PATRIE, LIBERTÉ, ÉGALITÉ
a Sauvez-nous f vous pouvez nous sauver ! Tel est le cri a de la France; n'aurait-il pas été entendu ?
« Représenlauts du peuple, nous allons vous dire la vérité: a vos divisions font tous nos malheurs. C'est un Marat, un « Robespierre, un Danton, qui toujours vous occupent et a vous agitent, et vous oubliez que tout un peuple souffre, (f s'inquiète, attend un soulagement et des lois.
a Est-ce bien quand l'ennemi est aux portes de Rome, que a le Sénat doit délibérer s'il faut s'assurer ou non de Catilina <c et de ses complices? Entre la justice et le crime, un répu- « blicain n'a pas à choisir.
ii Législateurs, vous le savez : ce n'est pas de l'orgueil et « des prétentions des lâches, que peut dépendre la prospérité « et le bonheur des Français. La patrie ne devra, ni son salut, a ni sa gloire aux agitations et aux inquiétudes d'une vile « troupe de factieux. Il faut que la loi se fasse entendre, pour « que la grande famille se resserre, devienne heureuse et soit « purgée de tous les monstres qui l'égarent et l'oppriment.
* Sa signature est sous nos yeux. — Il dit néanmoins, dans la lettre que nous avons donucc de lui, p. 122, qu'il refusa de signer.
« Elus du peuple, c est pour le salut do 24 millions d'horooies. « C'est pour assurer les destinées de la République, que vous « devez désormais employer vos sollicitudes et vos veilles. (f Cessez des débats scandaleux qui vous divisent et nous font « rougir. Songez qu^une nation juste, puissante, ouvre enfin a les yeux sur vos interminables dissensions ; qu'elle voit, a calcule sa position politique, ses dangers, et surtout les pro- « jets des scélérats qui la bravent et vous insultent : songez « qu'elle aperçoit qu'elle n'a été, jusqu'à présent, que le triste « jouet des passions d'une faction désorganisatrice, toute dé- « gouttante de sang : songez qu'elle s'est épuisée pour servir « les intérêts des partis, et non la chose publique; qu'elle a fait a des efforts innombrables, tous à l'avantage de nouveaux a tyrans, et presque pas un à celui de la liberté : songez a enfin ({ue si la réflexion a été tardive, sa justice peut de- «( venir éclatante et terrible.
a Ils nous répondront, sur leurs têtes, n'en doutez pas, des « malheurs qui pourraient nous arriver, ceux-là qui ont dit à « leurs partisans qu'il fallait vous égorger. — Vous égorger !... a Les lâches ! ils n'ont que des poignards ; mais nous, nous « avons des bayonuelles, et surtout du courage et de l'intréa pidité.
« Vous serez respectés, Représentants du peuple ; voilà notre « volonté : car aussi nous avons notre volonté, et sans doute <c qu'on ne prétendra pas nous Tôter. Osez seulement punir les a factieux, les conspirateurs, les ambitieux, et si quelqu'un a s'oppose à Texéculion de vos décrets, nous sommes là pour « vous seconder, il nous faut la liberté, il nous faut une consa titutlon, il nous faut de sages lois ; mais il faut aussi que les « méchants se taisent et que le peuple soit sauvé. Eh quoi ! « comment a-t-il pu méconnaître ses droits et si peu se res- « pecter, celui d'entre vous qui, pour obtenir le silence, a été a forcé de solliciter les tribunes de le lui accorder!... Légis- « lateurs ! et vous, vous n'avez pas dit à la nation que dans a le sénat français une poignée de factieux, apostés à dessein,
« vous empôcbaienl d'y parler!!!... Ainsi, les représentants « de 24 millions d'hommes, investis de leur confiance, envoyés a par eux pour délibérer, agir, faire des lois en leur nom, ont « transigé sur Tinsulte faite au souverain, et ont appréhendé « de lui dire : A Paris nous ne sommes pas libres, à Paris on
« a fait des motions pour nous assassiner!
(( Élu du peuple, tu le sais, la France n*est pas dans Paris : « elle est formée par quatre vingt-quatre départements ; si a dans Tun on t'outrage, dans l'autre tu seras respecté, obéi : « là, tu trouveras un asile contre la fureur et les complots des tt brigands ; là, tu jouiras de tes droits et de la liberté ; là, tu (( vivras parmi des Français, des républicains, des frères qui « sauront écarter loin de toi les poignards et les assassins. Mais « avant de quitter le premier berceau de la liberté, fais un « dernier effort ; brave les orages ; méprise les rumeurs de (( quelques ambitieux ; punis les conspirateurs ; travaille à a donner des lois sages à un grand peuple ; sauve ton pays ; « procure le bonheur à tes concitoyens ; surtout fais-toi res- « pecter ; et si quelques scélérats élèvent encore leurs voix « impies, pense à nous, parle, et tu seras vengé *. »
A ce manifeste était jointe la protestation du Conseil Géaéral de la commune de Gaen, signée dès le lendemain :
<c Représentants,
a Justement consternés des atrocités que des brigands nB « cessent de commettre contre des mandataires, qui ont toute « notre confiance, nous deviendrions criminels envers la pa- « trie, si, dans une occasion aussi alarmante, nous étions in- (( différents aux trahisons des scélérats, que des trames ourc( dies par le crime ont admis au rang distingué de représen- « tants du peuple.
Archives municipales de la ville de Gaen.
a Ils sont donc découverts ces horribles complots ! Il est « donc déchiré ce voile liberlicide, qui dérobait à nos regards « les manœuvres impies des factieux coalisés avec les tyrans « et leurs esclaves stipendiés 1
« Comment ne pas reculer d'horreur à Faspect de Tabîme « profond où les Marat, les Robespierre et les Danton, et tant « d'autres membres voulaient engloutir la liberté ? Qu'ils « tremblent ces reptiles venimeux et sanguinaires ! Qu'ils sa- (( chent que vingt-quatre millions d'hommes n'ont pas vaine- « ment fait le serment d'être libres ! Qu'ils apprennent enfin « qu'une grande nation, fatiguée de leurs iniquités, outragée « par leurs forfaits, se prépare à tirer une vengeance écla- « tante d'attentats autant répétés que sacrilèges !
« Citoyens législateurs, restez fermes au poste que nous « avons confié à vos soins. Employez le pouvoir suprême dé- « posé en vos mains. Dispersez par la foudre des lois les agi- « tateurs d'une société, qui, vertueuse dans son principe, est « devenue depuis, le séjour de l'égarement, de l'anarchie, de u la révolte et de toutes les maximes sanguinaires.
« Ne perdez pas un instant de vue que vous êtes les sentice nelles avancées de la liberté du monde, que vous êtes des- (( tinés à réparer les torts faits à l'humanité souffrante, que « vous devez à la France une constitution digne de la révolu- « tion qui nous régénère, et que celle que nous attendons de « vous doit, par son influence, devenir celle du genre bu- « main *. »
La lecture qui fut faite de ces deux adresses à la séance de la Convention du 23 avril , produisit parmi les membres de l'Assemblée, une certaine agitation. Duroy, croyant reconnaître l'auteur de la première, déclara qu'il la regardait comme l'ouvrage du procureur-syndic Bougon. L'accusation était fausse et donna l'occasion à ce dernier d'écrire une lettre au prési-
1 Affiches du Calvados, u* du 2 mai 1703.
dent (le la Convention, qu'il fit appuyer par Bonnet de Meautiy, et que celui-ci fit imprimer pour le justifier.
Lettre du citoyen Bougon-Longrais^ procurcur-^généval-syndic du département du Calvados, au président de la
Convention nationale *.
« Gaen, le 27 avril 1703, Tan 2* de la République française.
tt Citoyen président,
(( Dans la séance du 23 de ce mois, lors de la lecture qui « fut faite d'une adresse du département du Calvados, l'un « des membres de la Convention avança que c'était mon ou- « vrage.
il Je dois à la vérité de déclarer, que non seulement je n'y « ai participé en aucune manière, mais que j'ignorais même « alors son existence.
« Profondément convaincu que, dans les circonstances ac- « tuelles, on doit oublier les hommes, pour ne voir que la « patrie, il n'eût pas été dans mes principes de faire des ap- « plications particulières.
« Au reste, amant austère de la liberté, l'âme élevée et « toute républicaine, je n'aurais cédé k personne l'honneur « de proclamer moi-môme, dans le sein de la Convention, « cette adresse, si, sous tous les rapports, elle ne m'eût été « étrangère. Bougon.
« Le citoyen Bougon a fait dernièrement un voyage à Paris, « pour affaires du Département. L'Administration l'y avait en- « voyé, pour représenter à la Convention Nationale et au mi- « nistre de la guerre, l'état de dénuement dans lequel se trou-
* « J*ai remis moi-môme cette lettre au président, mais elle n*a pas été « lue. On va voir pourquoi je la fais imprimer, avec quelques réflexions « à la suite. » (Note de Bonnet de Meautiy.)
« vent nos côtes, afin d'y remédier le plus promptement pos- « sible. Pendant son séjour àPuris, une adresse des corps admia nistratifs fut envoyée à la Convention. Les corps judiciaires, et « même la société populaire de Gaen y donnaient leur adhéa sion. Lorsqu'on commença la lecture de cette adresse, Duroy a l'interrompit, parce qu'il reconnut qu'elle renfermait des « personnalités, ce qui l'indigna, et il déclara avec chaleur, ce qu'il la regardait comme l'ouvrage du Procureur-Syndic qui tf était à Paris ; que c'était lui qui avait machiné cela. Bougon (( l'ayant appris par les papiers publics, se rendit chez moi le a lendemain, et me témoigna combien il était aiïecté d'avoir « été aiilsi inculpé par Duroy, qui avait été h portée de con- <( uaitre ses principes dans le voyage que nous venions de faire a ensemble dans le Département, en qualité de commissaires « pour le recrutement. Nous nous rendîmes de suite chez a Duroy; il y eut une explication fraternelle, et Duroy promit c( à Bougon de se rétracter ; ce qui était un acte de justice, c< puisque celui-ci n'avait pas la moindre connaissance de l'ace dresse du Département. Bougon, aussitôt qu'il a été rendu k « son poste, m'a écrit la lettre ci-dessous transcrite, en m'en- « voyant la copie de celle au président, qui prouve bien évic( demment la vérité de ce qu'il avait dit à Duroy ; car on ne a peut supposer qu'un procureur-syndic osât avancer un fait « qui, s'il était faux, serait démenti sur-le-champ par ses « collègues; conduite qui attirerait sur lui l'animadversion a publique.
« J'ajoute à cette explication, que Bougon s'est livré tout « entier, dès l'origine de la Bévolution, à la défense de la li- <' berté; qu'il n'a pas dévié un seul instant ; qu'il a été membre c( du premier comité révolutionnaire, où il s'est distingué, « quoiqu'il n'eût guère alors que 22 ans ; qu'il fut nommé pro- <( cureur de la commune ; mais que le défaut d'âge s'opposait à a ce qu'il pût occuper la place ; qu'ensuite il a été secrétairece général du Département ; et qu'enfin il a été nommé dernièc< rement procureur-général-syndic ; ce qui annonce un patrio-
« tisme bien prononcé , et des talents très-précoces. Si mon
« témoignage peut être ici de quelque poids, j'aflBrme qu'en
« effet Bougon est très-assidu à ses devoirs, et qu'il réunit la
« confiance des administrateurs et des administrés.
Au reste, j'observe que l'intention de Bougon n'est pas c( de faire la critique des Administrateurs, en blâmant l'adresse « mais seulement de rétablir un fait ; ce à quoi il attache « une grande importance. En effet, si Bougon et ses col- « lègues diffèrent d'opinion sur l'adresse en question, c'est que « ceux-ci n'ayant été instruits des événements que par les jource naux dont les auteurs sont presque toujours des hommes « passionnés, au lieu d'écrire avec la sagesse et la prudence « que les circonstances exigent , surtout lorsqu'on parle des « membres de la Convention ; ceux-ci, dis-je, se sont laissé ence traîner par un premier mouvement, qu'un peu de réflexion « eût peut-être arrêté. Cependant, j'affirme, la main sur la con- (( science, que les administrateurs du département du Calvados « ont et méritent entièrement la confiance des amis de la lice berté. J'affirme que Duroy en a porté le même jugement « que moi, dans la tournée que nous avons faite. Si leur « adresse a été improuvée par les patriotes les plus zélés, on a doit croire qu'ils ont commis une erreur ; mais leurs int^a tions sont très-droites et très-pures; je le gsurantis sur ma « tête.
« Je dois dire encore, que Bougon préside maintenant la « société populaire à Caen ; qu'il est propable que la société « n'eût point donné son adhésion à l'adresse, si Bougon n'eût « pas été absent, et qu'elle l'a fait vraisemblablement par ence thousiasme, comme c*est assez l'usage. Nous avons pourtant ce eu grand soin, Duroy et moi, de prévenir toutes les sociétés ce populaires, que nous avons visitées, d'être bien en garde ce contre les opinions particulières des journalistes, pour ou ce contre tels ou tels membres de l'Assemblée ; nous leur ce avons recommandé surtout, de ne considérer jamais que la « Convention en masse et d'inspirer à tous les citoyens le res-
« pect qui lui est dû et qui lui est nécessaire pour sauver la « patrie. J'écrivais dernièrement à la société de Caen, voici à « peu près, en substance, ce que je lui disais :
a Nos administrateurs, que j'aime et que j'estime, viennent a d'envoyer à la Convention une adresse qui a été improuvée « par les chauds patriotes. Jl semble, en effet, qu'au lieu de « jeter de l'eau sur l'incendie, on cherche à lui donner un « nouvel aliment. Hé quoi ! toujours des personnalités, et tou- « jours des personnalités ! Je ne sais si ce qui a été fait à l'oc- « casion de Marat est bien propre à calmer les têtes, à ramener (( l'union et la paix qu'on nous prêche sans cesse. Dieu le « veuille ! mais j'en doute. »
« Par ce qui s'est passé mercredi, on peut juger si j'avais « tort de tenir ce langage.
« Bonnet, député du Calvados. »
Copie de la lettre écrite par Bougon^ procureur -général-syndic du département du Calvados, à Bonnet député de ce
département.
« Caen, 27 avril, etc.
« Cher concitoyen,
« En arrivant à Caen, l'un de mes premiers soins a été de « me procurer la lecture de l'adresse du Département. Je n'en « adopte ni le sens, ni la rédaction ; et comme je tiens très- « fortement à ce que la Convention Nationale et la France « reviennent de l'erreur dans laquelle, sans le vouloir, le ci- « toyen Duroy les a mis à mon égard ; et que, placé dans un « poste important et délicat, je dois à mes concitoyens le a compte de mes actions politiques, je vous prie et vous re- » quiers, au nom de l'amitié, de faire donner toute la publicité « possible à la lettre que j'écris au président de la Convention. « Je vous en transmets, avec l'original, une copie destinée « pour la publication. Je laisse à votre prudence le soin de « veiller à ce qu'il soit fait lecture de l'original. Pardon de la « peine, etc.... Votre ami et concitoyen, Bougon.
n P, S, Je vais travailler ici à remonter le diapason du paa triotisme, que j'ai trouvé baissé, en plusieurs endroits, de c< plus d'un ton *. »
Nouvelle adresse des administrateurs et du procureur-général-syndic du Calvados, le 10 mai 1793, suivie de celle de la commune, en date du 14 :
Adresse du Dé parlement,
a Le sanctuaire de nos lois sera-t-il encore longtemps en- « vironné d'orages?... Les cris des factions troubleront-ils « encore longtemps la paix qui doit habiter son enceinte? Et « les représentants d'un peuple libre, qui devraient être « calmes, impassibles et dignes de leurs augustes fonctions, « connaîtront-ils encore longtemps les passions, les rivalités, « les haines qui avilissaient jusqu'aux esclaves des rois ?
« Législateurs, ouvrez enfin les yeux, mesurez vos devoirs, « voyez les maux de la France ; songez qu'elle attendait de (( vous son salut, son bonheur et sa gloire, et craignez, craignez « d'avoir ajouté à ses malheurs.
« Ecoutez, nous allons encore vous dire la vérité toute ence lière, ou plutôt ce n'est pas nous, c'est la Patrie elle-
« MÊMK Qtl, EN HABITS DE DFUIL, TOUTE COUVERTE DU SANG « DE SES ENFANTS LES PLUS CHERS, PARAÎT AU MILIEU DE VOtS a ET S'ÉCRlE :
a Étouffez, étouffez ces divisions cruelles qui, depuis six « mois vous occupent et vous déchirent ;
« Soyez calmes, grands et unis conime le peuple ;
« Commandez à tout ce qui vous entoure le respect et le « silence ;
« Que les tribunes se taisent, ou qu'elles soient fermées;
« Que Paris vous protège, ou qu'il vous perde : il faut que « vous soyez libres là ou ailleurs
< Collection de M. Renard.
« Que cette ville siiperbe, où naquit la liberté, sache que la « représentation nationale est un dépôt sacré, confié à sa (( garde, et dont elle répond sur son existence ;
t( Que les sections de Paris ne conçoivent pas le vain et fol (( espoir d'envahir la puissance nationale, de dicter des lois « au souverain ;
« Tous les départements, portions égales de la République, a veulent que leurs députés soient saufs, libres, et maîtres ab- « solus de leurs opinions, et s'il leur était fait des outrages, « ils seraient bientôt vengés
(( Le peuple français ne souiTrira jamais que des ambitieux' « rétablissent aucun pouvoir tyrannique sur les débris du « trône renversé ; et si jamais T affreux despotisme pouvait re- « naître, il ne parviendrait à s'asseoir que sur des millions a entassés de cadavres républicains.
a Donnez, donnez enfin h la nation qui l'attend, qui la dece mande, une constitution sage, républicaine et populaire ; le « même jour où vous aurez payé celte dette, sera l'époque du « bonheur de la France et de la défaite de ses ennemis.
(( Hâtez-vous surtout d'organiser l'éducation nationale. Les « bonnes mœurs valent encore mieux que les bonnes lois. « C'est par des institutions douces, bienfaisantes, généreuses M et mâles, faites pour le règne de la liberté, que vous fortne- (( rez aux vertus sociales cetle^généralion qui s'élève pour <( l'exemple du monde. »
« Voilà, législateurs, ce que vous dit la patrie en pleurs. « Reconnaissez sa voix et obéissez à ses oracles. Partout dans <( les déparlements le même cri se fait entendre ; partout les « mêmes vœux sont formés.
(( Pour nous, fiers habitants du Calvados, nous serons dignes « aussi de nos devoirs. Aimer la liberté plus que la vie, « immoler les tyrans et les traîtres ; couvrir de la fange « du mépris les insensés qui se croiraient faits pour dece venir nos maîtres ; employer également nos bras et nas ce armes h défendre nos lois; soutenir nos représentants et
« vaincre nos ennemis : tels sont les sentiments qui pénètrent d nos âmes : tels sont les serments que nous jurons sur les « autels de la patrie, de la liberté et de la guerre ; et certes <t ils ne seront pas trompeurs.
(( Au reste, législateurs, nous ne vous parlons ni des troubles « croissants dans l'intérieur, ni des mouvements formidables « des armées étrangères. Veillez, agissez, et comptez sur notre « courage. Nous sommes toujours les fils des Normands *.
Adhésion du Tribunal Criminel, « Du mardi iU mai 1793, l'an 2 delà République.
« Nous membres composant le Tribunal Criminel du Calce vados qui avons pris lecture de l'adresse des administrateurs c( de ce département à la Convention Nationale, en date du 10 « de ce mois.
« Déclarons que celte adresse exprime nos vœux, nos sena timents et nos principes, car nous voulons aussi que les re- « présentants de la nation jouissent de la plénitude de leurs « droits, que, libres dans leurs opinions, impassibles comme i( les lois qu'ils doivent créer, ils puissent enfin s'occuper sans <( délais et sans entraves, de donner à la France une consti- « tution qui ait pour base l'unilé et Tindivisibilité de la Répu- « blique, la souveraineté, le salut et le bonheur du peuple et « qui fasse rentrer dans le néant les tyrans, les despotes et les a anarchistes^.»
Adresse de la commune de Caen,
Itx mai 1793.
« Nous venons encore joindre nos réclamations à celles qui, « journellement, vous sont adressées de toutes les parties de « l'Empire, nous sentons vivement les maux et les calamités « qui affligent la République. Dans un moment aussi alarmant
• Archives municipales de la ville de Caen.
2 Archives du Calvados.
« BOUS VOUS conjurons d'employer toute l'énergie qui doit ca- «ractériser les représentants d'hommes libres, en terminant « enfin des discussions que des factieux font naître à chaque a instant, avec l'intention coupable de faire réussir leurs « projets désastreux.
c( Législateurs, que le calme vous environne : rappelez le « respect que commande la volonté du peuple, écoutez sa c( voix, il réclame de toutes paris la cessation absolue des scènes «{ scandaleuses, trop souvent répétées par les satellites du crime. t< Si vous croyez apercevoir l'impossibilité de sauver la chose « publique, dans une ville dont la malveillance et les complots <( assiègent (es avenues, ne balancez pas un instant, et n'aban- « donnez pas à l'incertitude du succès, les grandes fonctions o que nous vous avons confiées. Immuables dans la carrière a de la liberté, choisissez une autre arène pour y tracer nos a destinées; que désormais elles ne soient plus en butte aux a efforts des monstres sanguinaires, dont l'existence est un a opprobre et la destruction un devoir*. »
Page 1 1 . lig. 1 . — Dans une séance de nuit du 30 au 31 mai
Le journal de Gaen raconte ainsi cette séance : « Les nouvelles reçues le 29 de ce mois avaient fait con- « naître l'état inquiétant et dangereux de la Convention à tt Paris, et porté l'alarme et l'effroi dans le cœur de tous les « citoyens de cette ville. La Société Populaire, une de celles « qui a conservé, dans sa pureté, le plus vif amour de la liberté « et de l'égalité, joint à la plus profonde horreur de l'anarchie, a s'occupa de cet objet intéressant dans sa séance du même « jour. L'affluence était nombreuse. A la peinture, tracée par a plusieurs membres, de l'anarchie qui régnait dans Paris, de
* Archives municipales de la ville de Ciieii.
« rinexéculion des lois dans cette ci-devaut capitale % des « dangers qui y environnaient les représentants d*une popu- « lation de vingt millions d'individus, des complots qu'on y « tramait pour dissotidre l'Assemblée Nationale, et laisser le « pouvoir dans les mains d'un petit nombre, de l'autorité ard bi traire qu'y exerçait une Commune ambitieuse et despote, de « l'influence que voulaient exercer sur les délibérations de nos tt mandataires des tribunes soudoyées par quelques scélérats. « Tous les vrais républicains ont frémi d'indignation. Diverses « propositions se sont succédées ; enfin, il a été arrêté qu'on « solliciterait près le Déparlement, la permission de convoquer « les sections. Elle a été accordée. 11 était minuit. Le rappel i( a battu de toutes parts. Des proclamations se sont faites à « tous les carrefours des rues. Les cloches se sont fait entendre. « Les sections se sont réunies. Partout a régné le même accord a et un assentiment complet. On a écarté les mesures trop « promptes et trop violentes pour employer encore les moyens c< plus doux de la persuasion. Il a été résolu de députer deux « commissaires de chaque section auxquels se joindraient ceux « des corps administratifs, judiciaires et des sociétés populaires, tt pour assurer la Convention du respect des Caennais et des « Calvadosiens pour la Représentation Nationale ; qu'instruits « qu'elle a été indignement violée, et que des trames encore plus a perfides s'ourdissent pour opérer sa dissolution, en égorgeant (( une partie de ses membres, ils se sont engagés à marcher au a premier signal qu'elle donnera; qu'ils viennent avertir, pour la c( dernière fois, leurs frères de Paris du voile épais qu'on jette « sur leui-s yeux ; du péril où ils mettent la liberté, de la route c< égarée qu'ils suivent pour y arriver; pour les instruire et leur (( signifier qu'en insultant aussi sensiblement les autres dépar- « tements dîans la personne de leurs députés, ils vont contre
* Les Fédéralistes ue reGoiinuissaient plus Paris comme capitale de la France ; par une raison analogue, le même journal ne nomme plus la Convention que soi-disant Convention Nationale,
« leur propre intérêt, et marchent à leur prompte ruine, puis- « qu'ils ne peuvent se passer des départements, tandis que le « leur est parfaitement inutile et même à charge à ceux-cL « Quoique toutes ces scènes différentes ayent eu lieu pendant « la nuit, tout s'est passé avec la plus grande tranquillité, nul « désordre n'a été commis. Le matin on s'est rassemblé de « nouveau pour procéder h la nomination des commissaires, (c qui s'est effectuée; ils sont partis la nuit suivante *. »
ARRÊTÉ DU DÊPARTEMliNT,
(( Le Conseil extraordinai rement assemblé, sur la demande « de la Commune et de plusieurs citoyens de la Société Popu- « laire, et de celle des Carabots de Caen, a été informé des tt justes alarmes conçues par tous les bons citoyens, à la nou- « velle des scènes scandaleuses et affligeantes qui viennent de c( se passer à la Convention Nationale, et invité en même temps « de porter sa sollicitude sur les malheurs résultant de l'op- (( pression où se trouve la majeure partie des députés.
« Le Conseil partageant les inquiétudes des pétitionnaires, « a arrêté de réunir à sa séance, et sans désemparer, les corps (( administratifs et judiciaires de Caen, et a chargé la munici- (( palité de convoquer également, et à la même séance, les c( présidents, et secrétaires des cinq sections, ainsi que les « citoyens des sociétés populaires de Caen, pour être présents « à la discussion des mesures qui vont être soumises. \ deux « heures du matin suivant, la réunion de tous opérée en con- « séquence du précédent arrêté, le président a informé l'As- « semblée des motifs pour lesquels elle a été convoquée.
c< Plusieurs citoyens ont obtenu successivement la parole, (( et ont exposé les malheurs prêts à fondre sur la république ; « que les factions, les agitations, les proscriptions et tous les (c maux auxquels la Convention était livrée sans cesse, prépa
i Affiches cit( Cafvados, n** du 2 juin 1793,
« raient depuis longtemps le tombeau de la liberté ; qu'enfm il « était temps de déclarer une guerre ouverte aux anarchistes, « et de venger la souveraineté du peu'ple avilie.
« Après une longue discussion sur différentes propositions, « l'Assemblée considérant que le danger de la chose publique « exige de grandes mesures ; qu'il est urgent d'écarter de la « Convention, les scélérats qui l'outragent et veulent l'asservir; « après avoir entendu le procureur de la Commune, le pro- « cureur-syndic du District, et le commissaire faisant les fonc- « lions de- procureur-général-syndic :
« L'Assemblée a arrêté unanimement : !• Qu'il va être « formé dans le Département, et notamment dans la ville de « Caen, une force armée qui se tiendra prête à marcher à la « première réquisition des corps administratifs du Calvados, « ou de la Convention, pour proléger la liberté de ses délice bérations et la sûreté individuelle de ses membres.
fc 2° Tous les républicains du Calvados, sont invités de se « faire inscrire sur des registres qui seront ouverts dans « chaque district, pour qu'ils puissent être réunis, au premier « appel, aux citoyens qui se mettront les premiers en marche, « dans le cas où il serait besoin d'augmenter leur nombre.
« 3*» Que des exemplaires du présent seront adressés aux « départements, dans l'intérieur de la République, en les invite vaut d'adopter les mêmes mesures, afin que bientôt la Con- « vention Nationale soit environnée d'une armée imposante « qui sache la faire respecter.
(( lx° Qu'il va être fait un adresse à la Convention Natio- « nale pour l'informer des mesures prises par le présent ar- « rêté.
K 5° Que dix commissaires, dont un nommé par chacune « des sections de Caen, un par la Société Populaire, un par « celîe des Carabots, un par la Commune, un par le District, « un par le Département, et pris respectivement dans leur sein, « se rendront auprès de la Convention, pour lui faire connaître « ladite adresse; l'intention bien prononcée dans le Calvados,
« de vivre libre ou mourir, en défendant l'égalité, la liberté, « une et indivisible, et en déclarant une guerre ouverte aux « proscripteurs, aux anarchistes et aux factieux, et lui renou- « vêler au même temps l'invitation qui lui a été faite de faire « rendre compte à la commune de Paris, des sommes qu'elle a « prises dans le Trésor National.
« Arrêté en outre, que le présent sera publié et affiché dans « toutes les communes du Calvados*. »