‹ Souvenirs de jeunesseChapitre 10 sur 14 · HAPBX0I8BLLS DB HABSAtC · texte numérisé non relu

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Heureusement la Yague attention de Diana était distraite alors par les soins empressés de deux converses qui Fattendaient depuis le point du jour, et qui n'avaient tari , les dignes filles , de glorifications sur sa piété et sur la sainteté de leur couvent, que depuis qu'elles avaient cm comprendre que Diana était folle et qu'elle était muette.

Elles marchèrent devant nous en faisant rouler sous leurs doigts agiles les grains polis du rosaire jusqu'au seuil de la sainte maison. La porte s'ouvrit, et on nous introduisit cérémonieusement dans le parloir.

L'abbesse était Française. Elle avait été belle, parmi toutes les belles et jeunes femmes de l'émigration , et son nom, qui n'est plus écrit que sur une tombe, pauvre Claire!... suffirait seul à sa gloire mondaine, si de telles vertus avaient encore quelque chose de commun avec le monde. Elle me prit les mains avec abandon, avec tendresse, quoiqu'il y eût d'autres sœurs présentes, parce que nous nous étions connus, enfants.

— Je sais, cher Maxime, dit-elle, tout ce dont notre sœur bien-aimée vous est redevable. Vous aurez un jour votre récompense, mon fils, si vous la cherchez dans le ciel. — Adieu 1

Pendant ce temps-la , Diana m'avait regardé avec plus d'attention, comme si elle apprenait seulement a me reconnaître, et puis elle s'était replongée dans sa pensée. Je m'éloignai lentement.

— Maxime ! Maxime ! s'écria-t-elle enfin d'une voix nette et forte, adieu, Maxime! adieu pour jamais I

Au même instant, deux portes se fermèrent : celle qui la cloîtrait dans cette maison d'asile et de paix , et celle qui me rejetait pour y périr au milieu des troubles et des anxiétés de la vie.

Je marchais sous un soleil ardent, sans but efr presque sans pensée. Mon front brûlait. Des idées confuses s'entrechoquaient dans mon esprit; mes jambes mal affermies se dérobaient sous moi. Quand j'arrivai à mon hôtel or-

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dinaire, je tombai d^accablement et de douleur, et je perdis connaissance.

Je passai les trois mois suivants dans les alternatives de délire et d'inertie morale d'une fièvre ataxique. Je n*ai su que depuis et par le rapprochement des dates combien cela devait avoir duré. Je ne me rappelle rien.

Je me trouvai enfin en état de partir de Venise le 16 juillet. Mes forces étaient loin d*étre rétablies; mais j'avais hâte de me soustraire aux cruelles impressions que tous les objets dont j'étais entouré renouvelaient incessamment dans mon âme. Je sortis à dix heures, quoique l'embarcation ne dût être prête qu*à midi.

Je m'assis , selon mon ancien usage , au-devant du café Florian, dans la galerie de la tour, et je demandai du chocolat.

Il y avait foule à mes côtés; on lisait les journaux avec empressement, et toute Tinsouciance que pouvait m'inspirer le profond affaiblissement de mes facultés ne m'empêcha pas de prêter à ce qui se passait une vague attention. Depuis plus de cent jours, à cette époque mémorable où tous les jours fournissaient une page k l'histoire, j'étais aussi étranger aux événements de la terre que si la trappe de la Torre Maladetta ne se fût pas rouverte sur moi. Je savais tout au plus, par quelques paroles du docteur Fabricius, que les espérances de la liberté étaient à peu près perdues pour l'Allemagne comme pour la France * et je m'en souvenais par hasard.

Je jetai donc un regard sur la feuille : c'était le Cour» rier de Triesie de l'abbé Golelli.

On se rapprochait a l'envi pour entendre les dernières lignes du Bulletin. J'écoutai.

« La victoire remportée le 6 courant à Wagram par les

R armes de l'empereur, dit le lecteur italien avec son » accentuation pittoresque et sa déclamation mimique,

» a détruit pour toujours l'espoir des ennemis de la France » et du genre humain.

» Jamais la magnanimité de S. M. I. et R. ne s'est ma-

» nifestée avec plus d*éclat que dans cette occasion ; elle i a couvert de son indulgence les égarements des peuples. » Les lois ne frapperont que les factieux.

i Le château où se rassemblaient les conspirateurs , et i qui appartenait à Cinci dit Marius, et surnommé le » Doge de Denise ^ a été rasé. On a trouvé dans les soni terrains une multitude de cadavres.

i Un infâme agent d'intrigues nommé Fabricius , mais i dans lequel on croit reconnaître Tilluminé Hooschi mann, complice d^Arndt, de Palm et de Chasteler , i est parvenu à s'échapper jusqu'ici. On est a sa pouri suite.

» La tète du lâche et hypocrite André Hofer est mise i a prix. Ce monstre « couvert de crimes, ne se dérobera 9 pas au châtiment qui lui est dû.

Son secrétaire, Joseph Solbiesky, aventurier bohéi mien, se disant Polonais, a déjà été saisi. Solbiesky est » un bandit rusé, féroce et d'une force peu commune : i il en sera fait prompte justice.»

-^ Solbioski , dis-je en moi-même , Solbioski féroce et rusé ! et les misérables ne savent pas même son nom I

Je me mordais les poings de rage et de désespoir. Oh 1 pourquoi n'étais-je pas mort a la Torre Malor detta l

— Attendez, attendez, messieurs, dit le lectear en souriant ; il y a un petit post-scriptum du rédacteur :

« Ce matin 13 juillet, à dix heures et demie précises, » au bout de la pointe Sainl-André, le traître Joseph » Solbiesky a été fusillé en présence d'une population in- » nombrable ; ce misérable a montré quelque courage.»

DB

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