CHEF DE LA LÉGION
ce Citoyens Carabots,
ce Qu'il est précieux cet instant qui nous réunit fraternellece ment sous les auspices de la loi ! qu'elle est sublime la devise « symbolique qui nous décore !
ce Vous y avez retracé les justes expressions de la grandeur ce de vos âmes, vous y avez dit (l'exécution de la loi, ou la ce mort,) vous avez résolu de la faire exécuter ou de mourir. <« Quelle énergie ! Quel courage ! Vous allez placer sous son ce glaive tranchant les hypocriteis et perfides instigateurs des
« troubles, les provocateurs de Tanarchie, et les séducteurs de « la crédulité du peuple ; vous allez défendre et protéger les a autorités constituées, dépositaires des lois contre l'attaque « des scélérats qui font sans cesse tous leurs efforts pour ren- « verser Tédifice sacré de votre liberté....
(t Semblables à ces fiers républicains, dont l'histoire nous « trace l'austérité et la simplicité des mœurs, le courage et Tina trépidité ; vous vous ferez un devoir sacré de les imiter, vous c( ne souff'rirez parmi vous que des hommes utiles à la Repu- « blique....
« D'un côté vous allez déconcerter et anéantir tous les sinis- « très projets de vos ennemis intérieurs, par votre ferme réso- « lution de faire exécuter les lois, de l'autre vous allez, k la voix « de vos chefs, repousser et terrasser vos ennemis extérieurs.
« Scellons par un serment solennel l'engagement de faire « exécuter les lois, de maintenir l'égalité, de soutenir de tout « notre pouvoir la liberté et l'unité de la République Française « ou de mourir en la défendant.
« Vous avez consacré au culte de la loi, ce jour jadis destiné a à l'extravagance des despotes et de leurs esclaves, vos série ments seront toujours gravés dans vos cœurs. Quelle douce « satisfaction pour nous! quel triomphe ! la seconde année de la « République Française, sera la première du règne de laloi^))
Soit que les administrateurs ne se sentissent point assez puissants pour s'opposer à la formation d'une compagnie qui se constituait malgré eux, soit plutôt qu'ils vissent en elle le noyau d'une force armée dont ils allaient avoir besoin, ils ne s'opposèrent point à l'organisation des Carabots, bien plus, ils l'accueillirent avec bienveillance et en prirent, pour ainsi dire, la direction. Un des administrateurs, Lenormand, devint président des Carabots, et ceux-ci furent chargés de missions diverses dont ils venaient rendre compte devant le conseil de
^ Collection de M. Afx'l Vauticr.
la cité ^ Il faut dire que ces missions consistaient, la plupart du temps, en visites domiciliaires et en désarmements, quelquefois exécutés de nuit ^, et qu'elles durent mécontenter ud grand nombre de citoyens.
Par leur zèle et leur dévouement ils eurent bientôt conquis une telle prépondérance, que la société des Jacobins s'effaça presque devant eux. Ils eurent des aflSliés dans les villes voisines; les officiers et les sous-officiers de la garde nationale arborèrent leur emblème * et les communes rurales inscrivirent leur devise sur le drapeau de leur milice. Nous avons sous les yeux le discours prononcé par le curé constitutionnel, Coquille-Deslonchamps, à Toccasion de la bénédiction du drapeau du canton de Martragny, célébrée le 28 avril 1793 *. Au milieu de phrases où FEvangile et le Christianisme sont invoqués pour prouver que la souveraineté est ce le propre de tous « et de chacun des hommes, » que l'homme ne doit être assujéti k aucune domination qu'à celle de son divin Créateur, c'est-à-dire à la volonté de la majorité de ses semblables, qui en est toujours la plus fidèle expression, on y lit :
* Archives municipales de la ville de Caen ; registre des délibérations, n" 105.
2 Archives dn Calvados.
* Note communiquée par un témoin oculaire.
4 Ce discours, dont on trouve encore quelques exemplaires, a fait penser que c'était le drapeau môme des Carabots qui avait été î)ém par l*abbé Coquille. 11 suffit de lire le titre du discours et les quelques lignes qui précèdent le nom de l'imprimeur pour se convaincre du contraire :
(( Le citoyen Flambard, commandant en chef du bataillon de Mar- « tragny, convaincu que ce discours renferme lea meilleurs principes, en i< a demandé l'impression, pour être distribué dans les six compagnies « du bataillon de Martragny. »
Coquille-Deslongchamps était tellement enthousiasmé de la nbiivelle société, qu'on assure qu'il monta un jour, avec un verre plein de vin à la main, dans la chaire de la cathédrale de Bayeux où se tenaient les sé^ces du club, et 'qu'il le porta à ses lèvres en se tournant vers le Clirist et en disant : à fa santé Carabof!
C'est le pendant du Sans-Culotte Jéswi de Camille Desmoulins.
« Gitoyeiis, il n'y a pas de milieu ; rexécution de la loi, ou a les chaînes.
(( Adoptons donc aujourd'hui, el gravons profondément dans « nos cœurs, l'inscription vraiment patriotique, qu'on lit sur a la bannière de la nouvelle association qui vient tout récem- « ment de se former dans le chef-lieu de notre district : l'çxé-