DE U CHANDELEUR
La ?ie ialiine de la province a un charme dont on ne conçoit aucune idée à, Paris , et qui se fait surtout sentir dans les premières années de la vie. On peut aimer le séjour de Paris dans Tâge de l'activité , des passions, du besoin des émotions et des succès ; mais c'est en province qu'il faut être enfant, qu'il faut être adolescent , qu'il faut goûter les sentiments d'une âme qui commence à se révéler et à se connaître. Ce n'est pas à Paris qu'on éprouvera jamais ces émotions incompréhensibles que réveillent au fond du cœur le son d'une certaine cloche, l'aspect d'un arbre, d'un buisson, le jeu d'un rayon du soleil sur la ferblanterie d'un petit toit solitaire. Ces doux mystères du souvenir n'appartiennent qu'au village. J'entendais l'autre jour une femme de beaucoup d'esprit se plaindre amèrement de n'avoir point de patrie : « Hélas 1 ajoutât-elle en soupirant, je suis née sur la paroisse Saint- Roch. »
Dieu me garde de faire un reproche h Paris de cette légère imperfection. C'est moins un vice qu'un malheur.
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la grande métropole de la civilisation a d'ailleurs, pour se consoler, tout ce qu'il est possible d'imaginer de séductions et d'amusements : l'Opéra , le bal Musard , la Bourse , l'association des gens de lettres, l'homœopathie, la phrénologle, et le gouvernement représentatif. Je pense seulement que le lot de la province vaut mieux, mais je le pense avec mon esprit de tolérance accoutumé. Il ne faut pas disputer des goûts.
La réminiscence même de ces jeunes et tendres impressions , qui ne se remplacent jamais, conserve encore une partie de sa puissance , même quand on s'est éloigné par infortune ou par choix des lieux où on les a reçues, et cela se remarque aisément dans les écrivains qui ont un style et une couleur. La prose de Rousseau se ressent de la majesté des Alpes et de la fraîcheur de leurs vallées. On devinerait que Bernardin de Saint-Pierre a vu le jour sur des rives toutes fleuries, et qu'il a été bercé au bruit des brises de TOcéan. Sous le langage magnîGque de Chateaubriand , il y a souvent quelque chose de calme et de champêtre , comme le murmure de son lac et le doux frémissement de ses ombrages. J'ai quelquefois pensé que Virgile ne serait peutrêtre pas Virgile, s'il n'était né dans un hameau.
A la province elle seule , à la petite ville , aux champs , ces charmantes impressions qui deviennent un jour la gracieuse consolation des ennuis de la vieillesse, et ces pures amours qui ont toute l'innocence des premières amours de rhomme dans son paradis natal, et ces chaudes amitiés qui valent presque l'amour I Avec un cœur sensible et une imagination mobile, on rêve tous ces biens à Paris <.
1 n est facile de voir, par plusieurs passages de Ch. Nodier, que , malgré ses goûts littéraires , il ne se laJssa jamais prendre aux séductions de la vie artificielle de Paris , et que l'Institut ne lui faisait point oublier ses montagnes. Ce gracieux début de la Neuvaine de la Chandeleur nous rappelle une autre page , écrite dans un ton différent , mais qui se rattache au même ordre d'idées , et qui montre ce que notre auteur pensait des grandes villes Cette