PROCÈS-VERBAL RÉUNION DES CARABOTS
DE CAKN.
1 Les Carabots * de Caen, qui ne cassent de veiller au
* ■ Tiu^ «qutvalant à celui de Sans Culntles : <!pithète burlesque qui avoit Ét6 doDiiâo par l'aristocratie dûdaîgueuse nu commeDcemcal du « la Réfolution auv soits-officiers de la garde Dationale, & auiti', de leur <• ardent amour pour la liberté, et qu'ils ont conservée précieusement, a Cette uoto appartient au procès-verbal mËmc et on la trouve reproduite à peu près dans les mêmes leitnes dans le Bulletin des Autorités Constituées i-éanies à Caen, séance du Mi juillet 1793. C'est une preuve incontestable de tout ce que nous avons avancé sur l'origine do ce que M. Vaulticr appelle le car/i/iofage.
« salut de la République, pénétrés des malheurs que Tanar- « chie traîne à sa suite; voyant avec effroi quels dangers elle K pourroit occasionner.
« Considérant que la vieille idole que les préjugés de plu- « sieurs siècles avaient déifiée, est tombée sous la hache de « la loi ; qu'un culte plus sacré doit s'élever sur ses débris ; « que le respect le plus profond, le dévouement le plus entier (( pour l'exécution de la loi, doivent recevoir Tencens i)rûlé « jadis à pleines mains devant les autels de l'orgueil et du c< despotisme, se sont réunis aux Jacobins ii 10 heures du <i matin ; là ils ont attaché sur leur bras gauche un médaillon « qui portait pour devise l'exécution de la loi, ou la. Une « tête de mort était au bas, et terminait l'emblème, ils mar- <c chaient deux h deux, la musique à leuj* tête. Au centre du c( cortège s'élevait un étendard, portant le symbole ci-dessus « désigné. Dans cet état imposant ils se sont rendus à la « Municipalité, qui s'est jointe à eux. Ensuite ils ont passé « dans les principales rues de la ville et partout ils ont pro- 9 clamé leur devise. Beaucoup de citoyens ont demandé à se « réunir à eux, et à porter le redoutable symbole. Ils n'ont rt admis que les républicains reconnus.
c( Arrivés au pied de l'arbre de la liberté sur la place qui « porte le même nom ; le plus grand ordre, le silence le plus « religieux étaient observés. Alors le sabre à la main, les « yeux fixés sur l'arbre chéri, on a prononcé le serment sui- « vaut.
a Je jure de maintenir la République, une, indivisible et « populaire, la liberté, l'égalité ; d'observer les lois qui au- «( vont pour bases ces principes, et d'exterminer tous ceux « qui voudraient un autre gouvernement *.
1 On se tromperait si l'on croyait que cette lugubre mise en scène, que ces menaces de mort étaient Tapanage des seules sociétés populaires. Â dstte époque tous les hommes de parti, qu'ils fussent Girondins ou Montagnards, Toyalistes ou même prôtres, ne proféraient que des paroles de meurtre et de sang, les plus timides prenaient des airs de Rodomont et de
« Tous, d'une voix unanime, ont fait retentir les airs de « ces mots : Nous le juwns.
Tranche-Moiitagiie, comme s'ils eussent voulu inspirer aux autres la peur
qu'ils ressentaient intérieurement. Choisissons, pour exemple, une pièce
entre mille. C'est la lettre d'un digne curé, mort respecté de tous, en 18X1,
et connu par la douceur de ses mœurs et da son caractère. Il se plaint
d'insulter qu'il a reçues dans son église :
« Je suis autant indigné que surpris des horreurs dont on souille nos
u temples, et des attentats qui se commettent contre nos personnes. Ce
« ne sont pas seulement de vils animaux qui profanent nos autels; des
« maîtres ENCORE PLUS IMMONDES QU'EUX, les couvrent de leurs vo-
« missemens exécrables. On M'ÉGORGEROIT plutôt que de souffrir de
« pareilles abominations ; mais puisque je ne puis les empêcher, je n'en
« dois pas non plus être témoin. Hier je voulus élever la voix de la re-
« ligion pour confondre CES MONSTRES ; aussitôt le tonnerre de L'IM-
M PIÉTÉ se fit entendre; tous les DÉMONS semblèrent sortir de l'enfer
il et me couvrirent de leurs hurlemens épouvantables. Des CANNIBALES
« parlaient d^à de me faire dévorer parieurs chiens, ou de m'assomnier
« à coups de massues ; UN PLUS HONNÊTE ET PLUS CHARITABLE me
« déchira la jambe d'un coup de soulier, et me prouva que le parjure et
(( le mensonge accompagnent toujours la lâcheté, la bassesse. Je ne me
« retrouverai jamais dans une Assemblée où il n'y a ni ordre, ni liberté,
« ni décence; où régnent au contraire If^ tyrannie la plus affreuse, la
« grossièreté la plus sale, la scélératesse la plus horrible. Je seraii de
« cœur avec LES AMES HONNÊTES, je ne blesserai plus les yeux des
« MÉCHANS. Je me ferai remplacer par un de mes confrères. En atten-
« dant, je renouvelle par écrit la proposition que j'ai faite en public :
« J'OFFRE CENT ECUS à chacun DES LACHES qui m'ont insulté, s'ils
M veulent ALLER SUR LES FRONTIÈRES ; mais conmie ce ne sont pas
« toujours les grands INSULTEURS de prêtres qui sont le plus capables
H de brûler la moustache d'un HOULAN, ou 4e f^ûre sauter le crâne
« d'un TYROLIEN, et ne voulant pas que mon argent soit perdu pour
(( la patrie > je mets cette condition facile : Je leur donnerai 10 sous
n tous les jours qu'ils ne seront pas à l'hôpital, et le reste de la sonune
u le lendemain d'une bataille où on les aura traînés.
« Je suis, etc.
« MOULLANp, Cuj^é de Samt-^Martin,
« 13 mars 1793, l'an 2 de la Rép. »
Nota. Les mots en capitales sont imprimés de la même manière dans l'original, l'auteuf tenait à prouver qu'U les avait écrits à bon escietit, (Collection de la biblothëque de Caen).
« Alors le cortège a dirigé sa marche vers le lieu où un (( repas frugal l'attendait. On avait placé des bancs autour « d'une table nue et sans apprêt, sur laquelle étaient quelques « viandes froides. Le vin et les liqueurs étaient bannis de ce <( banquet civique, une bouteille de cidre (boisson du pays) (sic) « a été servie à chaque fédéré. Ceux des Romains n'étaient « pas plus simples à l'aurore de leur république. Cette sainte « fédération retraçait les mœurs austères des Lacédémapuiens, « et faisait un contraste bien frappant, avec les plaisirs tou- « jours scandaleux dont les esclaves de l'ancien régime « offraient le spectacle révoltant, dans ces temps d'orgies et « de débauches.
« Le citoyen Gilet, chef de Légion, a prononcé un dis- (( cours dont l'impression a été demandée. Avant de se se- « parer, tous ont renouvelle sur leurs sabres le serment qu'ils <( avaient prêté au pied de l'arbre de la liberté.
a Sur la molion d'un membre, il a été arrêté que procèsce verbal de cette réunion serait dressé, envoyé à la Conven- K tion, aux sociétés populaires, aux gardes nationales de tous « les départemeos, aux armées, aux peuples nouvellement « conquis à la liberté, et aux courriers patriotes.
(( Suivent un grand nombre de signatures. »