‹ Souvenirs de l'insurrection normande, dite du fédéralisme, en 1793Chapitre 25 sur 45 · AFFAIRE DE MADEMOISELLE DE GORDAV · texte numérisé non relu

AFFAIRE DE MADEMOISELLE DE GORDAV

L'entreprise de M"* de Corday se lie à Tbistoire de rinsurrection du Calvados, dont elle forme comme un accessoire et une sorte de supplément.

M"' de Corday partit de Caen le 9 de juillet, deux jours après la grande parade de M. de Wimpffen, à laquelle elle assistait, et le lendemain du départ de noire dernier contingent.

Le 13 elle frappait Marat, le même jour et presque au même moment où s'engageait notre affaii*e devant le château de Brécourt, vers les sept heures du soir.

Si ces coïncidences sont fortuites, elles n'en paraissent pas moins de nature à mériter quelqu' attention.

On a beaucoup discuté la question du motif qui a dû déterminer M"' de Corday à former un pareil dessein. On aurait pu, ce me semble, s'épargner la majeure partie de ce travail.

Dix passages de ses interrogatoires et de sa Ietti*e à Barbaroux, s'accordent à déclarer sans aucune équivoque :

1^ Qu'elle regardait Marat coninie un être exécrable^ auteur de la guerre civile et de tous les maux qui allaient désoler la France ;

2" Qu'en méditant le projet de le frapper, elle avait eu pour but de sauver le pays, et de mettre fin aux troubles qui le déchiraient, et de sacrifier un monstre à la sûreté de cent mille gens de bien ;

3"" Qu'elle était décidée à cette entreprise depuis le 31 mai, jour de la proscription des députés du peuple;

4° Que ce qui l'avait surtout déterminée, c'était le résultat de la parade du 7 juillet (où il s'était enrôlé dix-sept hommes) : « Elle avait, dit-elle, considéré que « tant de braves gens venant à Paris pour chercher « la tête d'un seul homme, l'auraient peut-êlre mqinc( que, ou qu'il aurait entraîné dans sa perte beauce coup de bons citoyens. Il ne méritait pas tant c( d'honneur. 11 suffirait de la main d'une femme ; »

5° Que c'était dans cette intention qu'elle était partie de Caen et s'était rendue à Paris ;

6° Que son projet avait été alors de l'immoler au sein même de l'Assemblée, et sur la cime de la Montagne, ce qu'elle n'avait pu faire, parce que, vu son état de maladie , il n'assistait pas alors aux séances ;

T" Enfin, qu'admise auprès de lui, dans sa chambre de bain, une chose acheva de la déterminer, et ce fut la phrase qu'il fit pour lui dii'e, au sujet dès députés

réfugiés et des chefs de rinst:n*ectiQn, adniinistraleurs du Calvados, en mission à Evreux, « que sous peu de « joui*s il les ferait guillotiner à Paris. »

Tous ces détails forment un ensemble remarquable, et s'accordent parfaitement entre eux et avec tous les faits connus. Je ne sais sur quoi on pourrait se fonder pour ne pas en admettre plus ou moins complètement la sincérité.

Quelques-uns ont imaginé d'y substituer toute une fable de suggestions, d'instructions données et reçues, etc. Tout ce qu'ils en ont dit est de pure supposition.

Charlotte a plus d'une fois, et toujours énergiqueirient, repoussé cette idée.

« Elle n'a, dit-elle, communiqué son dessein à âme « qui vive et personne n'en a jamais rien su. — « Barbaroux n'était point informé du sujet de son « voyage. C'est elle seule qui a conçu son projet et « qui Ta exécuté. — Pour le former, elle n'avait pas K besoin de la haine des autres. U lui suffisait de la « sienne. — On exécute mal ce qu'on n'a pas conçu « soi-même.... etc. »

Les députés incriminés de suggestion, d'autre part, s'en sont aussi vivement défendus, mais en ajoutant cette curieuse observation : « Que de pareilles actions « ne se conseillent pas^maîs que si M*** de <^rday les « avait consultés sur la sienne, ce n'est pas sur Maràt « qu'ils auraient dirigé ses coups. » Barbaroux l'a dit tout haut à Caen, au premier moment de la nouvelle, et Louvet Ta depuis imprimé dans ses mémoires, publiés après le 9 thermidoi*.

A cette histoire de M"* de Corday, d'autres ont pensé que peut-être il faudrait coudre un prologue de roman d'amour et de vengeance, qui en serait véritablement la cause et le premier sujet.

Tout ce qu41s en ont dit n'est fondé aussi que sur de simples conjectures, et n'a pu être justifié en aucun point.

Si l'on suppose une catastrophe d'amour déjà plus ou moins ancienne, on manque son objet, ne pouvant i*aisonnablement Fattribuer à Marat, dont Todieuse influence était chose toute récente.

L'hypothèse d'une liaison présente et d'une tête à sauver d'un danger prochain, semblerait en elle-même plus plausible, et ne présenterait plus que la difficulté de son application précise à un personnage placé dans de telles conditions.

Quelques-uns ont nommé Barbaroux.

Je ne pense pas qu'il y eût songé, et nous l'avons cru alors assez vivement préoccupé d'une autre personne.

Dans la lettre si extraordinaire que Charlotte lui écrivit de sa prison, il y a de tout : de la politique, de l'héroïsme, de la plaisanterie la plus dégagée. 11 n'y a pas un mot d'aifection ou de tendresse.

Lui-même, à la nouvelle de l'attentat et de sa prompte expiation, de quel sentiment se montre-t-il touché ? Je l'ai dit ailleurs, du regret profond, mais du seul regret de n'avoir pas autrement connu cette femme et apprécié, comme elle le méritait, sa grande âme !

Rien de tout cela ne me semble permettre de supposer même un commencement de liaison.

Je ne me montrerais pas, à beaucoup près, aussi incrédule envers ceux qui prétendraient désigner Bougon-Longrais .

Nous avons vu que Bougon était en relations d'amitié et de correspondance littéraire et politique avec M"" de Corday ; qu'il avait des lettres d'elle qu'il conservait et communiquait par vingtaines.

Qu'elle avait eu d'abord la pensée de lui adresser sa dernière lettre d'adieux, et que- si elle ne l'avait pas fait c'avait été surtout dans la crainte de lui causer une trop vive affliction .

Qu'enfin admise auprès de Marat, et prête à le frapper , c'est la phrase qu'il venait de lui faire : « Qu'incessamment il ferait guillotiner à Paris les K députés réfugiés de la Gironde et les administrac< teurs du Calvados en mission à Evreux. » — Sur quoi il faut remarquer que c'est Bougon lui-même qui présidait cette mission.

Ces données ne sont pas sans conséquence, et nous pensons que de simples apparences ne sauraient aller beaucoup plus loin.

Charlotte de Corday était-elle royaliste ou républicaine? Cette question a été souvent posée, et, en général, presque aussi tôUranchée, sans autre examen, dans les deux sens les plus opposés.

M"' de Corday, par sa naissance et sa première éducation, appartenait naturellement h l'opinion royaliste.

Plus tard, des circonstances peu connues Tavaient préoccupée de lectures philosophiques , et Tavaient mise en relations avec les monarchistes constitutionnels du temps.

Lorsque la monarchie eut succombé, les monarchistes constitutionnels se trouvèrent naturellement transformés en républicains mitigés, et il parait que M"' de Corday subit cette métamorphose avec eux.

11 y eut alors beaucoup de royalistes des plus sincères qui, sans rien abjurer de leurs principes et de leurs afifections pour le passé, acceptèrent la République pour le présent comme une nécessité fatale, et qui même par un intérêt bien senti pour les personnes royales, auraient formellement rejeté toute idée de rétablissement actuel du trône, sur un sol miné de feux volcaniques toujours prêts à l'engloutir.

Tel a pu être aussi le sentiment de M"* de Corday.

Un fait a remarquer sur ce point, c'est que dans l'un des deux entretiens d'affaires que Chariotte eut avec Barbaroux dans le salon de Tlntendance, avant sou départ pour Paris, Pétion étant survenu et ayant cru devoir adresser quelques compliments « à la belle « aristocrate qui venait voir des républicains. — « Citoyen Pétiou , répondit celle-ci, vous me jugez « aujourd'hui sans me connaître ; un jour vous sau- « rez ce que je suis. » J'ai entendu ces paroles, répétées mot pour mot de la bouche même de Barba-* roux.

Quelque chose de beaucoup plus positif est un passage de son dernier interrogatoire, où elle se déclare

républicaine, et prétend l'avoir été bien avant la Révolution.

Ici j'avoue que j'ai quelque peine à en croire absolument Charlotte, et que je voudrais une explication de sa phrase.

Son républicanisme anticipé (avant vingt ans) ne me semble pas beaucoup plus sérieux que celui dont s'amusaient, dans ce temps, la plupart des élèves de nos anciens collèges.

Celui qu'elle aurait pu adopter un peu plus tard pourrait avoir en lui-même plus d'apparence que de fond réel. Je le soupçonnerais assez, pour ma jiart, de n'être, comme le paganisme romain de sa lettre à Barbaroux , qu'une réminiscence de ses lectures philosophiques, ou tout au plus un instinct du sang du vieux Corneille, auquel, à bon droit, elle se montrait fière d'appartenir.

Pour couronner cet article des discordances ou bizarreries de M"' de Corday en matière d'opinions, il n'est pas inutile d'ajouter ces observations :

Qu'elle voyait habituellement le curé constitutionnel de sa paroisse» M. l'abbé de Jumilly, à qui on ne reprochait, il est vrai, que l'irrégularité de sa position.

Qu'elle méprisait l'évêque Fauchet, « le regardant, disait-elle, comme un homme sani^ mœurs et sans principes. »

Qu'elle a déclaré n'avoir point eu de confesseur à Caen au temps de son entreprise, ni dans l'ancien, ni dans le nouveau clergé (on pourrait supposer , à la rigueur, que la crainte de compromettre son confes-

seur, si elle en avait un, l'aurait portée à déguiser la vérité sur ce point).

Qu'enfin à l'approche du moment suprême, après sa condamnation, un prélre s'étant présenté dans sa prïson pour lui offrir les secours de son pieux ministère, elle réconduisit avec politesse , mais en déclarant qu'elle n'en avait pas besoin.

On remarque, d'ailleurs encore, que, ni dans ses deux interrogatoires, ni dans ses deux dernières lettres d'adieux, on ne trouve pas une seule fois l'idée de Dieu ou d'une providence, ni celle de la résignation chrétienne. Ce sont des points sur lesquels l'histoire ne trouvera que trop souvent les Girondins en défaut*

M"" de Corday d' Arment (Marie-Anne- Charlotte), naquit le 27 juillet 1768, en la paroisse des Ligneries, au diocèse de Séez.

Sa famille était noble, mais dans un état de fortune des plus médiocres.

Une sœur du grand Corneille avait mêlé son sang à celui des ancêtres de Charlotte, et fiigure dans sa généalogie comme aïeule maternelle de son grand-père.

Charlotte de Corday ainsi qu'une sœur aînée, par privilège de naissance, et comme orphelines de mère, furent placées à T Abbaye aux Dames de Caen, et y furent élevées sous les auspices de l'abljesse, M"* de Belzunce, et de sa coadjutrice, M°' de Pontécoulant.

Elles y eurent pour amies et compagnes M'^** de Forbin et de Précorbin.

Elles y restèrent jusqu'à la suppression des ordres monastiqueS; qui eut lieu dans le cours de 1790«

A cette époque Charlotte se retira chez M"* de Brelteville-Gou ville, sa tante à la mode de Bretagne, veuve et sexagénaire, qui occupait une petite maison rue Saint-Jean, à Caen, en face de la rue des Carmes, où elle menait une vie des plus modestes.

I^s personnes qu'elle voyait le plus habituellement chez sa tante, étaient, le bon vieux M. Delarue, officier uuinicipal, oncle du général du même nom, et M. Duvivier de Jumilly, curé constitutionnel de la paroisse St-Jean.

Elle connaissait IW"* Achard et M"* Levaillant*

C'est aussi en ce temps qu'elle avait formé quelque liaison d'amitié et lié une correspondance littéraire et politique avec Bougon-Longrais — et peut-être par lui quelques relations de société avec le président Lévêque et l'administrateur Mesnil.

Elle a dû connaître plus anciennement MM. de Belzunce et de Pontécoulant, neveux de ses deux protectrices.

On a supposé qu'elle avait aimé M. de Boisjugan de Maingré, émigré fusillé en 1792. Je n'ai recueilli aucun renseignement à ce sujet.

M"* de Corday avait deux frères qui avaient aussi émigré.

L'époque que je rappelle est à peu près celle où je venais de terminerjmes études. J'habitais alors, chez un de mes parents, un appartement dans une maison, à gauche de l'église St-Jean, en face l'hôtel de Faudoas.

J'ai eu cent fois occasion de la voir à sa fenêtre,

OU de la rencontrer près de sa demeure. Aucune circonstance ne m'a mis en rapport, ni avec elle^ ni avec personne de sa société.

M""* de Corday était belle, mais toutefois moins qu'on ne Ta dit, et que ses prétendus portraits ne poiuraient le faire penser.

Ses traits étaient un peu forts.

Ce qui m'avait surtout frappé en elle, c'était l'expression de sa physionomie, toute empreinte de calme, de décence et de gravité.

Telle était la situation de M"' de Corday, lorsque les hideux débats de la Convention, la catastrophe violente du 31 mai et jours suivants, et notice insurrection Normande qui en fut la suite, la jetèrent sur une scène où personne n'eût eu l'idée quelle dût jamais figurer.

Aucune action, aucune parole remarquable ne témoignent de rintérêt qu'elle ne put manquer de prendre à ces grands démêlés.

Mais ce fut alors, comme elle nous le fait connaître, que dans son for intérieur, elle conçut le dessein de frapper Marat, qu'elle considérait comme le fléau de l'humanité.

Elle était munie d'un passeport qui lui avait été délivré le 8 avril, en vue d'un petit voyage qu'elle devait faire dans sa famille à Argentan. Dans se-s nou^veaux projets, avec cette pièce, elle pouvait avoir besoin d'une seconde, savoir: une recommandation propre à lui faciliter à Paris un accès plus ou moins direct auprès de Marat.

Elle le sentit et pensa que les députes ivfugîés pourraient lui procurer ce qu'elle désirait en ce genre.

Ce fut à Barbaroux qu'elle résolut de s adresser.

Un jour donc, l'un des derniers du mois de juin, elle se présente à Tlntendance, accompagnée d'un domestique, et demande le député Barbaroux.

On l'introduit dans le salon: Barbaroux ne tarde pas a y descendre, et l'entretien commence aussiuH.

M'^* de Corday prétend avoir une affaire qui l'appelle à Paris. Elle est chargée, dit-elle, d'y réclamer au ministère de l'intérieur, des papiers appartenant à son amie M*** de Forbin. Elle désirerait, en consëquence, être recommandée à quelque député actuellement siégeant, qui pût lui fournir le moyen d'être admise, sans trop de difficulté, dans les bureaux.

Elle offre, d'autre part, à MM. les députés réfugiés de se charger, pour eux, de toutes lettres, paquets, ou communications d'imprimés, qu'ils pourraient avoir à expédier a leurs collègues de Paris.

Barbaroux, comme on le pense, promet et accepte avec empressement service pour service, seulement il est convenu que M"" de Cocday ne partira qu'un peu plus tard, et qu'elle reviendra, à la huitaine, chercher les dépêches qui seront mises alors à sa disposition.

Au jour fixé à cet effet, Charlotte revint avec son domestique, demanda de nouveau Barbaroux, et eut avec lui un second entretien.

Barbaroux lui remit alors ses {)aquets de con*es-

pondancc, [avec une lettre particulière de recommandation pour le député Lause Dui>erret, beau-père de Guadet.

Entre ces deux visites, et vers le temps de la seconde, Charlotte avait assisté à la revue de M. de Wimpffen, passée le 7 juillet, et elle s'y trouvait apparemment dans la compagnie des députés réfugiés. Un passage de sa lettre d'adieux à Barbaroux établit que Pétion profita de cette occasion pour lui rappeler sa parole et lui renouveler une phrase d'agacerie sur ses opinions présumées.

Elle y rappelle aussi que le résultat l'avait charmée^ et que ce fut là surtout le motif qui Taffei^mit dans sa résolution.

Il faut noter, et je l'ai fait connaître ailleurs, que ce résultat n'avait été autre que l'enrôlement de dixsept volontaires insm'gés (à prendre dans huit bataillons). On conçoit si en effet il dut charmer Charlotte, et dans quel sens purent la pousser les impressions qu'elle dut en recevoir.

M"* de Corday partit de Caen par la diligence le mardi 9 de juîHet, et arriva à Paris le jeudi 1 1 , ^ers midi.

Le 12, elle avait établi des relations avec Dupefiret, en lui remettant ses dépêches, et celui-ci l'avait conduite chez le ministre dé l'intérieur, où ils ne purent être admis pour diverses causes, et qui, d'ailleurs, eût refusé les pièces, faute de procuration de M"* de Forbin pour les réclamer.

A son départ de Caen, Charlotte avait le dessein.

comme elle Fa dit, de frapper Mai*at en pleine assemblée, et de l'immoler sur la cime même de la Montagne.

Arrivée a Paris, elle apprit que dévoré par une lèpre hideuse, Marat depuis quelque temps ne se rendait plus aux séances, et ne pouvait même sortir de son appartement.

Elle prit le parti d'essayer de s'introduire auprès de lui.

Elle lui adressa, à cet effet, le 13 au matin, un billet demandant audience pour une heure, et annonçant des nouvelles importantes du Calvados.

Sur les sept heures, elle revint de nouveau, éprouva encore quelque difficulté, mais finit par être admise.

Le reste est généralement connu.

11 était dans son bain, et elle, assise auprès de lui, lui racontait des nouvelles de Caen.

Comme il Finterpellait sur les députés réfugiés et les administrateurs en mission h Evreux , elle lui fait connaître leurs noms, dont il s'empresse de prendi'e note, en s'écriant, « qu'incessamment il les fera tous guillotiner à Paris. »

« Ces mots, dit-elle, décidèrent de son sort. »

Elle s'arme d'un couteau à gaine, qu'elle tenait caché sous son fichu, et lui en perce aussitôt le cœur.

Au cri que pousse Marat, deux femmes et un commissionnaire, attachés à son service, accourent à l'instant et se trouvent bientôt suivis de plusieurs autres personnes.

On se met en devoir d'arrêter Charlotte , cpxi

n'oppose aueuue m^taoce. el inoolre le sang*fit>id le plus complet au milieu d'une foule qui parait prête à la déchirer.

Cepeudaut uu eoimnissaire de poUee survient avec deux admiuislrateiu^ de la police municipale, Inentôt suivis de quatre dépotés, délégués du Comité de Sûreté (iéiH^Ie ; la foule se calme. Chark>tte subit un pre^ mi^ interrogatoire dont le résultat est qu'elle avoue |4einenH.'ni Tattenlat, et se glorifie de Favoir commis.

« J'ai fait nui tâche, dit-elle, les autres achèveront « fouvrage. *

Ces préliminaires accomplis, Charlotte fut coiHluite aux prisons de l'Âbbaye.

Le lendemain 14-, sur le rapport qui fut fait du tout à la Convention, par deux de ses commissaires délégués, celle-ci renvoya l'affaire au tribunal révolutionnaire, chargé de l'instruire sans auti'e délai.

Le 16 au matin, la prévenue fut transférée des {Misons de l'Abbaye à celle de la Conciei^rie.

Le procès fut fait le 17 et ne dura, dit-on, qu'une demi-heui*e.

Il y eut réquisitoire, interrogaUnre, déposition de témoins, résumé de Faccusation, suivis de deux mots en simulacre de défense, de pure forme, par Chauveau- Lagarde, nommé d'office. L'accusée avait demandé Doulcet de Pontécoulant qui ne comparut point. U a été établi depuis par correspondance que la lettre d'avis ne lui avait pas été i*emise à temps.

Le jugement fut ce qu'il ne pouvait manquer d'être :

— lis —

CcNodamnation à mort sur la déclaration unanime des jurés.

Oiarlotte fut l'econduite a la Conciergerie, d'où elle ne sortit que pour, peu d'heures après, marcher à l'édiafaud.

C'est le 16, veille de son jugement, qu'elle avait écrit de sa prison ses deux lettres d'adieux au député Barbaroux et à M. de Corday d'Armont, son père. Toutes deux sont des plus remarquables, bien qu'à des degrés et à des litres dififérents. La première surtout a obtenu une juste célébrité. On peut dire à ceux qui ne l'ont pas lue, qu'ils en sont encore à ne [pouvoir se faire une idée de ce que fut Charlotte de Corday.

Charlotte endura son supplice avec beaucoup de décence et de fermeté.

Lorsque la tête eut été séparée du tronc, un valet du bourreau la releva aussitôt et eut l'insolente idée de lui appliquer un soufflet. — Les assistants ont prétendu remarquer qu'à l'instant les joues de la victime se couvrirent d'une rougeur prononcée, et que les yeux exprimèrent une vive indignation

Tous ces faits dé biographie ont été longtemps gaspillés par une foule d'écrivains plus ou moins hors d'état d'en comprendre l'ensemble et les vrais rapports.

M. Louis Dubois vient de les traiter, au contraire, avec autant d'intérêt que d'intelligence , dans son Essai historique sur Charlotte Corday, 1838, qu'il a d'ailleurs appuyé de pièces justificatives des plus précieuses.

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