quant à mes obligations, elles sont intactes et sacrées , comme le jour où je me suis lié volontairement. Je n'ai que mon bonheur de plus à immoler à mon devoir ; mais cette considération ne m'arrêtera point. Ma vie vous appartient, monsieur le chevalier, et vous pouvez être sur que je ne vous la disputerai point.

àiÊUE. 197

«-- Qui te demande ta vie que j'ai plus à cœur que la mienne , répondit le chevalier en me tendant la main ? Suis^je assez fort maintenant pour te retenir siir le bord de Tabîme où je vous ai poussés tous les deux, moi, le plus coupable de nous trois ! Oh ! que la foudre anéantisse tout ce qui reste de Pindare , sans en excepter mon bel exemplaire de l'édition de Galliergi !.*. Malédiction sur Pindare, sur Cal*liergi et sur moi !

— Le Pindare de Galliergi , dit Jonathas en se penchant à l'oreille de son maître ?•••

— Je n'en ai pas besoin , tendre et obéissant Goliath , répliqua le chevalier qui tournait en même temps un regard affectueux sur le Gallois attentif. — Je n'ai pas besoin du Pindare de Galliergi. Je ne veux jamais le revoir ! — Et cependant il ferait encore le bonheur de mes yeux , si j'avais trouvé dans l'âme d'un fils de mon choix , Tunique objet de mes espé^ rances , la soumission résignée de ton âme de sauvage.

Alors 9 Jonathas avait compris qu'il ne s'agissait plus du Pindare de CaUiergi , et il n'avait compris que cela.

Le chevalier nous regarda tous les deux , et il

198 somrBHiBB.

ae mit à pleurer* — Il pleurait sur moi. — J'étais à ses pieds.

— Mon maître, mon ami, mon père, M âis-je en sanglotant , disposez de l'obéissance de Maxime , comme de celle de Jonathas ! Ordonnez l — La journée n'est pas avancée ! — J'ai le temps de partir de Berne.

^- Et de prendre la route de l'Oberland , dit sir Robert en pressant ma tête de ses ~ mains.

— La route que vous voudrez ! celle quim'éloignera le plus d'Amélie, celle au terme delà» quelle je ne pourrai jamais retrouver ni elle ni vous ! Je.la prendrai , s'il le faut , pourvu que ▼ous me conserviez , elle et vous , un souvenir d'estime et d'amitié ! • . •

— À9-tu réfléchi an moins à la portée de cette promesse ?

— Elle sera accomplie dans une heure, je ne vous démode que le temps de lui écrire, de lai expliquer en quelques mots la résolution qae vous exigez de moi , de lui dire une seule fois encore que mon cœur ne vivra jamais que pour elle ! Je ne lui parlerai pas de mes projets , je ne lui indiquerai pas l'asile que je vais chercher. Je n'ai point de 'projets , point d'asile. Je ne

MÙa où je rais. Tout ce que ja Bais, c'est que je vais où elle n'est pas , et que j'y yais , parce que TOUS FaTex Toala. — Après cda , c'est fini, et Maxime sera pour tous deux, comme s'il n'avait jamais été.

— Comme s'il n'avait jamais été, interrompit le cheyalier avec exaltation ! — Mon fils, ^on cher fils , mon Paulo-post bien aimé ! Comme s'il n'avait jamais été I Est-ce donc nne âme insensible au dévouement le plus généreux t sans compassion pour les erreurs de la sensibilité, sans admiration pour le courage de la vertu ; est-ce un homme aux entrailles de fer , que le vieil ami de Maxime?.... Ab! condescends toi-même aux inquiétudes mortelles du pauvre chevalier Grove ; prends pitié de sa rigueur , et tâche , s'il est possible , de ne pas l'accuser ! Oui , mon ami ! j*espère, j'espère encore que cette abjuration criminelle n'aura pas lieu, quand son premier , quand son unique motif aura disparu! J'espère que ce scandaleeffrayant, dans une personne d'une si rare élévation de caractère et de talent , n'affligera pas le peuple qui suit la loi de vérité ! J'espère que l'impression de ce déplorable amour qui vous perdrait l'un et l'autre, s^efiacera en quelque

200 êovVBtiuit.

temps , qaand TOUS serez séparés ! Jene compte pas sur l'impossible pour tous guérir, je compte sur ce qu'il y a de plus essentiel dans notre nature, de plus inévitable dans notre destinée , sur l'instabilité de deux coeurs d'en-^ faut qui ont cru s'aimer , parce que le hasard et l'étourderie d'un rieux fou les ont rapprochés par malheur* Je compte sur ce besoin insatiable d'amour dont tu te croyais affranchi à jamais , quand tu voulus te faire moine , et qui te tourmentera peut-être encore sous des cheveux blancs. 11 ne madque pas de beUes filles papistes qui aimeront mon Maxime ^ et qui seront fîèrés d'en être aimées. — Et s'il en arrivait autrement!... si* la fatalité de ma vie m' avait fait tomber sur une de ces passions de roman qui résistent à l'épreuve de l'absence et du temps, nous verrions alors!

Et tu sais , si tu ne m'as pas mal jugé , que tu trouverais dans mon sein un port assuré contre le désespoir. — Va-t'en donc , si tu en as le courage ; m^is ne t'en va pas comme l'ami oa^ blieux qui veut qu'on Toublie. Ecris-moi.*., tous les jours , et ne va pas loin ! —

Pendant que le chevalier répétait tput cela sous dix formes différentes , mais plus bien'

ah£lie, soi

velilantes et plus expansives les unes que les autres , je laissais tomber sur le papier mes tristes adieux a Amélie.

— Voilà cette lettre , dis-je en la lui présentant tout ouverte, --^ et maintenant , je suis prét.*^

nia ferma sans la lire.

^elqnes dispositions nécessaires m'appe-^ laient un moment dans ma chambre. A mon retour , je trouvai sir Robert plongé dans le plus profond abattement. Je pris sa main pour la porter à mes lèvres , mais il m'attira dans ses bras. ^— £t moi aussi , dis-il , moi dont le cœur s'est toujours amolli aux souffrances des autres, je fais preuve de courage ! d'un courage, hélas, sans compensation etsans espérance! Tout mon avenir , à moi , c'étaient les jours , le peu de jours que j'avais encore à t'aimer présent etbeureux, et à me croire aimé de toi! Qui m'aimera demain ?

J'avais été calme jusqu'alors comme un homme ferme qui entend prononcer sa sentence ; mais je commençaisà céder sous le poids de sa propre douleur. Je l'embrassai et je m'enfuis. Je parcourus Berne sans rien voir. J*en sortis avec l'impression confuiE^ et horri))le de

201 SOPVBIIIBS.

rinfortuné qui se précipite dans on alnme obscur , et qui n'a pas même reco&na du regard l'endroit où il vase briser. Aa bout de trois heures dé marche sans but , j'arrivai je ne sais où , dans un village dont je n'ai jamais pu retenir le nom. J'étais sûr seulement de n'avoir pas suivi la route de TOfaerland.

Je marc^iai quelquee jours , m'arrètantpariovA, ne me fixani auUe part, dueanton de Berne au Val d'O rbe. Ces sites romantiques et solitaires convenaient à l'état de moname. J'aurai^ voulu ne pas les quitter. J'y pensais coacfaé sur le roc , par une belle aprèsh-midi delà fin de l'automne , quand des explosions d'armes à feu, répétées à peu de distance , me tirèrent de ma rêverie : je supposai qu'il 7 avaitlà des chasseurs. Un instant après , des balles répondirent à mes côtés. Je me levai Je portai les yeux autour de moi. Je m'étais reposé sons une cible. Voilà ce que la société a fait desmtgnificences de la nature.

Si j'avais été tué ainsi cependant , je mourais si pur et si heureux, je mourais dans la contemplation de Dieu et de ses ouvrages, dans cette pensée d'Amélie qui se mêlait à toutes mes pensées , qui était la source de tout ce

àkélii. SOS

qu'elles avaient de noble , de touchant et de passionné ! Ma vie était si complète ! Le bonheur de choisir, de marquer Finstant et le genre de la mort serait trop acheré pour notre misérable destination de la terre. Il n'y a que le suicide d'heureux ; il n'y a que lui qui puisse disposer de ses jours i heure fixe, et je n'y songeais plus , an suicide. — Lès suicides n'entreront pas dans le paradi» d'Amélie.

Il était tard quand j'arrivai à Trerdon , dans cette auberge qui est la première à droite du côté du pays de Vaux ; Yverdon , ville douce et paisible , mais dont la position , les aspects , les harmonies pittoresques , les calmes et sérieuses beautés , sont frappés de je ne sais quelle fatalité de mélancolie qui saisit le cœur. Le lendemain , j'avais devancé le lever du soleil sur les bords de son lac, noir encore, immobile et sans bruit , parce que l'atmosphère humide et reposée comme lui n'était pas agitée du moindre vent Je m'assis , j'attendis , j'épiai, je suivis du regard, à travers rhorixon qui s'élargissait peu k peu, les progrès du jour naissant. 11 survint un instant où les brumes balancées par un mouvement qui leur était propre commencèrent à blanchir , à relâcher leur ré-

;204 , aqçTsifins.

9eaaf4nBtréddr970iUpà]^ y à a'fâparpitler en Jbllescltoiaonà^ à ^se, roi4er< p^» vaguer jet plus légère» à Jupoifi^ iIqs. pron)Wtoire8 , à sç peloi9iiiier au loin 8ur Iw eauii;. QQlxupo dqs bancs d-ëoume , .à a'éobiQv^lei- À la;«iaie.4p# libres àdemi défêoilléi^ «omiii0;9^/briit%'4^;iQÎ9ilottaas^ qa^a 40ufie /égstra.dfoa. .l?i^ ^ {la lumièra. omiàsiiit de! toutes. :piuBtoi«.l^.teQb|ftjait. Je distingnai à.Mi'àtasfooei.J[^t«ii|i)iee«ie9t de fleâ> rides .finéimssantes ^ mAïAi tir<9;.peA: ëoines pour ètte 90ùor0$^ QnAjv^ eB^p4«A d*iiiu»

liea0 le ivr^aol d'un poifAcm r^FeiÙ/^ , pf^r la tiédeur, de l'air natini^ , oa le batiemoat'pénodi-

-que dhinerame. £t alors ^ GransoDideasina sur la c6te opposée li^ blanche silhooette^de sesmai* sons en abphitbiëàtre , et des olàtarea înégtles de ses vergers. Ce speetacle triste et |)«eifiqoe à laitiiseonvenait à Fëtat de mon cœur^ il soa- \afjêmV éùb' perplexités ■ en lé pénétipant d'une langtieitri^l^e dedianone. J'aimais d^aTrer

- don ^emme on aime. une faMigue.impnssstOB de regret et de dealeur.^- qui s'cet identifiée avec

' la vie ,' et je ne sffvnis ^^i^senoorepoQsqaoi^

Le sentimient inexplicable que ja reikàis d'éptonTor se fortifiait. à efaaqne paaqne*îe faisais dans une promenade oniqae aasaonde qui me

jjiti^r. SB5

rameiutti à k ville ,*, par decr alléfssi d'arbres im^>

I , dont la pompe magnifique et solitaire imposerait anx cœurs les pins ynlgaîresiin sa? Mime féoneiUementk J Y pensais à FÉly^éë :de Daiite,<àMaetfo grave et recense imiàortalité deë enfan» morts' sans baptême , et des sages morts sansréVélatioQ. Un doute amer et pro« fond m'avertissait, depuis, long-* temps que Tëtemîlë ne me réservait pas d-aatce$ joies et d'autre» ré<^oitkpenses. Il y adesâmcfs.longner ment prédestinées à^ sonffrir ^ pour ipii le seul jsoavcpfiir de h yie empoisonnerait à jamais la féUcîté des ëlus^ Je pleurai ^ mais je ne plearai pas sans doùfeeur 9 et je compris que cet avenir sans fin était assez bon pour moi. J^ m^tirrêtat. avec une angoisse de tristesse et. c|e volupté qu'on ne saunsil} définir, à. l'endroit :1e plus sauvage^;. sur une pelouse «paisse et profonde qui ne paraissait pa$ avoir été> foulée^» Je la sondai d'uA regard prévalant et altéré tle repos-; je lui demandai un recfuge , et line de ces éonvictioo» lucides ((ni s'emparent on ne saitoom-* ment de la pensée , m'annonça tout à coup qiie je l'y tj*ouverais. J'en suis cependant bien loin tfujoard'huii .

Je passai le reste de la matinée à rouler sur

306 sounmRs.

cette place un gros bloc de pierre blanche , et à le regarder avec Textase d'un marinier démâté par la tempête , qui voit enfin le moment de 8*échouer sur un joli rivage , garni d'ombrages, de fleurs et de fruits. —Dieu soit loué, disje , Toilà qui est bien ! — Je ne sortirai plus d'Yverdon.

— J'arrangeai là toute ma vie entre quelques études sédentaires dont mon séjour chez sir Robert m'avait fait contracter l'habitude, et ces promenades pensives que la chute du jour terminait toujours trop tôt. Le bruit des feuilles sèches que le vent tiède encore d'un bel automne chasse dans l'air par Tolées , ou qui roulent en criant sous le pied , est si agréable à un cœur qui souffre! — Pour moi aussi , disaisje ^ l'automne est venu faner toutes ces fleurs de la vie qui ne devaient m'apparaitre qae dans une courte matinée de printemps; moi Aussi) je vais tomber sur la terre comme ces '^feuilles desséchées que fait pleuvoir de leur tfge une bise matinale. Adieu , mes raves de bonheur ! adieu mes espérances d'amour! adieu les hochets brisés de l'imagination ! adieu , Amélie et l'avenir ! Tomber où le premier orage me poussera, tomber

AMÉL1B. 207

et finir! c'est la destinde de toutes choses. ' — Et j'embrassais avec rësîgnation cette nécessité de l'existence , parce que toat m'annonçait qnela nature entière y était soumise. Qui aurait pu me distraire de cette pensée, dans l'aban* don déjà semblable a la mort où mon ame était descendue ? — Une fois, une seule fois, j'enten* dis bruire à mes côtés une créature Tivante , si Fctat de cet être misérable peut s'appeler encore la vie. — Je m'arrêtai. C'était une yieille femme , horriblement décrépite y qui s'était accroupie sur le sol pour y chercher entre les herbes fauves quelques petits fragmens de bois sec que la dernière tempête avait rompus aux branches, et qui les amassait précieusement devant elle dans un vieux pan de haillons rapiécé de lambeaux de toutes les couleurs. Aveo quel soin elle fouillait à travers les touffes mortes , pour en arracher ces débris morts , de ses doigts presque morts qui se resserraient' machinalement sur eux I Avec quelle volupté elle semblait les entendre cliqueter dans sa guenille, et quel étrange regard de satisfaction elle plongeait de temps en temps dans son trésor, quand elle l'avait accru d'une pauvre poi- -!

208 80UVUI&8.

-*« Que chercbez-Toas là , ma bonne mère , lai dis-je en m*efforçant de me pencher jusqu'à elle ?

— Oh! oh ! roonMeur , rëppndît-eUe , en redressant autant qu-elle le pouvait son échine eourbée en cerceau pour me iregarder de plas près , je ne fais tort à personne. G'es.t ma petite provision de bois pour l'hiver.

— Tenez, repris-je y brave femme , ceci vous servira pour autre chose; et je gflissai une pièee d*or dans sa main.

Elle la rejgfarda d'un air étonné , et la laissa tomber dans son tablier avec le bois qu'elle tenait. Elle n'en avait pas perdu un- morceau.

C'est un singulier mystère que l'affection qaî nous retient à la vie. Elle Comptait encore sur un hiver !

J'avais écrit au chevalier. Notre correspondance se suivait avec une régularité si active qu'elle me. tenait presque lieu de la douceur de nos entretiens. Quelques semaines à peine écoulées , Amélie était allée le voir , et il Me le disait. Elle voulut m'écrire une fois , -et il le permit. Je lui répondis , et il lui rendit ma réponse. Je n'ai pas besoin de dire ce que noos

bwn. . ." . . .

Enfin , il arrivci anq lettre dejiif Rober^ y^jai m'apprit qu'Amélie était malade ^ pln8 8érie««e<ment malade '(|u'el)e ne rayait ét4ju9qa'alort« Il me défendait de partir au nom d'Améiile , pn «on nom à lui , il me suppliait de rester. C'é* taientses .expressions. Il avait réfléobi Bxur notre position à tous deux , sur la nature des convictions d'Amélie , sur l'impossibilité 4*eii triompher , quoi qu'il arrivât de nos relations et de nos 8en^memi,.Il disait qu'il n'avait en vue que notre bonheur, et je n'en doutais pas. U ajoutait que le seul obstacle qui pouvait s'y opposer ne viendrait pas de lui. Je le croyais; sir B,obert . était un si excellent homme !

£t cependant , jamais la lettre d'an ami n'a pénétré l'âme d'un ami , d'un plus cruel désespoir. Cet obstacle qu'il redoutait , je craignais de le deviner. J'avais beau me répéter jqne cette inaladie n'était rien, que la science n'y avait vu qu'un accident léger et wns conséquence ; «que Famour mémo , si x^réduleà ses inquiétudes , a'était accoutumé à n'y pas voir autire chose ; que l'obstacle dont il parlait provenait plus probalement des parens d'Amélie*

SIO SOOTgNlBS.

Cette réticence me confondait , me faisait moiirir. J-àlIais sonner poar demander des cheyanx, quand un petit billet tombé de cette lettre déjà trois fois reine, vint cbanger ma résolution. Il était de la main d^Amélie ^ et ne contenait que quatre mots : « Ne riens pas !

j'irai !»

Trois jours passèrent sur cette anxiété , sans que je m'arrêtasse à former un projet, sans que je parvinsse à démêler une idée. Je n'en avais que deux pourtant, deux idées obstinées qai s'étaient emparées de moi avec une égale puissance j et qui subjugaient tour-à-tour toutes les forces de mon cœur.

— Un obstacle qui ne viendrait pas de luit- Un obstacle étranger à la volonté d'Amélie , et qui nous séparerait pour jamais ! Oh ! qui me dira cet obstacle !.• ^— Infortuné , tu le demandes ! Malheur à toi !

— Et bientôt , mon agitation se calmait. — Amélie , reprenais-je , elle a dit qu'elle viendrait. Je la verrai , nous serons ensemble , et nous n'aurons plus rien à craindre alors ! Cependant , j'osais accuser la Providence I

— Un soir enfin — c'était le 28 novembre 1806 — fêtais assis sur cette pierre d'attente

AKÊLIS. SU

qui inarquatt ma fosse. Il était tombé un pea de neige. Il faisait froid dans Taîr, et mes reines roalaient da feu. Mille pensées confuses af« fiaaient dans mon esprit comme les chimères des rêres; mille voix contradictoires , échu tumnltacux et discordant de mtes terreurs et de mes espérances , hurlaient autour de moi d'in* saisissables paroles ; mes yenx ne voyaient pas; mes oreilles bruîssaient. — Tout à coup je sentis un papier s'introduire dans ma main ; je le reçus, je le froissai , je Fonvris sans regarder qui me Tarait donné ; j'avais reconnu récriture du chevalier , il restait assez de jour pour me permettre de lire. Je n'essaierai pas d'exprimer dans leur ordre les émotions qui m'assaillirent pendant que je lisais. Je copie !

« Amélie veut partir et j'y consens. Un homme » dont le dévouement m'est connu l'accompa- » gne auprès de toi ; l'irrégularité de cette dé- » marche a son excuse dans l'opinion que je me » suis formée d'Amélie et de toi. Je t'en im- » pose la responsabilité devant ta conscience » et devant le ciel.

» J'ai pensé qu'elle aurait moins de scan- » dale et de danger que l'abjuration publique » d'Amélie dans une ville où elle est née et sous

212 sovvEiiiftS.

H les jeax de sa famille^ le n^aurais pa moiir même en être le témoin ^ et j*espère de ta » tendresse qu'elle m'épargnera cettbdottleary » en prenant TaYance pour la cérémonie , sar » le moment qui doit nous réunir* Mariez-¥oa8 ,11 sans moi, puisque tu es autorisé par tes :pa- » rens. Le^ > papiers d'Amélie sont en<bon état j. » et je me «uis ^chargé de réglmrieitooa ses 1» intérêts.

» Je n'ai pu la revcHr , j'ose oroire encore

n que l'amour et le l)onheur la guériront > s'il

* M y a quelque chose de réel dans l'amour et dans

» le bonhear; Le Dieu qui lui a permis d'abja-

» rer>peut permettre beaueoup.

» Voilà lés dernière» paroles rigoureuses que » TOUS entendrez de moi. N'y pense^ plus.

» Pense à moi. Ma vie est en tous et avec » TOUS, et puisque le Seignenr l'a touIù, je me » soutitettrai à la finir au milieu d'une colonie » de papistes qui respecteront, ma foi.

» Toute nui fortune est transportée depuis » quinse jours entre les mains de M. Frédéric » H... d'YTerdon ; tous en disposereiu J'ai be- » soin de ne pi ils m'occnper de rien que de n mes éditions. Je ne me réserTe d'autorité que » p^r la direction de» traTaux. En tout le

ah£lis. 118

n reste 9 il ms cùayi^ni de TiYn& oomme Totre «enfant.

» dieitf^ie-iiOQs une setraitci^ù.ia ro«dras >, » eavil aa. bnt {ma songer à Berne, Achète un0 9 petite i^^ison en bon état, aveq une petite » t^re en plein rapport ^ ,<H)maie l'e^t aimée 9 notre Hor^e , mais np t'ëloigi^Q dTv^don » dans tea informations à oe sujet , que pour te » rapprocher d*ici. Ta sais^qne mon. infirmité » 06 me permet pas.nn long yof âge , ^t je n'ati- » rai» jamioa pensé à> le t^ter ai tous n'éties ».aal>out«

» Tonl ira bien ai j'arrive <; en attendant, fais » ce que tu jugeras à prc^os ^.ootnine s'il était 9 8&rquej*arriverai.

Le chevaiîer Gno'n,

» P. S. Âssure-toi d'un eroj^oement cornn mode pour mes livres , et d*un logement bien » séant pour le digne Jonatbas. »

Je me leviâ. Je cherchai Fémissaire , il n'f était plu*; à peine yis-je une grande figure . disparaître au loin à travers les grands arbres deâ. allées voisines.

Ma situation était bien changée. Cinq minutes auparavant, mon cœur était brisé entre deus^

214 ' sevvBnns»

irapreMÎoiit extrêmes qui s'excluaient matael« lement, l'espérance de Toîr bientôt Amélie comme j'en avais la promesse , et la crainte d*en être à jamais éloigné par cet obstacle inconnu dont je frémissais d'approfondir le mystère. Un pareil état de perplexité n'est pas le malbear absolu , mais il Tient tout de suite après. Il n'accable pas rame, il la mine sourdement ; il use ses ressources arec lenteur , il l'affaiblit pour la tuer. C'est le réseau captieux de Taraignée , c'est la salive empoisonnée que la vipère distille sur aa proie vivante. — Un vaisseau chassé du port à l'écneil et de Pécaeil au port , à la merci du rent qai le pousse et de la lame qui le renvoie , chaque foiS| plus près de l'endroit où il doit périr, c'est à se coucher sur le pont et à jouer sa vie aux dés contre la destinée , sans songer à la défendre. — J'en étais là.

Maintenant y tout prenait un antre aspect. — Il ne l'avait pas vue ; mais il ne me disait qu'on mot de cette maladie passagère, et c'était pour m'en faire pressentir la guérison. Il comptait sur l'amour , il comptait sur le bonheur ; l'obstacle n'existait donc plus , puisque l'amour et le bonheur pouvaient en triompher. De l'arnoor

▲xiLis. 216

et da bonheur, nous en avions pour notre irie ; Et cet avenir, ce n'était plus un -prestigfe de moii imagination , puisqu'il y fondait lui-môme , dans le calme et dans le repos de sa raison, de si prochaines espérances! que dis-je? c'était déjà le présent ! — Était^l assez beau , assez complet de joies pares ^ d*inépuisables volupiésî On n'aurait jamais osé eh souhaiter nn pareil pour soi. — On Tauraittout au plus inventé pour un frère ! — L'indépendance assurée , le travail favori qni la paie largement en se jouant dans ses plaisirs, l'amitié sans laquelle il n'y a point de félicité achevée , et l'amour qui comble tout, l'amour d'Amélie qui surpassait tous les amours ! . . • — Je ne me possédais pas ; je ne me sentais pas d'enthousiasme et de ravissement. Je ne marchais pas, je volais. J'appelais Amélie tout haut, comme si elle avait dû se trouver à ma rencontre , et que j'eusse ambitionné le prix d'une tendre émulation d'impatience en me faisant reconnaître d'elle avant d'en être aperçu. Et j'allais encore comme cela dans la Tille , écartant doucement du bras deux ou trois passans étonnés , pour ne pas perdre de temps en alongeant mon chemin d'un pas inutile; et toatœ que j'entrevoyais me paraissait elle ; un

216 80CVX5IIIS.

chapeau de femme, un voile flottant, une robe déployée qui blanchissait au prejnier reflet des étoiles; et quand je ne voyais plu^rien^ je m'arrêtais essoufflé pour m*assarer que je ne l'avais pas entendue. C'est ainsi que jarrivai* Je fkiilis renverser Henriette. — Henriette, une bomie fille , intelligente , aëlée, afiectueuse, qui était jehargée des petits soins de la^maison, et qui allumait en ce moment-là le réverbère de rescalier.—

— M'a-t-on demandé j Henriette ?

— On a demandé deux fois Monsieur.

— Oùest^Ue?

--T Un jeune homme bien triste et bien défait^ qui est sorti pour vous chercher , et qui couchera au numéro 9.

— Qu'il cherche , qu'il se couche , ou qu'il s'en aille, — qu'importe ?

-^ £t puis ; une jeune dame bien malade.

— < Bien malade , Henriette , cela n*est pas vrai ! Où allez-vous prendre tout ce que vous dites ? — Et qu^attendez-vous de monter ?

-^ Une jeune dame qui parait malade^ et qui a un domestique muet ,, plus haut que Monsieur de toute la tête 1 La jeune damé a demandé la chambre voisine de celle de Monaiear, et comme elle ne pouvait plus se simtenir , je croia qu'elle

AXftl». il7

y dori tout habillée sur te grand fauteuil à ressorts où Monsieur a dit quelquefois qu'il voudrait mourir. — ^ Lorsque je lui ai répété cela : Trës>bien , très^bien ^ ma chère amie , m'a-te>le dit avec un cKarmanit sourire^ je ne veux pas d'autre lit*

— Qu'aviez-vous donc à nrarréter avec tout ce verbiage de jeune' hoimiue triste et défait , dont vous êtes préoccupée comme une jeiuei fille? Venez-vous m'ouvrir enfin?

-* Âh , monsieur ! répondit*elle en montant et en m'éclairant de sa lampe, ji'avais commencé par lui , parce qu'il m*a dit que vous n'auriez jamais plus grand besoiii de le voir, et que la manière dont il Fa dit n^'a fait peur.

— Vous avez peur de tout , extravagante que vous êtes ! Vous disiez tout à Fheuré que cette dame .était bien malade, et si elle était malade a ce point j elle n'aurait pas pu entreprendre le voyage de Berne à Yverdon. —

Hésiterei-vous long-temps à ouvrir cette porte ? Je ne vous ai jamais vue aussi gau-^ chel— . ,

— C'est que si cette jeune dame n'était pas bien portante en efifet , et qu'un moment de sommeil fût nécessaire à réparer ses fatigues^

318 souYiirm.

dit lleiirietl;0 en hasardant la clef dans la ser* rure, et en me regardant d'un air inqaiet.,«<—

— Arrêtez , Henriette, arrête*. — Pardonnetinpi , — C'est moi qui ai. tort ! — Gardez-Tous bien d*ouyrir; attendez qu'elle sonne , chère Henriette, et quand elle aura sonné, dites-lni qne je suis rcTenu.

— J'attendrai à la porte, dit Henriette , un peu rassurée sur mes emportemens. — PauTre fille! —

Au même instant Amélie sonna.

Elle était à demi-couchée sur le fauteuil pliant. Elle me tendait les bras , je courus à elle. Je baisais son front , ses yeux , ses mains. Je ne parlais pas. J'avais été surpris d'un saisissement soudain qui ra'ôtait presque jusqu'à la force de sentir. Amélie était changée d'une manière incompréhensible. Ce n'était plus qne son âme. La lampe d'Henriette me la montrait comme je l'avais Vue une fois, quand elle me reconduisait sous les arceaux rompus de la vieille galerie, à la porte qui donne sur la route de^^rObcrland. Je me rappelai en tressaillant cette cruelle vision. Je restai quelque temps muet et immobile, —

— Des flambeaux , Henriette , des flambeaux,

ÀHtLIS. ^19

m*écriaije ! éclairez cette chambre lugubre dont les ténèbres attristent le front de mon Amélie. C'est ma sœar, Henriette! c'est ma bien aimée , celle qui est tout pour moi ! C'est Amélie , mon Amélie , qui sera demain ma femme , et que vous aurez pour maîtresse, pour protectrice j pour mère , si tous roulez ne pas nous quitter !.... —

Les lumières arrirèrent enfin* Amélie n'avait pas détourné de moi ses regards. Ils étaient pleins encore d'amour et de vie , mais sa pâleur ne s'était pas dissipée. — -

— Cela est bon , dit Amélie. Je t'ai revu.

Cette main que je touche , c'est ta main. Cette Toixque j'entends, c'est ta voix. Maintenant j'existe et je veille. Tous les objets sont distincts autour de moi, et si je les discerne mal , c^ést que tu es là , et que toute la puissance de mes facultés est occupée à t'entendre , à te toucher , à te voir. — Je n'en peux plus douter , continua-t-elle avec expansion , je suis près de toi ; je craignais tant de ne pas venir jusqu'ici , de ne jamais dire : je suis près de toi ! — Cela est bon , cela est fini. Je suis bien. Que me fallait-il davantage? — Oà est ton cœur? donne.. •• approche....^ reste — Oh l

220 soBTcniis.

je le tens qui bal ! -^ Tu De me quitteras pas ! tu ne t'en iras plus .!...,. ni à TOberland^ ni ailleurs ?..« Reste eneore.l c'est ainsi que je yeux mourir.

— Non 9 mon Aoiélie y je ne te quitterai jamais! Aujourd'hui o*est toujours j| eorome ta le disais! Sois tranquille .à. présent* Ne: te fais point de chagrins. Il n'y en a plu$ de possibles entre nous deux^ Laisse-14 ces idées de mort. C'est de mariage et de bonheur .qu'il s'agit. Crois-moi! une. nuit paisible que doit suivre un jour sans nuages te rendra la force et le santé.

— Une ,puit paisible que doit suivre un jour sans nuages.. r- C'est tpi qui Tas dit* — Tuas raison. — Une longue nuit peut-être , mais que fait sa 4urée ? T'avoir tu , te revpir, doroûr ou mourir pur cette pensée, c'est égaU r- Une nuit pai9Lt>le , Maxime , une nuit hçiureuse ! je révérai.

— Oui , rpve , lui dis-je en e|Eectant de prendre le change, rêve au doux «venir qui nous est promis. Tu connais les intentions du oheyalier.

— A peu près. Je connais le chevalier , et ce que je n'ai pas encore appris de la bonté

de Bcoi cœar^ je la devine. Sais*tu , continaat-*elle d'un ton mystérieux ^ que je ne l'ai pat TU a mon départ, et sais-tu pourquoi? C'est qu'il me semble que s'il m'avait vue^-r eomme je suis, — - il ne m'aurait plus permis dp* venir. —

Elle me déchirait. Je me détournais .à tout moment pour lui cacher mon trouble , pour étouffer un soupir , pour dévorer une larme.

— Tu es distrait, reprenait-elle. Tu regar* des ou je ne suis pas. Ce n'est pas bien. Qu'astu à regarder qui ne soit pas moi? J'ai peur que tu me trouves moins belle., car j'étaifl belle puisque tu le disais. .Henriette m'a demandé tantôt, après m'a voir aidée à me oou^ cher, si je ne voulais pa faire un peu de toilette. C'est que madame , a*trelle ajouté, à quelque chose de singulier dans la figjare,.je ne sais quoi de terreux. — J'ai ri — de la terre, tu comprends bien ? Je pensais que ce n'était guère la peine de l'èter.

— • Hélas! c'est que je souffre de te voir souffrir , et de t'entendre parler ainsi ! je me flattais de te trouver mieux que tu ne crois être.

— Oh ! je suis mille fois mieux que tu ne

232 sovritiwitB.

pourrais le croire toi-même ! Depais que je respire , il n'y a pas un instant où le sentiment de Texistence m'ait paru plus agréable à goûter. Enfant qui crains que je ne sois mal , quand je n'échangerais par une de mes minutes contre des siècles de délices! — Ton premier aveu , Maxime, ou le mien , car je ne me rappelle plus qui de nous a commencé , — ce fut une extase enivrante , une volupté suprême sans doute ! mais qu'elle était loin de valoir ceci ! — Entre le bonheur de ce jour-là , et celui que j'éprouve maintenant, il y a une différence qu'on ne paierait pas trop cher de sa vie! — Cependant , qui le dirait? La misère de notre cœur est si grande qu'il manque une chose , mais une seule chose à mon contentement , — et tu vas t'en effrayer encore.

— - Parle, Amélie, parle, au nom du ciel.

— Ëcoute , continua- t-elle à basse tchx , parce qu'Henriette ne s'était pas éloignée, — écoute , je n'ai pas abjuré! pas abjuré, entendstu? et le ciel que tu viens de prendre à témoin, le ciel , Maxime , il est encore tout entier entre Amélie et toi... •— Jamais il ne nous réunirait, si demain.. • — Je ne veux pas te dire cela* — Va me chercher un prêtre ce soir !

AHtLIB. S23

<— Le GÎel est dans ton cœur , ange de foi , d'innocence et de vertu ! si le ciel te répudiait, il faudrait renoncer att cièl!.«« D'ailleurs, ce soin peut se remettre, et une émotion aussi grave, aussi imposante, serait peut-être dangereuse dans l'état' d*acoablement ou la fat%tte t*a réduite...

•— Ne7>lasphênie plus, répondit-elle en imposant son doigt sur ses lèvres; et ya chercher un prêtre , pour que j'en obtienne le droit de demander ta grâce à notre juge. ^~ £t puis , Tabjuration ne doit-elle pas précéder notre mariage , et œ soin peutil aussi se remettre? L'impatience que tu attribues à un pressentiment qui t'iuquiète , pourquoi ne l'as- tu pas attribuée à l'amour ? N'as^^tu pas dit toi-même que je 'serais demain ta femme , ou l'as-tu si vite oublié ?...—- Ah I j'ai tort. — Va chercher un prêtre , va !•• . — Je te promets après cela de ne plus t'affliger de toute ma vie... qu'une fois.

Je laissai Henriette auprès d'Amélie , et je sortis presque au hasard. J'avais donné des or* dres pour qu'on appelât un médecin , mais un prêtre romain me paraissait fort difficile a trao<' ver à Yverdon.

SS4 soovniiis.

La fureiiiière peraonne qui se présenta sur mon pqssage était le jeune bomme qofi m'avait demande dans la journée. ^ Je poa^sai teui cri et je tombai dans ses bras. C'était Ferdinand^

J'ai parlé i autrefois de Ferdinand , mon and d*ej^fiuàoé ^mon camarade de collège^ mon frère d^affection ; de Ferdinand dont la maison derist raa mai!Bon ^ dont la famille derint ma ^ famille , à nnev.époqne pn j*étais tourmenté d'ancres doolents. J'ai cherché' afôrs à décrire sa donce retraite , son intériear plein de charmes , son bonheur si. parfait de- calme et de aécoritéril n'en était pins ainsi* Tout cela n'existai^ plus. Sa femme était morte.: Une maladie contagieuse lai avait enlevé «es^ deux encans ykins le même mois. Il était Te^ténenl dé tout ce qui composait son heurense TÎe. Il avait eu la force de suivivre à tout : il était chrétien. Depuis il arsit disposé de sa fortune, ]K>ûr une moitié en faveur de -ses parens les moins opulens ; .pour la moitié du reste , au profit des pauvres de son village* Ce qu'il conservait ^ il le destinait a une œuvré de bienfaisance et de piété* Il avilit embrassé les ordresi II se conâacrait au saint ministère des missions étrangères* Cette vocation exigeait des connaissances variées qu'il s^était

empresse d'acquérir. Il revenait en ce. temps-là d'an joyage en AUem^igi^e et en Italie , où il avait passé près d'un m a se perfe<{tipnner dan9 l'étude de la médecine, si utile à l'apôtre de la foi qui porte à dçs pei^ples sans lumières le bienfait de la vérité. Il était sur le point de se diriger vers le port d'où il devait quitter l'Europe^ quand l'envie de me dire un derpiec adieu l'avait conduit à Berne. , .

Je 9a vais. tous, ces deuils. Sea lettres m'en avaient instruit. Je m'étais attendu à cette en^ trevue mêl^ée de tant d'amertume. Je l'avais désirée* — Je l'avais oubliée. — Je n'y songeais plus.

A Berne, Ferdinand s'était informé de moi.

11 avait TU sir Robert. Il s'était entretenu avec les médecins d'Amélie. On l'avait instruit de son départ assez à temps , pour qu'il pût la de> vancer de quelques heures. C'était pour cela qu'il me cherchait. !Nous eûmes peu de paroles à échanger. Il ne lui restait rien a apprendre ; pas même mou trouble,. mes angoisses ,. mon désespoir. — 11 s'y attendait.

— Prêtre et . médecin , m'écriai-je en l'embrassant ! c'e^t la Pjovidence qui t'envoie I

286 80€YK1I1H8.

— C'est mon devoir qui nraniène, réponditil. — Mais avant de voir Amélie, j*ai besoin de m'assurer tout-à-fait de Télat de (on cœur. Es-tu bien certain d'en avoir fixé enfin la perpétuelle mobilité? — Ton parti est-il pris? — Crois-tu fermement dans ton amour?

--^ Ah ! si tu Fàvais vue, si tu la connaissais^ tu ne me demanderais pas!

— J'interroge ta conscience. Je ne dispute pas. Je ne contredis rien. Ta conviction sera la mienne. — Ainsi tu persistes à croire que les déterminations dont tu as fait part à sir Robert....

— Sont inviolables !

— J'y sonscris. Encore une question. Saistu qu'il n'y a d'inaltérable et d'éternel dans les affections de l'homme^ que ce qu'il en a placé bors de cette vie passagère ? Sais-tu que les joies de la terre n'ont qu'un tcmpâ , et que la félicité la mieux affermie en apparence ^ est souvent la moins durable? Sais-tu que la plus essentielle des Tertus de notre nature , c'est la résignation aux volontés de Dieu?

— Si je ne l'avais sa d'avance, malheureux ami, ton exemple ne m'aurait pas permis d'en douter I

AxiLiB. sa?

— Asses ftiuetj reprit-il d'une voix atistère. L'^églîie ni*a donne Ions les pouToirs dont tous aves besjfMA ; — conduis-moi près de cette jeune fille.

— Amélie n'attendait pas si tôt mon retour.

JiB lui avais souvent parlé, de Ferdinand. £lie n'ignorait rien de ses vertus, de i»es infortunes, de ses résolutions, du double ministère auquel il s'était voué. Son nom, sa vue, ses paroles, rappelèrent à son front une. lueur d'espérance. Et moi aussi;, je pensai que le.ciel commençait un miracle* Quelle ame tendre n'en a pas att^odu 'pour ce qu'elle aime ?

Je les laissai seuls* -^.Une demirheure après la ponte, se rouvrit*

Ferdinand me regardait avec une tristesse calme qui ne m'effraya point. Ce devait être l'expcessicm habituelle de sa physionomie.

Celle d'Amélie rayonnait d'une satisfaction pure etfeposée qui avait quelque chose de céleste.

— Baise la main de ta fiancée , me dit Ferdinand» et laisse-lui prendre le repos dont elle a besoin. Henriette veillera auprès d'elle. Je vais lui donner les instructions nécessaires» Demain, nous nons reverrons ensem-

SS8 SOUTEHt&S.

bl«/ Je te- femi fappeler dd boane lienre.

*«-^ La kMin d'Aipëlieine parât* môia^Sriiidle, 8â reèpivatioQ plii^ ëgate^ son temt.pii»'ahitiië; elle sourit en me disant : — à demain.

Ferdinand hie quitta Aur le seail deîma'cliamlire. r^ Sois homme, muTtritirâr-Mlà mon oreille en md pressant contre son cœur. La rié estiiKiurte ;;inais rétèraitëèM infinie! -^ et il disparut* , Quelle naH que œlle-là !• Je n'ëtâtis sëparé d^Âmëlie que par une légère doison, et la moindre bruit qui se faisait :efae2' elle nepouTait éèiiBpper a mon attention inqtôte/ Alilrs je m'arrêtais dans ma marche précipitée^ mais mystérieuse. <^ J'étais à pieds nus. — Je suspendais ma respiration , j'écoutais^ je trètoblais d'entendre iine plainte ou un' eri. Je tPet&Uais surtout de ne rien entendre* Quand le silence avait. été long , il me semblait' qu'&emrtette s'était ehdoranie, et qu'Amélie^ soéffiraint sans être secourue, avait peicdti la force dé; l'appeler. J'aurais voulu dans ces momens-là être encore assuré de sa. vie au prix d'un gémissement.—- Quelquefois , j'étais frappé d'une voix, et je restais en. suspens. -^ Quelquefois j'en- distinguais deux^ et puis plus rien , et j*él^is quelque temps plus tranquille. — Souvent j'ouvrais don-

oeiiieal>iiia poHft. A. oeile^d* Amélie , j^eatendaîs

mieiik., he^XrttaA delà i^rrareet les joiiita mal

uni» de^ panueàitt ma laissaient apercevoir iuii

peu.4e Jj^mîère» Qaand la laroièrese mouTàit ^

je sentais. ;un .frû^on mortel parcourir lonames

m0iiibl*ea« Quand eUeârait repris sa 1)1800 > je

respiraia. — » HenijeUe. T^iUe a?ec soin , disais^

je f et Amélie dovU II kiV a^H»int de. danger, —

Je rentrais oh^i, moi , je m'asseyais, et .la tète

appayëe Mfir mes mains., je restais plongé dans

une rèyerieYsi^ne: assez semblaUe au sommeil,

ju8qtt!&ee qu'au nouveau bruit vli^t me rendre

ma terreu^r on. mon anxiété. <^ue jq më aérais

trouvé iheureux* si j'ayaia pu passer ces heures

interminablefti la main.appU4aée. sur son cœur^

ou roreille attachée à son souflOie I que lejooc

mQ parut long à venir! aVep quelle impatience

je cherchais les premières clartés du oiell je

u'ayais.paa tiiÇkiSifois parcouru la .longueur de

ma cMmbr^ queje reyeuais me coller à- ma

croiaéQ pour .sayoir si; Fjorientue blanchisaait

pas. Le soleil se leva enfin. Je crus que ledaur

ger.était passée qu'Amélie était sauvée^ Jeme

trouvai plus calme, plus heureux ,.que je rite

l'avais été depuis son arrivée*. Je m'aperçus <)ue

j'ilvaÂs froid.

tSO flOUtîWIBS.

Un instant après, je reconnus le pas de Ferdinand. Il frappa ^faiblement. II entra 'chec Amélie. Henriette se retira. Elle me dit qa*Amëlie avait en quelques ëtoufferoens ^ quelques ëvanonissemens de peu de durée; mais qu'elle ne semblait pas plus mal que la Teille. Je vins me mettre à genoux à sa porte. Il se passa ainsi plus d'une heure et demie, mais je priais arec confiande, j^étaîs presque tranquille.

Ferdinand me trouva dans cette position. Il me releva et m'embrassa. Je remarquai qu'il était un peu plus ému, mais cette impression fut si rapide qtiè je pensai m'étre trompée

*— Amélie est entrée dans la voie du salnt^ me dit-il, ses devoirs B<mt remplis. Il te reste h remplir les tiens.

J'allais répondre, il m'arrêta d\in signe^ et il continua.

— Ne m*allègue pas des sentimens auxquels je ne puis compatir , tant que les sacremens du Seigneur ne les ont pas lëgitimiés. Ce n'est pas la foi de l'amant que je réclame. C*est celle du chrétien. La tendresse que te porte cette âme d'aoge deviendrait a mes yeux un motif de condanination contre elle , si tu n'étais résolu à la sanctifier par le mariage. La démarche

qai Fa conchiilrdàii» tes bras est an crime qui pèse sur* sir taie*, et qui retomberait sur la tienne dans Te cas où tu bësiterais klh réparer ; c^est à titre de devoir que je t'imij^e l'obliga^ tioir dans raocomplissement dié laquelle tu ne vois que du bonheur. *^' Maxime , prenez-vous Amélie pour ëpouse ?' '

— Oui , m'écriai-je d'une voix ëtoufiëe de sanglbts !'Oui , mon père !

Il m'introduisit dans la chambre d'Amëlie.

Lesr volets étaient restes fermé»; quatre bou]g;iei brûlaient auprès d*elle , sur une table placée à côtë'du fauteuirpliànt qu'elle n'avait'pas quitté, parce que Ferdinand avait jugé comme médecin qu'elle y serait mieux que partout ailleurs. Tous les préparatifs de la cérémonie étaient faits.

Mon premier mouvement fût de me précipitervers Amélie. Ferdinand me retint.

Je m'arrêtai alors à la regarder. -^ Elle était tournée vers moi , et elle me souriait comme elle avait fait, en me disant: à demain. -^ Son -teint présentait quelque chose d'extraordinaire qUe je n'avais jamais remarqué. Il passait avec une étrange rapidité do la plus effrayante pâleur au* rouge le plus vif i et puiail redevenait

339 sonvsfiiBs.

pluf p&le qa*fiiiparil7aQt ; et: cetije alteciialiTe qai laiiait cpurir- sur ta .figore je ne sais qjuelle exprie^sj^ : dWort et de doal^nr .^ réjiondait pii^iaae anx battement de mont cœur. J[e I» pm pour une illusioa . de. mes propres organes , fajtiguéH: pai; la. Teille e^ .par .les larmes. Ses yeux avaient aussi quelque cbpse de Yague et d'indjçcis .q^e j'attribuai à la, même cause. Je pensai d*ajilleurs qu'elle pouyait être ëblouie par rëclat.deB.flambeaux qui. nous séparaient , et .à ^avers lequel ses regards cherchaient à percer. . • ^

— Détourne ta Tue de ces lumières , lui disje, elles doivent te faire mal, car elles troublent la mienne, et m'empêchent de te voir.

— Moi aussi , répondit-elle y mi^is elle ne changea pas de position. . ,

En ce moment-là, Ferdinand, vint me johei^fsher à ma place , «t il me conduisit auprès d'elle. Jl; prit ma. n^in et la plaça daps celle d'Amélie., . .

^ Les prières continjuèrent, :

Il s'intei;rouipit pour me demander si j'avais un4inneau, On cqnoevra que cette idée ne me f)it pas venuq.

. .«— Tiens, celui-là, reprit -il, et passable

dimi' son 4ôigt* — Il yenaît.de le iirer du sein.

— ^ Prends , prends, continoart-il. C'est çelfii d'Â.cl^« --r Je frissonnai. . .

11 ^çtps donna ensuite sa bénédiction , sV genoailla près de. moi , se releva et ni*aida a me relever. Je m'appuyai sur lui pour me soutenir,

— Snis-je sa femme? est-il à moi? son nom m'appartient-il, dit AméUe ?

-^ Les formalités qui manquent à votre union dépendent des hommes , répliqua Ferdinand.

Elle estsaiote et indissoluble devant Dieu.

Amélie poussa un cri de joie.

Je m'élançai vçrs elle. Ferdinand m'entraîna jusqu'à la porte ; il m*envqloppa de son manteau, £t pressant ma tête contre son , sein de manière à étouPTer ma réponse , il appliqua sa bouche , à ipon oreille , et me dit; à basse voix : — Maintenant 9 souviens^toi de ta promesse !

élèye ton âme «%Qiçu qui t*a donné ce que tu aimes, et qui ne te Ta donné que pour un moment dai^s Guette vie de misère. — L'anévrisme touche à sondqrnii^r période. — Va roceroir le . dernier soupir de ta femme, en homme digne de la retrouver.

Après cela, il sortit.

234 SOUTERIRS.

Je me rapprochai d'Amélie en chancelant.

Je m'assis ^ je saisis ses denx mains , je me rapprochai d'elle autant que je le pouyais sans la forcer à se monvoir , je glissai nn de mes bras sous ses épaules nues ; elle palpita comme si elle avait eu peur.

— Ne crains rien j Amélie ! tu es ma sœur, ta es ma femme.

— Je sais bien, répondit-elle en roulant mes cheveux autour de ses doigts. — C'est que je ne te rois pas , je ne sais pas pourquoi je ne te vois pas. Pourquoi ces lumières n'y sont-elles plus ? — Mais tu es là , toi , rien que toi 1 (% ! je suis heureuse ! — Attends , couche ta tète ici , tout près de moi. — Je suis ta femme ! il n'y a point de mal , n'est-ce pas? — Viens pins près encore , que je sente ton souffle sur ma joue ! — Heureuse ! Heureuse! je n'imaginais pas qu'on pût être aussi heureuse !

Elle releva un peu son cou sur mon bras qui l'appuyait , et pencha sa tète sur la mienne , et nos lèvres s'unirent pour la première fois.

— Ah r mon Diou, s'écrîa-t-elle !

— Ma raison s'était anéantie dans ce baiser.

Tout ce que je me rappelle j c'est qu'elle cessa de me le rendre... et je fus quelque temps à

en comprendre la raison. — Mes sens m*abandonnèrent ; je tombai ; je ne conserrai de mon existence qae la sensation d'un tumulte confus de pas et de Toix , et de l'dtreinte vigoureuse de deux bras de fer qui se croisaient sur ma poitrine pour m*eraporter.

Qaand je revins à moi, j*ëtais dans la chambre de Ferdinand.

Je jetai les yeux de tous cùtës , je vis Jonathas. — Ferdinand, debout en face de moi, ma regardait fixement sans parler.

— Et Amélie! Amélie! où est-elle?

— Au ciel, répondit Ferdinand.

^uevitt tt ^tunntite.

La baronne Eugénie de M. • • • n'est pins jenne, comme oh le Terra plus apertement par là suite de eette histoire ; mais ceux qui ont le bonheur de là connaître sayént qu'elle'a conserve toute la fraîcheur d'esprit , toute la Tivacitë 4'inia^ gination qui la distinguaient autrefois entre les jolies , et qui la faisaient préférer aux belles. C'est encore plaisir pour elle que d^énténdrè nartier de tendres aventures , 'et c'est' à sbù int^tion seulement , il faut bien le dire', que i*aviiiis recueilli ces tristes souvenirs' de ma

238 souTEinKS.

jeunesse , meilleurs a oublier qu'à écrire. Je ne sais rien lui refuser. C'est une habitude que j'ai conservée avec les femmes , vieux que je suis , et même quand elles sont vieilles.

Un soir de cet automne que nous étions tête à tête au coin du feu , car , à Paris , il faut se chauffer en automne , la conversation vint a languir, parce que mon portefeuille était épuisé; et puis 9 parce qu*à notre âge la conversation languit nécessairement îgucdquelbis. Elle se tournait Impatiemment dans son fauteuil , eUe tisonnait avec dépit , elle toussait de cette toux nerveuse qui signifie intelligiblement qu'on s'ennuie ; et moi , je la regardais d'un œil consterné , comme pour lui dire que je n'avais rien à lui dire.

— Savez-vous, Maxime, dit-elle tout à coup, que vos amours sontce que j'ai entendu de plus lamçntable en ma vie , et que je ne m'étonne plus I d'après ce que j*en sais aujqurd'hui , de cette humeur 'morose et chagrine à laquelle je vous vois enclin depuis tant d'année3? C'est comme une fatalité que ces passions-là > et il 7 a de quoi attacher au sommeil de l'homme le mieux portant tou^ les démons du cauchemar.

La première de vos maîtresses n'aime en vous

quNiQ enfont aimaMa ; elle eAt niavi<0 'et- jQ«wr4;) La seoonde vous aime qd pçu, je umpfoWfi iqaif: pas asaçz pour toiis^ saerifier ses pr^ngQ^, EUis^ se marie et meur^^ La Imsièsne yous aiio^ ^per*. dùxneat et voua épouse^ mais en voua épousant elle meurt. L'abbé Prévôt, qu'on lisait tant ààp^ ma jeunesse, et qui n'avait pas, en vérité, Tima giiaation badine, n'a jamaii^ iaventé un héros de roman fknu malenoQnlreuXf

— Que voulez- vous , Pi^ronne ? Vous n^'avexr dttsaandé nâstoire 4a ma vie, et laoi, je n'invente pas.

— Je vous crois et JQ vous plains ; xaaip , s'il me souvient de ai loin, et si j!ea crois votre répataUoa et vos propres diacours,, car vous étiez pa«aabl«i|ieiit avantageux y l'amour n'a pas tonjowa été si rigoureux pour vqv^. Le, gentiment est une loterie à laquelle vous avez joué trop souvent pour uq pas rencontrer quelques chances heureuses, et vous, ne me montrez que dcB billet» perdait I

— 11 est vrai , Barpnne , dis-j.e en saisissant sa «lain aveo Vexprossfpn la plua p^asioiïnée demi |e faaie papaMe , 4 esti vrai qu'une Duis l'aiwMiv

•^ L^issmis Gfjf , ipepnt-elle avec une sorte

240 somriiiiis.

dé ooMre ! H est probable que toqs n*aves rien à m^apprendre sur ce snjet ! mais pourquoi ne ili*ëgayeft'T0U8 jamais de quelqu'une de ces aneedotes qui révefllent des idées gracieuses, et qui ne donnent au moins ni spasmes ni mauyaia lèves?

— Je puis TOUS l'avouer, répondis-je en riant.

— C'est que l'amour n'a jamais oublié de me rendre très-amoureux, qu'il ne m'ait rendu souverainement ridicule.

-— Eh bien ! voyez le (frand mal f je m'amuserai à vos dépens.

-— Je le veux bien. Ceci ne doit pas aller plus loin, et personne ne nous écoute.

— Ajoutez à cela que vous devez commence!* à mettre ordre à vos prétentions^ si vous ne voulez pas être souverainement ridicule encore une (bis I

-^ La première fois , disje, après avoir un moment réfléchi...

•— La première fois que vous fûtes amoureux , ou que vous fûtes ridicule?

*^L'un et l'autre, «i vous voqlez. La première fois , c'était une certaine Alexandrine , blonde , un peu langoureuse , mais svelte , élancée , faite à ravir , et diarmante , sur ma

LUCIÈCS ST JBAHIIBTTI. 941

parole , qm aratt la tnremv des enlèreitientf. «— Je YOQs vois d'ici enlerer la blonde Aie*, zaadrine. *

— Et le pltts heureux des mortels jusqu'au premier relai. Nous' descendîmes pour cueillir des fleurs pendant qu'on changeaH de ehe^ Taux. Ce ii*ctaît pas tout que ^es fleurs. Il fallait un ruban pour les attacher. A mon retour, plus d'Alexandrine. Elle s'était trompée de Toiture, et courait les chalnps aTCc un Anglais qui Tat* teadait depuit deux jours.

-r- C'était jiietemnt l'année de la paix; Je meroppelie cette histoire comme si elle était d'hier.

— Une jolie brune daigna me consoler , et j'avouerai qu'elle y mit du courage , car il n'y a rien de mortel a l'amour comme un ridicule bien aTéré. J'aimai Justine oomme le méritait un procédé si généreux. Je me serais fait tuer pour elle , et il ne s'en fallut guère. Un jeune capitaine de bucsards , beau comme Adonis, taillé comme 'Hercule , et avec lequel je TÎTaik dans la plu» parfaite inimité , s'étant permis do la lorgner un jour au spectacle d'un air familier qui me déplot, je le proToquai brutale* ment en duel. Soq régiment partant le lende*

MS tovrimt*

Bmia a« point da jour poar tUM iMiIre cwni* JOD, la fATtie ne sottfirait point do remiao. Il me donna rendez-Tons pour minait dans one p^to aye&«o «on» 1m fonétras de ma reine.

J3n pareil stimulant était de triiç pour mon eoiurage, naia j'aocëdai à la pro^^itien de mon advenaire sans lui demander eom^ de son eapriee. JNotM fûmes exaoto, et nous mettions Hambesge an vent , quand «nié aTerse dpouVaniaMenous força à nous jeter eoua une porte cochère qui se trouvait ouverte par haaard* Jfoqs n'en «odtinilftflses pas moins à ferrailler , jmiâs jEAMii eroiiioas nos armes en aveugiea^ et au bout de quelques passes qui lui avaient donné ra;raatafe du terrain, la pdiate de l'épée du capitaine me coupa la lèvre snpérieuve et m'enfonça une dent.

— Je me aouviens qu'a montré cette balafre vous allait en perfection.

-— Je :me trouve heureux de l'avoir reçue à ce priiç , maif ce ne fut pas ce qui m'iMscnpa pour le nuNnant. Je me hâtai de bander ma plaie .avec roaioravate,, etida courir au domicile du chirurgien Je plus vobin pour m'y meamettre à un appareil mieux entendu. Quelle fut ma «orprlse, en passant sous la croisée de Justine,

de m'enteiidf e apostropher par une voix qui nié loaliaitttit la bonne iiait et nn prompt rétaMi«^ . semenlti

— Votti déieg savoir gri k TOtre maitHeMë d'one Slttentêon vi' délioate ?

é^ Ce Jetait ^ parMea ^ pai alteîqui parlait , fflflidâine< «'était le faasêal^dl ' .. ' . •

-^ Infortuné Ifoxime ! oetttt brune-là tàknt bien labiondeyTratment ! >

— <}iiaiid j'y réflëehts , ma chère Baronne , je pense qu'elles «e raient tontes» Enfin , en

<-^ Ah! Tons allée y revenir ! passons sur 10OS, anaoni da<jiel!

•^ Je le Toudraia de tonte mon Ame , Ëngë* nie^ pi^sqne vous le désires ;• mats le$ cotopo» sitieQB les pins frivoles ont de^règles^mpérienses q«t forceni la volonté d'nn panifie auteur, et je ne veux pas laisser de tienne dans tti)d«f mémoires.

-^ Alors , je la remplirai. Je vous trompai , mon ami, et je vous trompai pour un sot. C'était nn mauvais procédé , mais rappelez^vous que nous conrions tous 1^ deux notre vingtunième année ; vous , tendre , exalté , vébé- ; 9 fanatique de tontes vos illusions ; moi ,

244 806V£irlE8. '

▼eo^e depuis un an , înd^«rète , ëtaporëe^ tans ^isfàrwat» ^ joyeoAe d*étr« libre ^ ateo une tête parfaitement vide , et un cœur plus TÎde que ma tète. Je puis faire lea bonnenrt de eet àgelà. J'étais une autre. Quatid T0UftBie dites que TOUS m'âimiec , je tous en dis antalat , parée qu'il fallait absolument toos aimes, ai oan'était décidée, à tous haïr à la mort , et jeae m'étais pas trouvé tant de résolution. Un quart-d'henre après, j'aurais donné un empire pour, avoir à recommencer^ Je ne roulais qu'indépendance et repos, et vous ne yivies un peu a l'aise que dans la région des tempêtes.. Yos sermens étaient des blasphèmes , vos joies des frénésies, Tos jalonsiea de» convulsions^ Songes cependant que les passions romantiques n'étaient pas eocore inventées , qu'il n'en était pas plus question dans 1er Ott^l»* morau» qu'à l'Opéra-^^omiipie, et peignex-vpi^ mon état quand je contemplai de sang-froid la terrible destinée que vous m'aviez faite ! Je me réveillai tremblante d'effroi sous le poignard de Maxime , comme DamOblès sous le glaive du tyran. Je ne savais où me sauver de mon bonheur quand le sot dont il est question se présenta, si laîd, si nul, si maussade, si insolemment suffisant, si profoa*

LVCIlftCK BT JEARIflTTS. 248

dûment abiurde^ qu!oii n'aurait pas autrement choisi entre cent mille pour tou» Tenger en TOUS trahÎMaot , et j'aurais pris idors eent mille fois pis, si. cela. eût été possible, pour me «oustraire aux ëpouvantemem de Totre amour. Un sot, au moîns^ cela TÎt eh apparence comme un antre homme ; cela parle » agit , existe à la mar nière de tout le monde, on à peu près. Gela ennuie souvent , mais cela ne s'en aperçoit jamaîa. Cela ne prëocoope ni Vàme ni l'esprit. Gela n'est ni incommode, ni imposant. Cela est sot , et. voilà tout. Vous ne saurtex croire , Maxime , combien les sots sont merveilleusement imaginés pour' faire des amans aux coquettes! — £h ! bien , ai*je pourvu à cette lacune de façon à vous satisfaire ? Qui vous arrête maintenant?

. — Rien , madame ! je reprends haleine de mon admiration , et je rentre dans mon récit à l'endroit où vous venez de le laisser. — < Je n'étais pas de caractère à me désister facilement de mes droits, et je dois à ce comptevous avoir inspiré de cruelles inquiétudes , puisque vous ne trouvâtes moyen de vous dérober entièrement à ce que vous daignez appeler les épouvantemens de mon amour qu'en mettant la

M6 SOITTEIflftS.

Fnmoa cotre yoin et im. YoiM prltoft le parti dm trous retiivr dans TOft tei^^es de Toaraiike. Tout mon hoiohcuw dispurnt ardo Toas. Votre absence .ût d'jiin pays i|Qe je chéHMan la plus trifete des soUtades , et je me dikridai d^aatant plus ToloQtien à Je quitter aussi ^ qu'après trois HiéBafveiitaves ans^i criantei j iïtCf HVèSH pas , à Tln|^ lîèiiçs « hi Timd9j ealMtt dé bdnhe^màismi qui iie>se mofiiAt de moi. '

— Si ^Tous n'éties encore pl«s iditiabl^ et plu» galuit que sineère , tous tom en série» «eau à celite dernière raison. £i)e pouvait ^ons dispenser de l'antre.

-^ Je coDTiens qu'elle eût une bonne part datas 'ma nésoluiion. Arrivé à Paris , je m'avisai pour la première Ibis de mettre un certain ordre dans ma conduite ; et pour ne pas laissa d^quivoique sur Tordre dont j^^tais capable, je vous espltquerai en deux kuots ne qne if*ènten* déie ^F-là^ n'était tout «implenient une mëâiode ide désordre , nue incèndnite systématique, un plan réglé d'irré(|;ularité , une bonne manière de mal vivre. Comme l'amour était ma principale, pour ne pas dire ma seule afiiiire, ce fat sur son terrain que je transportai toate ma philoaq)hie. « Si les ^malheurs forment la

LVCBÈGS It IIAinitTTB. M?

» Jeuneiie, ne dis-je à moi-même, Tdut yoSlà, )» mon ohér M«xiroe , anset formé pour rotre » â^e. Depuis Totre brillant ayénement dans le » monde, vous ares aimé trois femmes, et tous » ares <M trois fois dape. C'est nne espëce » d'aTeriiissement providenttel qui v6«s eit » donné de renoneer eu sentiment. Pnisqae la » destinée des cœurs tendres et confians ert • d'être toujours trompés , la science d'être » keareux consiste A ne pas se laisser prendre » au dépourruk Les engagemens sincères et l^s « . passions étemelles sont du monde d'Astrée » el de Céladon ; il n'y a que les enfans qui l'i- » gnorent; et tous arec maintenant de bonnes » raisons pour n'en pas douter. Que reste-t-il » à craindre de la perfidie d'une maîtresse , » quand on sait d'avanee à quoi s'en tenir su? » sa bonne foi? La plus inconstante est la meîl» » lenre pour qui a vérifié que la plus constante » ne l'est guère. Traitev donc désormais les af«> ti faires de cœur ayec rinsouciance qu'elko » méritent, et prenez Tamour comme il est fait, » si TOUS ne pouTe« tous en passer. On n'en » fera pas un autre pour tous, »

-^ J'admire à mon tour , mon ami^ combien tous tous étiez perfectionné depuis notre rnp*

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