‹ Souvenirs de l'Amérique EspagnoleChapitre 9 sur 16 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

LB MOUVEMENT POLITIQUE DEPUIS L*INdApB1IDAN0E.

On se souTient de Tengouement que manifesta la Franct libéraie pour les colonies insurgées de l'Espagne durant leur lutte contre la métropole. (Chaque nouveau fait d'armes favorable à Tinsurrection était accueilli comme une victoire nationale I Le nom du libertador Bolivar était dans toutes les bouches^ et ce coryphée de la noble cause américaine se vit en possession d'une popularité que ches nous la mode accapare et déverse en portraits sur les foulards et sur les tabatières. Notre pays^ qui^ s'il sait être le plus sérieux du monde j semble vouloir parfois le foire oublier , alors ayeuglé sur ses véritables intérêts^ et dupe de ses sentiments de gâiérosité^ s'indignait contre la politique de pure neutralité qu'on lui faisait suivre : il ne comprenait même pas que dans ces luttes de l'Espagne avec ses colonies^ la maison de Bourbon se fui compromise en se divisant. Aussi^ que d'applaudissements pour l'Angleterre plus hardie, plus révolutionnaire, promettant déjà aux Hispano-Américains de reconnaître leur indépendance!

A cette époque, c'est totit au plus si, en France, quelques esprits justes, mais, disait-on, arriérés, si de vieux pohtiques incrédules en fait du sentimentalisme d'Albion, entrevoys^ent une vârité :, c'est que la philanthropie des ministres anglais, notamment de M. Ganning, s'accordait»

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par un hasard des plus heureux^ arec le mercantilisme de la nation, n y airait là une question de marché et d'exportation manufaetcirière^ et de plus, il y avait ia bonne envie de ruiner dans ses sources la puissance maritime de l'Espagne. <— Après la bataille d'Ayacucho, gagnée par Bolivar et par le général Sucre, dès qu'on vit tomber esi Amérique le drapeau espagnol, on poussa un grand cri, et mille espérances s'élevèrent avec ces jeunes républiques dont le front couronné d*étoiles brillait dans le ciel de la liberté. On leur prédit une prospérité immense, égale à celle des États-Unis, gouvernement modèle, l'idéal du genre dans nos salons naïfs, et l'école des Béranger et des Benjamin Constant en attendit des miracles, — qu'il ne faut jamais attendre nulle part d'institutions introduites trop tôt dans un pays, ipême quand elles sont démocratiques!

Sérieusement, l'Amérique du Sud a-t-dle répondu à l'espour de l'Europe? Quelle est celle de ces espérances de grandeur qu'on ait vue se réaliser?

Trente ans se sont écoulés depuis l'émancipation des colonies du joug de l'Espagne, et partout l'anarchie a régné, ipartout le désordre s*est accru, excepté dans un pays placé aa milieu de circonstances exceptionnelles, le Chili qui senAIe depuis quelques années sortir du chaos démocratique. Les autres États hispano-américains, le Mexique, le Pérou, la Plata, l'Equateur, la Bolivie, sont toigours niinés par ces petites révolutions du dedans qui s'appellent pronundamteth tos, ou lancés au dehors dans des guerres avec les États limitrophes ; -^ enfin sans crédit et déchus politiquement, dépossédés de leur ancien bien-être matériel, ces États ont passé par toutes les misères des discordes civiles. Vainement Ils essayent de se (aire illusion sur leur présent et surtout sur leur avenir : les Hispano-Américains n*abus^nt guère plus quelquefois que certains hommes d'État de l'Europe ; mais eux-

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mâmes ils ae s'abusent pas sur la situaUon ^e leur erée uiia basse liberté; les plus capables^ les plus sincères d'entre eux regrettent aujourd'hui jusqu'au misérable despotisme colonial de l'Espagne. Il n'est pas rare de trouver au Pérou des admirateurs de l'homme Qui devrait effrayer le plus^ du tsr roucbe dictateur de Buenos-Ayres, de Roses» — bien que la prétendue prospérité- du pays soumis à la domination de Rosas soit encore plus factice que réelle, et que son gpuver* sèment ne repose sur aucune institutioû fondamentale et destinée k lui survivre ^.

Pourquoi n'oserait<on pas rafflrmer ? Ce serait un bonheur^ et le plus grand qui pût survenir dans TAmérique espagnole, si au Pérou> si parmi tous ces petits États qui n'ont représenté jusqu'ici que la comédie de la politique» il s'élevait tout à coup un homme aussi despote» mais d'un plus noble génie que Rosas» un dictateur honnête» patriote» décidé à re^ tirer ces républiques de l'oppression d'ambitieux vulgaires» et à y rétablir avant tout Tordre moral et cette paix profonde on des sociétés ou de la consdence individuelle qu'on perd daiM les meilleures des révolutions et qu'on est ensuite si longtemps à recouvrer !•.. Par malheur» la toute-puissance» la dictature ne s'entend pas ainsi dans l'Amérique du Sud : on veut exercer l'autorité par orgueil» et on la garde presqud toujours par des considérations qui sont loin d'appartenir à un ordre élevé.

Il (tat tout dire» les Hispano-Amérieaiss ont ceci de sembUble aux Espagnols» que eee peuples n'ont pas de génie pohtique sérieux. Chailes-CuhBit disait : Ln JBspaMes pareem loMos» ynoio son/ ih ont en eSet la pAoa» la vivadté» l'é* dat ebevalereeque» m^s ils ont plutôt l'apparence eu le superflu des qualités que le néceesairs; «nssi s'élèvent-ils ruo-

* La elnite de Roskb et les désordres 40! Vont suivie dans ce m^ btanns|M7ii delà Pktia, ont pkioementiéalisé nos prévisions (ISOS).

ment k qudqœ gnode idée goofernementale : c'est pourqad les races de cette oiigiiie TÎTcnt si fiicflement dans ranarchie et 8*acoonimodent de cette foule de ccmflits que d'autres nations subissent, comme la France, mais en les détestant, ea cherchant toigoun à rentrer dans Tordre.

L'anarchie, qui a si cranplétement édaté dans les uicieDnes colonies eqiagnoles, est donc en quelque sorte Tétat naturel des Hispano-Américains; c'est une tendance, presqfue un goût, et de tous les pays d'Amérique, le phis exposé aux secousses est le Pérou : il a élé le thé&tre d'ayentures étranges et violentes, et depuis Pisarre, il s'est surtout signalé par ses catastrophes.

La Térité est qu'à faien examiner l'état ancien ou moderne de ce pays, on est frappé d'un désordre si continuel; c'est peut-ètrç là un mal incurable, mêlé à tout ce qui se réfèle d'extraordinaire^ de charmant et d'héroïque dans la race e^agnole!

Je me suis souvent demandé si la découverte prématurée de l'Amérique n'a pas été une calamité, et si, laite aujou^ d'hui, elle n'exdterait pas autaqt d'enthousiasme qu'aotiefois, sans toutes les barbaries des premiers conquérants. Cest en effet un malheur que rien ne compense; rien, pas même les richesses répandues en Europe, que cette perte inunense de l'ancienne société américaine, disparaissant sous le fer et le feu des Espagnols. Pizarre et Cortex sont allés détruire en Amérique la chose la plus rare et la plus précieuse du monde, une civilisation à part, sans analogie, d^jà éclatante, et dont il subsiste des ruines encore magnifiques au Mexique et an Pérou. Si à ces extrémités de la terre, à l'occident, oîi la tradition disait depuis Platon, qu'un pays fortuné, YJUanUde, était caché; si, pendant des siècles encore jusqu'à nous, pe^ sonne n'y eût abordé, et qu'enfin on eût vu apparaître toutà coup ce continent inconnu, quel spectacle merveilleux et

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enchanteur! Combien n'aurions-nous pas été heureux de trouver en Amérique Tempire des Incas intact à la place de ces pauvres républiques espagnoles en décadence!

En réalité^ on nMprouve aujourd'hui qu'une triste déception à la vue de ce nouveau monde gâté par les héros ou les aventuriers de l'Europe ^ La nature seule est restée grande; elle laisse silencieuse végéter ses forêts, courir ses fleuves immenses, et monter jusqu'au ciel le pic des Ciordilières. . . Quant à l'homme que vous découvrez dans ces espaces, qu'a-t-il donc créé depuis trois cents ans? Gomment a-t-Ù remplacé le peuple à moitié égyptien des Incas, avec ses sciences, ses idoles du soleil, ses temples incrustés d'or et de pierreries qui enchantaient l'historien Solis? Tout s'est évanoui, même les villes gigantesques de l'Amérique ancienne, et sur les décombres de Palenque ou de Gusco errent des gens faibles «t portant les caractères physiques du mélange des différentes races. — Voilà ce qui a disparu, voilà ce qui est resté.

n est évident que l'Amérique du Sud a passé par un décUn sous les Espagnols, ou, si Ton veut, par une transition violente, et que la véritable époque, non ifixis de la conquête, mais de l'occupation générale et pacifique de l'Europe doit commencer. Toutefois, que de temps il s'écoulera encore, avant qu'il se forme dans le sud de l'Amérique, comme dans le nord, une seule et grande nation composée de toutes les nations , avant qu'on parvienne à détruire l'une des causes de révolution dans ce pays : ce mélange de sang blanc, noir ou indien qui porte en soi quelque chose d'implacable, et qui, venant à influer sur le caractère des Hispano-Américains, les rend si difficiles à gouverner !

Cependant, on ne saurait prétendre qu'aujourd'hui ou au-

* Gortez fat peut-être on héros, mais Pizarre n'eat j^ère que les qualités du brigand.

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tnroli toat ait éU tu pire dani l'Anéiiiiue espaj^ole. La métropole n'a pai toujours gouverné ses oolooies d'après h mailme barbare : « Diviser pour rdgner et pour oppricoer- ■ Hou; les rois d'Espagne sont souvent intervenus parleurs ordonnances, afin de tempérer h cruauté des gouverneurs ou vice-rois ; mais, d'après l'étroit et égoïste système eolooial de ce temps, les vice-rois n'avaient pour gouverner que deui idées funestes : l'ilbe, qui naissait de la situation de pajs coih quis, l'esclavage; l'autre, sur laquelle la cour ne transigeait pas, l'isolement abs(du de ses colonies. De là cet abaissemcot des Américains, de là une igoorance à peu près générale as milieu d'un orgueil insensé t

Ainsi, la liberté donnée au nauveau monde n'a pas seule créé les maux qui éclatent sous nos jeux : elle les a a^rav^ cela est évident; mais ces maux étaient anciens, et la liberté n'a fait que mettre les plaies à nu tans les gnérir. Presque tous les vices de la soùété américaine sont, en quelque sorte, le legs maudit du passé. — Voici cb qu'était autrefois le Pérou : la plupart des vice-rois, plagiaires de la cour d'Espagne, avaient importé dans les capitales comme Lima cei habitudes de faite et d'ostentation qui, devenant dès lors un besoin, ont mia à l'ordre du joor la corruption et les rspinei. D 7 eut autour d'eux des nobles, comme il se presse des gj* néraux aujourd'hui autour des présidents, aristocratie égs^ lemeot violente et vénale ; il y eut une magistrature qui nih dait la justice ; il y eut un clergé, mais qui, au lieu de e^éle- Ter avec la religion au-dessus des passions des hommes, s'abaissa jusqu'à terre et ne sembla Être qu'un acolyte et DOUToir. Enfiu tout fut masqué et thi^àtral, comme à présent laùi. «n dehors des classes offîcieUes, n'existait-il pu, is le peuple ou dans les classes aisées, un esprit plus simple plus réellemeqt chrétien? Nullement, et il Ciut le répéta is cette société de toutes les couleurs, blaudj Euitçéem H

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créolesi Américains^ métis» mulâtres ou nègres, tous étaient divisés^ et se sentant qés d*ua mauvais état de choses^ cl)^ çuQ suivait ses penchants» c'est-à-dire ses yices originels 4$ caste. Les uns, comme les gens de la classe riche» tenus d'ailleurs à Técart de la vie publique» laissaient le travail aux mains des esclaves et leur reprochaient la paresse. Oisils eux-mêmes» ils manquaient d'énergie partout ailleurs que dans les fêtes; et ces divertissements» auxquels ils participaient avec la popu^ce» en faisaient des égaux dans les courses de taureaux» dans les combats de coqs» dans les danses lubriqu^^^ dans les parties de jeu effrénées» jusqu'au milieu de ces somp-. tueuses processions et de ces messes à grand apparat qui t^rrnaie^t alors Texistence active de la société. C'est ainsi qujB Lima déborda de. pltdsprs et que la débajuche y est res^e célèb^

Telle était la société péruvienne quand édata^ rinsurrepUon. Gdle^i vint des extrémités a^ co^ur du royaume» parce que» si toutes les villes coloniales subissent le joug de la métropole^ toutes ne participaient pas aux mêmes avantages que les grands centres de population» sièges des vice-royautés. Le soulèvement fut donc plus prompt au Chili qu'au Pérou» et la lutte 7 fut plus énergique et plus acharnée. A leur tour» cependwt» les Péruviens combattirent avec courage dans plusieurs rencontres» et le triomphe d'Ayacucho vit enOu expirer 1q pottvohr de l'Espagne sur ses colonies. }ci» nous n'entreprendrons pas de rechercher quelles autres influences que les influences locales amenèrent ce mouvement si rapide do recomposition» — ou» selon quelques-uns» de décomposition. Ai^çi» laissant de côté ce qui a été dit avec vérité du contre* coup des idées du dix-huitième siècle» qui avaient déjà produit la révolution française» contentons-noiis de remarquer avec quelle habileté les Hispano-Américains saisirent Toçca* sion de la captivité du roi d'Espagne» Ferdinand VU» détenu

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alors par N^pdémi, pour constituer d'abord dès gouTemements vltrairoyalistes, pois iiid^[ieiidaiitSj enfin républicains. Le parti de Tindëpendance suivit partout la même mardie dans FAmériqne espagnole. Mais livres à eux-mêmes sur les mines du pouvoir qui les avait dirigés jusqu'alors^ les Péruviens devaient faire un triste usage de cette liberté qpi'ils recevaient à ^improviste. S'ils avaient secouéle joug de la métropole^ son esprit imprégnait encore les moeurs^ les lois; on Tavait abscnrbé avec Féducation; le vieil arbre portait ses fruits. Alors s'ouvrit cette période tourmentée dont nul encore ne saurait prévoir le terme.

Dans imbroglio qui s'appelle lliisioire du Pérou, l'on voit se succéder d'une manière si rapide les gouvernements et les partis» les bommes et les idées, que toute idée systânatique semble s'efBu^r de la consdenoe nationale. La permanence de Tanarcbie, le triomj^ des vaincus d'hier, la dâledte des vainqueurs d'aujourdliui, ont fini par détruire le fondement moral de tout OTdre, et par éloigner de l'autorité qui s'étaUit l'appui de l'opinion publique. La force est devenue la vérité, celui qui peut en disposer arrive au pouvoir; l'armée se trouvant être ainsi l'histrument, ses grades sont poursuivis avec une ambition acharnée. Les grandes opinions se sont subdivisées en une multitude de sectes politiques qui, à leur tour, s'entre-déchirexit entre elles, ne laissant subsister que des hommes, que des représentations ; si bien que l'idée, le parti, la secte, se personnifient dans le chef. Quand on en arrive à cette triste extrémité, oùl'individuesttout et où le peuple n'est compté pour rien, la marche de la société, au lieu d'être la loi de la pensée commune, n'est que le caprice de l'homme fort ou heureux. Cest précisément ce qui va ressortir de Tenchainement des faits qui se sont succédé depuis l'indépendance, et dont nous allons essayer de présenter Iç mouvant sommaire*

Celui qui avait délivré les Péruviens devait être la première

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Tietime de lear vénalité nationale. InTesti du pouvoir su* prême à Lima en récompense de ses glorieux efforts pour la liberté, Bolivar avait à peine eu le temps d'y jeter les bases d'une organisation gouvernementale^ qu'il fut fbrcé de partir pour les provinces du haut Pérou, nommées en son honneur Bolivie. Celles-ci, après leur mouvement, étaient dans Talternative de savoir si elles devaient se joindre à l'un des deux États limitrophes, qui sont le Pérou et Buenos-Ayres. Le premier parti prévalut, et la présidence fut conférée à Bolivar, avec le titre de père et fondateur de la patrie.

Le libertador touchait en ce moment au fedte de sa puissance; Téritable empereur républicain, il dictait des lois à trois États, qui en font cinq aujourd'hui, et comptent à peu près huit cents lieues d'étendue du nord au sud. Mais l'ambition jalouse de ses lieutenants, mettant à profit la difficulté de se transporter et d'agir avec promptitude dans un pays vierge encore des conquêtes de la civilisation, montra bientdt à Bolivar l'impossibilité d'exercer son pouvoir sur un aussi vaste territoke *• — C'est d'abord Paêz qui sépare le Vene-

* n est un point sur lequel Je crois nécessaire d'iasister. Les fauteurs de troubles sont, au Pérou, favorisés par deux puissants au3dliaires qui sont le manque de voies de communication et les rivalités des villes principales de la république. Dans ces contrées à peu près tdles encore acg'onrd'hui qu'elles sont sorties des mains de Dieu, il est extrêmement difficilede dirigeruneforce armée sur les différents points du territoire, pour réprimer au début les tentatives séditieuses ; aussi, les agents de désordre peuvent-ils à loisir préparer et poursuivre leurs menées anarchiques, et ce qui, dans tous les pays où l'action gouvernementale peut se faire immédiatement sentir, serait à peine une émeute, devient presque toujours une révolution. — Quant aux villes principales de la république, soit que des intérêts différents les animent, soit que leur population se compose plus particulièrement de Peaux-Rouges ou de Peaux-Blanches, il est bien rare qu*elles ne soient point favorables au mouvement qui s'élabore, chacune de ces villes poursuivant le rêve de devenir le siège du gouvernement, ou de s'ériger en capitale indépendante.

tM sotnrEMiRd

tuela dd h Colombie; à cette nonvelle, BoUtei^^ dtstreai tf aller Itti-mème faire rentrer ce rebelle dans le deToir, laisse à 8on lieutenant Sucre la présidence de Boline^ traverse le Pérou, où il établit un gouvemement, et rentre en Colombie; mais le tent de Tinsurrection, jasqne-là favorable à sa fortune, lui devient contraire. La Bolivie se soulève comme le Venezuela, et pendant que Sucre, après avoir Dsdlli êtte assassiné, s'éloigne en fugitif, le colonel Dustamente renverse aa Pérou le gouvernement établi par Bolivar (1826).

Cette révolution, la première du Pérou, avait eu suftont pour instigateur le général Santander, vice -président de Colombie, qu'anbnait un sentiment de jalousie contre 60lîtttr. Un autre ennemi du libérateur, le général Lamar, fat at>pélé àla présidence par le congrès péruvien (1827). Renoutelant une tentative de dislocation de la Colombie, conçue èans succès par Bustamente, il s'avança avec une force de Irait mille honnnes sur le territoire colombien, où il fut battu par les généraux Sucre et Florez, bien que ceùx-d n'eussent eu à lui opposer qu'une faible troupe.— ProQtant du discrédit que jetait sur lui cette défaite, son cbef d'état-major Gamarra s'entendit avec Lafuente, autre cfffîcfét de nature ambitieuse et remuante, pour supplanter le président légitime. Le premier se saisit de Laaiar, et sous prétexte qu'étant étranger (Colombien) il ne pouvait gouverner le Pérou, arguant en eoire centre lui du tort qu'avait fait au pays la malheureuse expédition de Colombie, il le déporta au centre Amérique. — Tandis que ce coup d'État s'accomplissait à Piura, petit port de mer, Lafu^te, à Lima, enlevait à Salazar Baquijano l'autorité que M avait confiée Lsmur en s'ateeutant, se déclarait riief suprême et convoquait un congrès pour élire uli {Mréside ftt. L'électi<m trompa son espoir, il n'avait pooEit le (nrestige de Gamarra, qui fut nommé. H dut se contenter ^ k vice -présidence. Madame Gamarra, belle et intrépide

amazoBe, avait, anssùfe-t-on, beaucoup conWbaé par son actMté ambitieuse à la fortune de son mari. Toujours à k tête dés troupes^ que sa présence exaltait^ on la voyait dans les marches partager les fatigues du soldat, et dans la bataille courir au poste le plus périlleux. Même pendant la paix, dé* daignant les triomphes de salon, son plus grand plaisir était de visiter les casernes et de passer des revues. Gamarra, sambo dissimulé et astucieux, se laissait volontiers éclipser par une femme qui Favait tiré du néant et dont il reconna^sait plus que personne la supériorité. La période constitutionnelle de son pouvoir s'accomplit à travers les insurrections et les difficultés de tout genre, ce qui ne l'empêcha pas, quand le terme légal en fut venu, de convoquer un congrès pour reviser la constitution et se faire réélire (1833). Il échoua contre son attente. Les votes se portèrent sur Orbegoso, qui avait eu pour lui la puissante influence des femmes, dont il était aimé à cause dé sa beauté. Orbegoso arrivait au pouvoir sous des auspices plus favorables que ses prédécesseurs. Issu d*une des meilleures familles de la ville et appartenant à la race blanche, te qui lui attirait déjà les sympathies des classes supérieures, ses dehors séduisants et ses qualités brillantes lui firent une popularité qui ne tarda pas, en se manifestant, comme on va te Toir,&faire bien augurer de la nouvelle présidence.^Gamarra, aux élections, avaUt mis en avant le général Bermudez, sous le nom duquel il espérait gouverner. Son projet ayant été déjoué parla nomination d'Orbegoso, il fit (janvier 1834) une révélation qui contraignit le président à se refagier dans la citadeHe de Gallao, tandis qu'à Lima il décernait à Bermudez le titre de chef suprême. Mais d'aventure, cette fois, le peuple trouvant mauvais que le premier venu fit ainsi plier la conj.*u„..«^ au gré de son caprice, se souleva, battit la troupe de < et le contraignit à se réfugier dans les montagnes.

* j put alors rentrer à Lima et se mettre à la poursuite

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des ftiyardfl^ qu'il atteignit près de Jaiqa. Le premier engagement fut favorable à l'armée réTolutionnaire^ mais le leDde» main de ce succès, le colonel Echenique, qui coaunandai un des principaux corps de Gamarra, donna, en passant à Or* b^oso avec sa division, un de ces rares exemples d'un vain« queur venant se ranger au parti le plus faible. Gamarra^ se voyant alors presque réduit à l'impuissance, se retira de la scène. Son parti tenait encore pourtant à Aréquipa. Orb^oso s'y rendit pour l'anéantir. Pendant qu'il triomphait et que Gamarra allait demander asile à la Bolivie, un autre chef mili* taire, Salaberry, avec une force de cent, cinquante hommes, qu'il commandait dans la caserne de Santa-Catalina, faisait à lima une nouvelle révolution, et peu à peu le pays se prononça pour cet audacieux rebelle. Orbegoso put néanmoins conserver Aréquipa, d'où il demanda des secours au généra Santa-Grux, président de Bolivie depuis 18^8. — Nous entre rons dans quelques détails sur ces événements, qui furent Yo rigine d'une confédération entre le Pérou et la Bolivie sois le protectorat du général Santa^Crux.

Salaberry, dès le principe de sa révolution, avait annonce le projet de 8*emparer des républiques voisines : son caractère turbulent, son courage, son talent naturel et l'enthousiasme qu'il était parvenu à inspirer à ses partisans, donnaient de sérieuses inquiétudes à Santa-Crux, qui redoutait de le voir envahir la Bolivie. Sur ces entrefaites, Gamarra proposa à Santa* Grux de conjurer ce péril en allant entraver, dans le stid du Pérou, la marche de Salaberry; il s'engageait en outre, si on facilitait sa rentrée au Pérou avec quelques secours, à travailler à une confédération des deux républiques du Pérou et 4e la Bolivie. Santa-€rux, sans trop compter sur sa bonne îoï, pensa qu'il était de sa politique de le laisser aller contrarier les projets de Salaberry. Gamarra partit alors, passa le ûesaguadero, limite des deux États en mai 1835, et proclama le

premier la confédération qu'il devait combattre et renverser plus tard.— Après avoir obtenu la soumission des forces qui 86 trouvaient au sud de Desaguadero^ il occupa le Gusco^ et se trouva bientôt à la tête de deux mille cinq cents bommes et de deux départements importants. Salaberry restait en possession de tout le nord du pays.

. Td était l'aspect des affaires^ lorsque Orbegoso envoya une légation solliciter le secours de Santa-Crux. — En ne consul* tant que sa convenance^ la sûreté du résultat et ses précédents engagements, il était de la politique de Santa-Crux d'ai^uyer Gamarra, qui disposait déjà de ressources sérieuses, plutôt qu*Orbegoso, faible, vacillant, et miné à la fois par les deux partis de Gamarra et de Salaberry; pourtant, peut-être même à cause de cette faiblesse qui, dans les éventualités futures, laisserait un plus libre cbamp à ses desseins secrets, le président de Bolivie, se basant sur le caractère de légitimité dont était revêtu Orb^oso, se rendit à sa demande, et fit à la Paz un traité par lequel il s'engageait à lui porter secours, en prenant tou« tefois le commandement de leurs forces combinées; Orbegoso «'engageant de son côté, aussitôt qu'il recevrait avis de rentrée au Pérou des troupes boliviennes, à convoquer un congrès pour élaborer la nouvelle organisation politique du pays.

Cependant Gamarra, qui, rentré au Pérou comme promoteur et soutien de la confédération, s'était érigé chef de l'État du centre, refasa son concours à tout arrangement idans lequel aurait part Orbegoso, et demanda sa déchéance, ainsi que la remise ^ sa discrétion du département d'Arequipa. Ses pré-* tentions étaient d'autant plus redoutables pour Santa-Crux et Orbegoso, qu'il avait eu Ut bonne fortune de voir passer dans ses rangs une division de Salaberry, forte de trois mille hommes, et cantonnée au Cusco.— >Salaberry, d'autre part, venait de fulminer, à la nouvelle du traité de la Paz, un décret de guerre à mort contre les confédérés, lesquels avaient riposté

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par un semblable décret; et Saii(a*<!lrax l'âyançaTers le Cusca. Pendant sa marche^ Gamarra lui demanda par écrit une entreme à Sicuani; mois le chef bolivien, prévenu qu'une machination se tramait contre lui, ne 8*y rendit pas; on découvrit plus tard que le même jour, Gamarra avait écrit une lettre semblable à Salaberry : il oUrait à chacun des deux généraux sa coopération pour abattre l'autre. — Ces faits, que nous nous bornons à relater fidèlement, n'ont pas besoin de commentaires. ~- Gamarra, voyant sa ruse éventée, prit position sur les roches escarpées de Yanacocha, et attendit les troupes confédérées,auxquellesOrbegoso n'avait pu fournir quequatrevingts soldats, seub débris fidèles de sa cause; Santa-Crux lui livra bataille, et Gamarra, vaincu, fiit forcé de fuir. Restait Salaberry. S'il dominait toujours dans le nord, il ne s'y sootenait que par l'emploi de mesures extraordinaires. Les violences de tous genres, contributions forcées, conscriptions, exécutions arbitraires, triste cortège des guerres civiles, eont cimsignées dans les documents de cette époque. — Sous les auspices de la victoire de Yanacocha, Orbegcso s'était présenté à Uma, à la tète d'une division de l'année unie, laissant an général Santa-Cmx le soin de poursuivre Salaberry dans les plaines d'Aréquipa, où ce dmiter, grâce à une opération qui fut combinée avec une rare entente et exécutée avec beaucoup d'audace, s'était transporté par mer avec toute sen armée. Mais les Aréquipenos, hostiles à son système destructeur, le tinrent en baleine jusqu'à l'arrivée de l'année unie dont ils lui avaient caché l'approche. Au moment où il la reconnut^ (26 janvier 1836), il se trouvait au nord du pont d'Aréquipa, la ville au sud lui coupait la retraite et ne lui laissait aucun moyen d'éluder la bataille. Son année, niottériquement supérieure à celle de Santa-Crux, li|i était inférieure en éléments. Enfin eut lieu la bataille de Socobaya, où les deui partis combattirent avec une ^ale ardeur. Après

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trds heures d'une lutte qui présenta diverses altematités^ la victoire resta enfin à Santa-Crux^ et Salaberry^ tombe en son pouvoir^ fut avec huit de ses partisans passé pa^ les armes sur la place d*Aréquîpa.

Les victoires de Yanacocha et de Socohaja venaient de comprimer la révolution et d'assurer au moins pour quelque temps la tranquillité. Qn put alors régulariser l'action goo- Temementale et délibérer sur le sort du pays. -— Des congrès convoqués à Sicuani et à Iluaura décrétèrent la division du Pérou en deux États indépendants qui, nommés Pérou do sud et Pérou du nord, devaient se confédérer entre eux et avec la Bolivie, dont les intentions s'étaient manifestées à l'avance; et Santa-Grux, paraissant céder plutôt aux instances des populations qu'à des intérêts personnds, accepta la direi>- MoQ des affaires avec le titre de protecteur.— Le Pérou lui doit une ère de calme et de prospérité dont le prestige s'augmente encore de la rapide succession des mouvements anarchiques qui l'ont précédée et suivie.— *Dès son avènement au protectorat, des actes d'administration sages et importants se produiârent : on accorda au commerce certaines Cranchises et des encouragements à l'agriculture; on tenta de développer l'ini* dustrie nationale en offrant des primes aux étrangers qui voudraient consentir à en utiliser le^ éléments et à stimuler par l'exemple l'apathie. des nationaux; enfin, quelques hommes d'un mérite réel, dont s*était entouré le protecteur, secondèrent activement ses vues, et Ton parvint à mettre uo peu d'ordre au sein du chaos. — Son zèle et ses efforts pour assurer la tmnquiilité du pays ne devaient pourtant pas être récompensés comme ils le méritaient. Par une de ces inconséquences du caractère péruvien, que nous avons signalée ai!!ieurs, un préjugé lui aliénait la classe la i^ influente du pays : il n'appartenait pas à la race de sanrpre axul ; le sang indien coulait dans ses veines. Cette tache originelle, qui sera

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peut-fiti6 un Jour le blason indispensable pour prétendre au pouvoir aur la terre des Incas, fut, assure-t-on^ la plus sérieuse cause de Téloignement qu'éprouyaient pour lui les eqirits mêmes <iui^ d'ailleurs, rendaient justièe à sa droiture et à son génie organisateur. — Une guerre avec la république du Chili permit aux anciens artisans de révolutions de reprendre le cours de leurs désastreux ébats. Voici quel fut le motif de cette guerre.» Parmi les mesures prises par Santa- Crax pour favoriser l'essor du commerce, il s'en trouvait une qui blessait an vif Fintérèt chilien. Les navires expédiés d'Europe pour l'océan Pacifique touchaient presque tous à Valparalsoj qui est le premier port important de la côte; c'est l'entrepAt où viennent d'ordinaire s'approvisionner les caboteurs des divers pdnts du littoral. Santa-Grux, désirant faire arriver directement au Callao, port de Uma, les navires étrangers^ promulgua un décret qui frappait d'une différence de droit énorme, tout navire qui aurait, en passant, fait escale à Valparaiso. A ce coup, le Chili s'émut; un voisin comme Santa- Cruxdevenait inquiétant, il chercha un prétexte de guerre.-— Un exilé chilien venait de débarquer mt le territoire de la république; son expédition, préparée au Pérou, avait été sinon favorisée, du moins tolérée par Santa-Crux. On tenait le prétexte; le premier acte d'hostilité ne se fit pas attendre. D fut plus heureux que loyal K Dans la nuit du 22 août 1836, un navire chilien, entré en ami sur la rade de Callao, s'empara par surprise d'une partie de Fescadrille péruvienne; e^ peu de temps après, une expédition, dont le général Blanco reçut le commandement, fût dirigée contre le Pérou. Le gé^ nÂal, se trouvant trop faible pour mener à bien la lutte com-

' On peut même qualifier pins séviremeni cet acte et dire qnll toi nn acte de piraterie^ car U s'accomplit en temps de paix et sans le moindre échange d'^lications entre les denx goavemenients an sujet dn grief dont on s'autorisait pour le commettre.

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mencée par roccupation du département d'Aréqaipa^ se dédda à signer un traité de paix honorable qui lui permit de ramener sans pertes à Valparaiso sa petite armée d'invasion. Mais la question était vitale pour le Chili; il désapprouva Kanco de n'avoir pas tenu jusqu'à l'arrivée des renforts^ ne ratifia point le traité^ et arma une nouvelle expédition plus sérieuse que la première. Pendant que Santa-Grux avisait dans l'État du sud aux moyens de la repousser^ Orbegoso^ président de rËtat du nord> opérait^ d'accord avec le général Nieto^ un soulèvement dans le but de le séparer de la confédération (juillet 1838). Sar ces entrefaites^ l'armée chilienne^ commandée par le général Bulnes^ entrait à Lima et mettait le pouvoir aux mains de Gamarraj tandis qu'Qrbegoso se retirait dans la forteresse de Gallao^ refusant de reconnaître cette présidence imposée et de s'associer à die pour combattre Santa- Grux qui avançait à grandes journées. L'armée chilienne^ ne se trouvant pas assez forte pour lui résister^ rétrograda vers Huaras, point de la côte an nord de Lima. Gamarra et Lafuente y firent de nouvelles recrues; Bulnes en thra d'autres du Chili, et le 20 janvier 1830, au matin, Santa-Crux, qui s'était décidé à marcher sur Huaras avec quatre mille hommes, livra la bataille de Jungay à l'armée chilienne, -dont les forces étaient supérieures. Le combat dura sept heures, et la fortune se décida enfin pour Bulnes, qui resta maître du champ de bataille. — On dit que les Chiliens ensanglantèrent inutilement un succès déjà décidé en massacrant sans pitié des fuyards désannés. Parmi les morts, dont la moitié avaient été, assnre-t-on, sacrifiés après l'action, se trouvaient les généraux Quiros et Ârmaza, assassinés à vingt lieues du théâtre del'engagement.

Malgré cet échec, Santa-Criix fut reçu à Lima avec intérêt etsemitenroutepour Aréquipa, afin d'y prendre le commandement de l'armée du centre, qu'il avait confiée à Balli-

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yian. Son projet était de renforcer celte armée par ceUe da Bolivie» à la tète de laquelle se trouvait encore une de ses créatures» le général Vclasco ; mais il apprit bientôt la défection de ses deux lieutenants qui Tabandonnaient de concert: VelascOi en s'emparant de la présidence de Bolivie» et Ballivlan de la vice-présidence. C'était son coup de grâce. Il prit alors le parti d'abdiquer et d'aller dans l'Equateur demander asile au général Fbrès» près duquel il trouva une noble bospitalité*

La chute de Santa-Crux fut aussi celle de la confédération. Gamarra garda la présidence du Pérou» qui se tint tranquille jusqu'en 1841» oîi une révolution fut faite à Àréquipa» par le colonel Vivanco. Celui-ci» proclamé par ses partisans chef de l'État» sous le titre de régénérateur» fut défait à son aurore par Gamarra, qui le contraignit à fuir en Bolivie, ki» bientôt après» éclatait une révolution en faveur du général SanUi- Cniz : ses deux fauteurs étaient les colonels Agreda et Goîtia, qui s'emparèrent du président Velasco pendant qu'il jouait tranquillement aux cartes cbez une dame de la ville» sans soupçonner la trame qui le menaçait. Dans un dessein identique» le chef de bataillon Angulo» parti de Guyaquil à la téta cTune petite bande» avait dëja cherché à soulever la province de Payta» au nord du Pérou» mais ayant échoué dans sa tentative» il fut pris et passé par les armes. — Ces événements inquiétèrent Gamarra qui» redoutant le retour de Santa-Cnit. et le rétablissement de la confédération» s'empressa d^entrer en Bolivie pour écraser le parti du protecteur. Là se joua une comédie dont le dénoûment dramatique fut» comme on va le voir» la mort de Gamarra. — Ballivian» apprenant au Péren, où il était en exil» la nouvelle de la déposition de Velasee^ offrit à Gamarra de se mettre h la tète d'un parti qui» avec ranxiliaire de Tannée péruvienne» réduirait facilement ke partisans de Santa*Crux. Gamarra ayant prêté les mains i oe

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projet, BaUivian réussit au delà de ses espérances; si bien ^'après avoir abattu les Santa-Gruxistes, Taide de Gamarra, qui lui avait été indispensable, lui devenant odieuse, ynxce qu'elle affectait les formes du protectorat et laissait percer rintention d'un démembrement de la Bolivie au proOt du Pérou, il intima au général péruvien de quitter le territoire. Gamarra, qui voulait absolument s'adjuger la province de la Paz pour prix de son intervention, n'en ayant tenu aucun compte, son armée se rencontra avec celle de BaUivian dans la vaste plaine d'Ingavi, à quelques lieues de la Paz (18 novembre 1841). Pour la première fois de sa vie, Gamarra fut téméraire; il resta sur le front de ses troupes. La fusillade s'engagea d'abord aune pwtée des plus inoffensives, comme de coutume; mais les deux armées s'étant insensiblement rapprochées, Gamatra fut tué dès les premières décharges sérieuses. Tous les siens aussitôt ce débandèrent et prirent la ftdte en jetant leurs anoes. Poursuivis par les lanciers boliviens, ils furent massacrés presque en tot&lité. BaUivian devait naturellement songer à utiUsar un triomphe des plus complets; aussi s'empressa-t-il à son tour d'envahir le territoire péruvien i\our tâcher de s'en approprier une partie, en profitant des discordes civiles qu'allait probablement déchaîner la mort de Gamarra.

Le président du conseU d'État Henendez, qui dirigeait las affaires en l'absence de Gamarra, avait gsurdé le pouvohr et négligé de convoquer les coUéges électoraux pour l'élection du chef de l'État, dans le délai voulu par la constitution. Des mesures furent prises pour s*opposet à l'invasion de BaUivian, et Laf uente reçut le commandement de l'armée du sud ; mais le général San-Roman, qui commandait une division sous ses ordres, se sépara de lui et marcha vers le Cusco, protestant jds sa soumission au gouvernement de Lima, et déclarant i^étre séparé de Lafaenie, parce que oe dernier, traître au

SIS SOUVENIRS

pouvoir établi, visait à la présidence. — Dans ce conflit^ Menendes^ pressé de décider quel était le coupable, et redoutant au même degré ces deux chefs insubordonnés, dont les forces étaient à peu pite égales, différait à se prononcer. Son but était de gagner le temps nécessaire pour composer un troisième corps d'armée qui pût absorber les deux dissidents. Contraint cependant de prendre un parti à la nouvelle d'un engagement qui avait eu lieu entre Lafuente et San-Roman, ce fut le général en chef qu'il déclara rebelle et traître à la patrie, et rassemblant les forces disséminées dans les départements restés fidèles, il mit à leur tête le général Torricô.

A peine investi de ce pouvoir j Torrico, qu'cm accusait d'être d'intdligence avec San-Roman, déposait Menendex par un décret assez curieux pour être reproduit textuellement :

JEAN-CHRYSOSTOME TORRICO,

CHEF DE LàVuTIOH.

Attendu que l'empire des circonstances et l'urgente nécessité de la patrie rendent nécessaire de déposer du commandement suprême de la république, le président du conseil dïtat, D.-Manuel Menendez, qui l'exerçait; considérant, en outre, que pour donner le mouvement administratif à la nation, et conserver la marche qui y correspond, il est urgeat d'organiser le gouvernement qui devra remplacer le d^»osé;

Je décrète :

ÀRticLE PREUER. — Je me charge du pouvoir exécutif de la république jusqu'à l'achèvement de la guerre civile suscitée

DE rAMËRIQUE ESPAGNOLE 911

par le général D.-Antonio Gutienrez de Laftiente et jusqu'à la convocation delà représentation nationale.

Art. 2. — Ce décret sera mis à exécution et sera autorisé par le fiscal de la cour supérieure de Gusco; don Manuel del Carpio^ que je nomme ministre général^ en attendant que les ministëres respectiilB soient dûment organisés.

Donné en la maison du gouvernement à Uma^ le 16 août 1842.

JEAn-GHRTSOSTOHB TORRICO.

P. 0. de S. E. : Miguel del Garpio.

Six jours aprës^ le 22 août^ la nouvelle parvint à Lima que le général Vidal s^était aussi déclaré chef suprême de la nation par un décret promulgué au Gusco^ le 29 juillet^ et qu'il avait été appuyé à Aréquipa» par le général Vivanco, commandant cette province. Vidal n'était qu'une sorte d'homme de paille^ derrière lequel se cachait Lafuente qui voulait conserver Tapparence de la l^alité^ et n'arriver au pouvoir qu'après une élection qu'il espérait parvenir à diriger à son gré. — D'autres partis y agitaient encore. — G'était Orbegoso qui^ de son exil de l'Equateur^ lançait une expédition d'une centaine d'hommes^ sous les ordres du colonel Hercelles^ pour insurrectionner la province de Payta et se faire proclamer à Lima. Gette tentative échouavà son début; Hercelles^ abandonné de presque tous les siens^ fut forcé de traiter avec le colonel Arrieta, envoyé contre lui à la tête de huit cents hommes. Vivanco^ d'un autre côté^ tendait aussi au pouvoir suprême, mais les moyens d'action dont il pouvait disposer ne lui offraient pas encore assez de garantie, pour qu'il se déclarât ouvertement; aussi, fitril, au moment où des présomptions sérieuses s'élevaient contre lui, acte de soumission au chef de l'État et

partit^il pour Aréquipa» où se trouvaient set partisans et dont bientôt Lafuente le nomma préfet

Cependant, Torrico et Vidal, s'étant rencontrés à Agua- Santa> le premier fut battu > et Vidal fit son entrée à lima comme président. Il ne garda pas longtemps ce poste. Une femme jeune, belle et énergique, contribua surtout à le lui ravir. Profitant de l'absence de son mari que Vidal avait* envoyé vers le Gusço, la sefiora Vitanco monte à cbeval vers une heure du matin, se dirige sur un village situé à deox on trois lieues d'Aréquipa; là, en quelques instants, elle décide les coloneb de deux régiments qui s'y trouvaient à servir la cause de son mari; k sa demande on bat la générale, elle remonte à cbeval; à la lueur des torches, elle harangae les soldats qui éclatent en cris d'enthousiasme, puis, à la tite de cette force, elle rentre à Aréquipa, met aux arrêts les diverses autorités, et, au son des cloches de la cathédrale, fait proclamer Vivanco par les troupes et les notables assembla sur la plaza Mayor. La chose laite, elle expédie un courrier à son mari pour lui apprendre qu'elle vient de Tâever aa rang suprême. Vidal ne jugea pas à propos de défendre k pouvoir qu'on lui enlevait, et Vivanco vint s'établir dans le palais des vice^pois, sans avob eu besoin de tirer un coup d» fuslL

Jamais gouvernement ne fut accueilli au Pérou avec uns plus grande faveur. Les fenmies et le peuple, si faciles à séduire par les yeux, étaient pleins de sympathie pour le jeune et beau cavalier qui s'entourait de ministres et de généraux jeunes encore, et animés comme lui d'une consciencieuse ardeur pour l'amélioration de la société. Les gens sénevz ne doutaient pas de leurs bonnes dispositions et leur en savaient gré, car les gouvernants qui s'étaient occupés d'autre ctoo que de leur propre fortune avaient été rares. On oonsidénit d^à comme un régénérateur le nouveau chef de l'État, et

chacmi attendait avec confiance les rcfonnes dont le pays avait un si sérieux besoin. La ville, pleine d'espoir, avait pris une physionomie joyeuse et animée; les théâtres regorgeaient de spectateurs, les fêtes populaires avaient un entrain qui indiquait le contentement des esprits. Vivanco, comme tous les hommes d'intelligence, connaissait la situation du pays; il voyait le mal, mais il savait combien était difQcile l'application du remède; il était inutile d'ailleurs de songer à organiser Tadministration sans l'énergique puissance d'une dictature : à cet effet, il avait donc pris le titre de ^upremo director, en s'affranchissant du contrôle du congrès, qu'il avait ajourné provisoirement à un an. Par malheur, il commit la faute de croire qu'il suffit d'être appuyé par le sentiment public pour opérer le bien en accomplissant des réformes utiles. Cette faute le perdit. — En Europe, les gouvernements s'arrangent de façon à enfler les recettes publiques au niveau de leurs besoins réels ou supposés nécessaires; en Amérique, où il n'existe pour ainsi dire pas d'impôt direct^ foncier ou autre, on tâche de réduire les dépenses au niveau des receltes, qui se bornent à peu près au produit des douanes. L'armée était depuis longtemps le plus lourd fardeau de l'État; Vivanco, obéré dans ses finances et embarrassé pour la tenir sur pied, enfanta par un licenciement intempestif de nombreux mécontentements. — Une magistrature corrompue vendait la justice au plus offrant; il se l'aliéna en la blessant au vif par des remontrances sévères et publiques; enfin, au lieu de gagner les chefs de partis les plus influents et les plus dangereux, il les exila pour les empêcher de nuire. Tous les navires qui sortaient des ports emmenaient captifs des rebelles, qui bientôt allaient revenir armés et menaçants. De ce nombre était le général Castilla, ancien ministre de la guerre sous Gamarra, et son chef d'état-major à Ingavi. Embarqué sur un packett à vapeur anglais qui £ait le service des côtes

du Pérou et du Chili, il prit terre à iqoique^ petit port de la côte situé au sud de Lima; trouvant là quelques affidés, il leur exposa son projet de renverser le gouvernement en réunissant tous ses ennemis sous la bannière constitutionnelle. Au moyen d'une collecte qui produisit une petite somme, on séduisit la garnison , composée littéralement de quatre hommes et d'un caporal, auxquels se joignirent quelques partisans volontaires à une once par tête (prix habituel). Tel fut le noyau de Tannée insurrectionnelle, qui s'augmenta rapidement comme toiqours. Vivanco fit marcher contre les insultés une division, qui fut faite prisonnière presque en totalité dans im moment où le général Guarda, qui la commandait, avait en l'imprudence de laisser quitter les armes à ses soldats altérés pour aller boire à un ravin. Ces prisonniers, comme il arrive flréqnenunent au Pérou, vinrent grossir les rangs de Tannée insorrectionnèlle ; c'est alors que Vivanco résolut d'aller en personne s'opposer à ses progrès. Il quitta donc Lima en confiant l'autorité supérieure, avec le titre de préfet, à Domingo Elias, citoyen influent par sa position sôdale et par ses richesses. Le directeur suprême montra dans cette circonstance une Irrésolution qui lui devuit fatale. Au lieu de profiter de l'enthousiasme de ses soldats, il les épuisa par d'inutiles opérations militaires, et n'eut au bout de quelques niois sous ses ordres qu'une troupe démoralisée et affaiblie par les maladies et les défections. Gastilla, au contraire, pouvait lui opposer une armée firaiche et considérablement augmentée par les déserteurs du parti contraire. Le général avait en outre cette quiétude morale que donnent de faciles et rapides progrès.

Tel était l'état des choses quand Elias fit à Lima ce pronunciamitfnto dont nous avons aiileiurs donné les détails (17 juin 1844). Vivanco comprit, à cette nouvelle, qu'une victoire même serait impuissante à le garantir d'une chute> et dès lors son indécision s^augmenta encore. Enfio* les deux

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troupes ennemies se rencontrèrent au Carmen- Alto^ près d'Aréquipa. L'action fut engagée par des compagnies de tirailleurs^ et l'année de Vivanco^ sans que son chef lui en eût donné le . signal; se rua sur l'ennemi; lutte confuse et désordonnée qui se termina par la déroute complète des troupes du directeur. Vivanco, défait sans avoir réellement combattu, se rabattit sur Yslay, oîi se trouvaient quelques navires à bord desquels il espérait se mettre à couvert et revenir à Lima faire une tentative pour recouvrer l'inlluence d'Éiias, mais les chefs de ces navires se soumirent au général Castilla, et Yivanco serait infailliblement tombé au pouvoir du vainqueur, s'il n'avait été recueilli par un des paquebots qui font chaque mois le service de la côte. — Gastilla, rappelé par Elias, rentra dans Lima, où, pour conserver l'apparence de la légalité, Menendez, ancien président provisoire de droit depuis la mort de Gamarra, reprit le timon des affaires jusqu'aux élections. Elles appelèrent naturellement à la présidence le victorieux Castilla qui gouverne encore aujourd'hui le Pérou, grâce à la tactique habile qu'il a mise en œuvre, d'appeler aux empbis les hommes de tous les partis et surtout les anciens séides de Yivanco. Ce dernier, revenu au Caliao après sa défaite, et comprenant bientôt qu'il n'avait rien à espérer d'Elias, se réfugia près de Guyaquil, dans le petit bourg de Monte- Christo, d'où il fut peu de temps après exilé au centre Amé< rique...

A l'heure où nous écrivons, Castilla gouverne encore le Pérou. Certaines mesures énergiques destinées à réprimer les tentatives de révolte, lui permettront, tout l'annonce, d'atteindre la limite fixée par la constitution à son mandat présidentiel. Entouré d'honunes capables et animés d'un sincère patriotisme, il a déjà pu mener à bien des améliorations de nécessité urgente, et pour peu que son pouvoir s'affermisse, noua ne doutons pas qu*il lui soit donné d'aborder résolû-

SIS SOUVENIRS

ment les réformes que lé pays exige^ pour prendre un essor régulier vers le progrès.

SltOAtioii duPAioa. — Montement intéUactoél. — ConclnBioa.

Dans les chapitres qui précèdent, j*ai essayé de montrer les réactions politiques du Pérou sous leur double aspect^ tragique et bouffon , et de donner une idée de l'étrange spectacle qu'offre Lima pendant ces jours de fièvre révolutionnaire. Il y a cependant pour la république péruvienne ^ en dehors de la vie purement polillque, des sources de prospérité et de grandeur morale qu'on a trop négligées depuis l'émancipation. La civilisation de ce pays a ses côtés jeunes et vigoureux, comme elle a ses côtés vieilUs et débiles. Cest sur les premiers qu'il nous restait à fixer nos regards avant de quitter Lima. Développer à la fois la vie intellectuelle et l'exploitation des richesses naturelles du pays, telle est la tâche pacifique et féconde qui, depui;; Yivanco, a constamment préoccupé et préoccupe encore aujourd'hui les chefs de la république péruvienne. Il reste malheureusement beaucoup à faire pour diriger l'activité nationale dans cette double voie.

La superficie du Pérou, à peu près double de celle de la France, est de cinquante-cinq mille lieues carrées. Ce vaste territoire compte à peine seize ou dix-huit cent mille âmes*, c'est-à-dire vingt-sept à vingt-huit individus par lieue carrée, tandis qu'en Europe, en Be]glij[ue par exemple, le même terrain en nourrit dix-huit cents. Ce n'est donc point l'espace qui manque au développement de la population de ce pays, le plus beau et le mieux partagé de la terre; ce qui l'entrave, c'est l'aveugle obstination d'un gouvernement qui allie le

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despotisme militaire au despotisme admiiustratif. HérKierde la politique inquiète et cauteleuse de l'Espagne yjs-à-vis des étrangers^ il s'est jusqu'à ce jour montré assez peu favorable à rémigration; pourtant^ malgré ses efforts contraires, le commerce passe de plus en plus entre les mains des immigrants; ceux-ci absorbent même le commerce de détail, bien qu'ils ne Texercent que par tolérance, le Pérou n'ayant jamais YGulu l'octroyer en droit par aucun traité consenti avec les puissances d'Europe. — Tous les gouvernements qui se sont succédé, à part celui de Santa -Grux, ont songé, dit-on, à l'expulsion des étrangers comme moyen de salut; aussi la moindre difficulté qui s'élève entre ces derniers et l'administration ne saurait manquer de prendre une gravité peu en rapport avec la cause qui l'a produite^ L'exemple de Roses encourage sans doute les Péruviens dans cette politique préjudiciable à leurs véritables intérêts. Pourtant, il ne faut pas être resté longtemps au Pérou poiu: reconnaître combien il serait nécessaire qu'on y favorisât Timmlgration; c'est elle qui doit y apporter l'ordre et l'activité industrielle. Sans cette veine de sang frais et généreux, la torpeur du sang indien ou nègre s'inliltrera dans cette société, qui fera un prompt retour vers la barbarie.

La température de Lima est très-agréable^ les brises régnantes d'est et d'ouest, courant sur les neiges de la Cordillère ou sur les flots du Pacifique, tempèrent suffisamment les ardeurs du climat pendant l'été; mais il en est d*autres qui traversent les déserts embrasés; celles-là soufflent parfois des bouffées torrides sur la ville et plongent la population dans la torpeur*

La sécheresse est souvent telle durant une saison, qu'un papier déposé pendant plusieurs nuits en plein air ne reçoit pas la moindre atteinte d'humidité. A cette sécheresse succèdent les garucLSy brouillards épais qui régnent à di£férentes heures dn jour.

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Les tremblements de terre sont fréquents à Lima comme sur le reste du littoral péruvien; mais les secousses yraiment désastreuses ne se sont produites^ on l'a remarqué^ que tous les demi-siècles. La plus célèbre^ celle de 1746^ qui engloutit le Callao, déli'uisit aussi la plus grande partie de la capitale. Tout porte à croire pourtant qu'à l'époque on exagéra beau* coup la portée du mal^ car le sinistre ne ût pas à Lima douze cents Tictimes sur une population de quatre-vingt mille âmes. Nous n'avons guère passé de mois au Pérou sans qu'un très* saillement du sol soit tenu effaroucher notre quiétude, et il est difficile d'imaginer une impression plus désagréable que celle que l'on éprouve si, réveillé en sursaut par une cause anormale, on entend le séréno ajouter à sa chanson nocturne cette terrible variante : temhlorISe dresser sur son lit, prêter l'oreille, n*entendre que le bruit de son cœur qui bat à tout rompre, essuyer au bout de quelques instants son front humide et reprendre la position horizontale en se félicitant d'en être encore quitte pour la peur; cela arrive à peu près une fois par mois. Si l'on ne dort p)9is, on entend une sorte de hurlement qui précède la commotion; il serait bon alors d'avoir la présence d'esprit requise pour embrasser un moyen d^ salut, mais le plus souvent on reste comme pétriQé. Quelquefois néanmoins les maisons se vident et une population folle de terreur s'enfuit vers les places dans une tenue qui, suivant l'heure, oflre mille détails bouCTons ; les femmes prosternées dans la poussière éclatent en cris aigus, confessent à haute voix leurs tendres faiblesses ou leurs galantes iniquités, et conjiu*ent de leurs vœux les plus téméraires le fléau menaçant. Bien des hommes en font autant de leur côté; cette contrition dure aussi longtemps que les angoisses, une heure à peine, puis la vie avec ses impérieuses habitudes reprend son cours accoutumé.

Sous tm climat dont la températui-e extrême ne varie, à

moins de circonstances exceptionnelles qu'entre 12 et 25 degrés centigrades^ le Pérou pourrait produire en même temps les denrées d'Europe et celles des tropiques. La vigne y vient à côté du caféy du coton^ de la canne à sucre, et, lorsque le sol est fécondé par des irrigations bien conduites, il devient d'une telle fertilité, que l'on peut obtenir jusqu'à quatre récoltes par an. L*art des irrigations était poussé à sa dernière limite sous la domination des Incas, et les Espagnols ne négligèrent pas cette source de richesse, ainsi que Fattestent les nombreux canaux qui promènent leurs méandres dans la plaine du Rimac; mais, rompus aujourd'hui, ces conduits laissent échapper leurs eaux, qui, au lieu de faire pousser le maïs ou la canne à sucre, forment des marais couverts de joncs ou de roseaux, à l'abri desquels s'embusquent les sçLlteadores. — Un sentiment pénible s'empare du voyageur quand il parcourt cette plaine oîi tout atteste qu'une riche culture s'étalait jadis. Les ruines des chacras ou fermes lui disent que bien des révolutions ont passé par là, depuis que Bolivar appela aux armes des cultivateurs laborieux qui ne devaient pas être remplacés. Quelques nègres boiteux ou borgnes, jugés indignes d'être les soldats de la liberté, y sont seuls restés fidèles au boyau, et vivent sous les débris des toits eCTondrés. — Ce ne sont pas cependant les richesses agricoles qui manquent au Pérou. Sau-Miguel de Piura cultive des cotons que l'on embarque à Pa^ta; Pisco est célèbre par ses eaux-de-vic; Iquique par ses salpêtres; les îles Ghinchas par leur guano ^ Les quinquinas sont une des branches les plus lucratives du commerce péruvien; recueillies sur les Andes, leurs écorces

< Il faut malheureusement, pour charger aux îles Ghinchas, qai sont à quarante lieues au vent de Gallao, venir prendre un permis à la •métropole, gagner à vide contre le vent le terrain perdu, revenir une seconde fois faire son expédition, toutes choses qui augmentent considérablement les frais et les retards.

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sont apportées à dos de mulet et d*a1paca juscju'à la côte par des chemins qui ne peuvent être parcourus que par les bêtes de somme ou des Indiens. La nature a encore réuni à ces richesses la cochenille, la vaniUe, des goxnmes précieuses, des baumes, de la cire, des bois d'ébénisterie et tant d*autres produits qui seront perdus faute de moyens de transport, jusqu'au jour où ils trouveront leur écoulement naturel par les affluents Ae TAmazone et de la Plata. L'étude de la canalisation de ces rivières est une grave question pour le Pérou.

Le Pérou espère voir se réaliser un jour le projet de section de l'isthme de Panama. 11 slmaglne que le Gallao deviendrait alors rentrei>ot où s'approvisionneraient les marchands de l'Equateur et de la Bolivie, qui, depuis l'émancipation, font leurs achats à Valparaiso. Si jamais le canal de Panama est exécuté, nous ne pensons pas qu*il. doive exercer sur les affaires du Pérou l'influence qu'on en attend. En efTet, les marchandises chargées aux docks de New-York, du Havre et de Liverpool n'atteindraient Cbagres qu'après une navigation variable, pour les bâtiments à voiles, de vingt à quarante jours; pour les bâtiments à vapeur, de dix à vingt jours. En supposant que la section de Tisthme fût assez complète pour donner passage aux grands navires marchands, ceux-ci rencontreraient à la sortie de Panama des vents contraires qui les obligeraient à battre la mer quarante ou cinquante jours avant d'arriver à Lima ; de sorte que la traversée serait à peu près aussi longue que celle du cap Horn. Les navires à vapeur pourraient donc seuls franchir en une semaine la distance qui sépare Lima de Panama. L'économie des transports par le cap Bom fera préférer au commerce ce^te voie, pour les produits encombrants, même à celle d'un chemin de fer reliant les deux océans, car ce passage donnerait Uèu à deux chargements ou déchargements, à deux emmagasinages et à un transport. Le Gallao doit donc rester encore, pour

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un temps indéterminé^ le vassal commercial de Valparaiso.

Quoique mal exploitées^ les mines sont encore pour le pays une grande source de richesse publique et priyée. Il est regrettable que le manque de combustible dans tout le pays métallifère^ ainsi que la rareté de l'eau, entravent les travaux d'exploitation.— Plusieurs mines d'argent ont été abandonnées à cause de la cherté du mercure> mais elles pourront être reprises dès que ce minéral sera plus commun, ce qui ne peut manquer d'arriver, si la Californie continue à le fournir dans les mêmes proportions. L'industrie manufacturière, encore dans l'enfance, a marqué, comme cela arrive souvent dans d'autres pays, sa première conquête en transformant une œuvre d'art en œuvre utilitaire : une filature de coton, qui s'est établie sur le cours d'eau destiné à alimenter les bains de laPerricholi à Lima, enveloppe dans ses dépendances la charmante maison mauresque jadis habitée par la célèbre comédienne. — Cette filature compte quelques succès; la protection du gouvernement la met à même de lutter avec avantage contre les grosses toiles de coton que les Anglais et les Américains introduisent au Pérou. Il existe aussi dans l'intérieur quelques métiers servant à tisser des toiles {tocuyos) à peu près semblables à celles qui sortent de la filature de Lima; mais le préjugé qui les faisait rechercher par les Indiens tend à disparaître, et avec lui se perdra cette industrie locale. Avec la manufacture dont il a été question, quelques minoteries et distilleries sont les seuls établissements industriels sérieux de Lima.

On méditait, depuis quelques années, de relier la capitale avec son port de Gallao par un chemin de fer. Cette idée vient d'être mise à exécution. Le niveau du Rimac, pris au pont Montes-daros, n'étant élevé au-dessus de l'océan que de 99 mètres 45, et la voie ferrée comptant 10,000 mètres de parcours sur un terrain plan, la pente a dû être d'un cen-

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tièine environ; ainsi les travaux de terrassenxent n'auront sans doute pas exigé de grands frais. Ce chemin permet actuellement de transporter à Lima les cargaisons étrangères avec économie et célérité. — Presque tout le commerce extérieur se concentre à Callao; son importance est par année, en moyenne^ d'environ vingt-cinq à quarante millions de francs; les produits des mines entrent pour moitié dans celte somme.

La constitution actuellement en vigueur au Pérou a été promulguée après la chute de Santa-€rux. Ses rouages politiques sont un président élu pour six ans^ appuyé sur un conseil d'État dont le chef supplée le premier magistrat de la nation, en cas d'absence ou de mort. Cette assemblée élabore les lois, qui sont soumises, ainsi que les impôts, à la discussion et à la sanction de deux chambres, émanées, ainsi que le président, du suffrage universel. Ces deux chambres se réunissent, sous le nom de congres, tous les deux ans; leurs sessions durent seulement quelques mois. Elles sont ouvertes parle président, à peu près dans les mêmes conditions que nos chambres françaises ; il expose sommairement la situation du pays^ qui plus tard est développée par les ministres, chacun en ce qui le concerne, dans des rapports remis aux membres du congrès. — Le chef de FÉtat peut, en dehors des époques fixées pour la réunion du congrès, le convoquer extraordinairement pour le saisir de toute question d'intérêt miejeur. — Les départements de la république péruvienne sont régis par des préfets et souspréfets, qui disposent de la force armée, ou du moins du commandant militaire de leurs cantons; leur autorité et leurs fonctions administratives sont, à peu de chose près, les jiêmes que dans notre pays.

Les droits de douanes, la vente et l'exportation du guano, constituent les principales ressources financières du Pérou, et pourraient presque suffire à ses besoins, si les mouvements révolutionnaires et les désordres qui sont leur conséquence

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inévitable ne mettaient sans cesse l'Éln* - ix prises avec des obligations inattendues et des exigences rie toute sorte. Parmi ces dernières, on peut surtout coraplcr l'armée, dont le nombreiKi: et inutile état-major est à lui seul une de ses plus lourdes charges. Les éléments dont se compose l'ai^mée sont, en outre, un danger permanent : soldats et officiers sont presque tous Indiens ou nfétis. Ne se pourrait-il pas que quelque jour, voyant que tout réussit au gré de leurs désirs, ils voulussent, s'inspirant de Soulouque, reconstruire un empire indien et proscrire l'illustre race de sangre azul?

Le Pérou ne peut pas prétendre à devenir par lui-môme une puissance maritime : il n'a ni bois ni chantiers nationaux; les navires qu'il achète pour ses besoins, sont la plupart du temps des navires fatigués et incapables d'entreprendre une nouvelle navigation d'Europe. Les États-Unis lui ont cependant fourni un fort beau bateau à vapeur de deux cents chevaux, nommé el Rimac, destiné à surveiller la côte, où souvent des opérations de commerce interlope viennent amoindrir les bénéfices du trésor. Ce bâtiment peut servir surtoat à réprimer les tentatives de révolte que les chefs de parti voudraient fomenter dans les centres d'un difficile accès pour les navires à. voiles. Un corps expéditionnaire ne pouvait guère toucher à Aréquipa, cette ville si souvent troublée par les meneurs anarchiques, qu'au bout de vingt-cinq à trente jours i le Himac peut actuellement y jeter en cinq ou six jours les forces nécessaires pour déjouer les plans séditieux. Ce bateau à vapeur, deux ou trois bricks et quelques goélettes constituent toutes les forces navales péruviennes. Les forces de terre se composent d'une garde nationale et d'une armée de trois mille hommes environ, mal commandée et en disproportion avec les ressources du trésor public.

On s'afflige de ce singulier contraste entre les richesses si variées du sol péruvien et l'essor si limité encore de Tindus^

la.

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trie naUonale. Ce n'est cependant qae par une dnergiiiiae impulsion donnée à cette industrie au berceau qu'on assurera an pays le calme nécessaire pour son dévdoppemait intellectuel. Il y a au Pérou un goût marqué pour les lettres et les arts qui ne demande qu'un peu de sécurité pour se dëvdôpper^ et qui çà et là se manifeste avec une certaine distinction soit dans les livres, soit dans les journaux dé la république. On imprime à Lima deux ou trois journaux; mais le seul qui Éùïi important est celui qui reçoit .les communications du gouTemement : sa première page publie tout ce qui est relatif aux intérêts commerciaux; ses feuilletons reproduisent invariablement, conmie tous ceux de l'Amérique méridionale, les oeuvres de nos romanciers, en vogue. Assez semblable, pour la division, à nos feuilles françaises, il en difiêre par une partie qui, entièrement consacrée aux remitidos» prend quelquefois trois pages sur six dont se compose le journal entier. Ces retniiidoSf mélange de fkits et d'anecdotes locales^ où se révèlent, avec une complète liberté, toutes les bizarreries du caractère national^ tiennent quelquefois la moitié du journal. Bien différents des Espagnols, chez qui ne semblent pas dominer les qualités expansives, les Liméniens ne se font pas faute de crier leurs affaires privées par-dessus les toits et dlnitier le public à leuts querelles domestiques. — Souvent, près d'un remitido brusque, violent, décousu, fiévreux, qui, heurtant sans souci les lois de la grammaire et de la bienséance> accuse assez que des passions ardentes sont en jeu, que de graves intérêts sont blessés, il s'en ttouye un autre ûb le moins spécieux prétexte sert à encadrer des subtilités et des jeux de mots. Annonces grotesques, correspondances intimes, révélations scandaleuses, se pressent et se croisent dans les remitidos. Un mari outragé y raconte ses infortunes conjugales et en appelle au jugement du public. La femme, à son tour, prenant sa plume la mieux affilée, prouve très-

éloquempient que son mari est un vaurien et qu'elle est une Lucrèéë. Un intrus se jette parfois dans cette pdânique de ménage^ prend le couple infortuné pour thème, de railleries fort réjouissantes et ridiculise de telle flacon le débats que le public^ ému dans le principe, finit par ni*e aux dépens des infortunés qui le choisissent pour arbitre. — Une autre fois , un perruquier français arrive à Lima, et son audacieuse ré* dame étale impudemment les noms des souverains de l'Europe qui Tout honoré de leur confiance; vingt strophes dignes d'un plus intéressant sujet, postulent le lendemain son expulsion du territoire, sous le prétexte que l'illustre transfuge va attirer sur le pays les foudres vengeresses des potentats, furieux de se voir d^aissés. Enfin, des dénonciations plus sérieuses se protoisent souvent aussi contre les fonctionnaires ou les commerçants dont les actes déloyaux ont lassé la conscience publique. Si Tun de ces méfaits peut être réparé, chaque jour un article s*achame après le coupable, le signale à l'attention publique et le harcèle de telle sorte, qu'il est contraint de rendre gorge ou de faire amende honorable.

Cette partie du journal accueille, en outre, les œuvres poétiques de courte haleine. La littérature péruvienne ne peut encore prétendre à des succès bien sérieux. Cependant te puhlic en masse, les femmes surtout, accueillent assez favorablement les productions de l'esprit national, à la condition toutefois qu'ils en pourront jouir sans grand effort. Les poëtes liméniens cèdent à un impérieux besoin de publicité en confiant aux journaux et aux programmes des combats de taureaux des compositions souvent pleines d'humour et de talent, qui, après un jour d'existenci, sont aussi oubliées que la feuille où elles se sont produites. Le travail se fait rarement sentir dans ces œuvres fugitives. Ces poésies naissent sans efforts comme des fleurs sauvages, et ce n'est que pour donner carrière à des sentiments qui demandent absolument

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à s'épancher que l'on prend la plume. — La politique, les temwes, les théâtres, les cantatrices italiennes, les taureaux, sont le prétexte d'une foule de satires, de sonnets, de madrigaux et de UtriUas qui certes ne peuvent prétendre au mé* rite de la correction ; mais une rare vigueur de style, une hardiesse qui ne recule pas toujours devant la trivialité de l'expression, éclatent dans ces divers essais, caractérisés souvent aussi par un tour élégant et ingénieux; pourtant, leur qualité la moins contestable est une allure leste, piquante et naturelle. Quand l'influence de nos poêles modernes s'y fait sentir, ce qui arrive parfois, on peut du moins se convaincre qu*il existe à Lima de fort intelligents imitateurs. Le poète espagnol Zorrilla est peut-être celui dont s'inspirent le plus volontiers les imaginations liméniennes. L'auteur du spirituel ouvrage el Espejo de mi tierra (le Miroir de mon pays), M. Pardo, personniGe mieux que personne la littérature contemporaine du Pérou. Le recueil littéraire qu'il a rédigé pendant quelques années à lui seul, contenait d'ordinaire dans chaque livraison une étude d^ mœurs remarquable par une grande finesse d'aperçus, des poésies où la gaieté de l'expression formait souvent, avec la tristesse et l'amertume de la pensée, un singulier contraste, et enfin quelque bluette en prose écrite à la course. M. Pardo a étudié avec fruit les anciens auteurs espagnols et a su, tout en sacrifiant au goût du jour, se tenir en dehors aes exagérations; aussi trouve-t-on à la fois dans ses écritâ la vigueur des maîtres de l'ancienne école et la fraîcheur et le coloris du style moderne. M. Pardo a fait pour Lima ce que l'humoriste Mariano de Larra a fait pour Madrid; il a dévoilé les ridicules et les préjugés de ses compatriotes, non pas comme un esprit atrabilaire, mais avec la fine et satirique gaieté de bon aloi d'un homme animé pour eux des meilleurs sentiments et désireux de les voir dépouiller une enveloppe et des manies surannées. Ce n'est pas le

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seul rapport que M. Pardo ait ayec le pamphlétaire espag;nol : il a encore sa Tivacité^ son talent d'obserration^ son goût et sa sûreté de jugement. Il est à regretter que son style^ un peu négligé, se ressente trop des habitudes de rim^^rovisation, en couragées par la complaisance du public auquel il s'adresse K

La polémique brillante et chaleureuse, les fantaisies littéraires qui remplissent les journaux, les conversations où Tesprit pétille et où les saillies s'envolent en fusées, montrent suffisamment que ce n'est ni rintelligence, ni l'imagination, pi le goût qui manquent aux Péruviens depuis l'indépendance. Ce qui leur fait défaut, ce sont des études préparatoires sérieuses, peut-être aussi des convictions bien arrêtées. 11 est donc du plus grand intérêt pour le gouvernement de s'occuper des écoles, trop négligées jusqu'à ce jour, et d'imprimer à renseignement la sage direction morale dont i} est privé» Cette réforme est, de toutes celles que réclame la société péruvicnncy la plus importante. Dès que les membres du clergé et ceux de la magistrature pourront puiser à un enseignement élevé ces notions d'ordre et de justice éternelle par lesquelles on gouverne les peuples, ils reprendront leur rôle austère et intègre, et le règne de la soldatesque sera uni.

L'esprit sensualiste du dernier siècle a exercé au Pérou comme en Espagne une fâcheuse influence : l'énergie du caractère national, un moment altérée par le déclin des anciennes croyances, tend aujourd'hui à reprendre le dessus. Les jeunes États de l'Amérique méridionale ne peuvent pas rester plus longtemps sourds à la voix de leur intérêt et attendre les événements dans une molle apathie. Ils ont un dangereux voisinage ; la race anglo-américaine, un jour mal à l'aise dans ses limites, pourrait bien déborder sur leur territoire. Ce serait alors une nouvelle conquête qui effacerait

> Vojes l'appendice*

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jusqu'à la noble langue castillane^ car la devise des Amériealns du Nord {grow themi) implique non rabsorpiion, mais la destruction. Les États de TAmâique méridionale ont donc deux dangers sérieqx à conjurer : — l'élément indien, qui tend à reprendre sa place et la prépondérance qu'il a perdue depuis la conquête; *- Télément anglo-américain, enyahi^seur s'il en fut. En présence de ces deux forces menaçanbe$» c'est sur une immigration européenne et surtout française que devraient s'appuyer les États hispano-américains. Qu'ils se tournent avec confiance vers les races néo-latines, rapprochée!; d^ux par le lien d'une même foi. Si ce mouvement échoue, c'est que la race espagnole aura été condamnée à expier dans la suite des stèdes le joug terrible qu'elle imposa aux nations du nouveau monde, et que l'heure sera venue ou sa sève épuisée devra se greiTer sur un autre rameau ^.

* Je lis dans Ylnternaticml de Buenos-Ayres, dn i** ami iS55 : « Depuis le 7 janvier 1S54 le Pérou a été en guerre cUUe. Le général CasUUa» qui fut le premier président péruvien qui se maintint en place durant sa période constitutionnelle , s*c8t révolutionné à cette dernière date^ contre le général Écbenique son successeur.

» Après Tannée de la déciuon qui a ému le Pérou tout entier, le PAuple de Lima, à la suite d'une bataille rangée livrée à ses portes même entre deux armées nombreuses, vit entrer triompbant le général Gastilla. Un instant avant, une émeute avait eu lieu, le peuple avait saccagé le palais du gouTernement, plusieurs maisons particih Uères et brûlé les archives publiques.

» Le JAbirateur proclamait le 7 janvier dernier aux peuples péruviens :

« Après avoir renversé avec gloire les oMacles que la tyrannie ne n cessait d'opposer à la morale et au triomphe des grandes idées, je D me sens animé de joie en vous annonçant que par vos armes dans D la plaine de la Palma, est tombé pour toujours le pouvoir de vos » ennemis. »

» Ces paroles assurent-elles la paix et l'ordre pour l'avenir? Où le nouveau pouvoir puisera-t-il la légalité, pour que la volonté d*un autre caudiUo t'arrête devant lui et le respecte? »

INTERMEDIOS

Cobija, unique port de la Bolivie. — Rôle de Cobija dans les prises d*anne8 da Pérou et ses incartades particulières. — < La mine d^Àgatbieo. — Les Chinchas. — Lea. oiseaux. — Le guano au ?AnoQ '.

Je ne connais pas an monde de navigation plus donce et pins tranquille qiie celle de la mer Pacifique^ quand^ pour yisîter les intermedioSf on remonte la côte du Pérou en se dirigeant du sud au nord^ poussé par une brise égale et régulière. Les jours se succèdent sous un ciel d'un immuable azur^ et les Duits^ durant lesquelles le navire s'avance creusant un sillon de feu dans la mer phosphorescente^ ne le cèdent point aux jours en merveilleuse sérénité. — Dans l'est^ les Ck)rdilière8^ bien qu'à une distance de quarante lieues quelquefois, déroulent au regard leurs imposantes perspectives : tous les accidents de cette masse tourmentée^ sommets neigeux^ flancs tébrés de ravins^ ou disjoints par les vallées^ se détachent avec une netteté surprenante due à l'extrême limpidité de ratmosphère> et le soir^ au soleil couchant, l'on ne saurait imaginer refifet que produit sur ce gigantesque panorama les dégradations successives de la lumière. — Quant aux ports vrUermedios, ils ont pour la plupart un aspect aride et désolé

* Je dois à roblig«anee de M. VaBçechout, Qfficieç de imrîiie^ qî|el<ques notes d'un voyage récent qui m*ont permis de comi^léter met souvenirs sur Cobija et les Cliiiichûi.

m SOUVENIRS

qui remplit de tristesse Tâme du voyageur. A la Caldera, 9ur la côte du Chili, à Iquique, à Islay, qui desservent rintéricur du Pérou, la végétation est en quelque sorte chose inconnue, et les habitants altérés estimeraient un ûlet d'eau douce à régal d'un (ilon d'or. — Eh bien! ces villes, mornes comme le découragement, ne se présentent pas encore au navigateur sous l'aspect maudit qu'offre^ vu de la mer, Cobija, unique point où la république bolivienne vient, à travers deux cents lieues de déserts, jeter entre le Chili et le Pérou un coup d'œil sur l'Océan. — Déjà vous longez de près la côte, déjà devant vous les montagnes se dressent immenses, presque à pic, arides, nues, couleur de croupes d'éléphant et profilent sur le ciel les déchiquetures de leur crête qui domine plusieurs bandes de nuages endormis et semblables à des colliers d'argent; vos calculs astronomiques vous ont garanti Texactitude de votre position, et pourtant c'est en vain que vous cherchez la ville; c'est en vain que vous interrogez avec la longue-vue toutes les parties du rivage, il vous est impossible de découvrir le moindre vestige de la présence de l'homme; puis quand vous vous êtes épuisé en efforts pour étudier la grève, en dépit des traînées lumineuses et scintillantes que le soleil jette sur l'eau, il arrive que tout à coup, là, tout près, à quelques encablures à peine, vous crevant les yeux, comme on dit, cent cinquante maisons à peu près se révèlent, resserrées entre la montagne et un bloc de rochers noirs surmontés du pavillon bolivien; si vous ne les aviez pas aperçues d'abord, c'est qu'assises sur un sol gris comme un foyer éteint, c'est que couvertes de cendres, elles n'accidentent que très-vaguement, par leur niasse, la fauve monotonie du paysage. Tel est l'aspect de Cobija, unique port de la Bolivie.

Quiconque a jeté les yeux siu- une carte de l'Amérique du Sud a dû s'étonner de la bizarre division de territoire qui a

suivi rëmancipat^on des colonies espagnoles. L'on a surtout peine à s'expliquer les motifs qui ont pu conduire à créer un État comme la Bolivie^ sur d'immenses étendues de terres intérieures^ et séparées pour ainsi dire de la mer par la haute muraille des Andes. Toutefois, en le créant, il élaii naturel qu'on songeât à le faire participer aux avantages des républiques riveraines : on l'enfonça donc comme un coin entre le Chili et le Pérou, de manière à conduire la tête de ce coin, qui est Gobija, jusqu'à l'océan; mais deux cents lieues d'un parcours pénible et difficile ont toujours paralysé les relations de ce port avec les provinces populeuses de la république; de sorte que son importance est à peu près illusoire. — Un autre port existe d'un accès plus facile; malheureusement, c'est celui d'Arica, qui appartient au Pérou. Tant que les relations sont amicales entre les deux pays, plus de la moitié du commerce de la Bolivie passe par Arica ; mais le jour où s'élève le moindre nuage toutes les affaires sont interrompues. C'est pour obvier à cette déplorable situation que le général Santa- Crux, un des rares hommes d'État qu'ait produits l'Amérique du Sud, voulut réunir en confédération le Pérou et la Bolivie. Le plan du général était, il est vrai, plus avantageux pour le premier de ces deux États que pour le second; pourtant, par le fait, ils ne pouvaient que gagner l'un et l'autre en adoptant cette idée juste et sage. J'ai dit ailleui*s comment elle échoua; de sorte qu'au lieu d'un lien confédératif, c'est aujourd'hui la guerre qui est en permanence entre les deux pays. Nous parlerons tout à l'heure de la nature de cette guerre.

Dès qu'on a mis le pied dans la ville, cette réflexion vous vient tout naturellement à l'esprit, que, si de loin il était impossible de la voir, elle ne gagne^ en revanche pas grand'chose à être vue. C'est, sans contredit, un des endroits les plus laids et les plus' insignifiants que l'on puisse rencontrer; c'est un véritable spécimen de l'abomination de la désolation.

m S0UVEKIR8

Du sable, du roc, pas un brin d'herbe; à ie\ points. que des amateurs de verdure poussent le zèle jusqu'à faire germer comme un objet de curiosité, des grains de blé dans un verre d'eau. L'eau elle-même est un objet de luxe à Gobija ; le pays n'en a point; ce sont les navires qui l'y apportent^ et l'on voit dans certaines maisons fonctionner ces appareils distillatoires employés sur les navires pour rendre l'eau de mer potable. Ce n'est pas tout : la viande^ les fruits, les légumes, le bois, manquent aussi dans le pays ; de telle sorte que la vie des marins pendant les traversées exceptionnelles n'est pas accompagnée de plus dures privations que celles des habitants de Cobija. Et pourtant, ce lieu qui parait avoir essuyé toutes les disgrâces de la nature, ce lieu où il semble que le spleen doive être en embuscade au seuil de chaque maison, recèle encore des représentants de cette société espagnole si charmante et si hospitalière, et Ton est tout surpris de trouver à y passer dans les tertullias des heures qui, plus tard, tiennent fort agréablement leur place parmi les souvenirs.

Le commerce de Gobija est en grande partie chilien. Quelques Européens s'y sont établis; mais la. population, qui est de cinq mille âmes, est chilienne pour les neuf dixièmes. En 1850, les relations entre les deux pays donnaient lieu à un mouvement de plus de trois millions de francs. La source d'exportation la plus importante du pays est d'abord le quinquina, puis le minerai de cuivre que l'on dirige sur l'Angleterre. Les importations sont naturellement plus variées. Ces produits, qui voyagent à travers le pays à dos d'ânes et de mulets, n'arrivent pas à constituer pour le port un mouvement bien sérieux.

Malgré son éloignement du centre de la Bolivie, ou peutêtre à cause de cet éloignement, Gobija, pour se distraire sans doute, a souvent pris sa bonne part des insurrections, des conspirations militaires des pronundamentos; en un

xnot> de tonttce qui con«Utue la vie politique des Ëtats hi3pano^améticains. — Dans les guerres avee le Pérou, véritables guerres de Fianooni^ la prise de Ck>bija vient ainsi tout naturellement se plaper comoie intermède : un oa deux navires envoyés de Callao suffisent à son occupation» Le Pérou y gagne de toucher pendant quelque temps les droits de douanes à la place du légitime propriétaire^ sans que le président bolivien, rassuré par les déserts qui séparent de l'océan Chuquisaca^ sa capitale, en dorme une nuit moins tranquille. — Une de ces prises d'armes eut lieu en juin 1853. Pour justifier Foccupation de Gobija, le gouvernement péruvien disait dans un manifeste curieux, qu'il agissait ainsi, « afin de ne pas kitcrrèmpre le commerce de ce port; 9 à quoi le préër dent bolivien 5 embouchant la trompette guerrière, répondait ; « Nos ennemis oublient-ils que nous sommes les hommes de Jonacocha, de Socobaya, d'Ingavi, où, en 1836, cent contre mille, en 1841, trois mille contre six mille, nous les avons réduits en poudre? » Sur ces entrefaites, deux bricks arrivèrent un beau matin devant la ville en grand branle-bas de combat, et, à peine furent-ils signales, que les trouâtes boliviennes trouvant plus simple de ne pas attendre le choc de l'armée péruvienne, composée, il est vrai, d'autant d'officiers que de soldats, se retirèrent à une' trentaine ie lieues du port pour y établir ce qu*ils voulaient bien appeler un blocus serré. Quelques mois plus tard, les Péruviens voulurent greffer sur leur occupation un pronunciamiento qui lui donnât quelque couleur : à cet effet, ayant cherché un de ces nombreux candidats à la présidence de toute république espagnole, qui, toujours en expectative d'un siège pour se reposer, se promènent dans les États voisins ; ils jetèrent leur dévolu sur le docteur Linarès, et le chef de l'armée péruvienne, le général Âgréda vmt au jour convenu attendre à la tète de son état>maj(»r l'arrivée du packett de la cdte. Je laisse à penser combien fot

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grande la déception, quand, à la place da mobile de cette équipée, arriva une iiumble lettre annonçant que le président acclamé n'ayant pu réunir les sommes indispensables pour élayer sa nouTeile position, se.voyait forcé d'attendre pour se mettre en route un sourire plus favorable de la fortune.

Parfois aussi ces comédies ont leur dénoûment tragique: Ainsi, en 1850, le général Linarte, qui commandait à Gobija, eut un jour la malencontreuse idée de se prononcer pour Ballivian, que Belzu avait cbassé du pouvoir en 1848. Les troupes, enlevées par un discours ad hoc, se rallièrent à lui, et il fut se coucher tout enivré de son succès. Mais la nuit porte conseU, et ce sont les conseils de la nuit que le plus volontiers on écoute. Aussi, quelques ofQciers, partisans de Belzu, travaillèrent h leur tour les soldats de telle sorte, que le lendemain matin l'on vint en armes investir la maison où donnait tranquillement Linarte. Ce malheureux fut réveillé par les cris qui partaient des fenêtres de sa chambre. Les fusils braqués à travers les barreaux lui disaient assez le revirement qui avait eu lieu; les portes barricadées lui interdisaient toute espèce de retraite; bientôt une fusillade retentit, et, percé de nombreuses balles, il vint rouler en expirant sur sa couche. — Cette maison fut depuis occupée par un négociant belge, M. Durandeau. On y pouvait voir la chambre, théâtre de ce drame, et les traces des balles qui le dénouèrent d'une façon si terrible.

Le corps de cette triste victime des passions politiques est une des curiosités de Cobija. En effet, le cimetière situé sur le flanc de la montagne, un peu au-dessus de la ville, jouit de la propriété de conserver, de momifier en quelque sorte les cadavres et de les tenir exempts de toute décomposition. Il en résulte que si après un certain temps de séjour dans la terre on les exhume, iU peuvent rester exposés au contact de Tair

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Eans nouvelle altération. J'ignore le motif qui avait fait exhumer le général Linarte près de trente mois après sa mort, mais son cercueil avait été placé, décloué, dans une cabane où le fossoyeur conservait ses outils, de sorte que chacun pouvait étud'3r à son aise cette remarquable momiûcation. Les dents, les cheveux, la baibe, les ongles n'étaient uullcment altérés, la peau seule avait une légère apparence de raccornissement et une teinte, disait-on, un peu plus jaunâtre que pendant la vie; qi^ant aux blessures, elles s'étaient refermées.

Les montagnes qui entourent Goblja sont d'une extrême richesse en mines de cuivre, mais il s'en faut que cette source de prospérité produise ce que le pays en pourrait attendre. Le voisinage des mines de Copiapo (Chili), où avec un tra* vail assez minime, les résultats sont infiniment plus lucratiCs, établit une concurrence contre laquelle ne saurait lutter Gobija, faute des éléments nécessaires : aussi n'exploile-t-on en tout que treize mines dans les environs de ce port. — L'une de ces mines, celle d'Agathico, était entre les mains d'un prêtre espagnol renvoyé du Chili pour des raisons politiques. Homme actif et intelligent, il avait demandé et obtenu du gouverneur bolivien l'autorisation gratuite de reprendre des travaux abandonnés depuis la chute du régime espagnoL Malheureusement l'argent lui manque, du moins ce qu'il en faudrait pour que l'opération fût réellement fructueuse. Notre ex-abbé prétend avoir étudié avec soin les montagnes environnantes, et pouvoir y désigner des gisements bien supé-' rieurs à ceux que l'on connaît. Aussi se plaint-il avec amertume de ne pouvoir tirer part| de ses découvertes. Condamné à opérer sur une échelle restreinte , il n'emploie guère plus de vingt mineurs; ce qui lui permet de réaliser encore, bon an mal an, de quarante à cinquante mille francs.'

Les mines d'Agathico se présentent avec un grandiose ôm

lituatioo, nn piUona^ue de mue cd scène qui imtireiMniie *iTeoi«it celui qui Ifii visâte-Après xvoir non, pmdsQt douce millei eoTirtm, tme nmte nuTage qui ferpeote sur un étroit etpêce comprii entre les montagnes et h mer; on anire à quelquM buttes misérables, eEToodrées, à quelques hangars qui s'éparpillent au milieu des rochersdont est couverte cette grève, oli le Qot vient déferler sur de dangereux rëcitik De . hkatei montagnes, nues et pierreuses, surplombent le pajlage, qui rappelle vaguement quelques-unes des sinistres compositions de Uartitin. L'une de ces montagnes surtout, détachée de la chaîne principale, s'avance dans ta mer de ma< oiëre k représenter je ne sais quel informe et gigantesque monstre accroupi au milieu des flots. C'est vers elle que l'on H dirige, en suivant un véritable sentier de chèvres, où con- Killé par la prudence l'on met sans prétention pied à terre, bien que Varriero qui vous suit vous ait énuméré les nombreuses qualités de votre mule. A mesure que l'on s'élève, le caractère si complet du pajsage devient de plus en plus sailiiunt ; puis, quand las d'avancer sous un ciel torride, eut un sol calciné, l'on se demande qudlea mines on peut aller chercher par de semblables gorges ; l'on voit tout à coup à un délour, s'ouvrir béante, au flanc de la montagne, une caverne ob l'œil se perd dans d'épaisses ténèbres. Comme Té- Idmoque, dans la gravure classique, on s'y aventure résolument, et l'on peut s'y promener des heures entières sans épuiser ion admiration. C'est à dessein que je dis promener, cor les dimensions des galeries n'obligent Jamais à ramper, à kliicr sur le ventre, & s'écorcher les mains et les genoux, lncon^énk'ntsqui accompagnent d'ordinake les visites lues. En outre, ces ouvrages tiùllés dons le roc ne réclal'appul, ni des étansons, ni de ces diFTérents systèmes arponle qui nuisent toujours h l'effet pittoresque de ces Kiulet'i'ulues : uuCn le jeu des lumières, le coslùme cl

l'étrange physionomie des mineurs et autres employés^ font surgir mille motifs bizarres et intéressants qui compensent entre mesure la fatigue de cette excursion. Pourtant, s'il arrive que Ton raconte, le soir, l'emploi de sa journée aux na» turels de Gobija, l'on s'étonne de reconnaître qu'ils ignorent presque l'existence des mines d'Agathico, la seule chose pour* tant qui mérite d'être visitée dans les environs.

En parlant des exportations du port de Gobija j'ai omis de mentionner le guano, dont on a expédié en Europe quelques chargements pris aux îles de Megillones et de San-Francisco de Paquiqua. Cet essai a peu réussi, et, d'ailleurs, l'absence de tout développement de côte prive la Bolivie de ce produit si précieux pour le Pérou. Il sera peut-être intéressant de dire ici quelques mots de cet engrais et de l'importance qu'a prise son commerce, en l'étudiant dans ce dernier pays, où il est pratiqué sur une grande échelle.

Le 12 août 1853, les journaux de Lima publiaient une lettre adressée par un des hommes les plus considérables du Pérou, M. Domingo Elias, au président de la république, le général Échenique. Dans cette lettre relative à la situation financière du pays, M. Elias, après avoir complaisamment énuméré et totalisé les éléments beaucoup trop nombreux de la dette nationale, en venait à indiquer la seule ressource capable, selon lui,^de faire face aux impérieuses exigences non-seulement du moment, mais de l'avenir, — le guano ; puis cherchant à évaluer d'une manière approximative ce qu'en renfermaient les divers dépôts échelonnés sur la côte du Pérou en prenant pour base de ses calculs l'exploitation des îles Ghinchas pendant les dernières années; sa conclusion était que, dans dix ans au plus, cette immense ressource serait complètement épuisée. L'impression que produisit à Lima, dans toutes les classes et dans tous les partis, ce factum évidemment exagéré, lut vraiment étrange; peut-être eût-il passé inaperçu en

toute autre circonstance > mais dans la situation Causse et tendue où se trouvait le gouvernement, il était facile de voir que c'était là le début d'une opposition qui allait prendre des proportions formidables pour triompher au bout de quelques mois. Une véritable révolution au guano se préparait. Le guano devint la grande question du moment; trois ans, disaient les partisans les plus chauds d'Elias, quatre-vingts ans répondaient les organes du pouvoir, étales calculs de pleuvoir aussi peu concluants de l'un et de l'autre côté ; le résultat fut une commission que l'on envoya procéder sans désemparer au cubage du guano des îles Ghinchas.

Bien que le commerce du guano ne date au Pérou que de quelques années, cet engrais n'en est pas moins très-anciennement connu, et les historiens de la conquête nous le montrent comme apprécié à toute sa valeur dans le remarquable système de culture que les Espagnols, à leur arrivée, trouvèrent établi dans le pays. Les îles à guano étaient réparties entre les didérentes provinces du littoral, les plus grandes d'entre elles étaient même partagées entre plusieurs districts, et toute transgression de limites était énergiquement réprimée : des ordonnanèes sévères protégeaient aussi la ponte des oiseaux de mer. Mettre pendant cette époque le pied sur les îles était un crime puni de mort, comme celui de tuer un de ces oiseaux producteurs. Les ordonnances des rois anglo-normands sur la chasse n*étaient pas plus rigoureuses. On sait quelle fut, après la conquête, la triste décadence de l'agriculture péruvienne et comment, absorbés par la soif des richesses que leur promettait le travail des mines, les Espagnols négligèrent tout ce qui, dans leurs nouvelles possessions, n'était pas or ou argent. — Cet état de choses dura jusqu'en 1840; époque à laquelle un négociant, M. Francisco Quiros, proposa au gouvernement d*airermer, moyennant dix mille piastres, l'exportation du guano ; celte ofire éveilla rattention,

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et Ton apprit bientôt que déjà des cargaisons de cet engrais s'étaient vendues en Angleterre à raison de cent quarante piastres le tonneau; on afTerma alors pour cinq ans, moyennant quatre cent quatre-vingt-sept mille piastres, Texploitation du guano; puis, à l'expiration du marché en 1847,1e gouvernement de Lima se réserva d'exploiter lui-même ce riche produit. Pendant ce petit nombre d'années le commerce du guano a suivi une progression incessamment et rapidement croissante : du chiffre de sept mille six cent trente-deux tonneaux ea 1842, il est arrivé à cent vingt mille en 1851, et en 1852, à plus de cent cinquante mille tonneaux représentant une valeur d'environ quatre millions trois cent mille piastres. L'Angleterre en reçoit à elle seule plus de cent mille tonneaux, ce chiCTre est moindre pour lés États-Unis; la France ne tient guère encore que le dernier rang : ainsi la Belgique, par exemple, en reçoit six fois autiamt qu'elle; il n'est pas jusqu'à la Chine où quelques chargements de ce précieux engrais n'aient été expédiés. Il est évident que, sans qu'aucun encouragement fût nécessaire, il suffirait d'ouvrir la porte toute grande pour que ces chiffres montassent bien plus haut encore ; mais ce n'est là ni l'intérêt bien entendu du Pérou qui doit chercher à ménager cette ressource providentielle, ni même, à tout prendre, celui des nations maritimes qui exploitent ce commerce. Du reste, quelques précautions que prenne l'État pour régler le débit de son guano, cette exportation, avec le développement formidable qu'elle a acquis, ne peut plus désormais avoir qu'un temps; toute la question n'est que du plus au moins.

Ce qu'ûi^ veut bien appeler les iles Chinchas n'est, à vrai dire, qu'un groupe de rochers situé à une dizaine de milles de la côte, en face de la ville de Pisco que l'on aperçoit trèsdistinctement du mouillage ; les navires s'y trouvent sans aucun abri sm* un détestable fond de roches. Chacun d'eux

•M SOUVBnitS

nooit k aoD urMe un onniëro d'ordre indiquant khi tsar de chargemeal, ^'U ett.parfi»i oblige d'attoidredcux et tioia moii; puii, ce leur «nivé, il va Vamaner oontie les rochera à pici dont llle ett tonnée : !&> une intermuutde manche en toile, qui descend du haut decesrociien danssacale, ycoDduU le guauo. — Les embaications accoiient h une éàteiie d'un efiét assex nngulier, et fixée Terticalementle long d'une blabe d'environ deux cents pieds de haut. — Déjà, dans le caoot et même à bord des naTires, la locle odeur anunonia- Cale du guano se fait désafréablement sentir, tnais quand on a mis le pied sur llle c'est bien autre chose, cette odeur vmu uisH pour ainsi dire à la gorge; tous êtes aussitôt envahi par la poussière Qne et ténue qui forme le sol. — Elle couvre vos vêtements, entre dans vos chaussures, vous pénètre dass ia yeux, dans la bouche, dans les oreilles, et l'ou a^ire au moment de pouvoir se purifier; puis, au bout d'une demi^tteure* on s'bahîtuB à celle atmosphère qui n'a par le fait rien de inalsalQ, et les employés péruviens qui sont établis sur llle ensontarriTé9,pour ainsi dire, à ne plus s'en apercevoir. La plus:grande des Cbinchas est aa plateau de roches d'environ deux milles de tour, entièrement recouvert de couches de guano superposées, d'une prolbodeur totale variable et rarement mTérieure k dix mètres. Chacune d'elles est (brmde d'une poussière extrêmement &ne et compacte, parCùtement hooK^ène et d'une teinte [dus ou moins jaon&tre. Dans (es tranubées ouvertes, le guano se présente en couclies analtycuos de tout point aux couches gécdsgiques de terrains de dif- " ents ordres; on les suit, on les voit s'infléchir sur toute r étendue suivant les modiflcatiiuis de la surface primitive l'Ile, et la diversité des teintes accuse aussi nelleraentqae isible la Umite de chacune, d'elles. Si la ^profondeur du ino est rarement de moins de dix nàties, il est bien des Iroils où elle atteint quarante et même i^aquaule mètres;

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on comprend combien de semUables diffërences rendent difficile une évaluation même approitimatite de la qtiantité qui ODHvre llle , d'autant plu!) ^u'il' arrive souvent q^'sxL milieu d'un plateau où Ton s'attend i trouver sur un grand espace une profondeur uniforme^ on rencontre tout à côup^ surgissant, isolée comme un ôbéUsque^ une de ces roches que les Péruviens nomment penasco. La commission que le gouvernement avait chargée de cette évaluation procéda par le seul itioyen praticable, bien qu'il dût> pour inspirer quelque confiance^ ôtre néicessairement tr&s-long : c'était de fdre, dahs les couches de gtiàno^ des sondes aussi multipliées que possible, de manière à pouvoir représenter à peu prè^ la surface de la roche; la surface de nie était relevée par les procédés ordinaires, et il ne restait plus qu'à cuber au moyen des sondes prides comme ordonnées; nous ne saurions dire si ce travail a été mené à bonne an.

L'e:i^loitation du guano est des plus simples : on a choisi les points de File où les navires peuverit venir s'amarrer sans dttnger pendant' la durée dû chargement. I^es tombereaux, conduits par des mules. sur de petits chemins de fér à rails moMles, viennent' déverser leur chargé dans des manches en toile fbrte qui conduisent le guano jusqu'au fond des cales; on peut de la sorte n'exploiter que dans un nombre de tranchées assez restreint, et Ton y gagne de laisser le guano moms efxposé au contact de l'air, ce qui lui fait perdre de sa puissance comme engrais; aussi les couches supérieures sont-elles moins estimées que les couches inférieures. Rien de moins coûteux que ce travail. Quelques centaines d'inaividus y suffisent, et le gouvernement les choisit par économie dans l'émigration chinoise. Des agents du fisc sont préposés aux opérations et en tiennent compte. Us passent d'ordmaire une année dans cet agréable séjour, et vivent sur Tlle où on leur a confltfuitqnâques maisons en bois; les Chmois habitent sous d&i

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haogan. L'imaginalion est Yéritablement confondott quand on réflëchit au nombre d'années> je dirais presque de siècles qu'il a fallu pour accumuler ces prodigieuses masses de guano; il y aurait là un calcul à (aire qui^ pour n'être pas précisément

Du foin que peut manger une poule on un jour,

n'en serait pas moins curieux.

Je ne sache pas non plus, il faut le dire, un pays du monde où les oiseaux se montrent aussi nombreux que ^ur la dote du Pérou; la Providence qui, comme nous l'apprend Racine, leur doit et leur donne la pâture, a^ dans sa sollicitude partiale, placé là tout exprès pour eux d'innombrables bancs de poissons moins favorisés. On voit toute la gent ailée se transporter lentement à la suite d'un de ces bancs qui frétillent à la surface de l'eau; leurs nuées chargent Fair; puis, à l'improviste, des bataillons entiers se laissent tomber comme à un commandement et remontent avec leur proie daps le bec; on dirait une pluie d'oiseaux, et nulle autre comparaison ne pourrait mieux rendre ma pensée.

Le repas terminé, ils vont digérer et se reposer sur Teau à côté les uns des autres, mais toujours par espèces. Ici les pélicans, là les mouettes, pliis loin les goélands, sans jamais se fourvoyer les uns chez les autres; c'est alors d'oiseaux que la mer semble couverte. Ce qui m'a toujours étonné chaque fois que j'ai observé cette pêche, c'est la constance résignée avec laquelle ces innocents poissons se prêtent aux desseins de la Providence en restant des heures entières à fleur d*eau, tandis qu'ils pourraient,si facilement plonger et se débarrasser ainsi tout naturellement de l'ennemi. Pourtant, ils ne prenaient ce parti que quand les pêcheurs, repus, s'en allaient procéder à leur digestion. Ces oiseaux sont protégés par les ordonnances péruviennes, non plus avec la sévérité mise en

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pratique au temps des Incas^ mais des amendes interdisent aussi de les tuer autour des îles à guano^ et de troubler leur repos en tirant des coups de fusil à poudre et en l'air. Il en est résulté chez eux une confiance^ une familiarité d'allures véritablement singulière; sur cette rade des Gbinchas^ si peuplée de navires^ c'est à peine s'ils se dérangent pour les embarcations^ et les gros pélicans surtout, à la physionomie débonnaire et papelarde, vous suivent de rœil et vous saluent en leur patois avec une quiétude touchante ; on les voit couvrir un rocher que l'on peut accoster sans en faire envoler un seul; et là ils déposent le guano avec toute la^componction^ tout le recueillement et toute la gravité que comporte l'exercice d'une opération dont ils semblent comprendre Timportance. Ces îles sont en môme temps leiu* ossuaire; la tranquillité qu'ils y ont trouvée toute leur vie, les leur fÎGLit élire de préférence pour lieu de sépulture.

Les sages ordonnances dont je viens de parler furent durant notre séjour l'origine d'une discussion entre les autorités péruviennes et l'équipage du navire américain Défiance, qui, n'ayant pas voulu se soumettre à la police de la rade, assaisonnait son refus de toutes les épices de l'insolence yanA^e; quand il fallut en venir à mettre quelques-uns des mutins aux fers, les Péruviens, qui n^avaient là pour tout stationnaire qu'une malheureuse goélette^ se trouvèrent dans la nécessité d'emprunter du secours à quelques navires marchands français. La Défiance quitta la rade; mais, pour faire pièce aux Péruviens, elle imagina de saluer 111e avec deux canons qu'elle avait à son bord. Nouvelle réclamation des agents du Pérou, nouvelles injures des Américains. Une rixe s'ensuivit, à la suite de laquelle les derniers furent tenus aux fers, et le navire abandonné aux premiers. Ce conflit alla au cabinet de Washington, qui demanda^ conune de coutume, une grosse indemnité pour récompenser ses nationaux de Tinsolence (in-

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solence surtout enven les faibles j bien entendu) qui tendi devenir le trait distînctif du caractère yankee.

— Que pensei-YOus de cette affaire? demandai-je à un Té^ ruvien.

— Que quiere luted utUyr, pagaremos, répondit-il. Une autre prétention plus sérieuse et non moins étrange

s^étaît élevée quelque temps auparavant au sujet des îles Lobos {de tierra y de a fuera), situées un peu au nord dû Gàllao. Des négociants anglais l'avaient d'abord suscitée; mais la bonne foi du cabinet de Saint-James en avait de suite fait justice^ quand^ en juin 1852^ le gouvernement américain reprit l'affaire pour son propre compte^ sous l'étrange prétexte que ces lies étaient une propriété publique. Quelque ridicule que fût cette tbës^, ce ne fut pas sans peine qu'on l'amena à se dessaisir de ce qu'il maintenait être son droit.

Ces îles Lobos et nombre d'autres groupes de rochers épm sur la côte constituent au Pérou une réserve assez rassurante de vastes dépôts à peine explorés jusqu'ici^ bien que tous ces guanos n'aient pas des qualités ni par suite des valeurs égaies. Le guano de Bolivie, par exemple, est, je Fai dit, tenu en assez médiocre estime; celui du Pérou lui est très-supérieur, et le haut prix auquel le place aujourd'hui l'agriculture européenne lui assure un débouché d'autant plus certain et avantageux^ que le fret du retour pour les navires se trouve assez difficilement sur la côte ouest de l'Amérique du Sud. Mais, triste con* clusionl quand .cette source de richesse sera tarie, qu'arrivera-t-il? C'est que le pays qui en aura le mohis profité, le pays auquel il en restera le moins sérieux bénéfice, sera précisément celui qui le possédait, le Pérou; conséquence inévitable l'un désordre administratif dont rien ne semble présager le terme chez ce malheureux gouvernement.

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