JULIEN DE L'ESTOILE
.'ijLiiiN vicomte de l'EstoIle, né à la Lande- Chaslcg (Maine-et-Loire) le 3o mars 184g, élève du collège Saint- François-Xavier à Vannes et de Saint-Joseph à Poitiers, puis de l'école Sainte-Geneviève du 8 octobre 1867 au i3 juillet 1869, admis à Saint Cyr en i86g, sous-licutenant en 1870, nommé lieutenant au 40"^ de marche durant la guerre^ tué à Lumeau, bataille de Loigny^ le 2 décembre 1870.
Uans le discours prononcé au service anniversaire célébré à l'intention des soldats français morts à la bataille de Loigny, Mgr l'évêque de Poitiers a rappelé la fin glorieuse de Julien de l'Estoile. « Aucune défaillance, dit-il, ne s'est produite nulle part, qu'elle n'ait eu à rougir d'elle-même en face d'un exemple qui la condamnait et la flétrissait. On m'a parlé entre autres de trois officiers à peu
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près du même âge, qui ont affronté et trouvé la mort sous les yeux de leur jeune troupe dans une tentative faite pour reprendre Lumeau, fortement occupé par les Prussiens; et souffrez qu'ici une vieille et constante amitié, nouée dans ce pays de Chartres, s'attendrisse sur une maison qui tint à la fois l'épée et la plume auprès d'Henri III et d'Henri IV, et qui, sur sept fils, le dernier n'ayant pas l'âge, en comptait six au service de la France, quand l'avant-dernier d'entre eux reçut à Lumeau le coup mortel, i^
Julien fut en effet digne de ses cinq aînés et des nobles traditions d'honneur et de courage de sa famille. Au début de la guerre, seul officier avec cent recrues, il déploya une grande énergie contre les émeutiers de Nice et de Menton. Le 2 décembre 1870, il conduisait ses hommes à l'attaque de Lumeau, village situé à l'est de Loigny, lorsqu'il tomba mortellement frappé. Deux ou trois jours auparavant, il s'était confessé à l'un de nos Pères <ie Bourges. Enfant par la physionomie et le caractère, Julien avait une foi profonde et un grand amour de la sainte Vierge; aussi n'allait-il jamais au feu sans mettre ordre aux affaires de sa conscience. Nous avons donc bon espoir g'*''l est raort dans la grâce de Dieu.
HENRI DE FALAISEAL
Henri vicomte de Falaiseau, né au château d'Escrignelle' (Loiret) le 9 octobre 1841^ élève du collège d'Iseure de iSSi à 1859, puis de l'école Sainte-Geneviève du 4 octobre i85(/ au i4aoûti86i, admis à l'école de Saint-Cyr en 1861, souslieutenant au 84e de ligne, lieutenant au mois de juillet 1870 ; blessé à Gravelotte le 16 août 1870, capitaine à la l'e compagnie du aSi^ bataillon de chasseurs à pied dans l'armée de Bourbaki, tué au combat de Chaffois le 29 janvier 1871.
IlENRi écrivait de Saint-Cyr à l'un de ses anciens professeurs de l'école Saint-Geneviève : « Devenir un militaire brave comme la lame de son épée, chrétien comme ces hommes de l'ancienne roche.
HCNRI DE FAI. AISEAU.
d'une moralité exemplaire, voilà l'idéal que Je poursuis et qui remplit toutes mes espérances, »
La vie si noble et si pure d'Henri de Falaiseau est résumée tout entière dans ces quelques paroles, et les nombreux témoignages de ses parents et de ses amis, comme ses actes et ses lettres, prouvent qu'il demeura toujours fidèle à ce programme. Nature ardente et dévouée, aimante et forte, généreuse et délicate, plus prom.pte au sacrifice que d'autres au plaisir, il ne connut le mal que pour s'en préserver, et, sur son visage où se reflétaient la droiture et la chevaleresque loyauté de son caractère, on pouvait aisément entrevoir la beauté d'une âme que le souffle du vice n'avait point ternie. Camarade aimable et charmant , d'une grande distinction de manières, toujours prêt à s'oublier lui-même pour faire plaisir aux autres, plein d'entrain et de gaieté, sans le vouloir il savait bien vite conquérir les sympathies de ceux qui l'approchaient. Sa foi et sa fervente piété ne faisaient qu'accroître une humeur joyeuse qui aimait à s'épancher dans les cercles intimes en gais propos et en vives reparties. En un mot, Dieu, ce semble, .le lui avait refusé aucune de ces qualités qui font resplendir d'un plus vif éclat la vertu d'un jeune l7omme chrétien.
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Nous n'avons pas à craindre d'être accusé d'exagération par ceux qui l'ont connu, et ses amis trouveront sans doute nos éloges pâles et bien incomplets en les rapprochant de leurs souvenirs.
La première enfance d'Henri s'écoula dans une famille patriarcale où les exemples de vertu dont il était chaque jour le témoin produisirent sur son âme d'ineffaçables impressions. Tous les soirs, M. le marquis de Falaiseau prenait à part chacun de ses enfants, et ils lui faisaient tout bas l'histoire de leur journée. Ils tenaient beaucoup à ce que le seci-et ne fût entendu que par leur père, qui éci-ivait textuellement cette sorte de confession sous les yeux de chacun. La sincérité des coupables était à toute épreuve, persuadés que le bon Dieu pourrait découvrir à leur père ce qu'ils auraient caché. Cette vie tranquille s'écoula sans incidents dignes de remarque, tantôt à Nevers, tantôt au château d'Escrignelles. A la campagne, les enfants attendaient avec impatience le mois de septembre qui leur ramenait d'ordinaire d'aimables visiteurs, fidèles amis de leurs parents, le P. Varin ancien mousquetaire dans l'armée de Condé, de venu religieux de la compagnie de Jésus, et Mme la comtesse de Saisseval, fondatrice de l'œuvre des Enfants délaissés. Henri conserva toujours la
plus profonde vénération pour cette femme de si grande vertu, l'un des plus parfaits modèles de k charité chrétienne dans notre siècle.
Le 12 octobre 1845, elle écrivait : «. Oh! que Dieu est bon, quoi qu'il arrive! Et, quoi qu'il arrive aussi, rien ne pourra jamais altérer ce tendre dévouement qui m'attache d'une manière si douce à la petite famille d'Escrignelles. » Ce fut elle qui^ de concert avec le P. Varin, proposa comme institutrice à M. de Falaiseau Mlle Hivonnait,qui s'occupa de l'éducation d'Henri jusqu'à son entrée au collège. Aussi a-t-il toujours témoigné une vive reconnaissance à celle qui lui avait prodigué ses soins avec tant de dévouement.
Sa vie au collège d'iseure et à l'école Sainte- Geneviève fut celle de tout élève pieux, docile, aimant le travail, et sans autre préoccupation que de contenter ses parents et ses maîtres. Plein de confiance en la sainte Vierge, il se réjouit de voir que ses prières sont toujours exaucées. Dans ses lettres se retrouvent à chaque page les mêmes sentiments d'affection filiale, de foi et de confiance en Dieu.
En i853 il écrit à son père, à la veille de sa première communion : a Quelques lignes seulement pour vous exprimer la joie que mon cœur
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ressent; car dimanche, à six heures et demie, j'aurai le bonheur de recevoir la sainte communion. Je l'espère, vous pourrez être témoin de ma joie en assistant à la sainte messe. Venez vite. »
« Je viens de finir ma composition en version grecque, écrit-il à son père en i855. J'en suis assez content, et ce qui me donne de l'espérance, c'est que je l'ai mise sous la protection de la sainte Vierge. Les philosophes ont composé ce matin pour les prix ; c'est dommage que je ne l'aie pas su plus tôt, parce que j'aurais bien prié pour Charles ce malin à la messe, et je suis sûr que la. sainte Vierge m'aurait exaucé. » — Charles est le frère d'Henri, et leur correspondance nous montre combien grande était l'affection qu'ils avaient l'un pour l'autre.
A sa tante qui lui offrait des vêtements pour ses pauvres, il écrivait : a Les étrennes que vous me proposez cette année me font d'autant plus de plaisir que je me trouve chargé d'une manière toute spéciale des pauvres que visite la conférence de Saint-Vincent de Paul, car je suis premier assistant de la congrégation de la Sainte-Vierge. J'ai demandé et obtenu d'avoir les deux familles que Charles visitait il y a trois ans; ceci me procure la jouissance de parler de lui à ces pauvres gens. »
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Dans les rccrcations, comme à l'étude, nous retrouvons le même désir de bien faire toute chose. Par bonheur, il ne ressemblait en rien à ces enfants trop précoces qui dédaignent les amusements de leur âge, ignorent de bonne heure les pures jouissances d'une franche gaieté, et affectent des airs de grands jeunes gens avec un sérieux de très-fâcheux augure. « On dirait, écrit Henri, que le temps voudrait changer; ce serait bien ennuyeux. Il faudrait quitter tous les jeux pour aller se nicher pendant toutes les récréations sous un misérable hangar où l'on fait les philosophes, c'est-à-dire où l'on se promène de long en large en causant. Quoique je sois dans mes quinze ans. je n'ai pas encore de goût pour cette philosophie, et j'espère ne l'avoir que dans plusieurs années. »
Sa vocation pour le noble métier des armes s'était révélée depuis sa plus tendre enfance, et dès 1854, apprenant le départ pour l'Afrique d'un officier qu'il connaissait, il écrit à sa mère : « Il me semble que je ne serais pas fâché d'être à sa place; cependant vous seriez tellement tourmentée que je me priverais encore pour vous de cette satisfaction. » Mais ses goûts militaires se développèrent avec l'âge, e»:, après avoir terminé ses études littéraires à Iseure, il vint en 1 8 Sg à l'école Sainte-
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Geneviève pour se préparer aux examens de Saint- Cyr.
A cette époque il se vit cruellement frappé dan;: l'une de ses plus chères affections. L'une de se^ soeurs, qu'il aimait d'autant plus que leurs caractères sympathisaient davantage, mourut d'une iièvre typhoïde à l'âge de vingt et un ans. Du moins il eut la consolation d'assister à ses derniers instants, et nous trouvons le récit qu'il en fit luimême dans une notice publiée sur Mlle Marie de Falaiseau (i). a A mon retour de Dijon, où j'avais subi mes examens, je trouvai notre chère Marie toute souffrante. Jamais elle ne me témoigna plus d'affection. Sa première question, en me voyant, fut celle-ci: a Es-tu reçu?» Et, lisant mon échec sur mon visage : « Eh bien, n'en parlons plus; tout est pour le mieux; tu avais bien travaillé; j'avais bien prié; Dieu ne l'a pas voulu (2). »
« Chère Marie ! non-seulement elle avait bien
(i) Mémorial des Enfants de Marie de la maison dite des Oiseaux, 1864.
(2) Henri avait échoué à son examen du baccalauréat es sciences. A ce propos il écrivait à sa tante : « J'ai pris mon parti aussi bien que possible de mon échec; j'en suis même content sous un certain rapport. Car j'espère que Dieu le compensera largement par la réception de notre cher Charles-. »
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prié, mais elle avait offert de courageux sacrifices, témoin cette corbeille déposée au pied de la statue de la sainte Vierge, qui recevait autant de fleurs qu'elle avait pratiqué d'actes de vertu chaque jour, à l'intention de mon examen, et qui était toujours si bien remplie I...
« S'il m'est permis de me nommer ici, jamais je n'oublierai l'accent affectueux avec lequel elle m'appelait : — Mon petit Henri, viens auprès de moi, tu sais combien je t'aime, je ne veux pas que nous soyons séparés, — Oh! que ce souhait m'a souvent fait réfléchir! Que de fois je me suis surpris disant à la sainte Vierge : « Non, ma bonne mère, vous ne séparerez pas ce que Dieu a uni ! »
Le samedi, i3 août iSSq, la chère malade perdit la parole ; et tandis que son père avec Henri récitaient les prières des agonisants, que sa mère
ui répétait les noms sacrés de Jésus et de Marie, 2lle expira doucement pour devenir dans le ciel
'ange protecteur de sa famille. Le souvenir de cette sœur bien-aimée l'accompagna jusqu'au dernier jour de sa vie, et nous en trouvons à chaque instant la preuve dans sa correspondance. De Saint- Cyr il écrivait à sa mère, après une visite au couvent des Oiseaux : « Il y a longtemps que je n'atais été au parloir, et je vou^ avoue qu'en voyant
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toutes ces élèves avec leurs rubans violet, rouge, bleu, je ne pouvais m'empêcher de penser à notre pauvre Marie. Je cherchais même à retrouver ses traits dans quelques-unes des jeunes personnes qm nous entouraient. » Et le 12 août 1864, il écrivait à sa tante : « Il y a cinq ans qu'à pareille époque nous étions sur le point d'avoir une sœur de moins, et le ciel un ange de plus. Comme ce souvenir m'est encore présent! Mais prions! Pauvre sœurl II me semble que c'est elle qui m'a protégé jusqu'ici. Je l'aimais tant que je craindrais de l'affliger, si toutefois elle est encore accessible à l'affliction. »
L'année qui suivit cette perte si douloureuse, lorsque pour la première fois revint la fête de sa mère, il essaye de la consoler par les témoignages de sa filiale tendresse: «S'il y a des souhaits qui vous manquent aujourd'hui, ou. plutôt si des souhaits vous sont faits sans vous être exprimés,... je veux que vous trouviez du moins une consolation dans tous les vœux que je forme pour vous à l'occasion de votre fête. Vous dire combien notre séparation m'est pénible en ce moment est chose impossible. Il m'eût été si doux de pouvoir par ma présence alléger ou du moins partager une douleur que je ne comprends (jue trop ! Une seule
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pensée peut nous consoler, chère maman, c'est que, si nous avons aimé et si nous aimons encore Marie pour elle, son bonheur actuel doit nous faire moins regretter sa pénible absence... Mais pourquoi vous entretenir d'un sujet aussi triste dans un jour où )e ne devrais vous parler que de joie et de fête ? C'est, chère maman, que je devine la pensée qui empoisonnera tout ce jour autrefois le bienvenu. Mais laissez-moi vous le redire encore, si l'affection de votre Henri peut apporter quelque soulagement à votre douleur, vous pouvez l'étendre encore et encore, et j'espère que vous n'arriveixz jamais à sa iimitel... Je passerai mes examens d'admissibilité samedi, dimanche et lundi. Dieu veuille que j'y réussisse! Priez et faites prier pour moi. »
Durant les deux années de son séjour à l'école Sainte-Geneviève, Henri fut sous tout rapport le modèle de ses camarades. Ses goûts et la disposition naturelle de son esprit ne le portaient point vers rétude des mathématiques : ce fut une difficulté à vaincre, il en triompha. Elève sérieux et d'une persév'érance à toute épreuve, il ne négligeait aucune partie du programme, et, malgré son aptitude moins grande pour les sciences exactes, il en vint à obtenir parmi ses condisciples des places chaque jour meilleures.