ANDRÉ DE SUFFREN
André de Soffren, né à Béziers Hérault), élève du collège de rimmaculée-Conception à Vaugirard, puis de l'école Sainte-Geneviève du 14 octobre 1862 au 16 juillet i865, admis à l'école de Saint-Cyr en i865, sous-lieutenant au 47e de ligne en 1867, tué à la bataille de ReichshofFen le 6 août 1870, à l'âge de vingt-cinq ans.
IVIalgré les plus actives recherches, la familîe d'André n'a pu se procurer aucun détail sur sa fin glorieuse. Durant cinq mois, Mme de Suffren fut ballottée cruellement entre la confiance et la crainte. Parfois de trompeuses nouvelles faisaient luire un rayon d'espoir ,qui s'évanouissait bientôt, jusqu'à ce qu'enfin aucun doute ne fût plus possible. André était mort en brave et en chrétien le 6 août, à la bataille de ReichshofFen, digne de ses
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aieux dont le nom occupe une place illustre dans l'histoire de notre marine. Témoins de sa vaillance, ses compagnons d'armes, au retour de la captivité, ont pu rendre témoignage du courage qu'il déploya jusqu'au momentoù il fut frappé. Son frère Auguste a retrouvé le corps d'André, et il repose aujourd'hui dans le caveau de famille.
Ceux qui l'ont intimement connu savaient que son âme pleine de vertu et d'honneur était prête à paraître devant Dieu. Fidèle aux pratiques de la vie chrétienne, il avait eu le bonheur trop rare de ne pas dévier du droit chemin. Aussi aila-t-il au combat sans crainte du péril, n'ayant qu'une seule inquiétude, celle du violent chagrin que sa mort pourrait causer à une mère tendrement aimée. Au moment du départ pour la frontière, il lui écrivait de Chambéry : " Dieu ne voudra point, je l'espère, vous envoyer de nouvelles épreuves, surtout par moi qui vous aime tant et voudrais tant vous voir heureuse. Je reviendrai, soyez-en sûre ; j'ai toute confiance dans la protection de Dieu, ce qui ne m'a pas empêché de mettre tout en règle en allant hier communier avec ma sœur. » Un triste pressentiment envahit alors le cœur de Mme de Suffren; son fils était prêt, et quelques jours plus tard Dieu •levait le iai ravir.
René de Fromont de Bouaille, né à Alençon le 7 décembre 1849^ élève de l'école Sainte-Geneviève du 9 octobre 1866 au 16 juillet 1868, reçu à l'école de Saint-Cyr en 1869, sous-lieutenant au 121^ de ligne, tué au comb.i-t de Villiers le 2 décembre 1870.
UouÉ d'un cœur généreux et plein d'amour pour sa mère, René eut à lutter dès son enfance contre les saillies d'une nature ardente qu'il était difficile d'assouplir au Joug de la règle. Aussi son éducation fut-elle laborieuse, et vers la fin de 1868, la vivacité et l'emportement d'un caractère rebelle aux moindres réprimandes l'entraînèrent à un acte d'insubordination, dont les suites furent pour
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Mme de Fromont la cause d'un violent chagrin. Il promit de se convertir et tint parole. Dès lors sa conduite fut tout autre, et, grâce à d'énergiques efforts, d'insoumis il devint obéissant et docile, comme au temps de son enfance. Nous avons une lettre de cette époque qui montre combien grande fut toujours son affection pour sa mère. A l'âge de quatorze ans, il avait été envoyé au petit séminaire de Paris; et dès les premiers jours de son arrivée
il écrivait à Mme de Fromont :
« Je t'en prie, ma bonne mère, viens le plus tôt possible; tu ne peux pas imaginer comme cela me ferait du bien de me voir encore dans tes bras comme le jour de mon départ et de pouvoir communier avec toi dans cette petite chapelle de la Miséricorde, comme nous le faisions dimanche dernier. Mon oncle Charles a dit que tu viendrais peut-être dans trois semâmes, mais il me serait impossible d'attendre tout ce temps ; il n'y a que huit jours que je ne t'ai vue et ce te'nps me semble huit siècles. Malheureusement quand tu viendras, tu ne pourras peut-être me voir qu'au parloir ! Tâche de passer un mercredi à Paris, je pourrai peut-être sortir et, si tu veux, nous n'irons pas nous promener dans Paris, nous resterons enfermés dans une chambre d'hôtel, où nous pourrons nous em-
brasser et pleurer tout à notre aise et parler de mon pauvre père. Que de fois, ma bonne mère, lorsque je suis en récréation, appuyé contre un mur, il m'arrive de me surprendre une larme dans les yeux; ou bien lorsque je suis au dortoir, au lieu de dormir, je pense à toutes ces belles promenades que je faisais avec papa, ou à ce jeudi où toi et moi nous avions le bonheur de lui aider à prendre son bain, et malheureusement nous n'aurons plus ce bonheur. Si tu savais comme le cœur me battra lorsque je descendrai la rue Saint-Biaise en omnibus ; je ne pourrai m'empêcher de pleurer quand je reverrai ce Mieuxée, qu'il avait fait bâtir, ces arbres qu'il avait plantés, ces terrassements qu'il avait fait faire, cette route d'Alençon à Mieuxée que j'ai faite avec lui il y a trois semaines et cette même route que j'ai faite avec lui il y a quinze jours, non avec lui vivant, mais avec lui mort. Ah ! ma bonne mère, comme ces pensées, si tristes qu'elles soient, me soulageraient le cœur, si je n'étais pas en étude où j'ai peur qu'on me voie pleurer. Ma bonne mère, comme j'aime à t'écrire ! malheureusement je n'ai pas souvent le temps. Tu vois que j'en profite le mieux possible; bientôt il va falloir que ma lettre finisse; car le coup de cloche qui va nous appeler à la messe va bientôt être donné.
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« Adieu donc, ma pauvre mère, viens bientôt embrasser ton fils qui a un chagrin que toi seule, en le serrant dans tes bras, tu pourras arrêter pour quelques jours et qui n'aura plus de peine que lorsqu'il sera avec toi à Alençonou à Mieuxée pour n'en plus bouger jamais. »
René était depuis un an élève de l'école de Saint- Cy r quand survint la guerre contre la Prusse. Avant de quitter sa famille, il reçut le scapulaire, s'approcha du tribunal de la pénitence, accompagna sa mère à la sainte table, et avec un religieux respect il écouta les suprêmes recommandations de celle qui desirait avant tout voir son fils vivre et mourir en chrétien. Puis, il partit plein d'entrain, tout heureux de faire ses premières armes, après avoir donné sa parole d'honneur qu'il irait immédiatement se confesser quand une aftaire importante serait prévue.
Le régiment de René fut bientôt enfermé dans Paris. Après la désastreuse bataille de Châtillon, 19 septembre 1870, le 3""^ bataillon, dont il faisait partie, dut battre isolément en retraite de Fontenayaux-Roses jusqu'à la ligne des forts. « Durant cette opération, dit l'historique du i2i™« de ligne, MM. Brechin, adjudant-major, et de Fromont de Bouaille, sous-lieutenant, tué depuis à Champigny,
se firent remarquer par leur sang-froid^ leur calme et leur fermeté. » L'annonce de nos désastres et le spectacle d'une populace sans foi et sans mœurs produisait en lui une vive impression; l'expérience avait mûri en peu de jours son caractère, et, tout préoccupé des malheurs de la France, il ne songeait plus qu'à faire noblement son devoir. « Après ce que nous avons vu, disait-il, nous ne saurions être gais et insouciants comme par le passé. » Pour consoler sa mère et lui montrer qu'il est fidèle aux promesses faites au moment du départ, il lui rend compte de ses pratiques chrétiennes, <c Je n'ai pas pu aller à la messe dimanche, écrivait-il; mais le soir je suis entré dans une église pour faire ma prière. » — « Je suis allé hier me confesser; tranquillise-toi, ma chère maman, j'ai mes médailles et mon scapulaire. »
A la lecture de ses lettres, où il parlait toujours du bon Dieu et de la sainte Vierge, Mme de Fromont était à la fois réjouie et surprise par la nouveauté de ce langage auquel il ne l'avait point habituée. Elle savait combien étaient profondes et sincères les convictions religieuses de René; mais pour la première, fois elle trouvait dans sa correspondance un accent de foi et de piété qui indiquait une complète transformation dans l'âme de son fils. Ce
changement mystérieux n'était-il pas une preuve que Dieu préparait son enfant à la mort, et qu'elle devait se disposer elle-même au plus cruel des sacrifices ? En vain essayait-elle de bannir ces sombres pressentiments qui l'assiégeaient nuit et Jour; c'était bien le signe du Ciel qui d'avance annonçait la fatale nouvelle.
Le 2 décembre, au combat de Villiers, une balle traversait René de part en part, au moment où il s'élançait au secours de son lieutenant. Après la bataille, M. Henri de Malherbe, son ami et son ancien camarade à l'école Sainte-Geneviève, fit ensevelir le corps à Vincennes de manière qu'il pût être plus tard facilement reconnu.
Quand la défaite de la Commune eut rendu libre l'accès de Paris, sa mère vint chercher ce qui restait ici-bas de son enfant; mais avant tout elle voulait s'assurer que René avait été fidèle jusqu'au dernier jour à ce qu'il lui avait promis. Ce projet était d'une exécution bien difficile, et on regardait comme insensée son espérance de découvrir le prêtre qui avait dû entendre la dernière confession de son fils. Mais rien ne peut l'arrêter, il lui semble que le Ciel ne doit pas lui refuser cette dernière consolation, de toutes la plus précieuse.
De grand matin elle commence ses recherches
tout autour de Vincennes. Pleine de confiance en Dieu et portant avec elle la photographie de René, elle interroge les prêtres des environs. Tous prennent en pitié la douleur de cette pauvre mère et s'efforcent de la consoler. A ses questions presque toujours on répond sans lui laisser aucun espoir : (c Les aumôniers étaient si nombreux, plusieurs ne sont plus à Paris^ et nous avons entendu tant de confessions !... D'ailleurs beaucoup de ces jeunes gens venaient dans la soirée, et il nous serait impossible de les reconnaître... Inutile de continuer une enquête si pénible j vous ne pouvez pas arriver à la certitude, et puisque une assurance formelle ne peut pas vous être donnée, vous auriez tort de ne point compter sur la miséricorde de Dieu. »
Mme de Fromont ne se laissa point décourager. Après avoir parcouru tout le pays, vers cinq heures et demie du soir, elle se rend chez le curé du vieux Vincennes. Celui-ci l'accueille avec la plus grande bienveillance; mais elle reçoit de lui et de ses vicaires qu'il interroge devant elle, la réponse que déjà tant de fois elle avait entendue. L'insuccès de tant de démarches l'avait un peu déconcertée; avant de quitter le presbytère, elle supplie René s'il est au ciel, de la consoler en lui faisant découvrir le prêtre qui a entendu sa dernière confession.
Au même instant le curé lui dit : «Je regrette de ne pouvoir vous donner aucun renseignement; car, madame, vous n'êtes point de l'Orne? — Mais si, monsieur le curé. — Eh bien, votre fils est le seul dont j'ai conservé le souvenir; il était déjà nuit quand il entra dans ma chambre. Monsieur le curé, me dit-il en arrivant, je viens me confesser, parce que j'ai donné ma parole d'honneur à ma mère que je le ferais la veille de toutes les batailles. Il ajouta qu'il était d'Alençon, et comme je suis de la Mayenne, je lui fis observer que nous étions presque compatriotes; cette circonstance a gravé son souvenir dans ma mémoire, d
Comment exprimer la joie de cette mère si chrétienne, uniquement préoccupée du salut éternel de son enfant ? Dieu a exaucé sa prière et lui a donné Ift meilleure des consolations, puisqu'elle a tout ;..-*« d'espérer que René est au ciel.
ANTOINE DE RODELLEC
Antoine de Rodellec du Porzic, né le ii janvier 1843 à Saint Pol-de-Léon (Finistère), élève du collège de Saint- Pol-de-Léon, puis de l'école Sainte-Geneviève du 4 octobre 1859 au 5 juillet 1861, admis à l'école Saint-Cyr en 1861, sous- lieutenant au lo^ chasseurs en 1868, puis au 4^ de chasseurs d'Afrique en 1867; lieutenant eft 1867, tué le i5 avril 1870, sur les bords de TOued-Guir, à deux cents lieues environ au sud de Mascara.
Antoine joignait à une grande indépendance de caractère une rare modestie, le respect de l'autorité et un profond amour pour sa famille. Élevé dès sa plus tendre enfance dans les sentiments d'une solide piété, il se montra jusqu'à la mort >digne de ses parents, qui voulaient avant tout en
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faire un chrétien. Aucun fait saillant dans cette vie si courte, et la seule action d'éclat que nous ayons à raconter est sa fin glorieuse.
Nous ne pouvons point citer les nombreuses lettres où ses chefs et ses amis témoignent de l'estime que leur inspiraient le mérite et la vertu de notre cher Antoine ; du moins nous sera-t-il permis de les résumer en quelques mots, puisque toutes sont unanimes à signaler en lui les mêmes qualités. Esprit réfléchi, âme forte, il possédait encore jeune l'énergie et le calme d'un homme de guerre déjà complet; sa volonté persévérante ne s'éloignait jamais du but. L'amour du devoir et un haut sentiment de l'honneur lui faisaient oser tout ce qu'il croyait pouvoir.
Un jeune homme aussi bien doué devait aisément conquérir la sympathie de ses camarades; aussi sa mort a-t-elle été un véritable deuil pour tous ceux qui l'avaient connu. L'un d'eux, qui vécut avec lui dans l'intimité à l'école Sainte-Geneviève, à Saint- Cyr et à l'école de Saumur, écrivait au frère d'Antoine (i) : a De Rodellec était pour moi un de ces
(i) Le frère aîné d'Antoine, entré à l'école navale en 1847, était devenu, jeune encore, lieutenant de vaisseau pour fait de guerre à la prise de Saïgon (Cochinchine). Puis, il fut nommé chevalier de la Légion d'honneur et d'Isabelle-la-
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rares amis sur le dévouement desquels on peut compter, et sa mort laisse dans mon cœur un bien grand vide. Je n'ai jamais rencontré d'âme plus élevée, de nature plus loyale et plus droite, de cœur plus généreux et plus dévoué. Aussi, Monsieur, étais-je fier de l'amitié qu'il avait pour moi. :»
Un autre officier écrivait en apprenant la mort d'Antoine : « Je devrais être satisfait, puisque je suis porté pour la croix; mais ce bonheur est trop troublé par la perte d'un jeune lieutenant, M. de Rodellec. C'était un Breton, et il avait toutes les qualités de son pay:. »
Sa foi de fervent catholique s'indignait surtout contre les attentats sacrilèges du gouvernement italien, et il ne pouvait comprendre l'indigne conduite de ceux qui en secret étaient les complices des spoliateurs. «Où donc est cet honneur français, écrivait-il, qui nous a faits maîtres et souverains de l'Algérie? Je m'abîme en ces réflexions; c'est que
Catholique. Il avait donné sa démission en i863. Quand éclata la guerre contre la Prusse, il s'empressa de reprendre du service, fut nommé chef d'escadron d'artillerie dans la mobilisée au 21» corps, et fut tué le 17 décembre 1870 au combat de Droué (Loir-et-Cher), après avoir contribué pour une large part à faire repousser l'ennemi dans cette Journée. A huit mois de dislance les deux frères succombaient, victimes de leur dévouement et de leur courage.
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je suis jaloux de l'honneur de mon pays, et je voudrais le voir occuper la place qui lui est due. N'allons-nous pas en finir avec les ennemis de l'Eglise et marcher le front haut? »
Antoine obtint un congé en 1869 et vint passer les derniers mois de l'année dans sa famille; elle put s'assurer qu'il était toujours fidèle à ses pratiques religieuses. D'une dévotion filiale pour la Mère de Dieu, il ne quitta jamais le scapulaire, ce précieux habit de la sainte Vierge qui est pour le mourant un suprême espoir de salut. « Je suis bou' chrétien, » disait-il à sa sœur religieuse du Sacré-Cœur; et ce simple mot était bien le résumé de sa vie.
Avant son départ pour l'Afrique, il alla se confesser et voulut assister avec ses parents à une messe qu'il avait lui-même demandée. L'un de ses anciens camarades, avec lequel il passa sa dernière soirée à Paris, écrivait plus tarda M. de Rodellec : a Ah ! Monsieur, c'était bien le véritable ami, religieux comme le sont peu de jeunes gens. Je me rappelle encore les bons conseils qu'il me donna dans cette soirée, me disant qu'il conservait toujours les bons principes qui lui avaient été inculqués dans sa famille. »
A son retour en Afrique, Antoine apprit avec
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grande joie que le 4nie chasseurs était désigné pour une expédition dans le Sud. Le régiment qui avait pris une glorieuse part aux combats d'Afrique et à la guerre de Crimée avait été compris dans des réductions de l'armée. Réorganisé en 1867, il attendait avec impatience l'occasion de recevoir le baptême d a feu. En mars 1870 il quittait Mascara, et après un mois de marche il arrivait à deux cents lieues vers le sud, sur les bords de l'Oued-Guyr.
Le 1 5 avril. Jour du vendredi-saintj la colonne expéditionnaire rencontra la tribu marocaine des Douai-Ménia. Le terrain était coupé d'une multitude de canaux profonds et escarpés. Antoine avec son peloton commence un feu très-vif contre un groupe d' nnemis,fort de quatre-vingts cavaliers et de quatre -^ents fantassins. Soutenu à droite et à gauche par (.('autres détachements, il avance avec lenteur, faisant éprouver à ses adversaires des pertes sérieuses, quand il se trouve subitement en face d'une rivière presque infranchissable. N'écoutant que son courage, il y entre à cheval, persuadé que 'son exemple va entraîner à sa suite les tirailleurs. Malheureusement une partie des chevaux ne put franchir l'obstacle. Antoine traverse le large torrent qui menace de l'engloutir, parvient enfin à la rive opposée, et se précipite sur un parti de
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cavaliers qui venait à sa rencontre et au milieu desquels flottait un étendard. Déjà il s'était emparé du drapeau et l'agitait au-dessus de sa tête, lorsqu'il fut enveloppé et mortellement frappé. Les cavaliers qui l'avaient suivi commencèrent une lutte héroïque, et sept de ces braves furent tués en protégeant son cadavre. Quand les autres chasseurs eurent passé le torrent, ils ne purent que recueillir les dépouilles d'Antoine et protéger les débris de son peloton. On put rapporter à son père la bride et le harnachement du cheval ; la lutte avait été si vive, qu'ils étaient tout tailladés de coups de yatagan (i).
Le 17 avril, M. le colonel de Quélen é.;rivit à M. de Rodellec : « Comme colonel du ^™^ chasseurs et ami de monsieur votre fîls, j' .1 une bien douloureuse mission à remplir.
« Le régiment parti en expédition depuis un mois a rencontré avant-hier des trious marocaines qui occupaient une position formidable. Les escadrons ayant été appelés à donner ont subi d^s pertes considérables, et votre pauvre enfant a trouvé dans ce combat acharné une mort glorieuse pour un soldat.
^i) Ces détails sont contenus dans une lettre de M. le sous-lieutenant Rivoire, qui combattait aux côtés d'Antoine,
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a Je sais, monsieur, qu'il n'y a pas de consolation à votre douleur; la religion seule peut mettre un peu de baume dans le cœur d'un père si cruel-, lement éprouvé. C'est le vendredi-saint, vers une heure, que votre fils a succombé; et votre vieille foi de Breton vous rappellera que ce Jour même, à pareille heure, le Christ montait au Calvaire. Je ne saurais vous dire toutes les larmes que cette mort a fait verser aux chefs, aux camarades et aux chasseurs du lieutenant de Rodellec si aimé de tous. »
Grand nombre de lettres d'officiers, entre autres du lieutenant-colonel du régiment d'Antoine, expriment de la manière la plus touchante les vifs regrets inspirés par sa belle mort. Le lendemain du combat, le colonel de Quélen «. voulant donner un dernier et juste tribut d'admiration » au lieutenant de Rodellec et aux sept chasseur^ tués près de lui, mit leurs noms à Tordre du régiment. Après avoir félicité ses soldats de leur courage, il ajoute : « Nous avons malheureusement payé cher ce baptême du feu. L'un des plus brillants entre les brillants officiers du régiment a payé de sa vie son dévouement et son ini:répidité... Conservez toujours, comme une sainte tradition, le souvenir des exemples de bravoure et d'abnégation qui vous ont été donnés par vos camarades. » Le colonel de
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Quélen fit de plus reproduire la photographie d'Antoine pour en distribuer un exemplaire à chaque homme de son escadron.
De retour de leur expédition, les officiers du régiment firent célébrer à Mascara, le 27 mai, un service funèbre pour le repos de l'âme du lieutenant de Rodellec et des sept braves chasseurs tombés à ses côtés. Le général de Colomb et toute la garnison voulut assister à la cérémonie. « Quand, au moment de l'élévation, écrit un ami d'Antoine, les trompettes ont sonné en sourdine la marche de deuil, l'on voyait les larmes couler lentement sur toutes ces figures brûlées par le soleil d'Afrique. Cette oraison funèbre vaut toutes les autres. »
Vers la même époque, nos anciens élèves étaient réunis pour célébrer la fête de notre bien-aimé Père Ducoudray. Répondant à un toast où l'on avait fait allusion à l'héroïque mort d'Antoine, il excita les applaudissements prolongés des nombreux convives en faisant l'éloge de cet officier vaillant et chrétien dont l'école Sainte-Geneviève est fièrc à juste titre.