‹ Souvenirs de l'école Sainte-GenevièveChapitre 16 sur 26 · HENRI MARCHAND · texte numérisé non relu

HENRI MARCHAND

Henri Marchand, né à Mamers fSarthe) le 20 juillet 1848, élcve de l'école Sainte-Geneviève du 10 octobre i865 au 18 août 18G8, lieutenant au 4^ bataillon des mobiles de la Sarthe, blessé à la bataille du Mans le 11 janvier et mort au Mans le 3i janvier 1S71.

1)ès le début de la guerre contre la Prusse, Henri fut nommé sous-lieutenant à la sixième compagnie du bataillon des mobiles de la Sarthe, puis lieutenant. Avant le départ, il se prépara à faire noblement son devoir en mettant ordre aux affaires de sa conscience. Le 2 décembre, son bataillon, qui faisait partie de l'armée de la Loire placée sous les

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ordres du général Chanzy , éprouva de sérieuses pertes au combat de Varèze. Le 1 1 janvier, à la bataille du Mans, Henri remplissait les fonctions de capitaine. Il marchait à la tête de sa compagnie, lorsqu'une balle vint le frapper en pleine poitrine. Il fut d'abord transporté au village de Pontlieu, en avant duquel il avait été blessé, puis au Mans dans l'excellente ambulance de M. le comte de Battines. Son père et sa mère se rendirent en toute hâte auprès de lui, et ils le trouvèrent plein de courage et de résignation à la sainte volonté de Dieu. Témoin de sa bravoure sur le champ de bataille, le commandant des mobiles de la Sarthe le proposa pour la décoration. La veille du combat il s'était déjà confessé, et durant sa courte maladie il reçut les derniers sacrements de la sainte Eglise avec une foi et une piété qui édifièrent profondément le prêtre qui l'assistait. Le 3i janvier il rendait son âme à Dieu.

Après l'armistice, la compagnie à laquelle il appartenait vint déposer sur la tombe de son lieute • tenant une couronne funéraire, et tout entière elle voulut assister au service qu'elle fit célébrer pour le repos de son âme dans l'église paroissiale de Mamers.

CONTRAN DE MALARTIC

GoNTRAN DE Malartic, né à Derchîgny-Graincourt (Seine- Inférieure) le 28 août 1847, élève de l'école Sainte-Geneviève du Il octobre 1864 au 3 avril 1867, capitaine au 5" régiment des mobiles de la Seine-Inférieure, mort à Paris le 4 janvier 1871 à la suite des fatigues éprouvées durant le siège.

Le 8 septembre 1870,1a compagnie de Gontran quittait Dieppe pour venir au secours de Paris. D'abord lieutenant, il fut nommé plus tard capitaine à l'élection par ses soldats dontilavait su conquérir l'estime et l'affection, grâce à la paternelle sollicitude dont il les entourait. A Bobigny, au Bourget,

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à la défense de Drancy,à la bataille de Champigny, il mérita par sa bravoure les éloges de ses cheis. Mais les forces n'étaient point à la hauteur du courage, et bientôt il ressentit les germes de la maladie qui devait le conduire au tombeau.

Malgré son état de souffrance et les pressantes sollicitations de ses amis, Contran ne voulut point abandonner le poste qui lui était confié et il prit part au second combat du Bourget, le 2 1 décembre. A la fin de cette horrible journée, épuisé de fatigues et vaincu par la douleur, il vint dire à son commandant que, malgré son grand désir de contribuer à la défense de Paris, il était contraint de se retirer. Hélas! il n'exagérait point la gravité du mal qui en peu de jours devait nous le ravir. Le médecin de l'ambulance établie chez Mme lacomtessede Janzé, où on le transporta, reconnut aussitôt les signes d'une fièvre typhoïde. Contran fit appeler un vicaire de Saint-Thomas d'Aquin auquel il s'était déjà confessé à son arrivée à Paris. Celui-ci se hâta d'accourir et durant quatorze jours il prodigua tous les secours de la religion à son cher malade.

Voici quelques extraits d'une lettre qu'il écrivit à M. de Malartic : « Je veux vous dire toute ma peine et toute ma joie. Ma peine, vous la connaissez; c'est la vôtre, celle de tous ceux qui ont connu et

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compris ce bon Jeune homme, qui l'ont vu affronter tant de périls avec intrépidité et sourire à la mort avec courage. Mais, comme prêtre, ma joie a été aussi bien grande, en voyant sa foi et son amour pour la religion. Tous, nous avons été édifiés de ses d'irniers moments ; il a reçu les sacrements et a iàit ses confessions avec une présence d'esprit et une piété bien touchantes. Sans peine il faisait le sacrifice de sa vie; mais jusqu'au dernier instant il lui en coûta beaucoup de mourir loin de son père, de sa grand'mère, de sa tante et de sa chère sœur. Une seule fois je voulus lui en parler, et je vis de grosses larmes rouler dans ses yeux. Dès lors, pour éviter toute émotion dangereuse, je gardai le silence sur ce point; mais souvent, même dans son délire, il prononçait les noms de ceux qui lui étaient si chers, et toujours en pleurant. »

La pensée de ses parents et celle de Dieu fut l'unique préoccupation de Contran durant ses derniers iours. Souvent il disait aux pieuses dames qui le soignaient : « Récitez-moi le Soiivene:{-PQiis ; c'est la première prière que ma mère m'a apprise. » Ce fut dans ces sentiments de piété qu'il expira le 4 janvier 1871, à l'âge de vingt-quatre ans.

Le corps de Contran fut déposé provisoirement

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dans une église de Paris; mais après le siège iJ fut transporté au caveau de sa famille à Arques (Seine- Inférieure). M. l'amiral de Montaignac, presque tous les officiers du batailloi; et plusieurs des soldats de Contran, une grande partie de la population assistèrent au service religieux qui fut célébré dans l'église paroissiale, et M. le commandant Chrétien fit en quelques mots l'éloge du vaillant capitaine sitôt ravi à l'affection de set amis et de sa famille .

ALDÉRIC DE LANGLE

ÂLDÊRic DE Langle DE Gary, né à Lorient le 25 septembre 1842, élève du collège Saint François-Xavier de Vannes, puis de l'école Sainte-Geneviève du 5 octobre i858 au 19 août i86o, admis à Saint-Gyr en i86o, sous-lieutenant au 47^ de ligne en 1862, lieutenant en 1867, tué à la bataille de ReichshofFen le 6 août 1870.

Aldéric avait mérité par sa conduite exemplaire d'être l'un des enfants de prédilection de notre bien-aimé Père Ducoudray. Elevé dans une famille où la foi et la piété sont héréditaires, il demeura jusqu'au dernier soupir fidèle à ces nobles traditions. Ses qualités, qui lui assuraient un brillant

ALDKRIC DE LANGLE.

avenir, le firent choisir comme officier d'ordonnance par le général commandant la subdivision ze Savoie et de Haute-Savoie.

Après la déclaration de guerre, Aldéric s'empressa de reprendre son poste de combat. Le 6 août 1870, à la bataille de Reichshoffen, vers la fin de la journée, il conduisait ses soldats à l'assaut d'une batterie prussienne, lorsqu'il tomba mortellement frappé. Nous avons le regret de ne pouvoir donner de plus amples détails sur cette vie si courte et si digne d'éloges; elle était digne d'être proposée comme modèle aux jeunes gens qui veulent que la foi et l'honneur soient la règle souveraine de leur vie.

PAUL MORAND

Paul Morand, né à Boismé (Deux-Sèvres) le 23 mars i85o, élève du collège Saint-Joseph de Poitiers, puis de l'école Sainte-Geneviève du 1 3 octobre 1868 au 21 juillet i86g, soldat au 2« zouaves, blessé le 3o novembre stu combat de Villiers-sur-Marne^ mort le i^r décembre 1870 à Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne).

Au début de la guerre, Paul devança l'appel de la classe de 1870, à laquelle il appartenait, et choisi: le 2^^ régiment de zouaves dont le dépôt se trouvait à Oran. En passant à Marseille, il alla faire un pèlerinage à Notre-Dame de la Garde, et peu de jours après il écrivait à sa famille : « J'ai la con-

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fiance que la médaille de la Sainte-Vierge que je porte me protégera dans tous les dangers que je vais courir. »

Vers la fin du mois d'août, son régiment fut rappelé en France et bientôt envoyé à Paris. Paul voulut avant tout se mettre en règle avec Dieu. Il alla trouver son ancien directeur à Técole Sainte- Geneviève, et, sa confession terminée, il se releva tout heureux d'avoir accompli son devoir. Comme le Père l'exhortait à se battre en soldat chrétien, il lui répondit avec grande simplicité : « Je n'espère point échapper à la mort; mais, en prenant les armes, j'ai fait au bon Dieu le sacrifice de ma vie pour le salut de la France. »

Après le combat de Châtillon, où plusieurs zouaves lâchèrent pied dès le commencement de l'action, Paul écrivit à sa famille : a Dieu merci ! plusieurs ont su maintenir ferme l'honneur du drapeau; nous n'avons battu en retraite que dans la soirée. Ma compagnie est celle qui a le plus souffert; nous avons eu seize blessés et qu^re tués. Je ne me suis pas engagé pour fuir comme un lâche ! Qu'on rende donc justice aux braves, et il y en a encore. Mais ils sont honnis comme les autres : voilà les hommes ! Il faut espérer qu'à la première affaire on nous appréciera mieux. N'a-t-on pas été

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jusqu'à dire que nous étions vendus, qu'il fallait nous fusiller ? C'est honteux ! Nous nous vengerons en nous battant en héros ! » Il termine en se recommandant aux prières de MM. Bisleau et Dardaine, deux prêtres qui étaient ses amis.

Cette lettre est la dernière qui soit parvenue à sa famille. Le 2™= zouaves était campé à Courbevoie lorsque le 22 novembre il fut envoyé près du fort de Rosny,oti il demeura huit jours par un froid de onze degrés. Le 3o novembre , tandis que les soldats préparaient le café qu'ils n'eurent pas le temps de prendre, le régiment de Paul reçut l'ordre de partir. Il passa la Marne à Villeneuve-sous- Bois, et attaqua les Prussiens dans les plaines de Villiers. Vers les quatre heures du soir, Paul avec plusieurs de ses camarades chargeait l'ennemi à la baïonnette, à cinquante pas en avant du bataillon, lorsqu'une balle le frappa en pleine poitrine. Il demeura sur le champ de bataille, sans pouvoir arrêter le sang qui coulait de sa blessure. Vers minuit, des soldats allemands vinrent le relever, et ils l'emportaient sur un brancard lorsqu'une patrouille françaisCj trompée par l'obscurité, tira sur eux. Plusieurs furent blessés, les autres s'enfuirent, et Paul fut encore abandonné durant Une heure, exposé à un froid excessif. Les iniîr-

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miers purent enfin le reprendre, et ils le transportèrent dans une voiture jusqu'à un château voisin, où on lui fit un premier pansement. Puis on le remit en voiture et il arrivaitàBussy-Saint-Georgcs, vers les sept heures du matin, dans une ambulance établie chez l'instituteur, M. Berthereau. Le pauvre moribond était transi de froid et épuisé par suite de la grande quantité de sang qu'il avait perdue. M. le curé de Bussy s'empressa de le visiter, et il ne le quitta plus qu'un seul instant pour aller administrer un autre blessé. Paul fit sa confession, et comme ses forces diminuaient de plus en plus, dans la soirée il reçut les derniers sacrements, résigné à la sainte volonté de Dieu et plein de confiance en sa miséricorde. Vers six heures et demie^, il expirait.

Le lendemain , ses obsèques eurent lieu dans i'église du village ; les habitants déposèrent sur son cercueil une couronne de lauriers, et les soldats wurtemburgeois voulurent l'accompagner jusqu'au cimetière, La vie de Paul est résumée dans ces mots écrits à M. Morand par M. le curé de Bussy-Saint-Georges : a II aimait sa patrie, sa famille et son Dieu. »

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