‹ Souvenirs de l'insurrection normande, dite du fédéralisme, en 1793Chapitre 32 sur 45 · CUTION DE LA LOC OU LA MORT · texte numérisé non relu

CUTION DE LA LOC OU LA MORT

« Tel est le vœu bien énergiquemeut exprimé par des citoyens « respectables (les Carabots) qui s'honorent dans la ville de a Caen, d'une dénomination imaginée par les implacables en- « nemis de la liberté et de l'égalité, et qui sont, en même temps, (( la terreur des malveillants et l'espoir le plus fond^ des vrais a sectateurs de la loi.

Lorsque l'insurrection fut sur le point d'éclater, les Gar^bots; redoublèrent d'activité : leurs parades, leurs revues se multiplièrent. On raconte encore avec effroi, à Gaen, que. les habitants paisibles fermaient à la hâte leurs boutiques lorsqu'ils entendaient le tambour battre la Carabotle (car les Carabots avaient une marche particulière), lorsqu'ils voyaient passer le sinistre drapeau, fixé à sa hampe par une branche en forme de potence, afin que le vent ne pût jamais l'enrouler ; et l'on pense aujourd'hui que ces précautions étaient le résultat de la frayeur qu'ils inspiraient. Peu s'en faut qu'on ne les confonde avec les terroristes. Leurs démonstrations, au contraire, étaient en faveur des Girondins, contre la Gommune, les Jacobins et les Cordeliers, contre Danton, Marat et Robespierre. C'étaient les préliminaires de l'émeute, il est vrai, mais de l'émeute contre les démagogues et les agitateurs de Paris.

La force des Carabots était telle, à la fin du mois de mai 1793, que les commissaires de la Convention près de l'armée des côtes de Cherbourg, crurent devoir se faire affilier à leur société le soir même de leur arrivée ii Caen \ et se hâter de

< « La société populaire (les Jacobins), a joui aussi de leur présence. « Cependant on ne peut se dissimuler qu'ils n'ont point été reçus avec

faire droit aux pétitions qu'ils avaient appuyées* et c(Ue le général Wimpffen et le comte de Puisaye en portèrent les insignes ^.

Ce fut au rappel de la Caràbotte que les cinq sections de la ville furent réunies le 30 mai et les antres jours, la crainte d'inquiéter les campagnes ayant fait défendre de sonner les cloches comme c'était l'usage *.

On a vu que deux Carabots avaient été adjointe à la députation chargée de porter l'adresse du 31 à Paris. A leur retour la Société, s' emparant de l'initiative, prend imméc&atement la délibération suivante :

« La société des Carabots enverra une députation de douze « de ses membres au comité central, aux fins de lui présenter « les pétitions ci-après, au nom de ladite société :

« Que les députés du Calvados à la ci-devant Convention « seront rappelés, et qu'en cas de refus de leur part de se a rendre à l'invitation qui leur en sera faite, ils seront déclarés « rebelles et traîtres à la patrie ;

« Que la Convention n'existant plus pour le département du

« enthousiasme, non que le patriotisme ne soit plus le même, car les « Ganois {sic) quelque chose qu'il arrive, sauront toujours prouver leur « amour pour la liberté et l'égalité, leur horreur pour le despotisme, leur « haine pour l'anarchie et leur courage pour se soustraire à toute domia nation.. » {Affiches du Calvados^ 30 mai 1793.)

* Archives municipales de la ville de Caen.

2 Mémoires de Puisaye, liv. v. — On a quel<iucfois appelé Wimpffen, le gétiéral des Carahots,

^ Archives municipales de la ville de Caen. — Les campagnes se laissaient aller à des paniques que rien ne saurait expliquer, les bruits les plus absurdes volaient de village en village et il suffisait d'une seule journée pour les répandre dans un et môme plusieurs départements. Ce phénomène se représente toujoure dans les temps de révolution; nous en avons été témoins, le k juillet 18/i8. On se souvient que non seulement dans le Calvados, mais encore dans l'Orne et la Seine-Inférieure, les gardes nationales se levèrent en masse pour marcher contre des bandes imaginaires qui, disait-on, pillaient et incendiaient tout sur leur passage.

« Calvados, tous les administrateurs et agents militaires prêtées ront le serment de ne reconnaître ni de mettre à exécution « aucune mesure émanée de son sein, h dater du 27 mai der- « nier, et qlii serait adressée par le soi-disant Conseil Exé- « cutif;

c( Que tout agent militaire qui recevrait des ordres de ce dit « Conseil Exécutif et qui tenterait de les faire exécuter, sera « déclaré traître, rebelle h la patrie, et jugé par notre tribu- « nal;

« Qu'il sera créé un tribunal pour juger les Maratistes et les « factieux de cette secte impie ;

« Qu'il sera formé un corps de gendarmerie à cheval de c( deux cents hommes, au moins, pour la garde du Comité Cen- <t tral, du général de Tarmée, et pour toutes les expéditions de tt sûreté publique ;

c( Qu'il sera établi un comité de surveillance pour déjouer (c les machinations des malveillants et éclairer la marche des « gens suspects ;

(( Que tous les courriers venant de la Convention, porteurs « d'ordres ou d'écrits liberticides, seront mis en arrestation c( provisoirement, leurs paquets saisis, lesquels, après avoir été « lus au comité de la guerre ou a celui d'insurrection, seront « lacérés et brûlés par l'exécuteur de notre tribunal. »

Le 5 juin, une députation de la société s'était déjà présentée devant le directoire du département pour appeler sa sollicitude sur les dangers de la patrie *.

Quatre Carabots, les citoyens Lenormand, Percy, Lépée et Duvergé (d'Alençon), sont élus membres de l'Assemblée d'insurrection, qui, le 9 juin :

« Arrête... que les commissaires de la Convention près l'arec mée des côtes de Cherbourg, seront mis provisoirement en « état d'arrestation au château de Caen ; que pour l'exécution, (( le citoyen Lenormand, président des Carabots, s'associera le

' Affichas du CnJvadoft^ 6 juin 1793.

« nombre de ses frères de cette société qu'il jugera convenable, <( avec lesquels il va se mettre en marche à Tinstant pour « effectuer ladite arrestation, avec autorisation de requérir au (( bescHn, du district de Bayeux, la force aimée de son terri-

« toire

a Arrête, en outre, que ledit citoyen Lenormand, commis- « saire du département, requerra la municipalité de Bayeux c( d'apposer provisoirement les scellés sur les papiers et re- (( gistres desdits commissaires, et de s'assurer des sommes qui « sont en leur mains, le tout sauf les mesures ultérieures ^ »

Les Affiches du Calvados ^, en rendant compte de cette expédition, ajoutent que « les Garabots chargés de mettre à exécu- (( tion l'arrêté du Département... se sont acquittés de cette c( mission importante avec la prudence et la délicatesse qu'on « pouvait attendre de cette société républicaine et patriote. »

Enfin le 22 juin, presque tous les Garabots s'enrôlent dans le premier contingent de l'armée d'insurrection, et leur nouveau président, Legrand, est désigné par l'Assemblée pour porter la bannière des fédérés, et prête le serment de nç l'abandonner qu'à la moî'tt et de la rapporter entière ou teinte de son sang *.

Gette bannière n'avait pas d'autre devise que celle des Garabots : 1,'exécution pe la loi ou la mort \

G'était encore sur eux que comptaient, après la déroute de Brécourt, ceux qui, à Gaen, espéraient que ce léger échec était réparable. La désorganisation régnait partout et le journal de la localité leur organe, continuait à écrire neuf jours après : a Le

* Extrait du procès-verbal des séances du Conseil Général du dépco'' tement du Calvados, Caen, Leroy, in-/i^.

2 N" du 13 juin 1793.

* Bulletin des Autorités Constituées réunies à Caen, n" 1. (Collection de M. Renard).

4 Hymne de Girey-Dupré.

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