HENRI N OU AUX
d'un triste pressentiment, bien que très-résolu à faire noblement son devoir, il laissait entrevoir dans ses paroles une conviction intime de sa fin prochaine. A Strasbourg il nous fallut acheter une foule d'objets pour compléter notre équipement de campagne. Combien de fois ne m'a-t-il point dit : « Ce sera pour vous, mon lieutenant; » il me donnait ce nom depuis Je premier combat. Ce souvenir s'est présenté bien des fois à mon esprit, non sans grande amertume.
« Le 3 août nous avons quitté Strasbourg, et le 4 son bataillon arriva à Frœschwiller, où il prit position. Comme on avait appris dans la journée la défaite de Wissembourg, toutes les troupes du premier corps avaient reçu l'ordre de se concentrer autour de Frœschwiller, près du village de Wœrth, pour arrêter le mouvement offensif des Prussiens. Le 6, vers huit heures du matin, la bataille commença. La compagnie d'Henri fut chargée de protéger une batterie d'artillerie, mission toujours périlleuse et réservée d'ordinaire aux chasseurs à pied. Nos soldats, couchés à terre, essuyèrent jusque vers midi un feu terrible. Henri, suivant ^'exemple de notre brave capitaine, M. Proust, restait debout au milieu des obus, calme et impassible, montrant à ses hommes ce que peuvent la