INTRODUCTION
Page 4, ligne 15. — ^I^es chefs de la Gironde...
L'opinion émise par M. Vaultier sur les Girondins, paraît être celle qu'ont définitivement adoptée nos historiens les plus modernes.
M. de Lamartine les accuse de faiblesse^ d'impuissance :
« C'était la bourgeoisie triomphante, envieuse, remuante, « éloquente, l'aristocratie du talent, voulant exploiter à elle (( seule la liberté, le pouvoir et le peuple.
« Les Girondins n'étaient que les souverains honoraires d'une « révolution qui les dépassait.
(( Les meilleurs sentiments des Girondins s'évaporaient après « avoir retenti en magnifiques paroles.
« Les Girondins n'étaient que des démocrates de circons- « lance.
« L'intrigue les entraîna.
Peu s'en faut que le grand écrivain ne leur applique le mot de Robespierre « Faction des Intrigants. »
(( L'histoire se demande si le triomphe de la Gironde au 31 <( mai aurait sauvé la République ? s'il y avait dans ces hommes « de paroles, dans leurs conceptions, dans leur union, dans « leurs caractères et dans leur génie politique les éléments (( d'un gouvernement à la fois dictatorial et populaire, capable « de comprimer les convulsions de la France au dedans, de « faire triompher la nation au dehors, et de procurer l'avène- « ment d'une république régulière en la préservant des rois
« et des démagogues? L'histoire n'hésite pas à répondre : non ; (( les Girondins n'avaient en eux aucune de ces conditions. La « pensée, l'unité, la politique, la résolution, tout leur manquait. (( Ils avaient fait la Révolution sans la vouloir; ils la gouvernaient (( sans la comprendre. La Révolution devait se révolter contre « eux et leur échapper. »
a La politique girondine, dit M. Michelet, était impuissante, « aveugle, elle eût perdu la France.
« Les Girondins ne firent rien, ne soupçonnèrent même pas « qu'il y eût à faire.
« Ils prouvèrent que malgré leurs dons brillants, héroïques, « le prcrf^ond génie de la Révolution n'était point en eux.
a Leur esprit fut superficiel.
u Chose étrange ! dans ces jeunes hommes émancipés, élargis a par la philosophie du dix-huitième siècle, on retrouvait par (( moments des traces de l'étroitesse du barreau, om d^un for- « malisme diamétralement opposé à l'esprit révolutionnaire. »
« Notre conviction, dit de son côté M. Ësquiros, est que si (( la Providence les eût laissé faire, dans ces conjonctures diffi- (( ciles, ils auraient perdu la France. Leur irrésolution dans « ces temps de crise ne pouvait manquer de livrer le territoire « aux invasions de l'étranger...
u Incapables de faire face aux embarras qu'ils avaient pro- « voqués, ils se jetèrent dans des luttes et des agressions perce sonnelles. Le pays mourait, si la main de ces ambitieux ne « se fût retirée du gouvernement. »
Paul Delasalle qui nous a laissé un excellent travail sur le Fédéralisme en Normandie^ s'exprime peut-être encore plus sévèrement :
« Il faut le dire aussi, les Girondins avaient plus de vertus « privées et de mérite oratoire ou littéraire que d'intelligence « politique: ils voulaient \h répuhWqixe une et indivisible... Et (( ils brisaient eux-mêmes le faisceau au moment où elle avait a besoin de toutes ses forces. Ce fut donc à la sanglante Mon-
« tagne qu'appartint l'honneur dangereux de sauver la France (( et il est pénible de croire que la Gironde n'en eût pas fait a autant. »
M. Bûchez va plus loin : il accuse ouvertement les partisans de la Gironde et leur reproche d'avoir été foncièi-ement contrerévolutionnaires et il termine en disant « qu'on ne peut douter « en suivant leur histoire, qu'ils n'eussent versé plus de sang « qu'il n'en fut versé après eux. » Nous sommes loin de partager cette opinion, mais nous croyons qu'ils eussent été rapidement dépassés par ceux qui les suivaient, et les fureurs de la réaction thermidorienne, qui eut lieu quinze mois après leur chute, peuvent donner la mesure des conséquences de leur triomphe.
Page 8, lig. 26. — La Société des Jacobins...
La société des Jacobins, ou pour nous servir du véritable titre qu'ils se donnaient, la Société des Amis de la Constitution de Gaen, semble, pendant les différentes phases de la Révolution, avoir bien plus suivi l'opinion des majorités ou l'influence du moment, que donné l'impulsion. Royaliste constitutionnelle au commencement, nous la voyons, en 1791, mystique avec son président Claude Fauchet ; puis en 1792, séduite par quelques mots prononcés en sa faveur par Robespierre, lui envoyant l'adresse suivante qui est presque de l'idolcltrie :