‹ Souvenirs de l'insurrection normande, dite du fédéralisme, en 1793Chapitre 24 sur 45 · ERREUR DES HISTORIENS · texte numérisé non relu

ERREUR DES HISTORIENS

J'ai dît que sur tout ce qui regarde Tinsurreciion du Calvados, il n'y a nul compte, à tenir des récits des historiens de nom et de profession.

C'est qu'en effet entre ceux qui ont essayé de toucher ce sujet, aucun, sans excepter môme les plus habiles, ne s'est donné la peine de l'étudier sérieusement dans aucun de ses points.

Tous suivent, ou ensemble ou séparément, les données toutes diverses de Louvet et de Wimpffen, sans pi*endre le moindre souci de les apprécier ou de les mettre d'accord entre elles, et souvent encore en les mêlant de traits de pure supposition ou de ouï-dire mensongers, empruntés des mauvais journaux du temps.

Ainsi, c'est d'abord la cause du mouvement insurrectionnel, que le plus grand nombre attribue exclusivement h l'influence des députés réfugiés, tandis que d'autres ont imaginé d'en faire comme l'œuvre personnelle de M. de Wimpffen, ou même de M. de Puisaye son lieutenant, double fond de notions fausses, sur lequel tous n'ont pu que broder aussi de faux dé-

lails, en prêtant, à des personnages mal mis en scène, des actions et une conduite que ne comportaient ni la réalité des choses, ni les convenances des intérêts ou des situations.

Deux autres sources d'erreurs non moins graves sont aussi de leur part :

D'avoir établi une distinction imaginaire et une fausse iniputation de dispositions opposées, entre l'Assemblée d'insurrection et les administrations locales du département, etc., qui n'étaient en effet qu'un seul et même tout, pris dans son ensemble ou subdivisé dans ses parties, toutes animées d'un seul esprit et marchant de concert avec elle au môme but.

Et d'avoir supposé d'un côté, de la part des sociétés populaires et de la population démocrate du pays, et de l'autre de celle du parti royaliste, une double résistance qui n'exista en aucune façon sous la -première de ces couleurs, et qui dans la seconde se réduisit tout simplement à ne prendre aucune \y&Yi au débat.

Entre les méprises de détails nous remarquerons les suivantes:

V Fédérés bretons : c'étaient, ainsi que je l'ai dit, trois bataillons superbes, d'une tenue et d'un esprit paiement excellents. M. de Toulongeon en parle à peu près comme de stipendiés, qu'on fait venir après coup et pour ainsi dire en désespoir de cause. Lacre telle enchérit sur l'erreur; il les suppose amenés à Caen par Puisaye, et nous les donne sans autre façon pour des chouans.

2"* Carabots : j'ai suffisamment fait connaître ail-

leurs ce qu'était cette société. M. de Toulongeon a cru que c'était celle des Jacobins, sous un autre nom purement local. M. Alphonse Beauchamp l'avait reconnue comme distincte, mais la supposait née du fait même de l'insurrection (1).

3** Rencontre de Brécourt : j'ai expliqué comment elle eut lieu, et de quoi elle fut précédée et suivie. Le fait fut unique, et se passa le 13 de juillet. M. Thiers en a fait trois affaires, qui se seraient passées devant Pacy, à Pacy et deyan| Vernon, les 13, 14 et 15 ; M. de Toulongeon s'était aussi embrouillé dans le récit de cette équipée qu'il commençait à tort par une marche de l'armée parisienne sur Pacy.

4** Nombre des insurgés formant avant^garde en-^ gagée devant le château de Brécourt : Louvet l'avait estimé à deux mille hommes. Wimpffîen dit négligemment et comme au hasard mille à douze cents. 11 semble que les historiens n'avaient guère qu'à choisir entre les deux évalualions, ou bien encore à les modifier l'une par l'autre, pour en déduire un résultat moyen. Ils ont mieux aimé inventer des nombres de pure fantaisie en-dessus et en-dessous de ces données. M. de Toulongeon dit huit à neuf cents et M. Thiers cinq à six mille. J'ai établi que le nombre réel devait

(1 ) La vérité est seulement que Tinsurrcction en modifia sensiblement la composition par Tadjonction qui y fut faite alors d*un grand nombre de personnages étrangers à sa formation primitive. M. de Wimpffen s'y fit ainsi associer le premier et fut suivi en ce point par beaucoup d'autres. — ce fut une précaution prise contre ^es dispositions qui auraient pu naturellement y exister en germe, mais qui n'y prirent jamais aucune sorte de développement.

être d'environ dix-neuf cents. Cela nous ramène bien près du chifiFre de Louvet.

Ces observations nous semblent concluantes.

Nous les croyons suffisantes pour justifier pleinement ce que nous avions avancé .

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