ADRESSE
Les citoyens du département du Calvados, à la Convention
Nationale.
« Représentants du peuple,
a A la nouvelle des scènes affligeantes et liberticides qui ont « eu lieu dans votre séance du 27 de ce mois, tous les habitants « de la ville de Gaen se sont levés ; les sections, les sociétés « populaires, les corps judiciaires et administratifs, ont arrêté (( à l'unanimité de vous envoyer des députés chargés de vous « annoncer que les républicains du Calvados organisent une c( force armée pour faire respecter la Représentation Nationale, (c venger la souveraineté du peuple avilie, et punir les scéléa rats qui vous outragent et veulent nous asservir !
(( Tous les déparlements, nous n'en doutons pas, suivront « cet exemple, et bientôt vous serez environnés d'une armée (( imposante qui saura vous faire respecter.
(i Nous déclarons une guerre à mort aux anarchistes, aux (c proscripteurs et aux factieux, et nous ne mettrons bas les (c armes qu'après les avoir fait rentrer dans le néant ^ »
* Archives municipales de la ville de Cacn.
2 Ai'cliives municipales de la ville de Cacn.
Cette séance du 30 au 31 mai, l'arrêté qui y fut pris et l'adresse qu'on y adopta devaient plus tard servir de base aux accusations portées contre le Calvados devant la Convention victorieuse. On lit dans le Rapport fait au nom du Comité de Surveillance et de Sûreté Générale par Julien (de Toulouse) sur les administrations rebelles : a une preuve bien certaine (( qu'on ne cessait d'intriguer dans les départements, c'est a que dans une assemblée exlraordinairement tenue à deux c( heures du malin, le 30 mai, radminislralion du départe- « ment du Calvados, réunie aux autres autorités constituées a de Caen, arrêta la levée d'une force armée, prête à marcher <( à toute réquisition ; elle invita tous les départements à entrer (( dans la coalition qu'elle préparait déjà, et à laquelle les évc- « nements du 31 mai n'ont servi que de faux prétexte.... »
Page 11, //(/. 9. Une dépulalion de dix commissaires
Ces commissaires étaient : Lenormand, administrateur ; Louis Caille, Tabouret, Feret, Marie, Levasnier, Chappes, Mauger, Lenormand (René) et Legagneur. Ce dernier retenu par une maladie imprévue ne put suivre ses collègues.
Nous avons déjà parlé de l'administrateur Lenormand à propos delà société des Carabots qu'il présidait*; de son côté M. Vaultier a consacré plusieurs pages à Louis Caille et à dom Mauger^. Quant aux autres commissaires nous ne pensons pas qu'ils aient rempli quelque rôle important pendant et depuis la Révolution, à l'exception de Rend Lenormand. Celui-ci après s'êlre tenu caché pendant toute la teneur et avoir vécu obscurément jusqu'au mois de brumaire an VI, fut élu président de l'Administration Centrale du Département, puis membre du
* Page 135 et suiv.
2 Page 91 et suiv.
Conseil des Cinq Cents. Après le 18 Brumaire, il passa au corps législatif, dont il devint secrétaire le 1" pluviôse an IX. Nommé receveur principal des droits-réunis pour Tarrondissement de Vire, il en remplit les fonctions jusqu'en 1815, qu'il prit sa retraite.
Page 11, Wj. 18. Nos concitoyens n'arrivèrent à Paris
Dès le lendemain de leur arrivée ils écrivirent :
« Paris, le 3 juin 1793, l'an 2* de la République française.
c( Les députés du département du Calvados, du district de « Caen, de la Municipalité, des sections et sociétés populaires « de Caen à leurs commettants.
« Concitoyens,
« Nous sommes arrivés hier h Paris sur les 10 heures du « soir. Nous en avons trouvé les barrières fermées ; la Con- « venlion Nationale était bloquée par la force armée de cette « ville qui était illuminée. Le décret d'arrestation a été porté « contre 22 membres de la Convention, contre le Comité des « Douze, et les ministres Bouchotte, Clavière et Lebrun, au « milieu de ra|)pareil des armes. C'est un bruit accrédité que « Ton avait distribué beaucoup d'argent pour exciter le peuple « contre les Représentants et les faire égorger. La Convention « n'a dû son salut qu'au dévouement qu'elle a montré en sor- « tant toute entière de l'enceinte de ses séances et en traversant i< les lignes des divei-s bataillons de la garde nationale. Nous « avons cru remarquer que ces scènes d'avilissement ne sont « pas du goût des citoyens de Phris, en général. On parle ici de « l'indignation des départements, et, pour nous, au sein de tant (( d'oragï's, chargés par vous de deux missions importantes
(( nous nous occupons des moyens de les remplir utilement. (( Nous espérons paraître aujourd'lmi ou demain à la barre. (( Les journaux vous donneront tous les détails sur les évëne- « ments qui se succèdent. Nous n'avons pas besoin de recom- « mander à nos concitoyens de se resserrer plus que jamais. a La patrie est dans le plus grand péril. Nous touchons au c( dénouement de la révolution du 10 août 1792. Il faut un « grand concert pour sauver la République. Le titre de cette « lettre indique assez qu'elle doit être lue tant aux corps ad- « ministratifs, qu'aux corps municipal, sections et sociétés po- (f pulaires de Caen*. »
Page 1 1 , lig. 25. Leur comple-rendu dans les cinq sections de la ville
« En approchant de cette ville (de Paris), disaient-ils dans « ce rapport rédigé par Manger, des bruits sinistres nous ance nonçaient d'heure en heure une grande crise prochaine, et, u arrivés à Saint-Germain le dimanche, nous y fûmes certains i< que le canon d'alarme avait été entendu dès le matin, que « le tocsin avait sonné dans tous les quartiers, qu'une multi- « tude considérable était sous les armes, et que la Commission « des Douze était supprimée. Un membre du conseil général « de ce déparlement qui partait de Paris, nous confirma cette « triste nouvelle, en ajoutant que, peut-être, à notre arrivée, « les vingt-deux députés dénoncés par la commune de Paris, « ainsi que les membres de la Commission des Douze, seraient « sacrifiés ; et que par rapport à nous, peut-être, nous parvien- « drions à entrer dans Paris, mais qu'il nous serait moins face cile d'en sortir. Néanmoins nous continuâmes notre route, c( et arrivâmes à Paris le 2, à H heures de nuit. Nous passao mes à travers cent mille hommes armés de piques et de
* Mst., Archives du Calvados.
ce bayonnettes, ayant à droite et à gauche des canons braqués
« contre la Convention et enfilant toutes les avenues. Arrivés à
« rhôtel (c'était le grand Hôtel de Nismes), nous apprîmes les
« détails de cette journée. Depuis le vendredi Paris était en in-
<x surrection : elle s'était prolongée jusqu'au samedi, sans que
« le peuple eût osé rien se permettre contre la Représentation
« Nationale ; mais le dimanche était le jour fixé pour le triom-
«r phe de l'anarchie. »
Suit un récit de la journée du 2 juin, après lequel les commissaires continuent ainsi :
« Le lendemain, lundi 3 Juin, nous eûmes une première a entrevue avec les députés du Calvados, auxquels nous com- « muniquâmes notre mission. Nous visitâmes avec eux le ver- « tueux Pétion, l'intrépide Lanjuinais, le romain Barbaroux, « le sage Valazé, et tous furent d'avis que la présentation de « notre adresse n'était plus de saison, et nous conjurèrent de « retourner vers nos commettants, les avertir de l'oppression « de la Représentation Nationale. Ils nous peignirent l'insulte « faite, quelques jours avant, aux pétitionnaires de la Seinece Inférieure, qui avaient été meurtris de coups et couverts « de crachats à la barre de la Convention, et nous laissèrent ce entrevoir, qu'ils craignaient que notre dévouement ne pro- <c duisîl d'autre effet que de multiplier inutilement le nombre « des victimes.
« La perspective de nos dangers ne devait faire aucune im-
a pression sur nous, et nous ne vîmes que notre mission, qui
« ne nous permettait aucune transaction avec les circons-
« tances ; mais n'ayant pu voir encore qu'un très-petit nombre
Ci de nos députés, nous ne voulûmes prendre aucun parti dé-
c< finitif sans les avoir tous consultés, et l'assemblée générale
c( des députés du Calvados et des commissaires extraordinaires
« fut fixée au lendemain mardi U juin, chez le citoyen Vardon.
« La majorité des députés s'y étant rendue, Ih, après avoir
« pesé également sur la nécessité de remplir notre mission, « et d'avertir notre département de Tétat des choses, il fut (( arrêté que six d'entre nous reprendrions sans aucun délai la « route de Caen, et que trois seulement resteraient à Paris « pour présenter la pétition, avec des observations relatives « aux circonstances. Cette nouvelle adresse fut sur le champ « rédigée et signée par les neuf commissaires ; mais le choix « des trois commissaires qui devaient rester à Paris fut diffi- « cile, chacun se disputait l'honneur d'affronter à la barre le « despotisme de la Montagne et les huées des tribunes; per- « sonne ne voulut céder le pas de la gloire à ses collègues, et (( le mode du scrutin fut adopté.
« A peine quelques billets étaient dans l'urne, qu'un député, « à nous inconnu, mais ami des nôtres, entra d'un air effrayé ! « il nous apprit que, depuis le matin, on arrêtait dans toutes « les sections les citoyens paisibles qui avaient hésité le dimau- « che de prendre part à l'insurrection, que déjà plus de dix « mille personnes étaient entassées dans les prisons de Paris ; c< il ajouta que le même ordre était donné pour les députés qui « arrivaient des départements, et que déjà les commissaires du c( Calvados étaient arrêtés; nous dûmes croire que Tordre en était « donné : alors voyant le danger plus certain et de plus près, « nous résolûmes tous de le partager, et il fut définitivement « statué que, dès le lendemain, nous nous présenterions à la « barre pour remplir notre mission. Le soir, le bruit de notre « arrestation se trouva généralement répandu; mais notre <( péril ne nous fit pas dévier d'un pas de la ligne que vous nous « aviez tracée.
« Le lendemain, mercredi, nous nous présentâmes dans la a salle des pétitionnaires, et une lettre fut écrite au Président « pour obtenir notre admission. Le Président répondit : Qu'un « décret du matin renvoyait toutes les pétitions au Comité de « Salut Public, et qu'on ne pouvait faire exception. Ce décret « ne nous étant pas connu, nouvelle instance de notre part ; « nouveau refus du Président. En vain le citoyen Doulcet re-
(( procha à l'Assemblée, qui recevait encore les députations des c( sections de Paris, cette injustice distributive ; on passa h (( Tordre du jour, et on se conlenta de nous faire délivrer exce pédition du décret qui nous renvoyail au Comité de Salut « Public, et qui sans doute ne fut rendu que pour étouffer la (( voix du Calvados et des autres départeraenls. Nous sortîmes <( donc, la fureur dans l'âme, accompagnés de nos généreux (( députés, et suivis dans toutes les rues par des groupes de « furieux qui épiaient nos démarches et semblaient vouloir « nous faire repentir de notre dévouement.
(( Alors notre séjour dans cette ville égarée devenant inutile « et dangereux, nous la quittâmes, et notre voiture sortit de (( Paris, le mercredi â 5 heures de relevée, sous l'œil de mille « espions qui s'étaient attachés [à nos pas] depuis notre appari- (( tion à l'Assemblée, et ne nous quittèrent qu'aux barrières. »
Le jour suivant, les commissaires arrivèrent à Evreux où ils s'entendirent avec le conseil général de l'Eure, qui déjà avait pris des mesures insurrectionnelles. Ils trouvèrent Lisieux dans les mêmes dispositions.
Après leur compte-rendu, tous les citoyens présents « prê- « tèrent le serment de livrer une guerre éternelle aux séditieux « et d'anathéme contre les Maratistes. » Et il fut arrêté que ce rapport et le procès-verbal de la séance dans laquelle il avait été fait, ainsi que ceux des séances suivantes, seraient adressés à tous les départements de la République et aux sections de Paris.
Discours qui devnit cire prononcé à la Convciuion Nationale ^ avant la lecture de Vadvesse du département
du Calvados .
c( lU'présontants du peuple de tous les départements de I» « République !
(( Du sommet du Rocher du Calvados, nous avons «peirti hr
« vaisseau de l'Etat prêt h se briser contre les écueils qui « l'environnent!
<( Le gouvernail est chancelant dans la main du pilote, les <( rameurs épuisent leurs forces à lulter contre les flots ! mais « que leur courage se ranime ; des milliers de bras se disposent « à leur aider à maîtriser l'élément qui veut tout engloutir !
« Donnez-leur pour boussole une constitution qui ait pour « base la liberté, l'égalité, et la patrie est sauvée.
« Tel est le vœu de nos concitoyens, exprimé dans une « adresse que nous sommes chargés de présenter en leur « nom. )>
Discours que devait prononce)', à la barre de la Convention,
Nationale, un des commissaires, en cas d'admission,
et après la lecture de l'adresse.
(t Représentants,
« Vous venez d'entendre l'adresse que nos concitoyens vous « ont faite à l'occasion des événements du 21 mai dernier. Ce « qu'ils avaient craint est arrivé, et d'autres mesures doivent et être et seront employées. Nous avons été les témoins de nou- « velles scènes liberticides, par lesquelles une faction est par- « venue, en égarant des citoyens armés, à proscrire trentece quatre de vos collègues et trois ministres, à les faire mettre « en état d'arrestation, et à dissoudre momentanément la « Représentation Nationale, qui ne peut exister que par la lice berté des opinions. Notre sûreté personnelle, notre vie « même, nous en faisons le sacrifice pour remplir l'honorable (( mission dont nous avons été chargés par nos commettants. « Le droit que nous exerçons est un droit sacré : la force peut « le violer ; mais elle n'empêchera point que tant d'attentats ne « soient connus des départements; ils le sont déjà du déparc( tement du Calvados. Des bords du Rhin jusqu'aux Pyrénées « l'indignation est générale, et son poids va écraser de nou- « veaux tyrans.
« Des armées de frères se joindront à la majorité des Pari- « siens qui détestent l'anarchie, et délivreront le Corps Légis- « latif de l'oppression. C'est de leur insurrection, et de leur a insurrection seule, que la patrie attend son salut. La Bépu- « blique restera une et indivisible. Le fer des guerriers fera <x tomber le poignard des assassins. L'effort simultané de la « France entière donnera pour jamais la définition du véritable a patriotisme ^ »
Page 12, lig. 13. — On appelait sections les cinq arrondissements de la ville, et chacune de ceux-ci avait, tous les soirs, une assemblée sectionnaire
Section de la Liberté, place Royale ; ses réunions avaient lieu dans l'église des Eudistes, aujourd'hui salle des réunions, Hôtel-de-Ville.
Section du Civisme: à l'Université, salle actuelle de l'école de droit.
Section de l'Union : dans l'abbaye de Saint-Etienne, ancien parloir ou salle ovale.
Section de l'Egalité : chapelle de l'Hôtel de Vassy, aujourd'hui Hôtel de France, rue St-Jean.
Section de la Fermeté : église du Sépulcre.
Page 14, ligne dernière. — L'Assemblée se forma...
Voici le procès-verbal de cette séance importante qui eut lieu le 9, à deux heures du matin :
« Le Procureur-Général-Syndic (Bougon) a détaillé succinc- <( tement les événements de la journée précédente, le vœu
* Extrait du procès-ver hal des séances du conseil général du département du Ca/w^o*, séance du 8 juin 1793. (Collection de la bibliothèque de Caen).
« iiuauimemeiû prononcé dans toutes les sections et sociétés « populaires de la ville de Caen, de maintenir la République « une et indivisible, la sûreté des personnes et des propriétés, « de livrer une guerre à mort aux agitateurs, aux perturbac( teurs et aux anarcliistes, et a demandé aux citoyens de pro- « poser les mesures extraordinaires que nécessitent les cir- « constances.
(c Sur la motion d'un membre, l'Assemblée, ouï le Procu- « reur-Général-Syndic, a arrêté à Tunaniraité et par acclamation, « qu'elle se déclare en état d'insurrection et dé résistance à « l'oppression, et qu'elle ne mettra bas les armes que lorsque « la Convention aura recouvré sa liberté.
a Deux députés du département de l'Orne, introduits, après (1 avoir représenté leurs pouvoirs, ont fait lecture des disposia lions arrêtées par leurs commettants, pour l'envoi d'une force « départementale à Paris, en annonçant que la force armée que c( le département de l'Orne s'occupait d'organiser pour cet a objet, devait être jointe par une pareille levée dans le Cal- « vados, pour se rendre en même temps dans la capitale, aux « fins de protéger la liberté de la Convention et la sûreté des « bons citoyens de Paris, courbés sous le joug de Tanarchie.
tt L'objet de celte mission a été renvoyé à un comité parliez culier, chargé de faire un rapport sur la proposition du dé- « parlement de l'Orne.
a On a repris la discussion sur les mesures extraordinaires « qui ont obtenu l'assentiment général des sections et sociétés « populaires de Caen, et les arrêtés suivants ont été pris :
«c L'Assemblée, saisie d'alarmes de l'avilissement dans lequel « se trouve la Convention Nationale, déclarant qu'elle veut réc< sister à l'oppression et se conserver des otages pour répondre « de la sûreté de la représentation du Calvados ;
« Arrête Que les commissaires delà Convention près
c< l'armée des côtes de Cherbourg, serontr mis provisoirement
c< en arrestation au château de Caen » (voir p. 139 et IZiO,
les dispositions relatives à cette arrestation par les Garabots).
« Que^ d'après la connaissance que l'Assemblée a que deux « desdils commissaires sont actuellement k Granville, le défL partement de la Manche va être invité d'ordonner leur ar- « restatioo. »
Le citoyen Douillet^ député de l'une des sections, partit immédiatement, chargé du message pour Tadministration départementale de la Manche.
Il fat enjoint : l^" Aux directeurs des postes aux lettres de Gaen et Bayeux, d'arrêter et d'envoyer au Département les lettres et paquets qui seraient adressées aux représentants du peuple près l'armée des côtes de Cherbourg ;
2=» Aux caissiers et receveurs publics, de ne se dessaisir d'aucuns fonds, d'acquitter aucuns mandats autres que ceux délivrés ou visés par le directoire du Département.
Il fut décidé encore que les munitions et convois militaires nouvellement arrivés, seraient arrêtés provisoirement dans la ville de Caen ; et que le «itoyen Félix Wimpflen, général de l'armée des côtes de Cherbourg, serait invité à se rendre au sein de l'Administration, pour une conférence amicale.
Le comité provisoire d'insurrection et de résistance à l'oppression fut composé, à la majorité des voix, de membres pris dans chaque corps. Ces membres étaient : Lenormand, administrateur ; Caille, Chatry aîné, Picquot, Costy, Tabouret, Lecarpentier, Barbot et Lhonorey *.
Page IB, lig. 11. — Elle fut alors présidée par un délégué breton, M. Roujoux
Ce fut dans les pVemiers jours de juillet que Roujoux fut
* Extrait du procès-verbal des séances du Conseil général du département du Calvados,
chargé de la présidence de l'Assemblée, il était à Gaen depuis le 27 juin *.
Roujoux (Louis-Julien), ancien maire de Landerneau, son pays natal, commissaire du roi en 1790, puis député à l'Assemblée Législative en 1791. Il avait été élu à la Convention Nationale, mais avait refusé d'y siéger. Roujoux, après la défaite de Vernon, ayant été mis hors la loi par un décret spécial, parvint à s'échapper et se tint caché jusqu'à la chute de Robespierre. En 1796, il exerça les fonctions de commissaire du Gouvernement près le Tribunal Criminel de Quimper, et fut élu, l'année suivante, au Conseil des Anciens. Il ne prit aucune part à la révolution du 18 brumaire et fut néanmoins nommé membre du Tribunal. S'étant démis de ses fonctions en 1802, il fut nommé, en avril même année, préfet du département de Saôneet-Loire, Roujoux, créé baron en 1808, perdit sa préfecture à la Restauration.
Page 15, lig. 16. — Le général Wimpfifen venait d'arriver dans le Calvados
Wimpffen avait été chargé de cette mission sur la demande formelle (8 février 1793) % du Département à la Convention ; elle fut accordée le 22 février*. Doit-on croire qu'elle avait été faite par les Administrateurs en vue de Tinsurrection future ?
Page 16, lig. 4. — Et c'est ainsi que M. de Wimpffen fut censé être devenu un général d'insui"reclion....
La conduite de Wimpffen, dans ces circonstances, fut pleine d'hésitation. — 11 est même difficile de croire que, dans les
* Bulletin des autorités constituées réunies à Caen.
2 Archives du Calvados. ^
^ Affiches du Calvados^ n*** des 28 février et 7 mars 1703.
commencements, il n'ait pas voulu, tout en se prêtant aux vues des fédéralistes, se ménager, en cas d'insuccès, des* ressources auprès des Montagnards. Cette conduite ambiguë lui fut reprochée par Caille dès le premier jour où il parut à l'As-, semblée*, mais l'accusation n'eut pas de suites. Le^mômejour Wimpffen annonça au ministre de la guerre l'arrestation de Romme et de Prieur ', toutefois on doit penser qu'il agit de manière a prouver qu'il n'y avait pas coopéré, puisque plus lard il s'en fit donner une attestation : « Nous devons maintenant, ci- « toyens législateurs, à la vérité de déclarer que le général Félix « Wimpffen n'a eu aucune part à l'arrestation des commissaires « de la Convention Nationale, faite par le peuple sans qu'il en « ait eu connaissance, dans un temps où il n'avait aucuns « moyens pour l'empêcher, et que dans les premiers moments « de l'insurrection le général insista pour donner sa démission « et qu'il ne consentit à reprendre ses fonctions qu'en cédant « à la volonté du peuple unanimement prononcée, qu'enfin il « n'a cessé, par ses actions et ses discours, de témoigner son « désir pour le retour de la paix intérieure \ w
Le ministre de la guerre voulant s'assurer plus particulièrement des disposilions de Wimpffen, adressa des lettres de service au général Dupuch, pour être employé dans l'armée des côtes de Cherbourg, et lui ordonna de se rendre sans retard près de son chef. Dupuch exécuta cet ordre, et rendit compte, le 23, qu'il était arrivé le 18 auprès du général, qui lui avait déclaré que les départements de l'Eure, du Calvados et de rOrne, ne voulaient reconnaître d'autre autorité que celle de leurs administrations respectives, et que déjà celui du Calvados avait agi en conséquence, puisqu'il avait défendu toute communication avec Paris.
t Extrait du procès-verhal des séances du conseil gênerai du département du Calvaclos, séance du 10 juin 1793.
2 Moniteur, n^'^du 15 juin 1793.
5 Archives du Calvados.
« Celte insurrection si bien prononcée, avait encore ajouté « Wimpffen, ne me laissant que le seul parti à prendre de « rester à mon poste, après y avoir renouvelé mon serment a républicain, j*ai donné mes ordres en conséquence. Quant « il vous, citoyen, je n'en ai point à vous donner que vous ne « vous soyez prononcé d'une manière définitive; mais comptez « sur l'intérêt que je mettrai à seconder vos projets.
« Mes remerciements faits pour un aussi généreux procédé, (( continuait Dnpuch, je me suis déterminé bien vite à lui dire i(. que je ne devais ni ne pouvais reconnaître d'autres autorités « que celles constituées par les lois, et que je me disposais à c( partir de suite. Je lui ai demandé, en conséquence, un cer- « tificat constatant que je m'étais rendu à mon poste.
« Pour le rendre plus authentique, m'a-t-il dit, vous l'aurez « du Comité Militaire, signé de moi, en vous témoignant tous « mes regrets de voir que votre position ne vous permet pas {'. de rester avec nous pour y combattre, en vrai républicain, « tous les ennemis de notre malheureuse patrie *. »
Là ne devait pas encore s'arrêter l'ambiguité de la conduite de Wimpffen. On croit un moment qu'il va prendre un parti décisif : le conseil exécutif et le ministre de la justice lui ayant en effet, envoyé un décret qui lui ordonnait de mettre en liberté les commissaires arrêtés par les administrateurs du Calvados, il renvoie pour toute réponse par le même courrier l'accusé de réception suivant :
u Reçu la dépêche du ministre de la justice concernant les « événements de Caen qui sont plus forts que les ministres. »
Depuis, le Comité voulant l'enlever au département du Calvados lui ordonne de venir à Paris pour rendre compte de l'étal de l'armée des côles de Cherbourg et il répond :
« 11 est très aisé de faire un nouveau théâtre de la guerre,
* Savary, Guerre de.9 Vemfe'ens; t. 1, p. 3lih et suiv.
m il est encore plus aisé de maintenir la paix. Que le Comité de Salut Public fasse rapporter les décrets contre les administrateurs de divers départements ainsi que les décrets qui ont provoqué l'insurrection. Songez que le Calvados est fort de trois autres départements et de toute la ci-devant Bretagne dont le comité central s'établit à Caen pour le maintien de la République une et indivisible. Voyez le peuple en fermentation et les sages usant de tous leurs moyens pour le calmer. Si le Comité et la Convention persistent à voir à rebours, ils doivent s'attendre à de grands malheurs. 11 est dans la nature de se mettre sur la défensive, et même sur l'offensive quand on se voit attaqué. Le général ne pourrait faire le voyage de Paris qu'accompagné de 60,000 hommes, l'exigerez-vous de lui? »
Mais dans la lettre il avait ajouté un billet confidentiel :
w Pour Dieu, révoquez tous les décrets, envoyez un homme « qui ne soit pas abhorré ; du reste restez tranquille et laissez- « moi faire ^ »
Que voulait dire ce billet ? et quelles conclusions ne doit-on pas en tirer en le lisant? comment l'interprétera-t-on surtout en le comparant à ces fragments d'une autre lettre, adressée par lui, le 25 juin, presqu'au même moment, à la Société des Amis de la Liberté et de TÉgalité, séante à Cherbourg.
c( Frères et amis, une représaille a eu lieu dans le Calvados,
« par la volonté irrésistible du peuple souverain. Nous avons
« vu ici une de ces insurrections dont Paris a donné de si
« fréquents exemples, et qui lui ont valu quelquefois des dé-
« crels qui déclaraient que les sections de Paris avaient bien
« mérité de la patrie Je ne puis donc plus voir, dans
« les débris de la Convention Nationale, que des individus,
* Moniteur, n" du 29 juin 1793.
« des procureurs qui veulent dicter des lois à des commettants « qui leur ont retiré le seul titre en vertu duquel ils étaient « quelque chose.
« Dans cette situation, il n'y a plus a choisir. Le principe « éternel de la souveraineté du peuple ne me permet pas d'hé- « siter : le peuple est souverain, c'est au peuple que je dois « obéir. Je ne me constitue point juge entre le souverain et « ses délégués. 11 a dit à ceux-ci : Vous avez perdu ma con- K fiance^ vous nêles plus rien. Dès lors ils ne sont plus rien « pour moi. ...*.»
La Convention ne se méprit pas, et, sur le rapport de Barrère, vigoureusement appuyé par les députés Gaston, Bentabolle et Sergent qui demandèrent que Wimpffen fût déclaré traître à la patrie et mis hors la loi ; après la motion de Couthon qui s'écria que le général avait cessé d'être chef des armées de la République pour commander les troupes de Messieurs Buzot, Barbaroux, Gorsas et Larivière, elle rendit ce décret :
<( La Convention nationale décrète d'accusation le général « Félix Wimpffen, commandant en chef de l'armée des côtes « de Cherbourg.
« Le général Félix Wimpffen est destitué du commandement « de ladite armée. 11 est défendu h toutes les autorités cons- « tituées et aux citoyens de lui obéir ^. »
A cette occasion Wimpffen recevait d'Evreux un billet de Bougon Longrais qui semble autant avoir été écrit pour lui donner une leçon que pour le complimenter, comme sa forme pourrait au premier abord le faire croire ;
c( Je vous félicite, mon cher général, du décret d'accusation,
* Savary, Guerre des Vendée^is et des Chouans, t. I, p. 3/i5. 2 Moniteur, n° du 29 juin 1793.
« qui a été porté contre vous, ainsi que de la réponse fière que « vous avez faite au pouvoir exécutif. Fermeté et célérité, et <( bientôt tout ira bien.
a Quel est donc ce billet cité dans les papiers publics et où « Ton vous fait dire qu'il suffit de vous envoyer un homme sûr « et que vous répondrez de tout * ? Qu'est-ce que cela signifie ? « Cela est-il vrai ? Je ne le crois pas et j'ai répondu en con- « séquence à ceux qui m*en ont parlé ^. »
Page 16, lig, 16. — lis eurent à soutenir devant elle une rude séance dlntcrpellations politiques. . . .
On a vu, page l/iO, que Romme et Prieur (de la Côle-d'Or), furent arrêtés à Bayeux par les Garabots de Caen, en vertu d'un mandat de l'assemblée d'insurrection. A leur arrivée à Caen, ils furent amenés à l'Hôtel d'Espagne, rue Saint-Jean, où un logement provisoire leur avait été préparé*. Dès le malin des commissaires du Département, du District et de la Municipalité se rendirent à l'Hôtel pour les accompagner jusqu'au lieu des séances de l'Assemblée.
Le président leur rappelle a l'attentat commis à la Représenc< talion nationale par le décret qui met en arrestation les dé- « pûtes de différents départements, au nombre desquels il s'en « trouve du Calvados. »
11 leur anonce « que le peuple ayant eu connaissance que la « Convention n'était plus libre, qu'elle était assiégée par une « faction dominatrice qui lui dictait des décrets, influencée « sans cesse par une vile populace stipendiée par le crime, « venait de reprendre ses droits, les destituait de l'exercice de « leurs fonctions, les gardait en otage, et avait juré de main-
* Ces mots sont soulignés dais l'original.
2 Arcbivos du Calvados.
^ Archives inuu icipales de la ville de Caen.
« tenir l'unité, l'indivisibilité de la République, et de conif server sa liberté pour laquelle il combattait depuis si longce temps, x)
Romme répondit avec calme a que, comme les habitants du « Calvados, lui et son collègue juraient de maintenir l'unité a et l'indivisibilité de la République, qu'au surplus ils ap- « prouvaient et se soumettaient à la mesure de surveillance « prise par les autorités constituées et les citoyens de Gaen, « mais qu'ils demandaient que la Convention Nationale et les « départements dont ils étaient représentants en fussent in- « formés. »
Alors le président, organe de l'Assemblée, déclara « qu'elle « ne reconnaissait plus de Convention depuis le décret d'ar- « restation de plusieurs de ses députés et que la détermination n était déjà prise de faire connaître à tous les départ^nents de « la République les mesures adoptées et les motifs qui les « avaient dictées. »
Dans la même séance, on adopta à l'unanimité la rédaction, votée la veille, d'un appel aux citoyens du Calvados pour se former en bataillon , et marcher pour se réunir à la majorité des citoyens de Paris, et délivrer la Convention Nationale et cette ville elle-même de l'oppression d'une faction liberticide et sanguinaire ;
« Citoyens ,
« Une proclamation de la Convention Nationale vous a an- «( nonce, il y a quelques jours, que le 31 mai dernier, la Con- « vention était libre, et Paris tranquille. On vous en imposait.
« Ce jour-là même, la Convention assiégée délibérait au « milieu des bayonneltes et de cent canons : trente-quatre des « plus généreux représentants du peuple étaient arrêtés et « livrés à la fureur d'une faclion usurpatrice. Le lendemain H vos commissaires réclamaient envain contre cet attentat : leur
« voix était étouffée par l'arbitraire, et la résistance à Top- « pression était un crime aux yeux des tribuns.
« Aux armes j citoyens ! La souveraineté du peuple avilie est « à la veille de passer dans les mains de cette faction, coalition « impure de tous les hommes qui ont soif de l'or et du sang : <x aux armes ! ou demain tous les départements seront tribu- « taires de Paris, comme autant de provinces conquises.
« Non, il n'en sera pas ainsi. Du nord au midi tous les dé- « parlements s'ébranlent, et marchent à grands pas vers le « repaire du crime. Déjà ceux qui nous environnent ont donné « le signal : leurs députés sont parmi nous, et nous annoncent « que leurs commettants nous devancent.
« Dans cette sainte croisade, une goutte de sang de nos « frères ne sera pas répandue : la majorité opprimée des habi- <c tants de Paris nous appelle pour briser le joug de fer que « leur faiblesse à laissé forger ; ils attendent avec impatience a que nous soyons à leur porte, pour nous amener en triomphe « les vertueux représentants qui gémissent aujourd'hui sous le « couteau des assassins, et livrer à notre juste vengeance les « chefs de cette ligue odieuse qui a osé se former contre la « souveraineté d'un grand peuple.
« Hàtons-nous donc Me nous réunir au rendez-vous, braves « guerriers, descendants des Normands, dont le nom toujours « formidable aux habitants de Paris, fait encore pâlir nos nou- « veaux tyrans.
c( Fauchel, Henri Larivière et les membres les plus purs de « la Convention sont sous le poignard. Armez-vous donc, « citoyens, formez vos bataillons. Il n'y a pas un moment à c< perdre pour aller les arracher à leurs bourreaux \ ' »
Alors Bougon, procureur-général-syndic, Caille, Mesnil, Petit, Le Clerc, Le Noble, administrateurs du Département,
* Extrait du procès-verha/., des séo/ices du conseil général du dépar' tcment du Calvados^ séance du 10 juin.
Lahaye, adminislraleur du District se lèvent et déclarent s'enrôler dans la force départementale qui va être organisée. Leur exemple est suivi par Lévêque, Lenormand, ïhiboult, Bénard, Détruissard, Marie, Lecharpentier, etc., qui jurent également de partir. On arrête que le cours de la justice civile sera suspendu ; que la générale sera battue sur le champ ; que le danger de la patrie sera proclamé par les autorités constituées. Aussitôt les tambours se font entendre, les compagnies s'assemblent, les bataillons se forment et se rendent sur le Cours. Les corps administratif et judiciaire, précédés de la bannière fédérative du 16 juillet, marchent au son de la musique militaire qui joue la Marseillaise^ des proclamations se font à la tête de chaque bataillon ; des registres sont ouverts, les officiers donnent l'exemple, le chef de .légion, plusieurs des chefs de bataillon, des compagnies entières de grenadiers promettent de partir, et enfin une foule de citoyens s'inscrivent *.
Les Administrateurs publièrent, avant de clore la séance, l'appel suivant :
c( Les Citoyens du Calvados^ à tous les Français.
<( Français,
« La Patrie outragée nous appelle: nous parlons Une
« Commune conspiratrice, gorgée d'or et de sang, tient nos « représentants captifs. C'est au milieu des baïonnettes, qu'elle « a osé dictera la Convention ses volontés. Trente-deux dépu- « tés, dépositaires de notre confiance, sont expulsés du lieu de « leurs fonctions par l'effet de cette audacieuse révolte. La Re- « présentation nationale n'existe plus. Français! le Dépôt de « notre liberté est violé. Les hommes libres de la Neustrie ne « souffriront pas cet outrage. Ils mourront tous, ou les brigands « seront punis.
* Affiches fin CnUmlos^ w" du 13 juin 17«3.
c( Et nous aussi , nous sommes debout. Un cri terrible a re- « tenii de toutes les parties de la République , et aussitôt les « Citoyens du Calvados se sont liés, par un serment unanime, a à cette insurrection sainte. Nous sommes debout, jusqu'à ce c( que la vengeance nationale soit satisfaite. Que nos frères de « Paris soient sans crainte ; c'est à leur secours que nous marc( chons : ou plutôt qu'ils viennent se confondre parmi nous; « qu'ils soient dignes d'eux-mêmes. Le joug qui pèse sur la (( Convention les déshonore ; c'est avec eux que nous voulons c( le briser.
(( Français ! le Calvados use de ses droits : il résiste à « l'oppression. Dans ces moments de crise, qu'une conjuration « sainte contre le brigandage nous unisse , et la patrie sera <( sauvée. Guerre à la royauté, guerre à l'anarchie; unité, (( indivisibilité de la République; respect des lois, sûreté des « personnes et des propriétés, liberté de la Convention : que la (( France entière se lève avec nous, et qu'elle répète nos ser- (( nienls. Nous marchons : que les dominateurs tremblent!.... « Les hommes libres de la Neustrie vont les combattre *. »
Le lendemain , deux professeurs en médecine et leurs élèves envoyèrent leur déclaration :
« Les citoyens Le Boucher et Le Rosty, professeurs en méde- « eine; les citoyens Dufour, Dénouai, Harson, Rogue, Duchéc( min , Amiard , Mesnil , élèves en médecine , jurent d'aider (( k terrasser les factieux, les anarchistes, et de ne déposer « les armes que lorsque la Représentation Nationale sera libre. « Ils aideront leurs frères dans les combats, et leur prêteront (( une main secourable s'ils sont atteints par le fer des anarc( chistes.
(( Présenté le onze juin , l'an 2" de la République une et « indivisible ^ »
* Coll( ctioii de M. Renard.
2 Archives du Calvados.
Page 16, lig. 18. — Après quoi on les envoya tenir prison au donjon du château de Caen
Ils y entrèrent le 12 juin et furent logés dans l'ancienne demeure du curé de la paroisse Saint-Georges; défense leur fut faite de se promener ailleurs que dans le jardin attenant à cette habitation, on permit seulement h un jeune domestique qu'ils avaient amenés de Paris de les accompagner et de continuer à les servir *.
Les 13 et 16 juin, la nouvelle de Tarrestation de Bomme et de son collègue donne lieu à de longs débats dans la Gonventioi. La Croix monte à la tribune et demande « que tous les « députés du Calvados soient mis en état d'arrestation pour « répondre de la sûreté des commissaires arrêtés, » sa motion est appuyée par différents membres et repoussée par Pontécoulant au nom de ses collègues du Département. Gouthon veut qu'on mette immédiatement en accusation les administrateurs du Calvados, Danton s'oppose à la proposition.
Au moment où la discussion allait être close, le président donne lecture d'une lettre adressée par Prieur et Romme à l'Assemblée Nationale, elle se terminait par ce singulier postscriptwn :
« Notre arrestation peut prendre un très grand caractère et « prévenir le Fédéralisme qui vous menace, surtout si, comme « nous le demandons, vous la confirmez et nous constituez « otages pour la sûreté des représentants détenus à Paris. »
Un député ayant fait observer que d'après l'écriture on semblait avoir contraint Romme à écrire ces lignes , Gouthon s'écria : « Romme serait libre au milieu de toutes les bouches <c à feu de l'Europe ^. »
Enfin la proposition de Gouthon passe à la majorité des voix
* Extrait du procès-verbal des séances du conseil général du département du Calvados^ séance du 14 juin 1793.
î Moniteur y n*»» des 10 et 17 juin 1793.
et la Convention Nationale décrète « Qu'il y a lieu à accusation (( contre les administrateurs et autres fonctionnaires publics « du département du Calvados qui ont signé Tordre d'arresc< tation des représentants du peuple, envoyés près Tarmée des « Côtes de Cherbourg... »
Ce décret fut modifié, le 17, en ce qui regardait les fonctionnaires publics :
« La Convention Nationale déclare que c'est par erreur que ({ dans le décret d'accusation contre les administrateurs du <( département du Calvados, signataires de l'arrêté du 10 juin « présent mois, et contre Caïve (Sic^ lisez Caille) procureurce syndic du district de Caen, on a désigné pareillement les (( autres fonctionnaires publics signataires dudit arrêté, rien c( n'ayant étj^ statué à cet égard ; en conséquence ordonne que « ledit décret rendu en la séance du 13 de ce mois, n'aura « d'exécution que contre lesdits administrateurs du Départe- « ment, signataires dudit arrêté , et ledit Caïve^ procureurce syndic du district de Caen *. »
Plusieurs des départements voisins n'approuvèrent pas non plus la mesure violente prise par le Calvados. Le département de la Manche, qui plus tard se rallia à l'insurrection, dépécha aussitôt qu'il en eut connaissance deux députés à l'Assemblée pour lui annoncer « la surprise qu'avait causée dans la Manche (c l'ordre d'arrestation donné contre les représentants du « peuple » et pour connaître les motifs d'un pareil acte.
On leur répondit en votant l'impression de cette adresse :
Les habitants du Calvados aux habitants de la Manche pour leur manifester les motifs de sûreté générale que les circonstances ont nécessitées.
« Français, « Vous împrouvez vos Frères du Calvados : c'est que vous
* Archives du Calvados.
a ne savez pas que trente-cinq représentants des divers dé- « partements ont été arrêtés par une faction conspiratrice, et n que nous qui avons entre nos mains des membres de cette <( faction, sommes responsables à ces départements des me- « sures que nous aurons dû prendre pour leur assurer des a otages.
« Loin de nous tout soupçon d'attentat ! Pleins de respect a pour la Représentation Nationale, croyez que nous saurons «L concilier les égards dus à un caractère sacré, avec le droit a de représailles, écrit dans le livre du droit des gens et de la c( raison. Inviolablement attachés à Tunité indivisible de la « République, au respect dû à la Souveraineté Nationale, à u Tégalité de toutes les sections, comme de tous les individus a de TEmpire, nous professons jusqu'à la mort, la baiue des « tyrans, Thorreur de l'anarchie, du fédéralisme,* et c'est l'ata teinte portée à ces droits sacrés que nous allons venger !
c( Oui, un grand attentat vient d'être commis contre la Soiic( veraineté Nationale ; mais c'est à Paris, où une section du « peuple a enchaîné la représentation des autres sections qui « y était réunie sur la foi des traités. Oui, l'unité et l'indivi- <c sibilité de la République ont été rompues ; mais c'est par « Paris, qui a voulu engloutir dans son gouffre la suprématie « des pouvoirs, comme il a déjà absorbé l'or et les subsis- « tances de tous les départements. Là, depuis un an, une mi- « norité forte de son audace et d'une assistance qu'elle salarie, « lutte sans pudeur contre la majorité, qui seule peut faire des « lois, et entrave toutes les mesures de la sagesse. Là les hur- « leraents des tribunes et les piques de Santerre effarouchent « la liberté jusque dans le sanctuaire où elle prit naissance « pour tous les Français ; c'est là que, du haut d'une Mon- « lagne qui s'est élevée du sein de l'égalité, on vous envoie c( des proconsuls-despotes qui, au nom de l'orgueilleuse Rome, « viennent prendre possession de nos provinces; c'est là, « qu'une commune féroce arrête des listes de proscription, « accumule des milliers de victimes dans les cachots pour faire
« égorger dans l'ombre, et piller sans réclamation ; c'est là, <c que chaque jour l'anarchie sonne le tocsin, tire le canon « d'alarme, calomnie, vole, assassine et enfante tous les crimes « qui, depuis deux ans, ont rendu le nom Français odieux à « toutes les puissances de l'Europe,
(( Souffre qui le pourra de pareils attentats : le Calvados ne c< peut vivre dans l'opprobe : l'Eure, l'Orne, la Seine-Inférieure « répètent son tocsin ; et, parmi les braves descendants des « Normands, les seuls habitants de la Manche ont pu douter « un moment de l'oppression de la vertu et de la nécessité de « la résistance.
« Mais non, frères, cette délibération qui nous attrista quelce ques moments, n'est pas votre ouvrage : nous y voyons les <( noms de Prieur, de Le Cointre, et la mission des proconsuls « est d'égarer, de diviser les citoyens. Eux seuls peuvent « parler avec respect de ce décret extorqué par les bayon- « nettes, pour l'arrestation de trente-quatre représentants : <c eux seuls peuvent proposer h. Guadet et Lanjuinais, de faire (^ reconnaître leur innocence au tribunal qui a acquitté Marat.
« Pour vous, vos yeux sont ouverts ; vous connaissez tous a les malheurs de la vertu, toute l'audace du crime, et quand « nous rejoindrons les cohortes nombreuses des départements, (( qui s'avancent de tous côtés, aucune phalange des fils de c< Guillaume ne manquera au rendez-vous. Hâtez-vous donc de « vous joindre k vos frères. Allons arracher au fer des assas- (( sins la Représentation Nationale et le bon peuple de Paris « qui nous appelle. Le jour où nous aurons étouffé l'anarchie c< et puni les factieux, sera celui où nous assurerons pour (c jamais la conquête de notre liberté, et où nous aurons enfin « la paix avec l'estime des nations *. »
C'était bien à tort que l'Assemblée se targuait ainsi, dans son
* Collection de la bibliothèque de Caen. — Extrait du procès-verbal des séances du conseil général du département du Calvados^ séances du 12 juin, matin et soir.
adresse, des sympathies de la Seine-Inférieure. Voici, en effet, ce que lui écrivaient les administrateurs de ce département, en réponse à la lettre où elle leur faisait part de l'arrestation des caisses publiques et des ordres donnés par elle contre les proconsuls nationaux Romme et Prieur ^.
Rouen, ce 18 juin 1793, l*an 2"« de la République F*.
« Quant aux autres mesures que le Comité nous annonce a avoir été prises et qui nous ont été confirmées depuis par un tf de vos membres venu vers nous en députation , nous vous « dirons, avec la franchise républicaine, que nous pensons « qu'elles ont été poussées trop loin. C'est Terreur, sans doute, c( et le défaut d'une connaissance parfaite des faits qui ont eu li lieu à Paris , qui a porté à l'arrestation des représentants du « peuple Prieur et Bomme , et à celles des caisses publiques ; « on a cru que les événements de la fin de mai et du commen- « cernent de juin étaient l'oppression d'un parti de la Conventt tion contre l'autre, et on a pensé devoir retenir comme « otages deux membres du parti qu'on croyait l'oppresseur ; « mais la Convention Nationale en entier a été visiblement « opprimée par des anarchistes hors son sein. L'arrestation des « 32 membres , prononcée le 2 juin , a été de sa part un acte a forcé par les circonstances et pour prévenir de plus grands a malheurs.
a Nous vous engageons, Citoyens, par l'amour
« que vous et nous portons à la patrie, de rendre la liberté à « deux députés qui, de quelque opinion qu'ils soient, sont vos a représentants et les nôtres , car tous appartiennent à la Ré- (( publique. Si nous blâmons l'injuste arrestation de 32 , nous « ne devons pas nous permettre d'arrêter ceux qui sont sur « noire territoire , car c'est faire ce que nous blâmons. Nous « vous engageons également à rendre le cours aux caisses pu-
* Archives du Calvados.
« bliques qui, quels que soient les événements, appartiennent « à la République dont le service et la dépense générale ne doivent pas être interrompus par les dissensions intérieures. « Nous vous parlons en républicains, en frères, nous parlons « également à des républicains qui , quoique peut-êlre divisés « d'opinions d'avec nous, moins sur le fonds des choses que sur « les remèdes à y apporter, n'en seront pas moins unis d'inten- « tion pour faire le plus grand bien de la chose publique \ »
L'Assemblée ne répondit aux administrateurs de Rouen que dans le courant du mois de juillet. Cette réponse est signée par Roujoux et Le Graverend qui ne furent élus président et secrétaire qu'à cette époque.
Nous avons donné, page 177, quelques détails sur Roujoux; Le Graverend n'était pas un homme moins distingué ; il s'illustra plus lard, sous l'empire, comme jurisconsulte et çpmme homme public ^
L'Assemblée centrale de résistance à l'oppression, des départements réunis^ séant à Caen, aux citoyens administrateurs du département de la Seine -Inférieure,
« Citoyens trères et amis,
« Si la réponse que nous venons de recevoir de vous n'est pas (( aussi satisfaisante que nous aurions pu l'espérer, elle nous « est agréable, au moins, en ce qu'elle reconnaît la justice de c( nos réclamations, et qu'elle n'oppose que des considérations « aux principes rigoureusement vrais qui déterminent nos dé- « marches.
« Ainsi vous convenez que les actes violents qui ont déchiré c( en quelque sorte la Représentation Nationale, les 31 mai, V et
* Archives du Calvados.
2 P. Dclasalle, Documents inédits sur le Fédéralisme en Normandie, p. 2^.
a 2 Juin , Bont attentatoires à la souveraineté du peuple; qa^ib a ont ravi h la Convention sa liberté; que ravilissement dans a loA\no\ ils Pont mise est un état d'oppression pour la oatîoii a <*nti^^^ Mais, comme administrateurs, vous n'y pouvez, ditesa vouH, porter aucun remède ; comme citoyens, vous craignez « la violc!nce de nos mesures; elles'peuvent donner à la France a la Kucrre civile.
u Vvh'VH oi amis , nous sommes républicains, nous vous en
a parl<'ronH le; lungagi; austère. Gomme citoyens , vous devez
(c vouN armer ; vous dcivez vous joindre h nous. Il ne vous esl
u \n\H permis de nsstcr neutres dans cette grande cause. La loi
u (^Alll^^eH punissait de mort quiconque n'aurait pris aucun
u parli dans la < irconstance où nous nous trouvons. Quoi donc!
u La Oonveiillon n'a pas été libre, lorsque St2 de ses membres
u ont élé cliasséH de son sein ; la môme violence qui a expulsé
(( ces VI r(»i>iéHenlanls, les lient encore aujourd'hui éloignés;
« dans chacun des instants où la Convention maintient cet acte
« arbitraire, vous devez croire qu'elle se trouve sous l'oppres-
(( sion des mômes brigands qui le lui ont commandé : et vous
« vous applaudissez, comme citoyens, de rester tranquilles
(( spetîtaleurs d'une aussi grande calamité!... Il est sûr pour
« vous que les V2 suffrages enlevés par la violence aux délibé-
a râlions, en changent les résultats; ii est sûr qu'il n'y a pas
a de décrets \h où l'intégralité du corps représentatif n'existe
<( plus ; il est sûr que l'acte criminel par lequel cette intégralité
« a été rompue laisse l'Ëtat sans gouvernement et sans loi,
« qu'il jette l'administration dans le désordre , et les citoyens
<( dans un état de guerre intestine, qu'il prépare le déchire-
<i ment de la République et la perte absolue de la liberté : et
a vous n'adoptez pas les mesures sévères qui peuvent seules
« prévenir de si grands maux !
« Que nous parlez-vous de partis dans la Convention ! Nous « avons pu balancer comme vous, avant les derniers événe- « menls. Mais est-il douteux aujourd'hui pour aucun Français « que le parti oppresseur est celui qui triomphe de ces désastres î
a W'est-il pas clair que les 32 proscrits privés jusqu'au dernier « moment de toute influence dans les affaires publiques , et « dont les discours n'ont cessé de nous avertir des malheurs « qui viennent de se réaliser; n'est-il pas clair qu'ils n'ont lutlé « que pour l'intérêt du peuple, et que les tyrans qui régnent auc( jourd'hui et qui dès-lors même possédaient, soit par eux, soit « par leurs amis, toutes les places, ne les ont écartés que pour « se soustraire à leur surveillance ? Mais fussent-ils même aussi tt coupables que nous les croyons innocents , est-ce à des bri- « gants soudoyés à dicter des lois aux représentants du peuple? a Où en sommes-nous donc , si la liberté d'une grande nation c( est outragée à ce point , et si des citoyens français refusent « de s'armer pour la défendre ?
<c La Convention Nationale n'a pas été libre le 2 juin : l'acte « qui lui a été arraché subsiste : Henriot et ses complices qui « l'ont violentée, bien loin d'être punis, reçoivent des couce ronnes civiques ; la Convention Nationale continue donc « d'être asservie. Et vous, Citoyens, vous ne vous hâtez pas « de voler^à son secours ! Vous ne venez pas nous aider a lui « rendre sa liberté !
« Si Cobourg et Pitt, si les brigands de la Vendée avaient
c( pénétré jusqu'à Paris ; s'ils avaient entouré la Convention de
« cent mille baïonnettes ; s'ils dictaient des lois à la France
c( par l'organe de vos législateurs asservis ; hésiteriez-vous un
(( seul instant? Eh bien! les alliés de Pitt et de Cobourg,les amis
c( des rebelles delà Vendée ^ ont consommé cet acte impie. De
c< quelque masque qu'ils se couvrent, ils ont asservi la Repré-
« sentalion Nationale: ils l'asservissent encore. Si la liberté n'est
« pas entièrement détruite ; si le sang de vos représentants,
« si celui de vingt mille de vos frères n'a pas coulé sous leurs
c( glaives parricides ; si le trône n'a pas été relevé par eux sur
a des ruines et des cadavres, c'est au génie seul de la France
« que nous en sommes redevables. Mais ces crimes qu'ils ont
<c voulu ajouter à tous ceux qu'ils ont commis, sont dans leur
(( cœur. L'histoire de leurs conspirations multipliées ne peut
<f pas ôtre douteuse pour vous et quaod il en sera temps, les « pièces qui sont dans nos mains et qui nous ont été remises par « la Commission des Douze, en fourniront la preuve juridique*
« Tels sont ces hommes dont les maximes désorganisatrices « vous révoltent autant que nous, et que vous ne croyez pas <c cependant devoir frapper de vos armes ; ces homtnes qui (( viennent tout à l'heure encore de jeter de nouveaux ferments « de division au sein de la République, en lui présentant une i( prétendue constitution sur laquelle il nous est impossible a de délibérer avant d'avoir réintégré la Représentation Natioc( nale, une constitution anarchique uniquement favorable à a la domination de Paris, et qui nest sous tous les rapports « qu'un crime de plus dont ils sont comptables à la Nation.
« Vous nous engagez h faire des représentations; mais déjà a nous en avons fait : de quoi ont-elles servi? Que vou^ ont (1 servi les vôtres ? Pourrions-nous représenter aux domina- « teurs leurs torts et la volonté de nos administrés, avec plus a de force que vous ? N'ont-ils pas décrété avec une scandaa leuse audace^ que toute réclamation contre leur révolte du « 31 Mai serait enfouie dans leurs comités ; qu'il ne serait fait (( état que des basses flagorneries , que des éloges de leurs tt complices ? Citoyens, quand ce dernier crime est connu de a vous, se peut-il que vous nous conseilliez de faire de nou- « velles réclamations, qui, comme vous le savez trop, seraient c( aussi infructueuses que celles que vous venez. encore de a tenter?
« Voué craignez la guerre civile, dites-vous- 1 et nft vojieza vous pas que ce sont vos indécisions qui nous la donqenûent, (( s'il était possible qu'une cause aussi sainte pût trouver assez (K de contradicteurs pour engager un combat? Que tout répua blicain sente comme nous l'injure faite au peuple ; qu'il (( marche, et les brigands disparaîtront comme l'ombre. Non, a la vertu n'est pas en minorité sur ia terre. Ce n'est pas un a acte de guerre civile que le coup qui frappe un assassia sur (t l'échafaud* Celui qui demande que force reste à la loi, ne
u proclame pas la guerre. Ceux-là seuls peuvent roccasiooner, (( qui, au lieu de secourir de leurs armes celui qui fait entena dre ce cii respectable, le laisseraient aux prises avec les « brigands.
« Vous craignez la guen*e civile ! Eh bien ! c'est pour cela <( même, Citoyens, qu'il faut vous joindre à nous. Car ne vous i( y trompez pas : rien ne peut nous détourner de notre objet. « La résistance à l'oppression est le plus aaint des devoirs. c< Vainement une poignée d'esclaves, une mîijorité même, éga- « rée ou lâche, voudrait ratifier les violences exercées contre a nos représentans, c'est-à-dire, contre nous. Dans ce cas, la « résistance d'un seul citoyen serait légitime; rien ne peut (( légaliser la tyrannie. Si des Français nous combattent, c'est « qu'ils ne seront pas dignes d'être libres ; ils ne seront plus « nos frères. Si nous succombons, nous mourrons ; nous avons « juré de ne pas survivre à la perte de la liberté.
« Nous ne voulons point de transactions; on ne transige « point avec les principes. La liberté n'est pas susceptible de a plus on de moins. Nous voulons des lois faites par l'intégra- « lité du Corps Représentatif; nous voulons la punition écla- <Y tante des coupables, quels qu'ils soient; nous voulons que les a trésors volés à la nation soient restitués; nouf» voulons que « la vertu seule préside à la délibération d'une constitution qui « doit, par l'exercice de toutes les vertus, assurer le bonheur « aux Français ; nous voulons que le crime disparaisse du « milieu de nous : nous l'obtiendrons, ou nous moiurpons.
c< Nous ne 'voulons point de médiation : pour des républitf cains, il n'y a de médiateur que la Im. Ainst que vous, ikous « craignons de verser le saog de nos ft^res ; mais; lies conspi- « rateurs du 2 septembre, dn 10 mars, du 3 juin; mais^ les (( brigands du 25 février et du 1*"' juillet ne sont pas nos frères; a mais les triumvirs , les centumvirs , les dictateurs sont jes c( ennemis des Français. Les attaquer, les vaincre, les envoyer « à l'échalTaud , c'est ôter à Pitt et Cobourg leurs plus fidèles a auxiliaires. 4
(K Vous craignez la guen-e civile 1 Et qne ferez- vous , si elle t( éclate t Resterez-vous neutres ? ou marcherez-vons ooqtre a nous? Dans l'un et daos l'autre cas, vous ne seriez plusnos « frères ; car notre cause est juste; elle est celle de la liberté, a qui ne sait se plier à aucune considération, qui veut le règne tt des lois avant tout. Ralliez-vous donc aux principes dès à « présent, puisqu'il vous est impossible de vous eo écarter (( jamais. Prévenez tout événement funeste en présentant avec (( nous une masse de républicains inflexibles , qui veulent la tt liberté ou la mort.
• Vous craignez la guerre civile !, . . Mais , avec'^de pareilles « craintes, le premier factieux, qui voudra régner sur la France, a sera sur du succès. Après avoir chassé 32 représentants, il « en chassera 50 , il en chassera 200 ; comme Cromwell , il « restera seul au milieu du palais national; et la crainte d'en- €t gager une lutte avec le tyran, lui livrera la nation entière.
a Le 2 juin, les oppresseurs ont pris les armes; ils ont attaa que le peuple entier, avec 160 pièces de canon, des grils à a boulets et cent mille baïonnettes. Ils ont proclamé la guerre, a Faut-il leur laisser la victoire, et rester leurs esclaves ? Non, a cette flétrissure est insupportable à chacun de nous ; elle « sera repoussée par nos armes, quels que soient les vœux « contraires. L'oppression pèse individuellement sur nos tètes ; ce sa flétrissure nous est personnelle , en même temps qu'elle « attaque la nation entière : nul n'a le droit d'exiger que nous (( transigions avec la tyrannie ; et ceux-là seuls seraient cause « de la guerre civile, qui , sous prétexte de la craindre, nous a laisseraient en minorité, et donneraient aux brigands l'audace
(( d'attaquer nos phalanges républicaines Frères et amis!
« ces considérations méritent que vous les pesiez.
« Comme administrateurs ,diie^\o\is ^ vous ne pouvez iien « sur vos administrés ; c'est à eux seuls quil appanient d'user a de la souveraineté.
« Comme administrateurs , vous devez examiner si les lois, tt dont l'exécution vous est confiée, ont le caractère de lois.
« Votre devoir est de rejeter les volontés tyraniques d'une « minorité factieuse. Citoyens ! la loi punit de mort tout fonc- « tionnaire public qui proclame une loi dont il sait avec évi- « dence que la formation est ir régulière, oppressive et mille.
« Comme administraieurs, vous devez, avertir vos concitoyens « des dangers de la patrie ; vous leur devez des conseils ; et^ si « vos adrainislrés n'ont pas assez de courage pour soutenir (( votre résistance légitime à des actes arbitraires qu'une mino- « rite a l'audace d'appeler lois; dans l'impossibilité d'être libres, « vous deveî^, comme nous, vous dévouer à la mort.
(( Vous iffeidevez pas user du droit de souveraineté à la place « de vos administrés ; mais vous ne devez pas non plus vous « associer, en quelque sorte, à leurs tyrans, en leur commanc< dant l'exécution de prétendus décrets , dont vous sentez c< comme nous la nullité. L'erreur de vos administrés est fu- (c neste à la République, et nous vous observons. Citoyens, que « c'est vous qui Tentretenez. Vous livrez, sans vous en aperce- « voir sans doute, vos administrés k la domination des munici- « paux de Paris.
« Mais , si vous craignez d'interpréter le vœu de vos admi- « nislrés,- pourquoi donc avez-vous fait à la Convention cette « adresse que vous nous envoyez ? Le droit de pétition n'appar- « tient pas, suivant la loi, aux corps administratifs ; les citoyens « seuls ont le droit d'émettre de pareils vœux. Si vous avez fait « cet acte , au nom de la justice , au nom du peuple, dans la « certitude de n'en être pas démentis ; pourquoi craindriezc( vous d'être conséquents avec vous-mêmes j en prenant au^ (( jourd'liui les mesures vigoureuses que le mépris: de voti-e (i adresse autorise ?
Citoyens î le mouvement spontané, que vous attendez de vos ce administrés, est impossible ; ne pas le provoquer, c'est Temc( pêcher. Et qui donc peut les éclairer, si ce n'est vous? Qui « peut les interroger, si ce n'est Vous? Qui peut porter, dans « leurs cœurs, ce brûlant amour de la liberté, cette indignac( tion profonde pour le crime et la tyrannie ; qui peut peindre
(( avec énergie cette flétrissure que des dominateors scélérats
(( viennent d'imprimer au nom français, si ce n'est vous? Brutus
« attendit-il que le peuple romain lui commandât de poignarder
u le tyran? La Suisse serait-elle libre aujourd'hui, si Guillaume
R Tell n'eût provoqué l'insurrection sainte de ses concitoyens?
« Frères et amis « comme Brutus encore, on peut succomber
d dans une si belle cause ; mais il est beau de mourir pour «on
« pays.
c( Un mot encore, et c'est le dernier; nous interrogeons votre (( conscience. Les droits du peuple violés ne crient-ils pasTen* d geancc ? L'impunité accordée aux crimes du 2 jdin ne cornet mencerait-elle pas le règne de la tyrannie ? Les actes que n vous regardez comme des lois, depuis cette époque, ne sont-* « ils pas arbitraires et nuls ? Quel que puisse être le vcen de « vos administrés, vous est-ii permis de les reconnaître ? Sont- « ce là les serments que vous avez faits à la patrie ?... U n'est a point de milieu pour des hommes libres ; il faut, ou qu'ils « abdiquent des fonctions qu'ils ne pourraient exercer qu'en se « soumettant aux tyrans , ou qu'ils emploient la puissance a dont ils sont dépositaires, à combattre la tyrannie. Votre « choix ne peut pas être douteux.
« Hâtez-vous donc, Citoyens Administrateurs ! il en est
a temps encore. Votre adresse méprisée, vos vœux â légitimes
c( foulés aux pieds par les dominateurs de Paris, sont une rai-
« son suffisante pour vous faire adc^erdes mesures énergiques.
« Ceux qui viendront les deiniers dans cette cause auguste,
« après avoir, comme vous, essayé tous les moyens de confiance
u et de persuasion, n'auront pas démérité de la patrie ^ d
Cependant le Calvados, pour xious servii* de l'expression proverbiale, brûlait ses vaisseaux. Le 11, le conseil suréte : » que provisoirement le transport des denrée-s de première « nécessité destinées pour Poissy et Paris, est suspendu ; que
* Archives dii Calvados.
c( les denrées de cette nature ayant celte destination , déjà « arrêtées en la vilte deCaep, vont être remises daps un dépôt « jusqu'à ce que les propriétaires d'icelles aient é{^ iaforojés c( de cette mesure; la municipalité de Caep chargée du présent (( arrêté, eji ce qui concerne rarregtalLon desdites d<^flréqs ^ »
Le maire de Paris effrayé de la suppression du transport de? denrées de première nécessité se hâta de réclamer ajiprès des administrateurs du district de Caen la libre circulation des subsistances.
Paris, le 18 juin 1793, Tan 2 de la République Française une et indivisible.
Frères .et amis,
(( Nous ne pouvons pas croire au brujt que l'on a répaud^ « ici, qu'un arrêté du département dp Calvados, défendait de « laisser pas3er aucun des approvisioAuements destinés pour ce Paris; ce crime est trop honteux, trop infâme, jji blesse « trop les droits de la société, pour que nous y ajoutions foi ; (( il assimilerait les auteurs de cet ;arrêlé aux Jbrigands qui « brûlent et ravagent les moissops^ pou;- faire périr par Ja faim « ceux qu'ils n'ont pu faire périr par le fer. Les liens de com- « merce qui unissent , enrichissent, alimentent mutuellement (( toutes les parties de la République, seraient-ils rompus par (( vous? Cet exemple s'il était suivi par quelques départe- « ments, vous perdrait, vous, uous et toute la France. Cesys- « tème destructeur de tout principe, liberticide, monstrueux, « ne pourrait être enfanté que par des hommes q«i vouée draient nous replonger dans te cahos de la barbarie, de « l'anarchie, et faire sortir du milieu de nos divisions, d« nos m guerres intestines, un despotisme bien affreux^ bien sanglaiîl,
* Extrait du procès verbal des séances du conseil général du département du Calvados^ séance du 11 juin, an matin.
H dovan«!<^ par In farnino et les assassinats. Que les passions, les n fun.Mirs, los liainos nôrsdo l'ambition de quelques hommes ne u nous arnifuil ]ms les uns contre les autres ; éclaironsHDons « mutuolleniont, mais ne nous égorgeons pas. Que ceux sorf< tout qui veulent la liberté ne tiennent ni le langage ni la «( conduite dos d(?s))otes qui nous cernent, et des rebelles de u la \ ondée qui marcliont h travers dos ruines et des débris. « 11 serait affreux, il sorait incompréhensible pour la postérité, <( que les Cobourg , les Rrunswick et tous les mangeurs c( d'hommes d(! TKurope, voulussent renverser de fond en (' comble la ville de Paris, qui a tant fait de sacrifices pour la « liboi'té, <}n même temps que des Français, des républicains a voudraient l'affamer.
<( Nous attendons, frères et amis, avec Timpatience de Tami- (( lié ol de la fralornilé, votre désavœu formel d'un tel projet « (pii n'existe sans doute que dans la pensée et dans les propos « des contre-révolulionnairos ; Paris a été trop longtemps a victime do la calomnie, pour que ses magistrats ne se hâtent « pas de détruire colles qu'on pourrait répandre contre les « autres dé])artements, à la défense desquels ils seront toujours « prêts k voler ainsi qu'ils l'ont prouvé plusieurs fois.
c( Vive l'unité, l'indivisibilité de la République * ! »
Le maire de Paris,
Pache.
La signature de Pacho, du maire de Paris, qui, en toute occasion, s'était montré rennemi des Girondins, et dont tous les actes avaienteu pour but leur proscription, n'était pas faite pour obtenir un grand crédit auprès d'hommes armés tout exprès pour les défendre. L'Assemblée se chargea de répondre, au nom de tous les administrateurs, qu'elle ne voulait que la République une et indivisible , et qu elle ne tiansigerait jamais avec des factieux, et décida que sa réponse serait imprimée et adressée aux com-
* Archives du Calvaùob.
inunes du Calvados et aux départements, « aux fins de leur donner une idée de l'énergie des descendants des anciens Normands'. »
Réponse de l'Assemblée Générale du département du Calvados
à la lettre adressée par Pache, maire de Paris, aux
administrations du District, tendante à rétablir la
libre circulation des subsistances du dé^
parlement du Calvados vers Paris,
« Du 21 juin 1793, l'an II* de la République Française.
(( Les administrateurs du district de Caenont communiqué à « l'Assemblée générale du département du Calvados la lettre « que vous lui avez adressée le 18 de ce mois.
« Quand une portion du peuple souverain voit la chose pu- « blique sur les bords du précipice, il est de son devoir d' émet ployer son énergie pour apporter un remède prompt et « certain à tous les maux qui dérivent nécessairement d'un « danger aussi imminent.
« Les descendants des braves Normands qui habitent le dé- « parlement du Calvados, ne s' abandonnant pas à l'apathie qui « n'appartient qu'aux timides et aux lâches, redoublent, au « contraire leur courage, pour repousser avec force toutes les « insinuations de la perfidie. Ils ont pensé que, faisant une partie « essentielle de l'empire français, ils ne devaient pas être indifa férents aux attentats qui se sont commis et qui se commette tent journellement contre la majesté et la souveraineté du c( peuple. Ils ont pensé que la postérité, juge sévère des an- « nales des nations, les rangerait dans la classe de ces hordes « méprisables, si , à une époque aussi alarmante, ils ne mani- « festaient h leurs concitoyens et k l'Europe entière , la juste (( indignation qu'une faction impie et sacrilège a tant méritée.
' Bulletin des autnrifés constituées réunies à Caen, n" 1. — Extrait fin proch-verhal des séances du conseil général du département du Calvados, séance du 23 juin, au matin.
« — [Is ont pensé que, la mesure des forfaits étant pan^enue à i( son comble, il était indispensable de mettre un frein à tant « d'ignominiejetàtant de scélératesse. Enfin, ils ont pensé que, « s'ils n'employaient pas les plus grands moyens de résistance « à roppression, la liberté, que nous avons conquise par quatre tt années révolues de luttes et de travaux, était perdue sans « ressource, et qu'ils étaient menacés de se voir de nouveau (( condamnés à subir le joug le plus infamant.
« Subir le joug de l'infamie , est , pour un peuple libre , le « dernier période du malheur, et , dans une situation autant « accablante, les habitants du Calvados ne peuvent qu'être sura pris que le maire de Paris semble méconnaître les motifs qui « les déterminent.
« Est-ce un nouveau moyen de division qu'on veut tenter, en « n'adressant qu'à une portion de l'Administration des plaintes « sur une mesure que le salut public a fait adopter? Non, ces « moyens ne réussiront pas; nous formons une seule famille,un G peuple de frères, et tous nous saurons bien déjouer les trames « ourdies par la malveillance. Prétend-on continuellement nous « circonvenir avec des phrases insignifiantes , quand elles sont <i démenties par les faits ? Comme s'il n'était pas suffisamment a notoire que , sous le plausible prétexte d'approvisionner la « ville de Paris , on a méchamment excédé la mesure de la « prudence , dans la coupable intention de réduire pai* la face wine un peuple généreux et magnanime, idolâtre de la liberté, a et qui a voué une haine éternelle h la tyrannie ; un peuple qui u a aboli la royauté ; un peuple qui ne veut ni proconsuls , ni a triujnvirs , ni commune dominatrice , ni régime municipal ; « un peuple enfin, qui estdéterminé à écraser l'anarchie, et qui a maintiendra jusqu'à la mort la République Française une et (( indivisible
« L'administration du département du Calvados n'a-t-elle c( pas lieu de s'étonner du reproche qui lui est adressé par la a municipalité de Paris , quand , de toutes les parties de la « France, le cri de la réclamation se fait entendre sur les
c sommes énormes que cette commune a englouties dans les « dilapidations des monstres qui s'appropriaient le trésor pufc blic. Quels reproches ne mérite pas cette commune sur Tavi- « lissement où elle a constamment maintenu la Représentation et Nationale, et sur les insultes journalières faites aux délégués «r du peuple souverain par une multitude effrénée, notoirement « excitée et stipendiée pour exercer ces désordres ; sur la vio- « lation de tous les principes et de toutes les lois, relativement a aux opinions et aux personnes de nos représentants , et dont « il est démontré que la municipalité de Paris s'est rendue « complice ! Qu'aurait-elle à répondre, si, ajoutant des preuves « à des soupçons trop justement fondés, on démontrait avec « évidence, que les forces envoyées dans la Vendée, sous le (K commandement du lâche Santerre , n'avaient d'autre motif « que de coopérer à ce qu'on veut appeler une insurrection, « pour porter le peuple à des excès sanguinaires ; de profiter « de la confusion, de l'horreur des massacres qui en auraient a été la suite, afin de disperser d'un seul coup le sénat français, a et annoncer au peuple que sa seule ressource était de se « donner un maître ? Les perfides ! ils n'auraient pas manqué « de nous en présenter un à leur gré, qui eût imposé le silence « sur les forfaits dont il aurait partagé îe fruit*. »
Page 16, lig. 23. — Le conventionnel Romme avait composé la première ébauche de son calendrier républicain
Cet ouvrage est intitulé: Anntiairc du Cultivateur pou)* la III^ année de la République^ présenté le 30 pluviôse de Van II à la Convention Nationale qui en a décrété V impression et l'envoi pour servir aux écoles de la République; Paris, de Vlmpri-
i Archives municipales de la ville do CaeH.
merie Nationale^ BuissoD, an IIP de la République (1795), in-12 de Zil6 pages.
Outre Fabre d'Ëglantine, on prétend que Lalande eut part à la rédaction de ce livre.
Page 16, lig. 28. — Des missionnaires propagandistes d'insurrection
Ces missionnaires étaient :
Caille, procureur-syndic du District et Chaix-d'Est-Ange, député de la section de l'Union, pour les départements de la Manche et de l'Ille-et-Vilame ;
Caille le jeune, professeur, et Le Normand, président des Carabots, pour les Côtes-du-Nord et le Finistère ; ' Petit et Le Nouvel, pour TEure-et-Loire et Loire-et-Cher ;
Bougon, procureur-général syndic , et Manger, professeur, pour la Seine-Inférieure et la Somme ;
Renouf-la-Coudraye, juge de paix, et Devic, pour le Morbihan et la Loire-Inférieure ;
Varin et Laberge, pour la Mayenne et Maine-et-Loire ;
Marie et Boiszerard, pour l'Eure et l'Orne;
Legrix et Lacouture, pour la Sarthe et l'Indre-et-Loire :
Duhamel- Vailly, administrateur du conseil général du Département, fut en outre chargé d'informer les départements d'Indre-et-Loire, Indre, Haute- Vienne, Dordogne et Gironde, des dispositions des citoyens du Calvados*.
Page 17, lig, 5.— Cependant le bruit de notre insurrection était promptenient arrivé à Paris....
Nous savons que Bonnet de Meautry était resté Montagnard.
* Extrait du procès-verbal des séances du Conseil général du dépar^ tenient du Calvados, séance du 12 juin, au matin.
Vers ce temps, il adressa à ses commettants une lettre dont voici les termes :
Habitants de la ville de Gaen ,
« Si vous m'avez vu constamment fidèle aux principes de la « liberté, si j'ai montré quelque courage à défendre une si « belle cause, si je ne vous trompai jamais ; enfin, si je fus « toujours votre véritable ami, écoutez-moi; je n'ai qu'un mot « à vous dire, et ce mot ne saurait vous être indifférent.
« Des hordes de rebelles s'avancent sur notre territoire; « leur marche paraît se tourner du côté de la ci-devant pro- « vince de Normandie ; leur but est d'assassiner les patriotes, « de faire triompher l'aristocratie, de mutiler et de briser la a statue de la liberté que nous adorons depuis quatre ans, de a s'emparer des côtes de la Manche pour favoriser à nos ence nemis les moyens d'une descente, et consommer ainsi leurs « affreux projets. Et vous, Citoyens, au lieu de vous précipiter « en masse sur ces monstres pour les écraser, vous semblez « faire des préparatifs pour les recevoir ! Oui, Citoyens, des « préparatifs ! Car les torches de la guerre civile commencent « à s'allumer dans le Département, et ce sont de véritables « préparatifs.
a Loin de moi, cependant, l'idée que les anciens Normands « soient capables d'une pareille lâcheté ! Mais je vous parle en « républicain , je vous parle en homme ; je vous montre le « précipice; c'est à vous de l'éviter.
« mes amis ! Ne soyez point sourds à la voix de la patrie « eq pleurs qui vous parle par mon organe. Elle vous dit, « cette tendre mère : Mes enfants, obéir aux décrets de la « Convention Nationale ; oublier les événements passés pour « ne s'occuper que du présent et de l'avenir; prendre les « mesures nécessaires pour repousser les brigands ; conserver w le calme qui convient à des hommes libres et énergiques ; « continuer de fournir abondamment h nos frères de Paris les
a productions de votre sol, attendre enfin avec patience la
<( constitution vraiment populaire qui sera présentée à votre
c( acceptation sous très peu de temps ; tels sont les moyens,
t( le seul moyen de me sauver, de vous sauver vous-mêmes.
« Mon salut ou la mort, la liberté ou Fesclavage, choisissez !
(( Citoyens, entendez ma profession de f(H telle qu'elle est
a au fond de mon cœur. Si j'avais été mis en état d'arresta-
(i, tion par un décret de la Convention Nationale, et que
« quelqu'un, fût-il le meilleur de mes amis, m'eût proposé de
(( m'y soustraire, je lui aurais répondu : Cessez de me parler
(( sur ce ton, ou vous ne serez plus à mes yeux qu'un traître
« et qu'un conspirateur.
« Bonnet *. »
Page 18, ligne!. — Chacun d'eux, en arrivant, se présenta h l'Assemblée d'insurrection . . .
Henri Larivière et Gorsas, se présentèrent à la séance du 9 juin, 6 heures du soir ;
Buzot, Salles et Lesage, à celle du 12 juin, au soir];
Barbaroux, Bergoing, Duval et Lahaye, le 15 juin, au matin;
Cussy, le 1 8 ;
Guadet et Louvet, le 26, au matin ;
Pélion, le 28 au soir;
Lanjuinais, le 30 ;
Kervélégan, le 2 juillet;
Mollevault, le U ;
Et Duchâtel, seulement le 10 juillet.
Buzot et Gm^as furent les seuls qui prirent en plusieurs occasions la parole devant l'Assemblée; le premier y parla à trois reprises différentes, et le second deux fois'.
* Collectien de M. Renard.
2 Extrait du procès^'erbal des séances du conseil général du départementdu Calvados,
Nous ne voyons nulle pari que Giroust, Valady et Meillan aient jamais assisté aux séances de TÂssemblée ; le dernier se contente de dire dans ses Mémoires \ qu'il se rendit k Gaen, vers la fin de juin.
Page 18, ligne 17. — On les avait logés à Thôtel de la ci-devant Intendance. . .
Hôtel de Fontelte, rue des Cannes, n° txti,
a L'Assemblée considérant que plusieurs représentants du a peuple se sont retirés dans cette ville pour se soustraire aux a poursuites meurtrières de la faction qui opprime la Gonven- « tion Nationale et la majorité des bons citoyens de Paris.
« Considérant qu'il est du devoir de l'Assemblée d'accorder « aux représentants du peuple une honorable hospitalité.
t< Arrête, ouï le suppléant du procureur-général syndic;
a 1* Il sera offert aux représentants du peuple, de présent ce résidants à Gaen, d'accepter Thôtel de la ci-devant Inteua dance pour s'y loger ;
« 2"* Get hôtel sera meublé et fourni de tous les objets néces- « saires et convenables ;
a 3*" 11 sera donné une garde d'honneur aux représentants « du peuple^. »
En premier lieu, les intendants de Basse-Normandie n'avaient pas d'hôtel spécial affecté à leur résidence. La ville de Gaen leur payait une subvention annuelle pour leur logement personnel et leurs bureaux.
Pour faire cesser cet état de choses, Louis XV autorisa, en 1768, la ville à acheter de l'intendant de la Généralité, de
* Page 75, éd. Bcrville.
'^ Extrait du procès-vevhal des séances du conseil général du département du Calvados, eéaiice du 18 juin.
Fontette, l'hôtel que celui-ci occupait et qui lui appartenait. L'acte de vente fut passé le 16 juin 1768.
L'hôtel vendu comme bien national, le 18 vendémiaire an VI, a été racheté par le petit-fils de l'intendant de Fontette, après avoir été successivement la propriété de plusieurs personnes *.
Page 19, lig. 9. — Dragons de la Manche et Chasseurs de l^ Bretèche...,
Les archives du Calvados renferment de nombreux documents sur la formation de ces deux régiments. Les chasseurs qui prirent plus tard, nous le croyons, le nom de 16® Régiment de Chasseurs à cheval., portaient provisoirement celui de La Bretèche, leur commandant. Cet officier avait dû son avancement à sa belle conduite à la bataille de Jemmapes où, n'étant encore que simple lieutenant de gendarmerie, il sauva la vie au général Beurnonville, en le couvrant de son corps. Percé de quarante et un coups de sabre, il survécut néanmoins et fut récompensé de sa belle action par une couronne civique et un sabre d'honneur que lui décerna la Convention. Il paraîtrait que, si la bravoure de La Bretèche était incontestable , il ne brillait pas autant par la fermeté de ses opinions politiques. Compromis avec Wimpffen, en 1793, nous le retrouvons, au 9 thermidor, emprisonné comme terroriste ^ ; il était alors général de l'Ecole de Mars.
Page 19, lig, 20. — 11 nous arriva alors trois superbes bataillons de volontaii^es Bretons
L'arrivée de ces bataillons avait été précédée par l'envoi d'un
1 Archives du Calvados. — Note communiquée par M. de Fontette.
2 Moniteur^ 12 thermidor an II et 12 nivôse an III.
courrier extraordinaire chargé de la dépêche suivante à laquelle il fut immédiatement répondu favorablement.
« Rennes, le 19 juin 1793, Tan II« de la République»
V Assemblée Centrale^ comfosée des députés des départements
du Finistère, du Morbihan, des Câtes-du-Nord, de la
Loire-Inférieure et d'Ille-et-Vilaine, séant à Rennes,
aux administrateurs du département du Calvados,
(( Frères et amis,
« Une des plus importantes naesures, que nécessite Tétat de a crise où est plongée la patrie , nous a paru la réunion des
« vrais républicains dans un point central. Le chef-lieu du déc( partement du Calvados, qui déploie aujourd'hui tant d'énergie a a fixé nos regards. Nous venons d'arrêter d'y envoyer dix « commissaires pour concerter les moyens les plus propres à « remplir le vœu de la loi du 24 mai.
« Nous avons pensé que Caen devait être aussi le lieu du c( premier rendez-vous des forces que nos départements orga- « nisent , pour rendre à la Convention Nationale la liberté et c( l'intégrité que des factieux lui ont ravies ; mais avant de les (( mettre en marche, il était indispensable de vous demander « si vous ne verriez pas quelque obstacle à nos projets. Nous « vous dépêchons, en conséquence, un courrier extraordinaire ; (( nous vous prions de le charger de votre réponse ; elle nous a apprendra si vous pouvez recevoir nos commissaires et dos (( bataillons.
« Deux de vos concitoyens , présents à notre séance, nous c( font espérer que vous accueillerez nos vues ; nous attendons, c( en ce cas, de votre zèle, que vous en préviendrez les autres « départements , au moins ceux qui vous avoisinent. Plus la c( réunion sera considérable, plus nos succès seront certains ^w
* Collection de M. Pezet.
Ce fut seulement après Tenvoi des commissaires que l'Assemblée prit le titre définitif d'AssEMBLÉE centrale de résistance A l'oppression. Elle proclama son installation par un arrêté en date du 30 juin.
Arrêté de V Assemblée Centrale des départements réunis,
« Les députés nommés par les communes et assemblées pri- (c maires des départements du Morbihan , du Finistère, des « Côles-du-Nord, delà Mayenne, d'Ille-et-Vilaine, de laLoire- « Inférieure, du Calvados, réunis ci Caen ; considérant que la « gravité des circonstances ne leur permet pas d'attendre plus (( longtemps l'arrivée des députés des autres départements, qui (( doivent se joindre h eux ; considérant que la formation de « leur assemblée ne peut être différée, sans compromettre la c( chose publique dont le succès dépend de Tensemble et de « l'unité des mesures ; vérification faite des pouvoirs, jurent <( guerre étemelle aux tyrans , aux traîtres , aux anarchistes ; a jurent de maintenir la liberté, l'égalité, la République une (( et indivisible , la sûreté des personnes et des propriétés; « jurent de n'employer les pouvoirs qui leur sont confiés que « pour faire respecter la souveraineté du peuple ; et décla- « rent, au nom de leurs commettants, qu'ils se constituent en « Assemblée Centrale de Résistance à l'Oppression * »
Le Comité eut bientôt dressé son plan :
Se rendre à Paris avec la force départementale ;
Se réunir aux habitants de cette ville, pour rétablir la Convention dans son intégrité ;
Assurer sa liberté par une garde prise dans tous les départements ;
Demander l'institution d'un tribunal composé de juges fournis par chaque département, pour juger tous les membres de la Convention ^
* liulletin des autofifés constituées réunies à Caen^ n" 3. ^ Mémoires de Meillnn^ p. 77.
Il publia presque immédiatement une déclaration que les Montagnards désignèrent sous le nom de Manifeste de Wimpffen^ mais dont Louvet réclame énergiquement la paternité. « Mes « collègues , dit-il, dans une note de ses Mémoires *, réunis à « Caen , vers la fin de juin 1793, me chargèrent de faire cette ce proclamation ; je la rédigeai ; je la leur soumis. Ils Tapprou- « vèrent , l'Assemblée Centrale l'adopta ; l'impression en fut
(( ordonnée Il en pénétra quelques exemplaires jusque dans
« Paris. »
Ce manifeste fut suivi d'une protestation contre la convocation des assemblées primaires , appelées k accepter le projet de constitution.
Nous donnons ici ces deux pièces qui prirent, surtout la première, tout le caractère d'un ultimatum.
Déclaration que fait à la France entière V Assemblée Centrale des départements du Nord- Ouest , des motifs, et de r objet de sa formation.
Français et concitoyens,.
a Après les attentats du 10 mars et du 31 mai, après les force faits du 2 juin, nous avons demandé justice ; nous ne l'avons (( point obtenue. Plusieurs départements ont fait entendre leurs « réclamations; on les a méprisées. Beaucoup d'autres encore « ont parlé : ils ont parlé vainement. Indignés d'une oppression (( semblable, les républicains du Nord et de l'Ouest se sont le- (c vés. Réunis dans leurs sections ou dans leurs assemblées (( primaires, ils nous ont dit : Allez à nos frères dU Calvados « qui ont avec nous levé l'étendard de la sainte insurrection. « Constituez-vous Cornue Central de Résistance à l'Oppression; « et nous nous sommes constitués.
« Au Midi cependant un cri d'indignation général se faisait
* p. 8, éd. Berviile.
a enlcndro. Marseille bientôt délivrée de ses anarcbistes, Boru deaux toujours intacte, Lyon tout récemment victorieuse de u la tyrannie, et le (iard, (;t rArdèclie,et Tllérault, etdans trente a déparlenienls cirronvoisins , des milliers de républicains, <( surpris qu'on eut espéré de les asservir, demandaient réparaa lion prompte et prompte vengeance. On osait ne pas les écoa- » t(M'. 1/Ain, le Doubs, le Jura se soulevaient impatients du a jouK ; on feignait de ne point les apercevoir. Assis sur on u trùn(> nninicipal ii Paris, quelques factieux en écharpe, etdans <( le sein uM^me de la (Convention, plusieurs représentants infi- « (IM(;s ne (îraignaient pas de se constituer en révolte ouverte a contre le peuple français, dont la majorité venait de s'exa pli([uer. Surprise d'une telle audace, Marseille, en un jour, u organise et fait partir ses légions. Le Midi tout entier s'é- « branle. Des diverses extrémités delà République, du Jura,des a Alpes <it des Pyrénées à la fois , de nombreux bataillons des- (( cendent.Et vous aussi, nos commettants, fiers habitants de ces « contrées si peu faites pour l'esclavage, enfants de TArmorique « et de la Neuslrie , vous aussi , vous en appelez à vos armes ! a Déjii les bannières du Calvados , de TlUe-et-Vilaine et de a l'Eure se sont réunies aux cris de l'allégresse commune. Déjà a votre avant-garde est dans Evreux, toute entière insurgée a contre les usurpateurs. Vous voulez qu'on les punisse ; et ils « seront punis.
a Us seront punis, pour avoir commis les vols et les assassia nats de septembre; pour avoir, à cette époque à jamais exéa crable, demandé l'établissement d'un triumvirat ; forcé l'éleca tion d'un Marat et de ses vils complices, et, dès les premiers « jours de l'Assemblée Conventionnelle , préparé son avilisse- (i ment et provoqué sa dissolution.
u Ils seront punis, pour avoir peuplé les années, le ministère, a tous les bureaux de l'administration , de leurs parents , de « leurs amis, de leurs créatures, d'une foule d'individus égalece ment ineptes et malveillants; pour avoir, en violation des (( lois, usurpé pour eux-mêmes les principaux emplois de
« TEtat; pour avoir soutenu le ministre Pache, dont les iné- « puisables complaisances ont coûté plusieurs cents millions au a peuple ; dont la négligence volontaire a laissé les Alpes sans « défense, ouvert à l'Espagnol un chemin facile à travers les « Pyrénées, fait périr dans le dénuement nos légions du Rhin, i' et complètement désorganisé les légions du Nord ; pour avoir c( ruiné notre marine , et , par conséquent , livré aux Anglais (( notre commerce et nos colonies ; pour n'avoir rendu aucun « compte des deniers remis en leurs mains, souffert ou favorisé « les énormes dilapidations de tous leurs agents ; de l'aveu « même de Pache, accaparé, au mois d'août de cette année, « pour huit mois de subsistances , tandis que nos départe- « ments réclament en vain les approvisionnements de quelques « jours.
c< Ils seront punis, pour avoir tenté de corrompre, à prix i( d'argent, la morale du peuple ; pour avoir conseillé, préparé, « accompli les pillages du 26 février ; pour avoir, le même « jour, au bruit de la générale, et en menaçant d'une émeute « nouvelle , arraché de nouveaux millions à la Convention ; (( pour avoir insulté ci la morale, à la raison , à la justice puce bliques, dans le prétendu jugement de Marat ; pour avoir fait « de la municipalité de Paris une puissance , d'abord rivale de « l'autorité nationale , et bientôt supérieure à la Convention ; « pour avoir salarié des femmes publiques et des gladiateurs, « chargés de prodiguer à vos représentants des huées, des in- (( jures, des menaces, des cris de proscription.
<( Ils seront punis, pour avoir forcé le rapport du décret qui (( chassait ce Philippe d'Orléans qu'ils avaient élu, qu'ils préce conisaient sans pudeur, avec lequel ils se montraient cons- « tamment, et dont, en toute occasion, ils louaient les enfants; « ces enfants dangereux , pour lesquels Dumouriez, devenu c( leur complice, osa bientôt redemander la Constitution de 89 <( et le trône ;
« Pour avoir voulu disperser les deux tiers de nos représen- (( tanls , et, dans leur nombre , égorger les plus inflexibles ré-
¥. publicains, à Tépoque du 10 mars, époque remarquable où , « sans le courage des hommes du Finistère, la liberté périssait c( sous les poignards de ranarcbie ;
« Pour avoir, à la môme époque , fait arracher par la vio- « lence, un décret qui, détruisant Tinstitulion sainte des jurés, « et soumettant nos départements à la seule juridiction de Face ris, a établi], sous le nom de Tribunal Révolutionnaire , une a commission destinée à écarter par le glaive et contenir par « la terreur tous les républicains ; une commission telle que, « sous le régime des bastilles , on n'en vit point de plus déii testable ;
« Pour avoir aussi fait arracher par la violence, une nomi- « nation de commissaires, dont les deux tiers des représentants, « ainsi privés de leur caractère, furent exclus , et qui ne jetta « sur les départements que les agents d'une faction investis i( d'un pouvoir dictatorial , dont plusieurs firent un abus s « terrible, que leurs prédications scandaleuses, leurs intrigues « corruptrices , les suspensions, les destitutions , les arresta- « tiens arbitraires, les vexations de toutes les espèces exercées « par eux, nous ont rappelé cent fois le despotisme des mo- « demes intendances , ou la tyrannie de ces anciens procon- « suis envoyés par la superbe Rome dans les provinces con- (( quises ;
a Pour avoir encore désolé nos départements des émissaires « d'une commune usurpatrice et de deux ministres conspira- « leurs , Bouchotte et Garât, émissaires évidemment unis dans u l'intention d'anarchiser nos villes , de maratiser nos caûipa- « gnes , de diviser les citoyens en deux classes, d'exciter tous « ceux qui ne possèdent pas contre ceux qui possèdent , de « mécontenter le riche en l'inquiétant dans ses biens , de ravir « au pauvre toute espèce de ressource en faisant dévaster les « propriétés , de propager la doctrine du vol et de l'assassinat, « de jeter toutes les semences de la guerre civile, de calomnier « les représentants du peuple , de proclamer la suprématie de « la commune de Paris, et l'excellence d'une minorité factieuse.
« désignée sous le nom de Montagne, afni que nos départe- « ments devinssent les tributaires d'une capitale ; afin que la « Convention se trouvât réduite à une centaine d'individus, « sénateurs inamovibles , encore avides de richesses, quoique « chargés de dépouilles, et prêts à trafiquer des droits du peuple, c( quoique toujours ambitieux de puissmce , afin que, la disso- « lution sociale ayant préparé le retour du despotisme, on put c< substituer bientôt ii la tyrannie d'un petit nombre la tyrannie iK d*un seul.
« lisseront punis, pour avoir voulu, dès le 20 juin, reprendre « les complots avortés le 10 mars ; pour avoir, dans la maison « même du maire, préparé les faux témoignages, les correspon- « dances calomnieuses, et les poignards par lesquels ils espé- « raient ravir en même temps h vos représentants fidèles et la « vie et l'honneur.
(i Nous le jurons sur vos armes I ils seront punis de la ré- « volte du 31 mai et des forfaits du 2 juin ;
« Us le seront , pour avoir, dans ces journées , les dernières « de la Convention , au bruit du tocsin séditieux , avec cent « canons parricides , avec les baïonnettes destinées pour la (( Vendée, où leur absence livrait nos places aux rebelles, or- « donné qu'une commission , instituée pour rechercher les « complots tramés contre la Représentation Nationale, fût castt sée , sans qu'on entendît son rapport déjà prêt ; que 32 dé- (( pûtes, dénoncés sans preuves, vengés par un décret, accusés (( de nouveau, sans qu'on daignât chercher de nouveaux préce textes, et tellement exempts de reproches, qu'aujourd'hui « môme leurs plus cruels persécuteurs, ne pouvant rien Irou- « ver qui les inculpe, s'imposent silence par des décrets, fussent « arrachés de leur poste et tenus en réserve sous les poignards; Cl enfin, pour avoir, dans ce moment qu'ils croyaient favorable, (( hasardé, par l'organe du plus vil des hommes, une première « tentative pour que la nation prit un chef.
« Us seront punis , pour avoir dressé , dans toute l'étendue « de la France, des listes de proscriptions, et désigné, pour le
« premier massacre : dans la ville de Lyon, 2,500 victimes ; « 3,000 dans celle de Marseille, et, dans celle de Paris, 8,000;
« Pour avoir voulu, comme au temps de l'ancien despotisme, « remplacer la garde nationale par une garde prétorienne à a leur solde ;
a Pour avoir, comme tous les tyrans , violé la liberté de la a presse et le dépôt sacré des lettres ;
« Pour avoir fait livrer, par des généraux de leur choix, « Saumur qu'il était facile de défendre , notre artillerie qu'on (( pouvait sauver, nos munitions que, du moins au moment de « la défaite , on devait détruire ; pour l'avoir fait dans Tinten- « tion manifeste d'ouvrir aux rebelles le chemin de la ci-devant a Bretagne et de la ci-devant Normandie, afin d'inquiéter et « d'occuper chez eux les 12 ou 15 départements que dans cette « partie de la France ils voyaient prêts à se soulever ensemble (( contre les attentats du 2 juin ;
c( Pour avoir, malgré mille et mille réclamations, confié la (( défense des départements menacés par les royalistes de la ^( Vendée, à Santerre complètement inhabile au métier des « armes, et l'une des plus anciennes créatures de ce d'Orléans « que sa faction voulait porter au trône, afin de régner sous «c lui ;
« Pour savoir essayé de tromper le peuple et d'usurper sa « souveraineté, en méconnaissant avec audace, en ensevelisa sant avec perfidie dans les ténèbres du Comité de Salut Puce bUc, cette foule d'adresses ou Timmense majorité des Français « témoignait l'indignation qui l'avait saisie à la nouvelle des « crimes du 2 juin; pour avoir fait insulter et jeter dans les 9 prisons ses députés extraordinaires; pour avoir appelé insur- « rection la révolte de quelques hommes au sein d'une seule c( ville, et révolte l'insurrection de la grande majorité du peuple « français dans ses départements.
(( Ils seront punis, pour avoir enchaîné les malheureux restes « de la Représentation Nationale ; pour l'avoir forcée à rendre « ce qu'ils osent encore appeler des décrets ; pour l'avoir for-
« cée à enfanter, dans l'état de dissolution où ils l'avaient « réduite, quand nos plus courageux défenseurs étaient écartés, c( quand les proscriptions étouffaient le cri des consciences, « quand le pillage, attestant la nullité des lois, dévorait encore a les propriétés, un fantôme de constitution , nouveau ferment « de divisions intestines , dégoûtant squelette où rien n'est or- « ganisé, rien que le germe de l'anarchie toujours renaissante, a rien que l'asservissement inévitable et prochain de toutes les « parties de la République aux insolents municipaux de Paris.
a Ils seront punis , pour avoir, dans l'enceinte de leur ville, c( indignement perverti la morale et trompé la confiance d'une c< portion de citoyens recommandables, mais trop crédules, qui « ne méritait pas, après tant de combats et de sacrifices glo- « rieux , de voir ses travaux perdus et sa gloire flétrie ; pour a avoir abusé les uns , opprimé les autres , et , par une suite « continuelle de vils artifices, de basses impostures, de lâches « mensonges, d'intrigues corruptrices et de proscriptions san- « guinaires, régné despotiquement sur eux tous.
« Parisiens malheureux, généreux Parisiens, si telle est leur « puissance , qu'ayant à leur disposition une partie de vos « forces, les principaux emplois de la République , tous ses a trésors et les débris d'une convention qu'ils obligent à déli- « bérer pour eux , ils parviennent à enchaîner, pendant quel- « ques jours encore , votre courage impatient du joug, ah 1 du « moms, tournez vers nous des regards d'espérance ! Nous vête nous bientôt , nous venons rétablir la Représentation Natio- « nale depuis le 27 mai détruite, étouffer l'anarchie depuis six « mois triomphante, terrasser des municipaux tyrans, briser « vos fers et vous embrasser.
tt Nous vous recommandons les honorables proscrits qui sont « dans vos murs. Quand la fureur des brigands les menace, « que le courage des gens de bien les rassure. Epargnez à votre « ville une tache nouvelle ! Empêchez que la mesure du crime « soit comblée î
« Mais toi , Pachc, cl tous les liens, et les municipaux, et les
« Cordeliers, et les femmes révolutionnaires, tous, tous, vous « nous répondez , vous nous répondez sur vos lôtes , nous ne « disons pas seulement d'un mouvement qui déterminerait Tasce sassinal de ces victimes dévouées ; nous disons aussi', de « toutes les espèces d'accidents qui pourraient, d'une manière « en apparence moins violente, terminer leur vie !.. .
('. Républicains de l'Ouest et du Nord , vous êtes prêts. L'im- « patiente ardeur qui vous a saisis sera très incessamment « satisfaite. Nous, vos mandataires, spécialement envoyés pour « cet objet de salut public, nous allons accomplir une coalition <( sainte. Nous allons tout disposer pour que rien ne vous arrête a dans votre marche victorieuse ; et vos frères du Midi n'arri- « veront point avant vous ^
L'Assemblée Centrale de Bésislance à rOppression, des déjiar^
tements réunis à Caen , à tous citoyens français,
amis de la République une et indivisible,
<( De tous les moyens qu'ont employés jusqulci les ennemis « de la liberté pour allumer la guerre civile parmi nous, lacon- « vocation des assemblées primaires, aux fins d'accepter le « projet de constitution qu'on va leur présenter, est à la fois c( le plus perfide et le plus sûr.
(( Dans quel moment , en effet , cette convocation est-elle « ordonnée ? C'est lorsque la France est évidemment divisée a en deux partis , dont l'un reconnaît la Convention Nationale, « dont l'autre ne la reconnaît pas ; dont l'un demande répara- « tion de l'outrage fait à la souveraineté du peuple, dont l'autre « approuve cet outrage, ou du moins le tolère ; c'est lorsque la (( majorité des Français se lève et se déclare en insurrection (i contre les factieux, qui après avoir violé la Représentation « Nationale , osent faire des débris de celte représentation « l'instrument de leurs proscriptions , de leurs brigandages et
* Archives du Calvados.
« de leurs fureurs ; c'est lorsque, du Midi, du Nord, et de l'Ouest
« delà France, de nombreux bataillons s'avancent vers Paris
« pour y contenir les brigands , et demander à la Conven-
<c tien Nationale, réintégrée et libre, vengeance de l'attentat
t( commis contre elle, dans la journée du 2 juin et celles q«ii
« l'ont précédée ; c'est lorsque tous les germes de division, de
«t haine, de corruption peut-être, ont été semés avec la lâcheté
a ia plus atroce , non-seulement entre les départements , mais
« cotre les communes ; non-seulement entre les communes ,
(( mais entre les citoyens ; c'est , enfin , lorsque les agents, soit
« publics soit secrets, de l'infâme centumvirat qui nous op-
« prime, sont répandus sur tout le territoire de la République,
a investis des pouvoirs les plus effrayants, et prêts à frapper du
tt glaive terrible dont ils sont armés quiconque oserait dire que
« la Convention n'existe plus depuis le 2 juin; que consacrer
« son existence , ce serait consacrer le mépris de la souverai-
« neté, et la faculté pour une fraction du peuple, si ce n'est
t< môme pour une poignée de brigands, de changer la Repré-
« sentation Nationale, de la modifier à leur gré et d'en écarter
«r les membres les .plus fidèles, les plus zélés et les plus cou-
a rageux.
« Nous ne croyons pas. Citoyens, que la vérité d'aucuns de « ces faits puisse être contestée ; et c'est â vous-mêmes que a nous en appelons, contre ceux qui pourraient être tentés de « les contredire; car la violence exercée contre les représen- « tantsdu peuple, dans la journée du 2 juin, les menaces qui « leur furent faites , l'état de captivité où on les tint pendant (c quinze heures, l'inutilité de leurs efforts pour obtenir la levée « de cette audacieuse consigne, avant d'avoir rendu le décret « d'expulsion de 32 membres, tout vous est connu; et quand c( vous ignoreriez ces circonstances , vous vous diriez toujours <( sans doute à vous-mêmes qu'il est impossible que la Conven- « tion Nationale ait prononcé librement un décret d'arrestation « contre 32 représentants du peuple dénoncés et non entendus, (c contre 22 représentants du peuple, dont elle avait, quelques
a jours auparavant, proclamé l'innocence, en déclarant caloma Dieuse la dénonciation faite contre eux ; déclaration que leurs « persécuteurs eux-mêmes venaient de renouveler, six heures « avant le décret, par l'organe de Barrère, en les invitant, par « une honteuse et lâche transaction , à faire à la tranquillité « publique le sacriOce momentané de leur caractère.
« Mais, Citoyens, si tous-ces faits sont certains, si la plupart « d'entr'eux ont été révélés dans un moment de terreur par (i ceux-là même qui , k cause de la part qu'ils y ont prise, sont c( intéressés à en affaiblir l'horreur, pourriez- vous ne pas être <( effrayés des suites funestes qu'ils doivent entraîner? Pour- « riez- vous, sans trembler pour la liberté de votre pays, voir (( présenter aux Français le pacte qui doit les unir, sous des (( auspices aussi effrayants, c'est-à-dire, dans un moment où a la liberté de la presse est anéantie, la communication des lu- « mières tyranniquement interdite , le secret des postes effron- « tément violé , les actes les plus arbitraires audacieusement « exécutés,la Représentation Nationale presqu'entièrement disa persée, et le droit de donner des lois à 25 millions d'hommes (( tombé dans les mains d'une centaine d'individus,instrumeDts (( ou complices de quelques insolents tribuns ; dans un moment « où ceux qui ont usurpé le pouvoir ne reconnaissent pour pa- ({ iriotes que les prédicateurs du meurtre et du pillage, et pro- « scrivent comme mauvais citoyens tous ceux qui prêchent « l'amour de l'ordre et des lois ; dans un moment où le pUis « horrible attentat, celui de la dissolution de la Représentation c< Nationale, est qualifié de sainte insurrection qu'il faut bénir « et récompenser, et le mouvement généreux des départements « de révolte et de projet de fédéralisme, qu'il faut arrêter et c( punir; dans un moment, enfin, où toutes les idées de justice, « de vérité, d'humanité et de raison sont renversées et mécon- « nues I Pensez-vous qu'un peuple assez lâche, nous ne disons « pas pour accepter, mais pour examiner, dans de telles conc( jonctures, la constitution que lui présentent ceux qui le « tiennent à ce point asservi , pourrait échapper au sort qui
« attend les nations , après la violation des principes? Pensez- « vous qu'en donnant ainsi le secret de sa faiblesse, il u'appel- « lerait pas un tyran, et ne se forgerait pas des chaînes à lui- « même?
(( Mais d'autres malheurs l'attendraient encore. Il est aisé de « prévoir qu'un tel oubli de sa puissance et de sa dignité ferait a naître, au milieu de lui , des divisions , des haines, des fac- « lions, des partis, et, enfin, un déchirement qui, pour la por- « lion même qui conserverait la liberté, serait suivi de grandes « et longues calamités. Oui , Citoyens, voilà ce que nous crai- « gnons , nous qu'on accuse pourtant de souffler le feu de la <c guerre civile, et de préparer le déchirement de la France.
« Il est, ce nous semble, un moyen bien simple de prévenir « d'aussi grands malheurs : c'est de ne rien précipiter, c'est « de renvoyer l'examen du projet de constitution au mo- « ment où les départements coalisés pour la conquête de leurs c( droits et des vôtres auront fait entendre leur voix. Nous « ne vous disons pas : rejetez ce projet. Nous vous disons : « ajournez-en l'examen. Que l'esprit de parti qui empoisonne « tout ce qu'il touche, et qui n'a jamais fondé de gouver- « nement durable, ne préside pas à l'acte le plus solennel « des nations. Ne vous exposez pas , par un assentiment pré- « mature , aux maux que la résistance de vos frères , si elle a est légitime, pourrait entraîner pour vous et pour eux-mêmes. « Encore une fois , attendez que leur voix ait pu se faire ena tendre. Sans doute, vous ne ferez pas aux courageux Borde- « lais, aux fiers Bretons, aux intrépides Normands, aux in- « domptables Marseillais, l'injure de croire qu'ils veulent autre chose que la liberté, l'anéantissement des factions, le règne tt de l'ordre et des lois. Eh bien ! s'ils sont dans l'erreur, si , (( malgré toutes les précautions qu'ils ont prises pour connaître (( la vérité, ils sont abusés, souffrez qu'on les détrompe ; mais, « au nom de la patrie, au nom de la liberté qui nous a coûté à (( tous tant de sacrifices ! n'allez pas accepter une constitution « qu'ils ne regardent pas , que, dans la conviction intime qu'ils
« ont du défaut de liberté et de la non-inlégraUté de la Conven- « lion Nationale, ils ne peuvent regarder comme l'ouvrage de « leurs représentants; une constitution que dès lors ils ne pour- « raient accepter sans trahir leur serment de vivre libres ou de « mourir, puisque cette acceptation serait un premier acte de (( soumission à la tyrannie.
c( Nous le savons comme vous, dans Fétat de crise où se « trouve la France , une constitution lui est nécessaire. Mais « pourquoi? C'est, sans doute, pour faire cesser le règne des « factions, et pour assurer celui des lois ; mais, si accepter celle « qu'on vous oiïre, c'est créer des factions nouvelles ou donner a plus de force à celles qui existent ; si accepter celle qu'on « vous offre , c'est reculer le règne des lois, perpétuer Tanar- « cbie , et jeter au milieu de la France un brandon de guerre « civile, le remède, en ce cas, n'est-il pas pire que le mal ? Une « constitution est nécessaire à la France ! Mais fut-ce une c( raison d'accepter celle que le dernier roi des Français vou- *<( lut nous donner dans son lit de justice du mois de juin 1789? ce Une constitution est nécessaire à la France I Mais si , au lieu « de chasser 32 de nos représentants, et d'en disperser la ma- « jorité, la commune de Paris eût pris la place de la Gonven- « tion Nationale, et qu'elle vous eût offert une constitution, « l'accepteriez-vous ?
c( Citoyens, nos amis et nos frères ! sans doute une constituc< tion est nécessaire, à la France ; mais ce qui l'est davantage (c encore, c'est le respect des principes ; car, avec les principes, « on fait une constitution ; sans eux, on ne fait rien de durable. « Sans doute une constitution est nécessaire à la France; mais <( ce qui l'est davantage encore, c'est d'éloigner la guerre civile, « c'est de ne pas devenir la risée de l'Europe, c'est de prévenir « une scission funeste à tous, et principalement à cette ville de c( Paris que nous voulons sauver malgré elle. Quelle serait (( d'ailleurs cette inconséquence , de ne vouloir différer de « vingt jours un pacte qui, s'il peut sauver la France, peut (( aussi la perdre, et auquel un tel délai ne peut ôter aucun de (( ses avantages ?
« Telles sont , Citoyens , les réflexions que nous avons cru <( devoir vous soumettre. Nous nous flattons que vous les croi- (( rez dictées par l'araour de la liberté, et du désir de vous « prouver les sentiments de fraternité qui nous unissent à a vous *. »
En môme temps, on aflichait au coin des rues :
« L'Assemblée Centrale des départements réunis à Caen, tt considérant que les droits de Thommeontété méconnus, noce tament dans l'art. If , qui porte : (c Le but de toute associa- (i tion politique est la conservation des droits naturels et ira- « prescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la « propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression, w El dans u l'article VI qui porte : a La loi est l'expression de la volonté « générale ; tous les citoyens ont droit de concourir, person- « nellement ou par leurs représentants , à sa formation. Elle « doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle « punisse, etc. »
(( Considérant que les événements arrivés dans la ville de (( Paris, cl la fin du mois de mai , et dans les premiers jours de « juin dernier, ont évidemment été dirigés par une faction c( liberticide, que la majesté du peuple français a été outragée (( dans la personne de ses représentants ; que la violation de « tous les principes a été exercée à main armée ; que la Con- « vention Nationale a cessé de représenter le peuple français, « au moment où trente-quatre de ses mandataires ont été illé. <( gaiement rais en état d'arrestation ;
c( Considérant qu'il est devenu indispensable de mettre un (( frein aux projets désastreux des autorités constituées de Paris, c( dont la coupable intention est d'usurper tous les pouvoirs et (( de parvenir à leur but par tous les attentats et tous les c< crimes ;
< Collection de la bibliothèque de Caen.
« Déclare, au nom de ses commettaDts , qu'elle regarde c( comme nuls tous les actes émanés de la section de la Repré- « senlation Nationale , qui a continué de délibérer depuis le « 27 mai dernier, ne pouvant reconnaître l'expression de la i( volonté générale dans ces actes , jusqu'après la révision qui a en sera faite par la Convention Nationale, rendue à son inté- « gralité et à sa liberté.
« L'Assemblée déclare, au nom de ses commettants , qu'elle « invite Félix Wimpffen , général en chef des années des côtes a de Cherbourg, qui, par ses vertus et ses talents militaires, a « bien mérité de la patrie , à accepter le commandement des « forces départementales du nord-ouest qui marchent vers « Paris *. »
Les bataillons bretons n'arrivèrent pas à Caenle même jour; celui d'Ille-et- Vilaine fit son entrée dans la ville, dès le 3 juillet, tandis que celui du Finistère ne put joiudre le corps d'armée que le 13. Leur réception eut lieu à peu près de* la même manière.
(( L'Assemblée Générale envoie son président, à la tête d'une c( députation, au-devant du bataillon que le département d'Ille- (( et- Vilaine fait marcher contre l'anarchie. Cette députation se « réunit aux autorités constituées, à la garde nationale, aux a dragons de la Manche, aux chasseurs de La Bretêche et aux a sociétés populaires. L'entrée des braves Bretons se fait aux <( acclamations des citoyens et au bruit de l'artillerie. Les « Bretons et leurs frères, les Normands, s'unissent, se conc( fondent, et viennent défiler ensemble, au son d'une musique « guerrière , sur la place de la Liberté. Le vice-président de « l'Assemblée générale y prononce un discours où la sainte c( haine de l'anarchie brille à côté des sentiments les plus « fraternels pour les républicains armés contre les brigands. « Le commissaire civil , qui accompagne le bataillon d'Ille-et-
1 Archives du Calvados.
« Vilaine, répond par le serment de vaincre les factieux ou de « périr. Des acclairalious universelles garantissent l'exécution « de ce serinent; les cris de Vive la République une et indice visible! retentissent de toutes parts; et nos frères se rendent a aux vœux des citoyens qui se disputent le plaisir de leur « donner l'hospitalité *.... »
Page 20, ligne 3. — I^ majeure partie de cet ensemble de forces fut portée à Evreux....
« ^yr^MiC. — L'avant-garde du Calvados a été reçue avec <( enthousiasme dans nos murs. Le jour de son arrivée a été c( pour toute la ville un jour de fête. L'allégresse a été comte mune au peuple et à ses magistrats, aux citoyens et aux dif- « férents corps militaires. La bannière du Calvados, qui a été « déployée la première contre l'anarchie et le brigandage, a « été saluée par l'artillerie. La plus douce fraternité unit les « républicains de l'Eure et ceux du Calvados ^... »
Page 20, ligne 8. — La Convention avait envoyé parmi nous des émissaires secrets....
Les Procès-verbaux du Conseil Général du Calvados, le Bulletin des autorités constituées, les archives du Calvados et celles de la ville de Caen, renferment de nombreux documents sur ces envoyés secrets de la Convention, parmi lesquels se trouvaient jusqu'à des femmes.
Page 21, ligne 10. — Nos insurgés hésitaient
* Bulletin des autorités constituées réunies à Caen. n* 4. 2 Lettre insensé dans le Bulletin des autorités civiles réunies à Cacn^ no t\,
à donner suite à la première manifestation de leurs sentiments.
Le Conseil Général du Calvados, en présence de ceUe hésitation, avait en vain, dès le 27 juin, cherché à réveiller le zèle des patriotes par l'adresse suivante :
Citoyens,
<( En nous chargeant des pouvoirs extraordinaires et sacrés « que nous exerçons en votre nom pour le salut de la Républia que, vous avez juré de combattre toutes les tyrannies, de <i marcher contre les brigands dominateurs qui ont outragé le c< peuple, envahi ses pouvoirs et dilapidé sa fortune. L'Assem- « blée Générale du Calvados, impatiente elle-même de repente dre à vos vœux, vous ouvre la carrière en commençant ses « travaux. Soldats de la liberté, le moment est venu de faire (( retomber sur la tète des brigands tout le poids de leurs (c crimes. Couvrez-vous de vos armes : marchez. L'n cri d'incc dignalion s'est fait entendre ; tous les républicains se lèvent <( cl la fois. Citoyens! Hâlez-vous : les hommes libres du Cal- « vados ne doivent pas être au rendez-vous les derniers.
<( Les fiers Bretons vont vous suivre, leurs bataillons s'é- « branlent ; dans quelques jours ils fraterniseront avec vous. c( Déjà beaucoup de vos frères marchent en avant-garde sous « la bannière du Calvados, il vous appellent*. »
Pa(je2\, ligne 2i. — M. de Wimpffen avait ordonné une grande revue sur le Cours-la-Reine.
La convocation de la garde nationale fut annoncée aux
* Extrait du procès^verbal des séances du Conseil général du département du Calvados^ séance du 27 juin, au matin.
Gaennais par une afliclie à laquelle on donna une forme ironique dans le goût de Tépoque :
« L'Assemblée arrête à Funanimité, que la générale sera « sur-le-champ battue, que les bataillons de la garde natio- « nale de Caen se rassembleront sur le Cours National pour « trois heures d'après-midi ; et , comme il s'agit de former un « bataillon pour combattre l'anarchie et les anarchistes, en « volant au secours de nos frères de Paris, les Aristocrates « et les Maratistes sont dispensés de se trouver à ce « rassemblement, et les chefs de bataillon sont tenus, sur leur « responsabilité, de remettre demain la liste des absents au (( Comité de Salut Public.
(c Les patriotes sont prévenus que leur baîaillon se formera c( par un appel qui sera fait au front de chaque bataillon \ »
Piige 22, ligne 25. — . . . . Qu'on mit en route le lendemain, drapeau en léte, sous les ordres d'un chef de bataillon. . .
« Une compagnie des volontaires vient chercher le drapeau (c destiné pour le bataillon de Caen, qui fait partie de la force a départementale du Calvados. Il portait pour inscription, d'un « côté : Unité et mdmsibilUù de la République ; et de l'autre : <( Guerre aux tyrans et aux anarchistes ! L'Assemblée entière a. se rend sur la place de la Liberté où était la Municipalité et « les braves volontaires ; le président leur adresse un discours a analogue aux circonstances, et leur remet le drapeau au mi- « lieu des acclamations de Vire la République une et indivi- « sible! Le serment de venger l'attentat commis contre là « souveraineté du peuple est prêté avec transport , et le ba- « laillon se met en marche, précédé de deux pièces de canon,
1 CoUcction de la Bibliothèque de Caen.
a caissons et autres iostruinents militaires; T Assemblée le con- « duit jusqu'aux barrières *. »
En même temps, l'Assemblée Centrale de Résistance à TOppression adressait aux citoyens des départements que sa force armée allait traverser, cette proclamation énergique, qui eut un grand retentissement :
Aux Citoyens français,
c( La force départementale qui s'achemine vers Paris, ne va
« pas chercher des ennemis pour les combattre ; elle va frater-
« niser avec les Parisiens ; elle va imposer aux factieux par sa
« contenance ferme et tranquille ; elfe va raffermir la statue
c( chancelante de la liberté. Citoyens, qui verrez passer dans
« vos murs, dans vos hameaux, ces phalanges amies, fraterni-
« sez avec elles ; ne souffrez pas que des monstres altérés de
« sang s'établissent au milieu de vous, à dessein de les arrêter
« dans leur marche ; ne souffrez pas que ^es attroupements se
<( forment au son lugubre du tocsin : confondus parmi nos en-
« nemis, nous ne pourrions plus vous distinguer *. »
De son côté Wimpffen faisait afficher et répandre à pleines mains son propre manifeste :
Félix Wimpffen ,
Général en chef de V armée des côtes de Cherbourg, et des forces
armées départementales du NORD et de TOUEST de la
République Française une et indivisible ;
Aux BONS Citoyens de Paris, salut.
« Déjà une fois j'ai contribué essentiellement à sauver la « République, et les factieux m'ont calomnié et persécuté.
* Bulletin de l'Assemblée Générale réunie au chef-lieu du Calvados, n« 6.
2 Archives du Calvados. — B?<//<?/m des autorités constituées réunies à Caen^ n" ^.—Mémoires de Louvct, éd. Bcrvillc, p. 12.
a Aujourd'hui que je suis appelé à la sauver plus efficacement « encore, ils me proscrivent, ils mettent ma tête h prix.
a Les méchants vous disent : Félix Wimpffen marche contre a Paris ; — N*en croyez rien. Je marche vers Paris, pour Paris, « et pour le salut de la République une et indivisible. J'y c( marche par le vœu du peuple , non pas d'une fraction du « peuple d'une ville ; mais du peuple de la majorité des dépar- <( tements, du peuple souverain, comme aucun de vous n'en c( douterait , si le pouvoir inquisitorial de la commune de Paris « permettait aux journalistes véridiques de faire circuler leurs (( feuilles.
« Bons citoyens de Paris, rallions-nous pour la cause com- « mune !... Je commande les Normands et les Bretons.
« Frères! Je fraternise avec vous; mais mes ordres portent « de combatire tous ceux qui inquiéteraient ma marche. Je les « combattrai et je les vaincrai ; la vérité sera entendue et jus- « tice sera faite*.
Le général Félix Wimpffen. »
Page 23, ligne 25. — ... Et le colonel Leroi, commandant du détachement de Bayeux . . .
Avocat à Bayeux, Leroi avait été élu membre de l'Assemblée Législative. Appelé par les volontaires du Calvados au commandement d'un bataillon, il conîniandait aux buttes d'Erigné, près du Pont-de-Cé, lors de la prise de Saumur par les Vendéens. Il vint ensuite se placer à Caen sous les ordres du général Wimpffen, et suivit, après la déroule de Vernon, Puisaye qui lui expédia un brevet de colonel adjudant-général des armées royales, [l rentra à Bayeux en 179^, fut emprisonné et ne dut sa liberté qu'à la chute de Robespierre. 11 fut le premier maire de Bayeux sous le consulat, et ne quitta ce poste que pour occu^
* Archives du Calviidos. — Bulletin des nutorite's eunstittiées re/mie^à Caen. a" 5.
per celui de receveur des finances de Tarrondissemenl, qu'il a rempli jusqu'à sa mort arrivée le 21 mai 1831. Louis XVIII l'avait nommé cbevalier de la légion d'honneur, et Charles X le nomma, à Tocca^on de son sacre, chevalier de Saint-Louis *.
Page 25, ligne 1. — Le pointeur s'appelait Faye. . . et je croîs tailleur de son métier.
M. Yaultier fait ici une légère erreur. Faye, qui était ûgé de vingt-deux ans, n'exerçait aucune profession manuelle. Il y avait quatre mois environ qu'il était entré en qualité de commis, au secrétariat général du déparlement du Calvados, lorsque Tinsurreclion éclata. Parti pour Evreux, simple caporal de canonniers dans la garde nationale, sa conduite à Brécourt le fit nommer, malgré sa diffojTiiîté, capitaine attaché au parc d'artillerie de l'armée des côtes de Cherbourg. Il passait pour posséder des connaissances mathématiques assez approfondies. Faye rentra dans la vie civile en 1794.
Page 25, lig. 8. — 11 lui fut pompeusement annoncé que, sur quelques rebelles tués h Brécourt, on avait trouvé des sabres marqués de la légende vendéenne ; Vive Louis XVI i.
En môme temps on faisait courir à Caen le bi-uit qu'on avait trouvé dans la plaine de Brécourt quelques sacs appartenant à l'armée parisienne sur lesquels étaient écrits ces mots : « Vivent Marat et le Conseil de la Commune de Paris ^.»
* Note communiquée par M. Pezct.
2 Affiches du Calvados, n" du 18 juinet 179^
Page 25, lig. 21 . — A la suite de quoi on nous ramit en marche réii;ulière sur Lisieux....
Puisaye écrivit de la Rivière-Tlïibouville h Wimpffen :
({ J'ai attendu pour vous écrire , mon cher général , que j> « puisse rendre compte des mesures que je m'étais proposé de (( remplir en partant pour Evreux ; j'y ai tout trouvé dans le « plus grand désordre, et cela ne me fit pas changer le projet « d'aller m'emparer de Vernon. En conséquence , je travaillai ({ à mes dispositions le jour même de mon arrivée ; ma petite « armée me parut avoir tout le courage nécessaire, et je comptais (( d'avance sur le succès de notre entreprise. Le 11, je résolus « d'attaquer , malgré qu'on m'eût assuré que j'aurais h. com- (( battre quatorze ou quinze cents hommes, dont partie réfugiée « dans la foret et au château de Brécourt: le 10, je m'étais (( emparé du poste de Cocherel, et le 11, je commençai mon « opération par les chasser du château de Brécourt ; je recon- (c nus l'endroit de la forêt oh ils s'étaient réfugiés , et je leur « livrai bataille. Ma troupe montra une contenance telle que je (( regardais comme sûre mon entrée triomphante dans la ville (( de Vernon; mais il fallait remettre la partie au lendemain; (( la nuit approchait; l'ennemi , mis en déroute, s'était réfugié (( dans toute la forêt ; mais s'élant rallié avec de nouvelles « forces qui étaient venues à son secours, je sentis qu'il eût « été de la plus grande imprudence d'exposer mes hommes « à travers les bois. En conséquence, les choses restèrent pen- « dant une heure dans cet état. Je signifiai à ma troupe que je « ne voulais pas qu'elle quittât le poste où je l'avais placée. La « victoire, mon cher général, me paraissait assurée ; mais vous « ne connaissez que trop les vices de l'indiscipline; jamais il n'y a en aura d'exemple plus ci*uel que celui dont j'ai été témoin. « L'ennemi, qui semblait vs'être éloigm^, profita de ce désordre pour nous envoyer quelques mitrailles ; au septième coup
c qui nous parvînt, il ne me resta que le plus affreux désespoir, « celui de voir mon armée dans le plus affligeant désordre, et, « cependant, je n'avais pas un seul homme blessé ; il ne me fut « pas moins de la plus grande impossibilité de les rallier. De- « puis cette époque, cela a toujours été de mal en pis. Informé « hier qu'une force imposante , plus encore qu'elle ne l'était « quand je lui livrai bataille, venait de s'emparer de Pacy que « j'avais été obligé d'évacuer, marchait et viendrait ( comme « elle y est effectivement venue) sur Evreux, avec quatre mille « hommes, dont près de cinq cents de cavalerie de Chamboran, « vous sentez qu'il m'était, dans ce cas, impossible de rester à (( Evreux, la résistance ne m' étant pas permise avec le peu de « forces que je possédais.
« Je vais arriver à Lisieux ; envoi/ez-moi-ij vos ordres, ou « sinon je vais me replier jusqu'à Caen. Ce qui me chagrine, « c'est de voir cette petite armée, dont on aurait pu faire des « merveilles, diminuer de jour en jour. Il n*est pas de moyens « qui n'aient été employés pour la désorganiser. Les Bretons <( seuls tiennent, et les Bretons vous suffiront. J'ai tué environ « vingt hommes à l'ennemi dans les deux affaires ; je n'ai rien <( perdu*, mais la dispersion a été complète, à l'exception « d'Ille-et-Vilaine. La trahison et la lâcheté de bien des indice vidus en qui nous n'avions pas de confiance, ni vous, ni moi, « a été cause de ce malheur. Je ramènerai du moins tout ce a qui m'a été conûé , hommes et canons; mais , hors les Bre- « tons, tout est mal, tout est dangereux : pour moi, je ne veux « plus vivre, mon cher général , que parce que j'ai l'espoir de « mourir à côté de vous.
« Le général de brigade ,
« Joseph PUISAYE.
* Puisaye dit dans ses Mémoires^ t. 2, p. 157 : « Il resta tout au plus « six ou sept des nôtres sur la place. C'étaient des grenadiers du bataillon <( colonel du Leroi. » Ce fait n'est pas plus vrai que l'histoire des vingt hommes tués à Tcnneml qu'il signale ici.
« P. S, Il est indispensable que vous partiez sur-le-champ « pour venir au-devant de nous ; il n'y a pas un moment à «r perdre, votre présence fera le meilleur effet ; on a en vous « seul une confiance sans bornes , et vos ordres, quels qu'ils « soient, seront exécutés.
« Venez à Lisieux, dussiez-vous y venir seul.
« Peut-être tenterons-nous ce soir une opération sur Ber- « nay, s'il est possible de rallier les troupes*. »
Puisaye mentait en disant qu'il avait tué vingt hommes à l'ennemi , il mentait encore en prodiguant aux autres les épithèles de lâche et de traître. Les pages de ses Mémoires^ y qu'il a consacrées à l'affaire de Brécourt, sont remplies de tergiversations qui annoncent un homme dont la conscience n'est pas tranquille , et de récriminations banales contre les administrateurs qui lui avaient été adjoints comme commissaires, principalement contre Bougon. Il avoue , comme malgré lui , que l'opinion générale l'accusait : « J'entends répéter le mot de trahison, et c'est moi qu'on accuse ! » dit-il avec colère. c< Il n'y avait qu'un cri contre moi, » ajoute-t-il plus loin. Les républicains répétaient , en effet , à l'envi, qu'il n'était qu'un agent de la royauté déchue *.
c( Cher général, » écrivait à Wimpffen, le 15 juillet, Bougon- Longrais , procureur-général-syndic du Calvados , qui , lui aussi, s'était replié sur Lisieux , « pendant que l'on transcrit « le message officiel que nous venons de rédiger pour l'Assem-
* CoUection de M. Renard.
2 T. 2, p. 135 et suiv.
3 « Puisaye, soit comme royaliste, soit comme agent de l'insurrection « girondine, joua toujours un rôle équivoque, et ce n'était sans doute pas « sans raison que l'infortuné Sombreuil écrivait de lui, dans sa prison : « Ce fourbe qui nous a perdus! Il serait curieux que Puisaye eût été à la « fois l'instrument soit apparent, soit occulte, de l'émigration, do la Gi- « ronde et de la Montagne. » (Paul Dclasalle, Le Fédéralisme en NormandiCy p. 33. )
a blée Générale et pour vous, je vous réitère particulièrement « l'invitation de vous rendre ici sur-le-champ : si vous tardez « encore deux jours, tout est f..tu! l'armée se désorganise; le « général n'y peut rien ; je vous confie qu'il n'a pas les esprits (( pour lui ; je vous dirai ce que je crois être la cause de cette « prévention défavorable et peut-être injuste, mais qui est « presque générale.
« Vous sentez combien , dans le moment actuel, il convient « de conserver le noyau de la force armée : venez , tout le « monde vous attend avec impatience, deux jours peuvent dét( cider tont-à-fait du sort de la France et du nôtre. Venez « donc.
« Je suis épuisé de fatigue et de sommeil. Adieu *. »
Voici le message officiel dont parle Bougon-Longrais. On voit qu'il fut rédigé en commun par le général et les commissaires qui raccompagnaient. C'est donc à tort que Joseph Puisaye a dit , dans ses Mémoires^ ^ qu'il l'avait écrit seul , et qu'il l'avait fait imprimer maigre Wimpffen qui cherchait à lui ménager quelques moyens d'accommodement avec le parti victorieux.
Compte que rend le gênerai Joseph Puisaye à l'Assemblée
Générale des départements réunis en résistance
à r oppression , séante à Caen,
a Sur Tordre du général Félix Wimpffen, et d'après l'arrêté « du Comité Central, je suis parti de Caen le 10 juillet ; arrivé « cl Evreux le même jour, j'ai pris le commandement des forces c( départementales réunies en cette ville.
<c Je me rendis le lendemain ii Pacy-sur-Eure pour m'assu- « rer de l'état de la garnison et de celui des forces parisiennes « rassemblées à Vernon et dans les environs. J'étais avec le
* CoUoction de M. Renard.
2 Tome 2, p. ÎG9.
« citoyen Normand, commissaire du Calvados; nous y trou^ « vâmes le citoyen Mesnil , son collègue. Sur les renseignent ments que celui-ci avait recueillis , et sur les avis que nous ' « reçûmes que les forces parisiennes allaient se grossir chaque a jour ; que plusieurs bataillons étaient en marche avec de la « cavalerie et de Tartillerie pour se rendre à Yernon. Nous ju- « geâmes qu il serait imprudent de donner à Tennemi le temps « de recevoir ce renfort ; nou& pensâmes que si nous perdions a un moment, dès-lors il nous serait impossible de tenir plus « longtemps à Pacy, et par suite à Evreux. En conséquence, il « fut décidé que nous marcherions à Vernon , et tous les baa taillons réunis à Evreux furent requis de venir nous joindre « le lendemain 1 2 juillet.
« Cependant, nous étions inforn>ésque cette nuit-là même « Pacy était menacé d'une surprise qui devait avoir lieu entre « deux et trois heures ; les bivouacs et les avant-postes furent a renforcés. Je fis , la nuit , la visite de tous les postes avec les rt commissaires civils. J'ordonnai de faire battre le pas accéléré « à plusieurs reprises , depuis la porte d'Evreux jusqu'à celle « de France ; les avant-postes parisiens, qui avaient l'oreille <c au guet , crurent que nous avions reçu successivement plu- « sieurs bataillons. Le jour vint sans que nous entendissions « parler de rien, et avec lui arrivèrent les forces départemen- (( taies que nous attendions.
« C'était la troisième nuit que je passais ; le matin fut employé « à pourvoir au logement et à la subsistance des citoyens noua vellement arrivés. Il est bon d'observer que, pendant les huit « jours que j'ai eu ce commandement, chargé seul d'un détail H immense , les jours et les nuits ne m'ont pas suffi pour un a travail au-dessus des forces d'un seul homme, et que j'ai sup^ « pléé , autant qu'il a été en moi, au défaut de plus de vingt « agents qui m'eussent été nécesssaires, et que je n'avais pas.
« Un poste important, celui de Cocherel , au moyen duquel « nous pouvions être cernés et coupés entre Evreux et Pacy,^ tt était occupé par cent cinquante paysans armés par les Pari-
a siens ; nous remportâmes à travers les coups de fusils dont « nous fumes assaillis, sans que, de notre côté, il fût brûlé une c< amorce. Les commissaires Jehanne et Normand marchaient « avec le détachement; je haranguai les troupes et les habi- (( tants en leur présence ; onze prisonniers avaient été faits, ils tt furent relâchés après avoir été désarmés. Ce procédé nous « gagna Tamitié des citoyens des campagnes ; ils reconnurent « leur erreur, nous jurèrent amitié et dévouement à nos prince cipes. Nous quittâmes le village au milieu des bénédictions « des habitants qui fondaient en larmes. Plusieurs nous ont « donné, depuis, quelques avis uliles sur la marche de l'ennemi,
(( Dans le même temps, un autre détachement , aux ordres « du colonel Alexandre Puisaye, ayant avec lui le commissaire a civil Lévêque , président du département du Cialvados, déc( busquait du poste de Brécourt la cavalerie parisienne, et la « mit en fuite jusques sous les murs de Vernon. Ce détache- ({ ment reçut aussi plusieurs coups de carabine et de pistolet, « sans en rendre aucun.
a Pendant ces entrefaites, sur l'avis que les ennemis tenaient « la campagne en grand nombre , j'avais envoyé demander du « renfort à Pacy. La presque totalité de Tarmée , ayant à sa « tête les citoyens Bougon, procureur-général du Calvados, « Louis Caille , membre du Comité Central, et quelques autres « commissaires civils dont j'ignore le nom, sortait de la ville en c( bon ordre pour venir nous joindre. Lorsque les deux déta- « chements rentrèrent, ils y furent reçus au milieu des acclama- « tions de nos frères d'armes ; et, malgré la fatigue qu'avaient « éprouvée ceux qui étaient venus le malin d'Evreux, l'armée « entière me témoigna le désir fortement prononcé de marcher c( sur le champ h Vernon.
i( Quelque agréable que fût pour moi cet élan unanime, je « ne crus pas devoir y accéder. Je ne voulais pas exposer de « braves citoyens, déjà épuisés par la chaleur du jour et parla « fatigue d'une marche forcée, h parcourir trois lieues de pays (c à travers des forèls et des ravins où l'ennemi pouvait être
« embusqué, et qu'il n'était pas prudent de faire fouiller la nuit. Je promis d'attaquer le lendemain en plein jour; je « donnai Tordre de rentrer ; il fut exécuté.
« Je passai la nuit et une partie du lendemain matin à faire « mes dispositions , auxquelles , comme dans leur exécution , « j'ai été puissamment secondé par le colonel Leroi, com- « mandant du sixième bataillon bis du Calvados, qui m'a donné « autant de preuves de son zèle pour la chose publique, qu'il « en avait déjà donné, dans toutes les occasions, de son couce rage et de ses talents.
(( A onze heures , l'armée se mit en marche sur deux co- « lonnes. Gomme tout le monde a paru applaudir aux premières « opérations de cette journée, il est inutile d'en donner les tt détails; toutes les précautions furent prises pour assurer « notre retraite en cas de revers. On sait comme nous nous « présentâmes h l'ennemi. Une proclamation signée par les « commissaires civils et par les chefs militaires, approuvée par a l'armée entière , devait être portée par un hérault précédé a d'un trompette. Un commissaire civil s'avance et lève son « chapeau en signe de paix; d'un autre côté, je me portai, avec « r adjudant-général Héron, à trente pas de la ligne parisienne. « Nous fûmes accueillis par une décharge de mousqueterie ; « l'armée entière est témoin de ce fait. Le procureur-général « du Calvados insista pour que la proclamation fût notifiée à « l'ennemi ; d'autres pensèrent qu'ayant été attaqués , il ne « fallait plus songer qu'à nous défendre. Les premiers succès ({ de l'armée sont connus*. Maîtres du champ de bataille
* « Toute l'armée donna les plus grandes preuves de courage; pourdé- « signer les citoyens qui se sont distingués à cette première action, il fau- « drait les nommer tous. Je dois dire à l'avantage du bataillon de Caen, « que deux pièces de canon ennemi s'étant trouvées avancées à l'extrémité « d'un champ de blé, sur une éminence, et pointées sur les deux compa- « gnies de grenadiers; tous voyant le danger imminent, attendirent la mort « sans s'ébranler : ce qui fut évité par l'adresse des citoyens Faye et « Bordet, qui démontèrent une pièce du premier coup de canou, et
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« sans avoir éprouvé la moindre perle , les besoins pressants « des troupes, et la douleur de voir les moissons exposées à « des ravages, par les hostilités qui pouvaient se renouveler, <{ me déterminèrent à ordonner la retraite sur Brécourt, poste « d'où nous avions chassé Tennemi, et où nous avions rafraîchi a le matin ; mon dessein était de partir de là vers deux heures, « et , d'après les rapports que j'aurais reçus des éclaireurs et « des vedettes, de marcher en assurance sur Veruon, je donnai a Tordre suivant :
« L'aimée va bivouaquer sur la grande avenue de Brécourt.
« Elle conservera au bivouac l'ordre de colonnes.
« Les pièces de canon seront chargées et placées sur les « flancs de chaque colonne, les armes en faisceau en avant des « pelotons.
c( Nul ne pourra quitter son poste pour aller chercher des « rafraîchissements.
a 11 va être nommé un sergent et un caporal de chaque com- « pagnie, pour aller au cidre et le rapporter au bivouac.
« Il va être formé un bivouac de deux cents hommes, dont a cinquante de cavalerie ; ce bivouac fournira des postes avan- « ces, placera des sentinelles et des vedettes au loin, pour a éclairer la marche des ennemis, et prévenir une surpiise.
« Cet ordre donné aux colonels Alexandre Puisaye et Leroi, « en présence du citoyen Jehanne, commissaire civil de l'Ule- (( et-Vilaîne, fut transmis par eux aux adjudant et adjoints, « qui firent battre l'ordre deux fois. Personne ne s'y présenta, « h l'exception de l'adjudant du 6»^ bataillon du Calvados, et du (( citoyen Barbey, maréchal-des-logis du 22« régiment de chas-
« tutrcnt du second quatre hommes. J'ai remarqué parmi ces braves « grenadiers les citoyens Potel, Laruo, Fichet, Ducoudray, Langraye, a HéUc, Fouques, Boizerard, JumiUy, curé de Saint-Jean, MouUn qui a « été blessé, et autres dont les noms ne me sont pas connus ^
* Une lettre de Puisaye, insérée dans les Affiches du Calvados^ du 23 juillet, ajoute à cette liste les noms des citoyens Planquois, cauonniér, et Lcmpcricrrc, lieutenant des dragons de la Manche.
a seursà cheval (chasseurs delà Bretêche), qui l'ont reçu; aussi « le contingent de ces deux corps a-t-il été commandé , et « les pièces du 6*^ bataillon furent mises en batterie.
« Ayant ainsi pris tous les moyens que la prudence me coma mandait, excédé de lassitude et de douleurs, ne pouvant gartt der plus longtemps mes boUes. je descendis de cheval pour « les ôler ; le citoyen Larue, volontaire aux grenadiers du Cl Calvados, me rendit obhgeamment ce service ; je me jetai a pour quelques minutes sur un lit de la ferme.
<( La fatigue, la chaleur du jour avaient tellement altéré les « citoyens de l'armée, que, quelques efforts qu'ils pussent faire « sur eux-mêmes, un grand nombre quitta son poste pour aller a chercher des rafraîchissements. Ils se portèrent en foule à la (( ferme du château, une partie des canonniers en fit autant; « plusieurs pièces, au lieu d'être en l)atterie, furent traînées « dans un détroit, le long des murs de la cour ; les chari-etiers a dételèrent leur chevaux et les éloignèrent. L'ennemi averti « parvint h se rallier, et s'avança sur nous h la portée du canon. « Le peu de vedettes qui avaient été placées donna l'alarme, « j'en fus prévenu; je me fis porter sur mon cheval sans avoir « pu mettre mes bottes, et j'oubliai les souftrances horribles « que j'éprouvais; j'essayais de rétablir l'ordre. Deux premières tt bordées de mitraille passèrent k dix pieds au-dessus de ma a tète; le colonel Leroi était ci mes côtés; d'autres coups « mieux dirigés portèrent l'effroi dans nos rangs ; une partie « de la cavalerie, épouvantée, se fit jour à travers l'infanterie u qu'elle entraîna dans sa fuite ; bientôt l'armée, ti l'exception a du bataillon d'llle-et-\'ilaine, s'abaixlonna à la retraite la plus <c désordonnée. L'armée ennemie en faisait autant de son côté ; (c battue par le citoyen Faye , canonnicr de Caen , dont la bra- « voure et le sang-froid sont au-dessus de tous les éloges , elle tt fut dispersée en un moment*. Mes efforts sans nombre pour
* « Les citoyens Jacquclin l'aîné, Bordetet Baron se distinguèrent aussi M dans cette action. »
« rallier nos troupes furent inutiles, et quoique les bataillons « épars couvrissent un terrain immense, j'en atteste les hommes <( de bonne foi, il n'y a pas un point que je n'aie parcouru, pas <( un homme à qui je n'aie parlé. Les citoyens Bougon , Nor>- « mand, Louis Caille, Lévêque, Gautier de l'Eure, Sfesoil et les « autres commissaires , occupés , comme moi , dans des lieux « différents, où ils épuisaient tous les moyens possibles, pour (( faire succéder la confiance à cette terreur panique, naturelle (( h la vérité pour une troupe qui est surprise la nuit, m'ont vu (( successivement , là où ils étaient , joindre mes efforts aux « leurs. Ce n'est qu'après deux heures de tentatives inutiles, « de cris et d'efforts multipliés , que je parvins à former une « faible colonne , précédée et suivie d'un peloton de cavalerie, a que je ramenai à Pacy. J'envoyai sur-le-champ cinquante « chasseurs et dragons occuper un pont de cette ville sur « la route d'Evreux, avec défense de laisser sortir pera sonne. Soit que ce piquet ait été forcé , soit qu'il ait cédé « volontairement , il partit lui-même pour Evreux. Alors plus a d'obstacle à ce torrent ; chacun prit la même route. Je « retournai sur le chemin de Brécourt avec le citoyen La Couce ture, commandant du Calvados, et qui ne m'a pas quitté, <( pour faire rentrer les canons et les caissons, dont les charrea tiers avaient coupé les traits. Les canonniers du Calvados « ramenèrent les leurs; le bataillon d'IUe-et- Vilaine, qui avait « conservé son poste, rentra le dernier en bon ordre, ramece nant avec lui ses pièces , et en conduisant d^autres que les <( charretiers avaient abandonnées. Le commissaire Jehanne, « les colonels Du Mont, Leroi et Alexandre Puisaye firent « des efforts incroyables. L'Ille-et-Vilaine me proposa de coni< server Pacy; j'y serais parvenu facilement, avec ce bataillon c( et avec quelques citoyens des autres corps, qui étaient restés c( avec moi ; njon intérêt particulier y trouvait son compte, « puisque, par ce moyen, je protégeais une propriété considé- (( rable et mon unique propriété , que Tabandonnement de Pacy « livrait exposée à une dévastation certaine, qui a eu lieu le
<i lendemain; mais mon iulérél particulier n'entra point dans u la balance avec l'intérêt public ; je devais et je voulais rallier « Farroée entière ; je ne pouvais plus le faire qu'à Evreux ; a j'ordonnai la retraite et je sortis le dernier avec le citoyen K Jebanne qui me do^na une place dans sa voiture. Le lende- « main 1/t juillet, je m'occupai des moyens de défendre Evreux <t et de lii'y maintenir ; j'écrivis ce qui suit, en réponse à une «( lettre de l'Assemblée Générale de l'Eure.
a Le général Puisaye va se concerter avec les chefs de la n force armée; il assure les citoyens d'Evrenx que, s'il est obéi, c( ils n'ont rien à craindre pour leur sûreté , et que l'échec a d'hier, suite nécessaire de l'inexécution des ordres qu il a 4L donnés, sera bientôt r^p^r^. »
« J'ajoutais que, si tout le monde était animé des mêmes sen- « -timents que moi , personne ne désespérerait du salut de la « patrie. Je venais de donner Tordre de faire placer soixante « et quinze hommes d'infanterie et vingt-cinq de cavalerie, « avec deux pièces de canon, sur la route de Pacy, pour couvrir « la ville d'Evreux , de faire de fréquentes patrouilles au loin, « et de placer des vedettes pour rendre compte de ce qui a pourrait survenir.
a Par un deuxième ordre, je commandais un poste de vingl- « cinq hommes d'infanterie et cinq chasseurs à cheval, sur la « route de Vernon. J'en donnai un troisième, ainsi conçu :
« Les commandante des bataillons mettront à la disposition •« du lieutenant-colonel Dumont, deux cents hommes d'infanu lerie, dont quatre-vingts pour l'Ille-et- Vilaine, quarante pour « le Calvados, quarante pour le sixième bataillon du Calvados, « cinquante chasseurs, deux pièces de canon avec leurs caissons <i garnis de cartouches à boulet et à mitraille.
c( Ce détachement était destiné à reprendre possession de « Pacy; nous l'eussions fait sans coup férir, et notre échec qui jc( n'était rien, eût été réparé en moins de quatre heures. Ces « trois ordres furent publiés au son du tambour; personne Ât ne s'y présenta, h l'exception du sixième bataillon du Calvar