LOUIS DE L*ESTOURBEILLON
tificaux, indignés de la lâche agression des envahisseurs, résolurent de se faire tuer plutôt que de se rendre. Le 20 septembre, quand les batteries Italiennes ouvrirent le feu, ils étaient à leur poste faisant un suprême effort pour repousser la multitude des assaillants, décidés à rester jusqu'au dernier soupir fidèles à leur drapeau et à leur serment. Lorsque plusieurs eurent succombé et que la brèche fut ouverte, sur l'ordre de Pie IX, qui ne voulait point laisser massacrer ses fidèles défenseurs, le drapeau blanc fut arboré. Quel cruel moment pour ces braves qui se voyaient ravir l'occasion d'une sainte mort 1
Ce hideux spectacle de l'insolence des vainqueurs fut épargné à Louis. Le matin même de l'attaque il s'était préparé au combat par la confession, et la sainte eucharistie vint purifier encore cette victime destinée à l'honneur du martyre. Placé derrière les créneaux des murailles, il trouvait que son tir n'était pas assez précis. Pour mieux voir les Italiens et les viser avec plus de facilité, il monte sur le rempart avec une audacieuse intrépidité, et, se tenant complètement à découvert, il continuait à faire le coup de feu, quand une balle vint le frapper en plein front. Le sergent Hue s'élance pour le recueillir entre ses bras, et Louis, baigné dans son
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sang, est transporté à la villa Ludovisi, oU le Père de Gerlache fut lui donner une dernière absolution et recevoir son dernier soupir. A la faveur de la nuit, l'aumônier des zouaves plaça le corps dans une voiture et le transporta à l'hôpital du Saint- Esprit pour qu'il pût être inhumé avec ses frères d'armes dans le cimetière Saint-Laurent. M. de TEstourbeillon nous a annoncé en ces termes la fin glorieuse de son fils : « Mon Louis est mort, comme beaucoup des siens, pour son Dieu et pour sa foi. »
HENRI NOUAUX
Henri Nouaux, né le i5 juin 1847 à Beaumont-sur-Sarthe, élève du collège d'Argentan, puis de l'école Sainte-Geneviève du 10 octobre i865 au 21 avril 1867, admis à Saint- Cyr en 1867, sous-lieutenant au 8« bataillon de chasseurs à pied en 1869, tué à la bataille de ReichshofFen Je 6 août 1870.
Le 20 juillet 1870, au moment où son bataillon partait pour la frontière du Rhin, Henri écrivait : D Je me suis préparé à entrer en campagne par une bonne confession générale et en recevant la sainte communion. Je pars donc le cœur content, n'ayant qu'une seule inquiétude , ma mère ! Je compte bien que le bon Dieu nous fera la grâce de lui accorder les forces nécessaires pour supporter
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cette épreuve. » — « J'espère en votre courage, écrivait-il à sa mère le 2 1 ; mon départ ne doit nullement vous effrayer, puisque je remplis mon devoir de citoyen, de soldat et de chrétien. J'ai fait une confession générale de tous mes péchés et demain je recevrai la sainte communion. Vous pouvez donc me voir partir sans crainte et avoir confiance dans le bon Dieu. Je suis protégé dans le ciel par celui qui nous a tant aimés ici-bas. »
Henri parle ici de son père, mort le 26 mars 1 869, jour du vendredi-saint, à six heures du soir. La santé de M. Nouaux, affaiblie- par le travail, avait été l'objet des préoccupations de son fils. Il était médecin, et les nombreux voyages que nécessitait la visite des malades épuisaient de plus en plus ses forces, ce Ces courses, écrivait Henri, lui font trop de mal, et l'argent qu'il gagne ainsi coûte en vérité trop cher pour que ses enfants, auxquels il le destine, puissent en profiter... Vous avez assez, et même trop travaillé, mon cher papa; reposez.- vous maintenant et tâchez de vous guérir. Nous serions tous si heureux, si nous vous savions bien portant! » — Par malheur, ces conseils de l'affection filiale ne furent point suivis, et M. Nouaux expirait bientôt après,victime de son dévouement pour sa famille. Avant de mourir, il remit à Henri le
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crucifix qu'il tenait entre ses mains, en lui disant: « Mon fils, ne l'oubliez pas ! »
Cette belle mort, digne couronnement d'une vie chrétienne, laissa dans l'âme d'Henri d'ineffaçables impressions. Pour consoler sa mère, il redoubla d'affection pour elle et s'efforça de remplacer auprès de ses deux petits frères celui qu'ils avaient perdu. Cet amour de la famille fut l'un des traits saillants de son caractère, et afin d'adoucir le coup cruel qui venait de frapper Mme Nouaux, il lui prodiguait les témoignages de sa piété filiale.
Le crucifix qui avait reçu le dernier soupir de de son père ne le quitta plus. Dans la lettre que nous avons déjà citée il disait encore à sa mère : « J'emporte mon crucifix, mon chapelet et mon Imitation; avec cela je suis fort, et j'espère, dans quelques mois, aller jouir avec vous du repos de la campagne. Du courage! papa veillera sur nous tous; il obtiendra pour son Henri la grâce de se conduire en brave soldat du Christ, et il sera le soutien et le consolateur de sa bonne mère. Adieu; votre Henri qui vous embrasse de tout son cœur. »
Quelques jours après il se rendait à Lyon, où il fit un pèlerinage à Notre-Dame de Fourvières peur se mettre sous la protection de la sainte Vierge. Sa dernière lettre, écrite au crayon, est datée de Nie-
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derbronn, 4 août; en tête se trouvent, surmontées d'une croix, ces trois initiales : J. M. J., pieux usage de son père qu'Henri avait adopté depuis le commencement de la guerre. « Ce soir, dit-il^ je pars avec ma compagnie pour être de grand'garde. ...Je dors si bien qu'on est obligé de me secouer pour me réveiller. Priez bien pour moi; je ne vous oublierai point. » Quelques jours plus tard, Mme Nouaux apprenait la mort de son fils; longtemps après, elle put obtenir quelques renseignements, et, par suite de circonstances vraiment providentielles, le crucifix, le chapelet et l'Imitation d'Henri lui furent rendus, précieux dépôt qui rappelle un double deuil.
Le 25 juin 1871, M. le lieutenant Malpel, dans une lettre datée de Toulouse, donnait à la pauvre mère quelques détails sur la mort de son fils. « Je remonterai, si vous le voulez bien, jusqu'à notre séjour au camp de Strasbourg. Henri venait de recevoir de vous une lettre dont il me lut certains passages, les larmes aux yeux. Vous lui disiez que vous redoutiez un grand malheur et que vous étiez résolue à tout quitter pour accourir à son secours, s'il était blessé. Henri, dont le caractère était d'ordinaire si gai, faisait tous ses efforts pour dissimuler la tristesse qui l'envahissait. Frappé